La catholicité – issu du terme latin , lui-même emprunté au grec signifiant « général, universel » – désigne par son étymologie le caractère de ce qui est « universel », notamment, en théologie, l'« universalité de vocation ». Mais ce mot a d'autres sensArticle Catholicité du TLFI, consulté le 19/05/2014.
Significations Universalité de vocation La « catholicité » - au sens d'« universalité » –- est une qualité revendiquée par nombre d'Églises chrétiennescf. Yves Congar, « Romanité et catholicité. Histoire de la conjonction changeante de deux dimensions de l’Église », in Revue des sciences philosophiques et théologiques, vol. lxxi/1, 1987, , notamment parmi celles qui se réclament du symbole de Nicée, dans lequel elles participent des « quatre notes de l'Église » : une, sainte, catholique et apostolique.
Conformité au catholicisme Doctrine Apparu en français au milieu du , le terme, de nature didactique, désigne « la conformité à la doctrine catholique »Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française éd. Le Robert, 1998, et est resté d'un emploi rare tandis que « catholicisme », synonyme précédemment rare de « catholicité » est devenu d'usage courant depuis 1794 pour désigner l'Église catholiqueAlain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française éd. Le Robert, 1998, .. La « catholicité » désigne alors la « conformité à la doctrine propre à l'Église catholique ».
Registres paroissiaux Un acte de catholicité est un document attestant qu'une personne a reçu un sacrementSite de la Mairie de Paris, 2013..
Les actes de baptême, mariage et décès sont généralement écrits dans un registre paroissial, tenant lieu d'état civil jusqu'à la révolution française.
Appartenance au catholicisme Par métonymie, le terme de catholicité peut désigner l'ensemble des fidèles de l'Église catholique. Catholicité peut signifier également l'appartenance à l'Église, vue sous un angle administratif, ainsi le registre de catholicité ci-dessus.
Le débat sur la catholicité Depuis le , un débat sur la catholicité a lieu à l'intérieur du monde catholique et, plus largement, au sein du christianisme. Il met en jeu plusieurs notions d'ordre théologique.
L’universalité de l’Église
Chez les Pères apostoliques
Le corpus des écrits des Pères apostoliques regroupe tous les plus anciens textes chrétiens ne figurant pas dans le Nouveau Testament. Ces neuf textes ont été écrits alors que se constituait le canon des écritures chrétiennes. Il y a ainsi un « tuilage » entre l’histoire rédactionnelle des textes du Nouveau Testament qui va des années 50 aux années 110 et celle des écrits des pères apostoliquesDominique Bernard, « Introduction » dans Les Pères Apostoliques, texte intégral, Paris, Cerf, 2006, p. 12. .
Les premières mentions de l’Église
La première mention de l’expression « Église catholique » se trouve dans la lettre d’Ignace d'Antioche aux Smyrniotes, un écrit qui date au plus tôt de 107 au plus tard de 112, date de la mort de son auteur. On trouve aussi quatre fois le mot catholique dans le Martyre de Polycarpe="Louvel PA 507-509" . Ce récit est de quelques années postérieur à la lettre d’Ignace aux Smyrniotes, a été écrit dans la communauté de Smyrne en étant adressé de la façon suivante : Le Martyre de Polycarpe dans Les Pères Apostoliques, texte intégral, Paris, Cerf, 2006, p. 243. .
L’émergence de l’évêque dans les communautés
Ignace était évêque d'Antioche. Dans ses lettres il exprime qu'il se considérait comme . L'unité au service de laquelle entendait se mettre Ignace est avant tout celle de Dieu, tandis que l'unité à réaliser sur terre par les chrétiens se conçoit chez Ignace comme l'image de l'unité de DieuBenoît XVI, Les bâtisseurs de l'Église, Salvator, 2008, p. 159. . L'unité qui se réalise avec l'évêque entre les membres de la communauté, est aussi une unité ou une harmonie que chacun doit trouver en lui-même :
Dans l’apologétique chrétienne
Cyprien de Carthage thumb|Icône orthodoxe de Cyprien de Carthage. Cyprien de Carthage, écrivant en latin, a laissé une œuvre qui n'est pas trop spéculative, plutôt destinée à l'édification morale de la communauté dont il était l'évêque. Prêchant sur l'Église, il distingue Benoît XVI;, Les bâtisseurs de l'Église, p. 197. tout en affirmant que l'Église est une, fondée sur Pierre. En ce sens Cyprien écrit Cyprien de Carthage, L'unité de l'Église catholique, IV.. Pour Cyprien, le ministère de Pierre est celui de chaque évêque, et ces évêques ont le devoir absolu de maintenir l'unité entre eux, de même que les apôtres étaient unis en se rapportant à Pierre, le premier d'entre eux. Dans L'unité de l'Église catholique, Cyprien donne de nombreuses images pour exprimer cette unité dans laquelle chaque partie possède la plénitude du tout dans la mesure où elle lui est unie :
Cyprien est l'auteur d'une phrase devenue célèbre et qui fit l'objet de nombreuses interprétations pas toujours concordantes par la suite : Cyprien de Carthage, Lettres 4,4 et 73,21.. Dans les débats sur le sens dans lequel il faut comprendre cet adage devenu une formule dogmatique, c'est-à-dire un article de foi définie, les interprétations oscilleront entre l'idée selon laquelle l'Église est nécessaire au salut de tous, même de ceux qui ne sont pas baptisés, et celle beaucoup plus restrictive selon laquelle celui qui n'est pas baptisé dans l'Église catholique en communion avec le successeur de Pierre et y demeure jusqu'à sa mort ne peut être sauvéBernard Sesboüé, Hors de l'Église pas de salut Histoire d'une formule et problèmes d'interprétation, Paris, Desclée de Brouwer, 2004.. Bien que dans les écrits de Cyprien F. A . Sullivan, Savaltion outside the Church ?, p. 22-23., cette question alors envisagée comme celle du « salut des infidèles », suscita un vif débat au . Un jésuite américain, Leonard Feeney, qui tenait à la compréhension la plus restrictive de l'adage, fut sommé en 1949 par la Congrégation pour la doctrine de la foi de revoir sa position. Rome défendait que l'adage de Cyprien devait être compris dans les limites que lui imposaient d'autres principes dogmatiquesLettre du Saint-Office à l'archevêque de Boston (8 août 1949), Denzinger 3866-3873..
L’universalité de la voie chrétienne chez Augustin
Pour Augustin d'Hippone, le christianisme est absolument universel, tandis que l’Église ne peut se renfermer sur un peuple ou un territoire donné. Augustin s’est ainsi battu autant contre ceux qui, tel le philosophe Porphyre, estimaient qu’il n’y avait pas de sagesse ou de philosophie universelle, que contre ceux qui tels les donatistes ont pensé le christianisme comme la sagesse particulière d’une communauté ou d’un nombre limité d’individu. Pour Augustin, il existe une « voie universelle » :
Jean Chrysostome : la force de l'Église
L'orthodoxie des pères cappadociens
Les développements de la question de la primauté
Vatican I
Avec le premier concile œcuménique du Vatican l'affirmation de la souveraineté du pape sur l'Église a culminé. Ceux qui parmi les catholiques ont refusé les dogmes promulgués à cette époque ont déclaré constater la vacance du siège pontifical et se sont constitués en Églises autocéphales ou autonomes appelées Églises vieille-catholiques. Le dogme de l'infaillibilité pontificale et la juridiction universelle du pape sur l'Église ont aussi été jugées inacceptables par les orthodoxes dans la mesure où cela placerait le pape « au-dessus » du concile et de l'Église, c'est-à-dire finalement hors d'elle. Dans les débats qui ont suivi le concile Vatican I, des explications ont été données par le pape pour nuancer l’interprétation et l'intention des dogmes qui furent proclamés affirmant qu'elle devaient être comprises dans les strictes limites de ce qu'autorise la tradition de l’Église.
Pour les orthodoxes la primauté de l’Église de Rome se conçoit, non pas en termes de monarchie pontificale tel que cela s'est imposé dans le second millénaire et a culminé en 1870, mais en fonction de ce qu'était la primauté dans le premier millénaire. Il s'agit en premier lieu d'une primauté à l'Église de Rome dont le pape est l'évêque et non pas d'une primauté qui revient personnellement au pape dont le rôle et la singularité n'ont cessé de se renforcer au cours du second millénaire. À ce sujet, Benoit XVI écrit, alors qu'il envisage le rétablissement de la communion avec les orthodoxes : Cardinal J. Ratzinger, Les fondements de la théologie catholique. p. 222..
Références
Bibliographie Gérard Siegwalt, Dogmatique pour la catholicité évangélique, 9 vol., Labor et Fides
Liens externes Site des éditions du Cerf Un texte d'Yves Congar : résumé d'un débat avec Vladimir Lossky
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