En art, un modèle est une personne qui se laisse observer par un ou plusieurs artistes ou étudiants en vue de la réalisation d'un ouvrage ayant pour sujet tout ou partie du corps humain. Les écoles de beaux-arts ou d'arts plastiques emploient souvent des modèles dans le cadre de l'enseignement. Les disciplines artistiques qui font le plus couramment appel à des modèles sont le dessin, la peinture, la photographie et la sculpture.
Le modèle peut être appelé « modèle vivant » par opposition au modèle inanimé, souvent un dessin, une peinture ou sculpture, « modèle nu » pour indiquer qu'il ne s'agit pas de pose en costume, « modèle d'art » pour affirmer l'appartenance à ce domaine.
Caractéristiques Un modèle pose en vue d'un enseignement ou d'un projet artistique dont l'objet n'est pas la réalisation d'un portrait. Les modèles, professionnels, occasionnels ou amateurs, peuvent poser habillés, costumés ou nus, pour leur visage, leur corps ou des parties de leur corps comme les mains, les jambes ou les pieds.
Quels que soient son sexe, sa morphologie, son âge et sa plastique, le modèle est considéré pour ce qu'il est et pour ce qu'il propose, et sa qualité de présence est essentielle. Il lui faut accepter le regard attentif, voire scrutateur, d'une ou plusieurs personnes, ce qui est peu admis dans des circonstances ordinaires, et moins encore lorsque l'on est dévêtu..
Pour les poses longues, le modèle doit être capable de rester immobile et de retrouver la pose après un temps de récupération. Pour les poses courtes qui se multiplient au cours d'une séance, il doit faire preuve de créativité. et comprendre les attentes et besoins de l'artiste qui la représente et, le cas échéant, du professeur et de ses élèves.
Poses
La pose d'un modèle est la posture statique qu'il tient pendant que l'artiste la représente ; par métonymie, on appelle aussi « pose » l'attitude de la figure représentée. sur le dessin, le tableau, la sculpture ou la photographie. La pose est, à proprement parler, immobile ; Trésor de la langue française. ; cependant, quand on demande à un modèle expérimenté de bouger, on parle de « pose en mouvement »..
Lecoq proposa à ses élèves avancés des séances où le modèle nu effectuerait, dans la lumière naturelle d'un extérieur, des mouvements utiles, afin que les élèves puissent observer, puis rendre de mémoire, la dynamique de l'attitude et le jeu de la musculature., de façon que leurs notions d'anatomie artistique se complètent par l'observation du vivant..
Lorsque la pose doit s'insérer dans une composition, ou quand elle fait partie d'un enseignement académique, l'artiste ou le professeur décide de la pose ; c'était autrefois la norme donne la définition en vigueur de son temps en introduction.. Sinon, le modèle la choisit selon son style et sa conception du métier, en tenant compte du temps imparti.. Une pose peut être difficile à tenir plus de quelques minutes. Le temps de pose peut atteindre plusieurs heures par périodes séparées par des repos. Les poses plus courtes, allant de quelques dizaines de secondes à quelques minutes, servent pour des croquis.
Approches pratiques thumb|Séance de pose aux beaux-arts (fin )
Enseignement La nudité et l'immobilité du modèle permettent une étude de la morphologie, des proportions, des volumes, des ombres, des lignes et de la gestuelle du corps humain. Le sujet et la variété infinie des morphologies et des poses possibles font de l'étude du modèle et de la représentation du corps un exercice de base dans toutes les disciplines graphiques et plastiques. Dans le dessin, par exemple, le croquis de nu est l'une des pratiques de l'apprentissage du dessin d'observation.
Création Dans l'art figuratif, le recours à un modèle vivant permet à l'artiste de s'assurer de la conformité de ce qu'il représente à une possibilité humaine ; le modèle contribue à renouveler son imagination pour lui éviter de reproduire sans cesse la même manière et s'éloigner de la nature. Selon André Lhote, écrivant en 1950, .
Au , des jeunes femmes comme Madame Cavé ou Victorine Meurant gagnent leur vie en posant, faute de vivre de leur production artistique. Dans la position de modèle, elles observent dans l'atelier les méthodes et le style des peintres, apprennent de manière informelle certains aspects du métier, participent au milieu artistique. Suzanne Valadon, devenue célèbre pour son propre compte, confiera à un critique d'art quelques souvenirs de modèle : .
Métier
Comme occupation professionnelle, le modèle d'art est, depuis qu'on en a des traces, à la limite de l'emploi formel et informel. Des écoles emploient des modèles, rémunérés à l'année. Une collecte parmi les étudiants, le « cornet » de papier où l'on glisse une pièce ou un billet, complète le faible salaire et témoigne de la popularité du modèle. Les artistes reconnaissent les modèles permanents, sans qu'ils soient nommés, dans les travaux de leurs collègues ; il recherchent une plus grande variété de corps à dessiner, ce qui ouvre la possibilité d'emploi de modèles occasionnels, dont la rémunération est décidée entièrement de gré à gré. N'exigeant aucun capital initial ni aucune formation, la position de modèle est ouverte à toute personne qui accepte d'en affronter les difficultés. Dans certains cas, le « cornet » devient le seul salaire. Au , cette situation précaire, qui a été aussi celle des serveurs de cafés et restaurant, n'est plus officiellement admise en France. La rémunération non-déclarée persiste toutefois beaucoup chez les particuliers qui n'ont aucun moyen légal de rémunérer un modèle. En France, les écoles établissent un contrat pour rémunérer le modèle en salaire, à la vacation. Les associations peuvent avoir recours au chèque emploi associatif. Certains modèles et employeurs utilisent le statut de micro-entrepreneur, souvent par méconnaissance du droit français qui l'interdit aux modèles travaillant pour des écoles, avec lesquelles ils entretiennent un lien de subordination, comme aux mannequins qui dépendent d'une agence.
Le modèle dans la littérature . La relation entre l'artiste et son modèle, vécue, au au moins, comme intime et trouble, a suscité de nombreuses pages de fiction, de théâtre et d'opéra ; au Anaïs Nin exploite ces ressources dans une nouvelle érotique du recueil Les petits oiseaux. comme dans Trilby de George du Maurier. Ces productions donnent peu de renseignements sur l'acte de poser pour un artiste ou un atelier d'étudiants. Les études savantes se basent le plus souvent sur le point de vue des artistes ou de leurs spectateurs, critiques et théoriciens.
Émile de La Bédollière trace en 1840 le portrait du modèle, poseur ou poseuse, profession décriée, dit-il, mais , qui mérite le respect. Cependant, la description qu'il en fait manque singulièrement de sympathie : le modèle, mal payé à trois francs par jour, fait tout pour réduire sa tâche. Il est des modèles célèbres dans les ateliers, quoiqu'ignorés du public, comme Dubosc ; mais les n'avouent jamais leur profession. ., malgré l'histoire d'un modèle féminin idéalisé qu'a publiée Jules Janin.. Champfleury fait en 1846 du modèle Cadamour, qui selon La Bédollière était bien connu dans les ateliers en son temps, un de ses Excentriques ; les aventures du personnage picaresque en disent peu sur la réalité de son métier. Cadamour, mort avant 1852.devint plus ou moins légendaireIl figure encore dans .. Edmond Texier reconnaît les qualités d'endurance des modèles, pour affirmer qu'un modèle , mais selon lui, un modèle qui a du succès n'abandonne pas pour autant le modelat. Les femmes sont un peu mieux rémunérées, vingt sous de l'heure contre quinze pour les hommes ; mais la femme n'a que dix ans d'exercice dans les ateliers, alors que les hommes peuvent en avoir cinquante. Parmi les anciens, le père Koth, le père Girard, Dubosc, spéc. ..
Les frères Goncourt ont voulu décrire, dans Manette Salomon, l'apprentissage et la pratique artistique du temps de la Monarchie de Juillet.. Le personnage qui donne son titre à ce roman qui passe pour la première représentation réaliste de la vie d'artiste au . est une femme qui pose pour les artistes. Les descriptions des méthodes et habitudes des ateliers s'accumulent, ainsi que les jugements de valeur, notamment l'antisémitisme mondain de la fin du siècle. On y constate la prédominance du modèle masculin : , avec les noms et particularités des plus célèbres ; tous engagés pour des poses d'une semaine en séances de cinq heures..
Amaury-Duval . Vers 1825, le modèle pose cinq heures, toujours le matin, avec, comme aujourd'hui, un quart d'heure de repos à chaque heure. ; le métier est . Amaury-Duval cite néanmoins un homme, doté d'une belle barbe, qui se fait modèle à cause de la misère. À propos des femmes, il affirme que le protégeait alors la chasteté des poseuses, comme les appelait le beau monde ; mais que les temps ont changé. Il ne commentera pas plus leur travail.
Gustave Crauk, rédigeant une biographie du modèle professionnel Dubosc (1797-1877), discourt principalement des artistes du passé, et ne donne pratiquement aucune information sur le métier de modèle, en dehors du fait que Dubosc commença à poser à l'âge de sept ans, jusqu'à arriver () à ceux qu'il a lui-même connu aux Beaux-Arts vers 1845. . Suit une liste de noms, de types, et d'œuvres pour lesquelles ils ont posé. L'éloge de Dubosc seul donne une indication des qualités requises : . De cette même époque, L'Atelier du peintre de Gustave Courbet montre un modèle masculin, les bras suspendus dans la pose dans l'ombre du fond de l'atelier. Les élèves payaient le modèle, , et n'aimaient pas Dubosc, trop intraitable sur le salaire et les horaires. . En quatre pages sur 287, l'auteur a épuisé, à quelques détails épars près, son hommage au modèle, hommage dû au legs de Dubosc à une fondation en faveur des jeunes artistesVoir aussi et . cite les mêmes modèles, sans en dire plus sur le métier. écrivait déjà que Dubosc .. Selon Crauk, pendant le Second Empire les modèles italiens remplacèrent les Français, et les plus belles des femmes modèles trouvèrent un gagne-pain moins pénible en étant entretenues par les nouveaux riches.
vignette|Georges Seurat, Les Poseuses (1885). Ce n'est pas la description que donne, en 1884, Émile Blavet, un des rares auteurs à décrire la fonction de modèle. Pour lui, les femmes modèles sont, avant tout, diverses. La pose suspend ce que la nudité peut avoir de scandaleux ou d'érotique. La femme modèle peut être modeste ou se faire une haute opinion de sa contribution à l'art. L'artiste apprécie, plus que son physique, sa capacité à bien poser. Blavet connaissait suffisamment les modèles pour noter leur présence au Salon, le premier jour d'ouverture gratuite ; les modèles sont pauvres..
La profession de modèle n'est pas plus rémunératrice au : . Ce n'est pas le cas de toutes. Dina Vierny, modèle d'Aristide Maillol, gagnera l'affection de l'artiste et la confiance de ses héritiers.
Le point de vue de la modèle peut être un projet littéraire. , écrit une philosophe, tandis qu'une autre porte son regard sur les dessinateurs. .
Le modèle au cinéma La Belle Noiseuse, de Jacques Rivette (1991), avec Emmanuelle Béart comme modèle. La Jeune Fille à la perle, de Peter Webber (2003), avec Scarlett Johansson comme modèle. L'Artiste et son modèle, de Fernando Trueba (2012), avec Aida Folch comme modèle.
Reconnaissance du modèle