La Legio IIII Flavia Felix (litt : la quatrième légion flavienne marquée par la chance)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (4) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). À noter pour les quatrièmes légions, que l’on retrouve plus souvent le nombre écrit sous la forme « IIII » que « IV ». , fut une légion de l’armée romaine reconstituée en 70 par l’empereur Vespasien pour remplacer la Legio IIII Macedonica créée sous Jules César en 48 avant Jésus-Christ mais dissoute par le même Vespasien, probablement parce qu’elle avait soutenu son rival Vitellius en 68/69 (l'année des quatre empereurs). De la même façon, la XVI Gallica fut dissoute et reconstituée sous le nom de XVI Flavia FirmaLendering (2002) para 1..
Elle fut d’abord stationnée en Dalmatie où elle remplaça la Legio XI Claudia transférée sur le Rhin. Lorsque Domitien, à la suite des guerres contre les Daces, divisa la Mésie en deux parties, elle reçut comme mission la protection de la Mésie supérieure et installa ses quartiers généraux à Singidunum (Belgrade).
Sous l’empereur Trajan elle contribua à sécuriser les Portes de Fer, importante voie de communication reliant la Serbie et la Roumanie, après quoi Hadrien la retransféra à Belgrade. La situation dans la région du Danube étant relativement calme dans les deux derniers tiers du , des détachements de la légion purent être envoyés à Aquincum (Budapest) et participer aux campagnes de Marc Aurèle contre les tribus au-delà de ce fleuve.
Au cours du , la légion fut mise à contribution dans les campagnes contre les Sassanides, successeurs des Parthes, ainsi que contre les Alamans sur le Rhin. Elle continua toutefois ses activités en Mésie supérieure où elle est mentionnée pour la dernière fois au début du .
Le cognomen Flavia Felix rappelait l’heureuse victoire de l’empereur Vespasien lors de la première Année des quatre empereurs (juin 68-décembre 69) qui marqua l’arrivée au pouvoir de la dynastie des Flaviens.
Le symbole de la légion était un lion.
Une légion reconstituée
Jules César avait levé la Legio IV Macedonia en 48 lorsque Pompée, Caton le Jeune et la partie conservatrice du Sénat s’étaient enfuis en Grèce. Après la mort de César, elle soutint Octave, le fils adoptif de CésarGomez-Pantoja (2000) .. En 30 av. J.-C., Octave, devenu Auguste, envoya la légion en Espagne (Hispania Taraconenensis) pour prendre part aux guerres cantabres (29-19 av. J.-C.)Gomez-Pantoja (2000) .. Elle fut transférée entre 39 et 43 apr. J.-C. en Germanie supérieure pour remplacer la Legio XIV Germina alors stationnée à Moguntiacum (aujourd’hui Mayence). Avec la Legio XXII Primigenia, la légion soutint Vitellius proclamé empereur par ses légions en janvier 69Tacite, Histoires, livre I, 56-57; Suétone, Vies des douze Césars, « Vitellius », ch. VIII.. Elle participa aux combats d’abord contre Othon, puis contre Vespasien qui finit par l’emporter. Pendant la révolte des Bataves (69/70), La Macedonica protégea Mayence et combattit les rebelles sous le commandement de Q. Petillius Cerialis. Sa conduite fut exemplaire. Mais Vespasien, se méfiant probablement des légionnaires qui avaient appuyé Vitellius, décida de dissoudre à la fois la Legio IIII Macedonia et la Legio XVI Gallica qui furent reconstituées sous le nom de Legio IIII Flavia Felix et Legio XVI Flavia Firma, portant ainsi le nombre total des légions à vingt-neuf dont vingt-sept étaient stationnées aux frontières.
Gnaeus Julius Agricola (le futur beau-père de l’historien Tacite) fut chargé de superviser la création de la nouvelle légion. Aux anciens légionnaires de la Legio IIII Macedonia, s’ajoutèrent de nouveaux légionnaires du nord de l’Italie et probablement du sud de la Gaule. La nouvelle légion reçut ses aigles à la fin de juillet ou début d’aout 70Lendering (2002) para 2.Levick (1999) .
Histoire de la légion
Sous la dynastie flavienne
thumb|right|Fortifications romaines de Singidunum.
La nouvelle Legio IIII Flavia Felix fut d’abord stationnée à Burnum (aujourd’hui Kistanje) en Dalmatie où elle remplaça la Legio XI Claudia transférée sur le RhinLendering (2002) para 3.Wilkes (2000) ..
Domitien (r. 81-96) au début de son règne établit des vétérans de plusieurs légions dont la IIII Flavia Felix dans la nouvelle ville de Scupi (Skopje)Mirkovic (1977) .. En 86, les Daces envahirent l’Empire romain. Domitien réorganisa alors la province de Mésie, la divisant en deux : la Mésie supérieure (partie occidentale du Danube inférieur) que la Legio IIII Flavia Felix reçut mission de défendre et la Mésie inférieureLendering (2002) para 5.. Sous la conduite du général Lucius Tettius Iulianus, elle prit part l’année suivante avec huit autres légions à la bataille de Tapae qui vit la défaite du roi dace DécébalWebster (1998) .Lendering (2002) para 6.. Après la guerre contre les Daces, la légion ou au moins un de ses détachements (vexillatio/nes) fut stationnée à Viminatium, quartier général de la Legio VII Claudia. Finalement, Domitien la déplaça vers la Mésie supérieure à Singidunum (aujourd’hui Belgrade)Mócsy (1974) ..
Sous la dynastie des Antonins
thumb|left|La province romaine de Dacie et sa capitale, Colonia Ulpia Traiana Augusta Dacica Sarmizegetusa.
En 98, sur ordre du nouvel empereur Trajan (r. 98-117), la légion construisit une route dans le nord du Danube en vue de l’expédition contre les Daces qui se tint de 101 à 103. Cette route militaire qui partait de Belgrade, passait à flanc de montagne sur la rive droite des Portes de Fer avant d’atteindre une zone plus plate où l’empereur fit construire un pont et draguer un chenal pour éviter les rapides : les Portes de fer étaient ainsi sécurisées de chaque côté par des troupes romaines. En 101, la légion prit part, sous les ordres de Manius Laberius Maximus à la première guerre contre les DacesHardy (19906) . et fut brièvement stationnée dans la capitale des territoires nouvellement occupés, Sarmizegetusa. Un détachement construisit un fort à Arad (aujourd’hui en Roumanie près de la frontière hongroise) à la fois pour protéger la région contre les Sarmates, peuple nomade de Hongrie qui avait anéanti la Legio XXI Rapax en 92, et pour défendre la route le long de la rivière Mures qui reliait la Dacie à la PannonieLendering (2002) para 7.. Elle devait prendre part en 105 à la deuxième guerre contre les Daces en compagnie de la Legio I Adiutrix et de la Legio XIII Gemina qui aboutit l’année suivante à la création de la province de Dacie et à son occupation par les mêmes légionsPiso (2005) ..
thumb|right|Le défilé des Portes de Fer sur le Danube.
Après la guerre contre les Daces, la légion fut stationnée à Bersobis (Berzovia) d’où elle pouvait surveiller la route au sud du Danube et le col des Portes de FerOltean (2007) .. Dans la nouvelle colonie de Sarmizegutuza, dite Colonia Ulpia Triana Augusta DeciaLes colonies romaines étaient des établissements destinés au contrôle d’un territoire récemment conquis, à la différence des colonies puniques, comptoirs commerciaux, ou des colonies grecques, colonies de peuplement. D’abord garnisons militaires, elles deviendront par la suite des colonies de peuplement offrant des terres aux vétérans et participant grâce à cet afflux de nouveaux arrivants à l’acculturation des populations locales., la légion participa de 108 à 117 à la construction de fortifications militaires et édifices publicsBeck (2004) .. Des unités furent aussi postées hors de leur quartier général afin de protéger les mines d’or (aurariae Dacicae) de la région, par exemple à Ampelum (Zlatna) et Bocşa. Des briques portant l’estampille LEG IIII FF attestent de leur présenceAE 1988, 961.Hirt (2010) .. La légion servit également de force d’occupation lors de l’édification de la forteresse de Micia (aujourd’hui Château Vețel en Roumanie) où un centurion, Quintus Licinius Macrinus, érigea entre 101 et 117 une stèle commémorativeCIL 03, 1353..
En 115, la Legio I Adiutrix fut rappelée par Trajan qui l’utilisa dans sa guerre contre les ParthesBrève histoire des Légions romaines (Legio I Adiutrix)., exposant ainsi les régions limitrophes de la Dacie aux attaques des Sarmates de 116 à 119Le Bohec (1993) .Luttwak (1979) .. En 119, l’empereur Hadrien (r. 117-138) renvoya la légion IIII à Singidunum. Au cours des et , la Legio II Adiutrix, également stationnée à Singidunum, semble avoir essuyé le plus gros des combats alors que la Legio IIII Flavia Felix servait plutôt de force de réserve. Des unités de la Flavia Felix construisirent les fortifications d’Aquincum (aujourd’hui Budapest), capitale de la province de Pannonie inférieure où se trouvait le cantonnement habituel de la Legio II AdiutrixMόcsy (1974) ..
Sous le règne d’Antonin le Pieux (r. 138-161), la frontière danubienne demeurant relativement calme, il fut possible d’envoyer une unité de la Legio IIII Flavia Felix en Maurétanie combattre les MauresLendering (2002) para 10..
La légion prit part à la campagne de Lucius Verus contre les Parthes (162-166) dans l’extrémité orientale de l’EmpireAltheim (1952) .Lendering (2002) para 11. de même qu’à la campagne de l’empereur Marc Aurèle (r. 161-180) contre les Marcomans (166-180) dans l’espace danubienSchmitt (1997) ..
En 175, des rumeurs coururent à Rome laissant entendre que l’empereur avait été assassiné. Avidius Cassius, gouverneur d'une large partie de l'Orient, se hâta alors de se proclamer empereur. Toutefois il fut assassiné peu après et Marc Aurèle jugea prudent de venir sur place se rendre compte de la situation. La guerre reprit en 178 au cours de laquelle les Romains capturèrent et rasèrent Séleucie et Ctésiphon. Les détails ne nous sont pas connus, mais il est certain que la Legio IIII Flavia Felix dut y jouer un rôle importantLendering (2002) para 13.. L’un des officiers de la légion dans les années 180 était Clodius Albinus, le futur empereurLendering (2002) para 14..
Sous la dynastie des Sévères