Le débat télévisé du second tour de l'élection présidentielle, parfois appelé débat de l'entre-deux-tours, est un événement politique et médiatique des élections présidentielles françaises sous la Cinquième République.

Bien que ne constituant pas une obligation, le débat télévisé entre les finalistes est devenu au cours des années une tradition. Rituel républicain inauguré en 1974 avec la confrontation de Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, cet événement attendu s'inspire de la pratique américaine, le même type de rendez-vous existant depuis aux États-Unis, date d'un débat entre Richard Nixon et John Fitzgerald Kennedy, les débats américains relevant au contraire des français de l'interaction indirecte.

Au sein de la grande famille des débats politico-médiatiques, ce cérémonial dont les règles se sont rapidement stabilisées, occupe une place privilégiée de par l'importance de son audience et la gravité de son enjeu. Son dispositifLieu de l'enregistrement, date, durée…, sa charte de réalisation, la scénographie construite entre les débattants, les journalistes modérateurs et le public, le scriptLe corps du débat est découpé en grandes séquences médiatiques (thèmes politiques) et est encadré par une séquence d'ouverture et une séquence de clôture, cette dernière comportant une règle de « non-interruption de la conclusion » de chaque candidat lors de la double péroraison finale., les stratégies de questionnement (ou de non questionnement) de ces journalistes, et les procédés rhétoriques que les candidats mobilisent (clashs, figures de style, petites phrases relevant d'attaques verbales, procédés argumentatifsCes procédés relèvent des trois registres classiques de la rhétorique associant raison (logos), émotion (pathos) et prestance (ethos), et qui font appel aux arguments d'ordre émotionnel et rationnel (adage « », « plaire, instruire, émouvoir » de Cicéron, De Oratore, livre II).) sont suffisamment spécifiques et contraignants pour que l'on puisse parler à ce sujet d'un « genre » particulier — et même « unique en son genre ». Chaque débat donne ainsi lieu à de nombreux commentaires et analyses du discours politique de la part de journalistes, politologues et linguistes.

Historique Prémices Lors de l'élection présidentielle de 1965, Charles de Gaulle n'utilise pas son temps de parole officiel, pensant l'emporter dès le premier tour ; mis en ballotage par François Mitterrand, il accepte néanmoins de dialoguer à la télévision avec le journaliste Michel Droit. Au scrutin de 1969, Georges Pompidou ne débat pas non plus avec son adversaire Alain Poher mais accepte de converser à la radio avec le leader centriste Jacques DuhamelÉric Zemmour, « Les yeux dans les yeux, je le conteste », Le Figaro Magazine, semaine du 27 avril 2012, pages 40-44..

S'inspirant des débats présidentiels américains depuis 1960, les journalistes Michel Bassi et Alain Duhamel ont l'idée de lancer sur le même modèle un débat de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle à la télévision française. Il se tient pour la première fois le .

Généralités Organisation Généralement, des journalistes et animateurs, directeurs et directrices de l'information, etc. des première et deuxième chaîne de la télévision française (Première chaîne de l'ORTF, Deuxième chaîne de l'ORTF, TF1, Antenne 2/France 2) sont choisis pour animer ce débat du second tour de l'élection présidentielle. Il est diffusé simultanément à la télévision et à la radio.

Animation

Huit duos mixtes ont animé le débat. Le tandem Alain Duhamel-Guillaume Durand, en 1995, est le premier et le seul duo masculin à ce jour à l'avoir présenté. Michèle Cotta et Alain Duhamel sont les deux personnalités qui l'ont arbitré deux fois (respectivement en 1981 et 1988 ; 1974 et 1995). Par ailleurs, Alain Duhamel en reste à ce jour le plus jeune animateur (33 ans en ).

Règles : durée du débat, temps de parole La durée globale du débat du second tour de l'élection présidentielle (le temps d'antenne) est fixée par les organisateurs et les équipes des candidats en fonction du nombre de thématiques choisies, mais le débordement est toléré et même usuel. Le débat a ainsi une durée très variable, passant d'1 heure et 41 minutes en 1974 (Valéry Giscard d’Estaing/François Mitterrand) à 2 heures et 50 minutes en 2012 (François Hollande/Nicolas Sarkozy). L'alternance des tours de parole est prise en charge par les candidats ou, à défaut, par les animateurs, pour gérer les multiples délits conversationnels (interruptions ou chevauchements de parole qui répondent à diverses motivations : entrave du déroulement de l'exposé, souci de relever ou rectifier une erreur ou une contrevérité). Des chronomètres signalent la répartition du temps de parole dont les deux journalistes assurent un arbitrage strict..

Protagonistes Neuf personnes qualifiées pour le second tour de l'élection présidentielle (7 hommes et 2 femmes) ont participé au moins une fois au débat : Valéry Giscard d'Estaing (2 fois), François Mitterrand (3 fois), Jacques Chirac (2), Lionel Jospin (1), Nicolas Sarkozy (2), Ségolène Royal (1), François Hollande (1), Emmanuel Macron (2), Marine Le Pen (2). Quatre ont été des présidents sortants (Valéry Giscard d'Estaing en 1981, François Mitterrand en 1988, Nicolas Sarkozy en 2012 et Emmanuel Macron en 2022).

Quatre candidats se sont retrouvés face à face deux fois et ce, de façon consécutive : Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand (en 1974 et 1981) ; Emmanuel Macron et Marine Le Pen (en 2017 et 2022).

Sondages d'opinion Les sondages d'opinion réalisés après chaque débat permettent aux sondeurs de poser plusieurs questions aux personnes interrogées sur cet événement politique, et en premier lieu sur le vainqueur du duel. Ce type de question aux sondés pose la problématique du sondage relative à ce type de question.

Composition et déroulement des débats Débat du 10 mai 1974

Titre : Campagne pour l'élection du président de la République Protagonistes : François Mitterrand (43,25 %) et Valéry Giscard d'Estaing (32,60 %) Présentateurs : Jacqueline Baudrier et Alain Duhamel Lieu : Studio 101 de la Maison de la Radio à Paris Réalisateur : Roger Benamou Diffusion : en direct sur la Première chaîne et la Deuxième chaîne de l'ORTF, à la radio sur France Inter ; relayé par les radios périphériques et diffusé par une douzaine de télévisions de pays européens et africains. Durée : 1 h 41 Audience (France uniquement) : environ 25 millions de téléspectateurs..

Pour la première fois, les candidats du second tour d'une élection présidentielle acceptent de se confronter verbalement dans un débat télévisé. Ainsi, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand sont en confrontation directe. Les deux finalistes du second tour sont alors à égalité dans les sondages. De plus, la Commission nationale de contrôle a accepté ce débat proposé par le président-directeur-général de l'ORTF, Marceau Long. Les deux journalistes et le réalisateur ont été choisis en accord avec les candidats eux-mêmes. Les journalistes animant le débat ne sont autorisés qu'à faire respecter les temps de parole et à veiller au bon déroulement du débat. Ils ne sont pas tenus de poser des questions aux candidats. Les temps de parole sont représentés par deux grands chronomètres avec le nom des deux candidats inscrits au-dessus mais ne sont pas visibles durant les échanges entre les deux candidats.

La journaliste-présentatrice Jacqueline Baudrier affirme que ce débat est un . Il ouvre la campagne du deuxième tour de l'élection présidentielle à l'ORTF.

La durée prévue est de : les deux candidats ont accepté de donner de leur temps de parole que la loi leur accorde pour le second tour de l'élection présidentielle.

Les grands thèmes de ce débat sont : la politique étrangère, les institutions, les libertés, la politique économique et sociale.

Un tirage au sort a été effectué avant la tenue du débat : Valéry Giscard d'Estaing prend le premier la parole et François Mitterrand sera le dernier à énoncer sa conclusion. Une des petites phrases restée célèbre« Débats de l'entre-deux tours : les petites phrases qui ont fait mouche », Quoi.info, 2 mai 2012. est celle prononcée par Giscard d'Estaing disant à Mitterrand . Tout au long du débat, François Mitterrand critique le bilan de la majorité et du gouvernement sortant (gouvernement Messmer sous la présidence de Georges Pompidou puis d'Alain Poher par intérim) dans lequel Valéry Giscard d'Estaing siège en tant que ministre de l'Économie et des Finances. Quant à Giscard d'Estaing, il reproche à Mitterrand d'être avec lequel . C'est entre autres une allusion à la longue carrière de François Mitterrand, qui avait été nommé ministre pour la première fois 27 ans plus tôt. Valéry Giscard d'Estaing pose également des questions en rafale à son adversaire concernant sa capacité à gouverner avec les communistes et essaie de le déstabiliser en faisant référence à Clermont-Ferrand, , ville d'origine d'Anne Pingeot, la maîtresse du candidat socialiste et enceinte de Mazarine en (toutefois à l'époque, seul François Mitterrand peut comprendre l'allusion, cette histoire n'étant pas publique, et seulement révélée à l'automne 1994, même si le tout-Paris journalistique avait déjà eu vent de la double vie de Mitterrand).

Il est à noter que le premier débat entre deux candidats à l'élection présidentielle en France a eu lieu en 1974, avant le premier tour, également entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, mais à la radio. Diffusé en direct, devant un public, on entend notamment Mitterrand affirmer : « Je ne suis pas Flaubert », et Giscard lui répondre : « Peut-être que les électeurs vous permettront de le devenir ». Puis les deux hommes dissertent sur le nombre 11. Mitterrand : « Vous avez été onze ans ministre ». Giscard : « Vous, vous l'avez été onze fois, j'ai compté »..

D'une durée de et , ce débat est le plus court (toutes années confondues).

Le lendemain du débat de l'entre deux-tours, Valéry Giscard d'Estaing gagne 1,5 point dans les sondages.

Le vainqueur de l'élection présidentielle est Valéry Giscard d'Estaing (50,81 %).

Débat du 5 mai 1981

Titre : Campagne en vue de l'élection du président de la République Protagonistes : Valéry Giscard d'Estaing (28,32 %) et François Mitterrand (25,85 %) Présentateurs : Jean Boissonnat, (journaliste à L'Expansion et éditorialiste à Europe 1) et Michèle Cotta (journaliste rédactrice en chef à RTL) Lieu : Studio 101 de la Maison de la Radio à Paris Réalisateur : Lucien Gavinet Diffusion : Durée : Audience (France uniquement) : environ de téléspectateurs« Plus de 20 millions de téléspectateurs devant leur poste pour suivre le débat Sarkozy-Royal », Le Monde, 3 mai 2007..

Pour la première fois dans la République, les deux candidats pour le second tour sont les mêmes que lors de l'élection présidentielle précédente. Le débat télévisé de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle 1981 reprend donc les mêmes adversaires qu'en 1974 : cette « revanche » oppose le président de la République sortant Valéry Giscard d'Estaing et son adversaire de gauche, François Mitterrand.