Honoré de Balzac, nom de plume d'Honoré BalzacBalzac ajoutera la particule en 1831, deux ans après la mort de son père., né le ( prairial an VII du calendrier républicain) à Tours et mort le à Paris, est un écrivain français. Romancier, critique d'art, dramaturge, critique littéraire, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre de La Comédie humaine. À cela s'ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.
Honoré de Balzac est un maître du roman français, dont il a abordé plusieurs genres, du roman philosophique avec Le Chef-d'œuvre inconnu au roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore au roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Il a surtout excellé dans la veine du réalisme, avec notamment Le Père Goriot et Eugénie Grandet.
Comme il l'explique dans son avant-propos à La Comédie humaine, il a pour projet d'identifier les de son époque, tout comme Buffon avait identifié les espèces zoologiques. Ayant découvert par ses lectures de Walter Scott que le roman pouvait aspirer à une , il veut explorer les différentes classes sociales et les individus qui les composent afin d' et de .
L'auteur décrit la montée du capitalisme, l'essor de la bourgeoisie face à la noblesse, dans une relation complexe faite de mépris et d'intérêts communs. Intéressé par les êtres qui ont un destin, il crée des personnages plus grands que nature : (Baudelaire).
Ses opinions politiques sont ambiguës : s'il affiche des convictions légitimistes en pleine monarchie de Juillet, il s'est auparavant déclaré libéral. Il défend les ouvriers en 1840 et en 1848, bien que ceux-ci ne soient dépeints que dans un seul de ses romans, L'Interdiction. Tout en professant des idées conservatrices, il a produit une œuvre admirée par Marx et Engels, et qui invite par certains aspects à l'anarchisme et à la révolte. Balzac est fortement vanté par le contre-révolutionnaire Léon Daudet, qui voit en Balzac l'un des rares génies de la littérature française au , un auteur préservé de l'influence du romantisme.
Outre sa production littéraire, il a écrit des articles dans les journaux et a dirigé successivement deux revues, qui feront faillite. Convaincu de la haute mission de l'écrivain, qui doit régner par la pensée, il lutte pour le respect des droits d'auteur et contribue à la fondation de la Société des gens de lettres.
Travailleur forcené, fragilisant par ses excès une santé précaire, endetté à la suite d'investissements hasardeux et d'excès somptuaires, fuyant ses créanciers sous de faux noms dans différentes demeures, Balzac a aussi eu de nombreuses liaisons amoureuses, avant d'épouser en 1850 la comtesse Hańska, qu'il avait courtisée pendant dix-sept ans. Comme l'argent qu'il gagnait avec sa plume ne suffisait pas à payer ses dettes, il avait sans cesse en tête des projets mirobolants : une imprimerie, un journal, une mine d'argent.
C'est dans un palais situé rue Fortunée qu'il meurt, profondément endetté, au milieu d'un luxe inouï.
Lu et admiré dans toute l'Europe, Balzac a fortement influencé les écrivains de son temps et du siècle suivant. Le principe du retour de personnages évoluant et se transformant au sein d'un vaste cycle romanesque a notamment inspiré Émile Zola, Guy de Maupassant, Marcel Proust et, à l'étranger, l'écrivain britannique Anthony Trollope.
Ses œuvres continuent d'être rééditées. Le cinéma a adapté La Marâtre dès 1906 ; depuis, les adaptations cinématographiques et télévisuelles de cette œuvre immense se sont multipliées, avec plus d'une centaine de films et de téléfilms produits à travers le monde.
Biographie Enfance et années de formation Honoré de Balzac est le fils de Bernard-François Balzac (1746-1829), secrétaire au Conseil du roi, directeur des vivres et des approvisionnements aux Armées, adjoint au maire et administrateur de l'hospice général de Tours, et d'Anne-Charlotte-Laure Sallambier (1778-1854), issue d'une famille parisienne de passementiers du quartier du Marais. Bernard-François Balssa transforma le nom originel de la famille en Balzac, par une démarche faite à Paris entre 1771 et 1783, soit avant la Révolution. Voir ; ; ICC, 1958, 523 ; France Généalogique 1969 ; Généalogie d'Honoré de Balzac.
Le père de Balzac a prétendu , famille qui s'est illustrée par plusieurs femmes célèbres, dont Henriette, maîtresse d'Henri IV . Lors de son voyage à Vienne en 1835, l'écrivain fera peindre les armoiries de la famille d'Entragues sur la calèche louée pour l'occasion ( ; ; reproduction dans ).. Bernard-François avait trente-deux ans de plus que sa femme, qu'il avait épousée en 1797, alors qu'elle avait . Le père de Balzac se dit athée et voltairien, tandis que sa mère est décrite comme , s'intéressant aux magnétiseurs et aux illuministes.
Bernard-François est né le à la Nougayrié, commune de Montirat dans le nord du département du Tarn. Il quittera rapidement la ferme familiale. On le retrouve en 1776, à l'âge de 30 ans, comme secrétaire d'un maître des requêtes du Conseil du Roi.. Il travaille ensuite comme secrétaire général de la banque Daniel Doumerc à Paris ; c'est dans ce milieu qu'il rencontre les Sallambier dont il épouse l'une des filles. Le couple s'installe à Tours en 1798.
Né dans cette ville le à 11 h 00 du matin au 25 de la rue de l'Armée d'Italie., Honoré est mis en nourrice immédiatement, et ne regagnera la maison familiale qu'au début de 1803. Cet épisode de la première enfance lui donnera le sentiment d'avoir été délaissé et ignoré par sa mère, tout comme le sera le personnage de Félix de Vandenesse, son « double » du Lys dans la vallée.
Honoré est l’aîné des quatre enfants du couple (Honoré, Laure, Laurence et Henri). Sa sœur Laure, de seize mois sa cadette, est de loin sa préférée : il y a entre eux une complicité et une affection réciproque qui ne se démentiront jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec luiLe Voyage en coucou de Laure deviendra avec Balzac Un début dans la vie selon . et publiera la biographie de son frère en 1858.
thumb|Façade sud du collège de Vendôme, où le jeune Balzac fut en pension.|alt=Paysage
Du à 1813., Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme : .. Au cours des six ans qu'il y passe, sans jamais rentrer chez lui, même pour les vacances, le jeune Balzac dévore des livres de tout genre : la lecture était devenue pour lui .
Cependant, ces lectures, qui meublent son esprit et développent son imagination, ont pour effet d'induire chez lui une espèce de coma dû à . La situation s'aggrave au point que, en , les oratoriens s'inquiètent pour sa santé et le renvoient dans sa famille, fortement amaigri. Le héros de Louis Lambert présente de nombreux points communs avec le jeune collégien, selon ..
De juillet à , il est externe au collège de Tours. Son père ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire, la famille déménage à Paris et s’installe au 40, rue du Temple, dans le quartier du Marais. L'adolescent est admis comme interne à la pension Lepître, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 à l’institution de l’abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions suivent en fait les cours du lycée Charlemagne, où se trouve aussi Jules Michelet, dont les résultats scolaires sont plus brillants que les siens.
Le , le jeune Balzac s’inscrit en droit. En même temps, il prend des leçons particulières et suit des cours à la Sorbonne. Il fréquente aussi le Muséum d'histoire naturelle, où il s'intéresse aux théories de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire.
Son père tenant à ce qu'il associe la pratique à la théorie, Honoré doit, en plus de ses études, travailler chez un avoué, ami de la famille, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Il exerce le métier de clerc de notaire dans cette étude, où Jules Janin était déjà « saute-ruisseau »Jeune clerc de notaire ou d’avoué chargé de faire les courses. Voir la .. Il utilisera cette expérience pour restituer l’ambiance chahuteuse d’une étude d’avoué dans Le Colonel Chabert et créer les personnages de maître Derville et d'Oscar Husson dans Un début dans la vie. Une plaque, rue du Temple à Paris, atteste son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais. En même temps, il dévore, résume et compare quantité d'ouvrages de philosophie, signe de ses préoccupations métaphysiques et de sa volonté de comprendre le monde. Il passe avec succès le premier examen du baccalauréat en droit le , mais ne se présentera pas au deuxième examen et ne poursuivra pas jusqu'à la licence.
L’écrivain débutant
vignette|Portrait en lavis d’Honoré de Balzac vers 1825, attribué à Achille Devéria. Son père, alors âgé de 73 ans, ayant été mis à la retraite, la famille n'a plus les moyens de vivre à Paris et déménage à Villeparisis. Le jeune Balzac ne veut pas quitter Paris et dit vouloir se consacrer à la littérature. Ses parents le logent alors, en , dans une mansarde, au 9, rue de Lesdiguières, et lui laissent deux ans pour et un budget annuel d'une centaine de francs. Balzac rappellera dans Illusions perdues cette période de sa vie. Dans Facino Cane, il mentionne même le nom de la rue et évoque le plaisir qu'il prenait à s'imaginer la vie des autres :
Il travaille à un projet de Discours sur l'immortalité de l'âme, lit Malebranche, Descartes et entreprend de traduire Spinoza du latin au français. En même temps, il se lance en littérature et, prenant son inspiration dans un personnage de Shakespeare, rédige une tragédie de , Cromwell (1820). Lorsqu'il présente cette pièce à ses proches, l'accueil se révèle décevant. Consulté, l'académicien François Andrieux le décourage de poursuivre dans cette voie..
vignette|left|Portrait de l'Irlandais Charles Robert Maturin, dont Balzac lit les romans gothiques.
Le jeune homme s’oriente alors vers le roman historique dans la veine de Walter Scott, dont la traduction d’Ivanhoé, parue en , rencontre en France un immense succès. Sous le titre Œuvres de l'abbé Savonati, il réunit d'abord deux textes, Agathise (entièrement disparu) et Falthurne, récit . Dans un autre texte, Corsino, il imagine un jeune Provençal, nommé Nehoro (anagramme d'Honoré) qui rencontre dans un château écossais un Italien, avec lequel il discute de métaphysique. Ces ébauches sont vite abandonnées et ne seront pas publiées de son vivant. Il en va de même de Sténie ou les Erreurs philosophiques, un roman par lettres, esquissé l'année précédente et qui s'inspire de La Nouvelle Héloïse.
En 1821, Balzac s'associe avec Étienne Arago et Lepoitevin pour produire ce qu'il appelle lui-même de . Soucieux de ne pas salir son nom par une production qu'il qualifie lui-même de , , , ., il publie sous le pseudonyme de Lord R’hoone (autre anagramme d'Honoré). Parmi ces œuvres, on compte notamment : L'Héritière de Birague, Clotilde de Lusignan, Le Vicaire des Ardennes (interdit et saisi, mais c'est le seul roman de cette époque qui ait échappé à l'échec commercial). et Jean-Louis. Ces ouvrages en petit format in-12 rencontrent un certain public dans les cabinets de lecture, si bien que l'auteur croit avoir trouvé un filon productif. Dans une lettre à sa sœur Laure, datée de , il se fait fort de produire un roman par mois : . En fait, il dépasse même cet objectif, car il déclare un peu plus tard avoir écrit huit volumes en trois mois, , . Selon Taine, Balzac aurait écrit ().. De cette période date, notamment, L'Anonyme, ou, Ni père ni mère signé sous le double pseudonyme de son commanditaire A. Viellerglé Saint-Alme et Auguste Le Poitevin de L'ÉgrevillePublié en 1823 (lire en ligne) et réédité en 2003..