Le fort de Bregille (Brégille sur les cartes de l'IGN), ou fort Bregille (fort Morand à la suite du décret Boulanger de 1887), est une fortification militaire située à d'altitude au sommet de la colline de Brégille, à Besançon. Construit de 1820 à 1832, ce fort occupe un site stratégique du quartier de Bregille surplombant et protégeant, avec le fort Beauregard, la vieille ville de Besançon auparavant vulnérable. Il remplace un ouvrage militaire en terre établi à la fin du , et jugé obsolète notamment à cause de sa prise par l'ennemi en 1814.
Quasiment inutilisé militairement de sa création à nos jours, excepté à une occasion durant la Seconde Guerre mondiale, l'édifice accueille aujourd'hui une fourrière animale pour la SPA et pour la police municipale. Bien que l'accès au fort de Bregille soit strictement interdit aux visiteurs, ses alentours restent un lieu de promenade privilégié pour les Bisontins à la recherche de verdure et d'un large panorama sur la capitale comtoise.
Bregille au centre d'une place militaire
thumb|left|Plan de la place forte de Besançon datant du .
À la fin du , le gouvernement français réorganise les fortifications frontalières afin de pouvoir répondre efficacement à une éventuelle nouvelle guerre avec l'Allemagne. Le revanchisme apparaissant à cette époquePlaque officielle accolée au monument, réalisée par la région Franche-Comté en collaboration avec la ville de Besançon et le service départemental de l'architecture du Doubs.Besançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, 13-77.. Le système défensif de Besançon n'avait quasiment pas évolué depuis que Vauban avait doté la ville de son imposante citadelle ainsi que de tours et d'une enceinte, alors que le besoin d'un véritable réseau de forts semblait de plus en plus indispensable. En effet, après la campagne de France de 1814, et malgré la défense victorieuse de la ville, nombre d'ingénieurs avaient pointé du doigt le fait que la capitale comtoise était vulnérable à cause de sites comme le mont de Brégille ou la colline de Chaudanne qui n'étaient pas pourvus efficacement d'infrastructures dignes de ce nom. C'est pourquoi des forts y furent construits durant la première moitié du .
Lors du conflit franco-prussien de 1870, l'armée française fut obligée de bâtir à la hâte des redoutes et batteries sur les principaux points hauts autour de la ville. Après cette guerre, le général Raymond Adolphe Séré de Rivières organise les réseaux de fortifications de l'Est avec son célèbre système Séré de Rivières qui consiste en un système de rideaux défensifs constitués par une chaîne de forts isolés qui contrôlent les points de passage obligés, et qui se termine à chaque extrémité par des places fortes bloquant les trouées par lesquels l'ennemi pourrait s'engager.
C'est ainsi que pas moins de 25 ouvrages sont construits dans un périmètre de autour de l'agglomération bisontine formant un camp retranché.
Bregille, une place militaire stratégique
thumb|left|Louis XIV au siège de Besançon en 1674. La colline de Bregille est à gauche et celle de Chaudanne à droite.
Le site du Mont de Brégille occupe dès le début de l'Époque moderne une position militaire stratégique, car cette hauteur domine largement la ville historique et même la colline Saint-Étienne sur laquelle la citadelle de BesançonCartes IGN consultées sur Géoportail. fut construite à partir de 1668. Si la colline de Bregille était occupée par l'ennemi, elle pouvait donc constituer un véritable danger pour Besançon, à cause notamment de l'artillerie qui au avait une portée d'environ .
Ce fut le cas en 1674 lorsque la Franche-Comté, alors sous domination espagnole, est reconquise par Louis XIVHistoire de la Franche-Comté, publiée sous la direction de Roland Fiétier - Toulouse : Privat, 1977.La guerre de Dix Ans : 1634-1644, par Louis Gérard - Besançon : Presses universitaires de Franche-Comté, 1998. - (Annales littéraires de l'Université de Franche-Comté). - [Prix du Livre Comtois, 1999].. Les troupes françaises investissent le le sommet de Bregille où ils installent une batterieBesançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, 129. ainsi que la colline de Chaudanne, et ils bombardent la ville à partir du de plus de Mémoires de Bregille, 2009, 27.. À la fin des opérations, deux autres batteries sont déployées à Bregille : une sur le sommet, et une aux Ragots, dans le but de faire céder plus rapidement la citadelle. Besançon se rend finalement le soit à peine quatre jours après le début des hostilités, et devient alors capitale de province.
thumb|left|Le mont de Brégille à l'aube.
La même situation se produit en 1814 lors de la campagne de France opposant les troupes napoléoniennes aux alliés de la Sixième Coalition lors d'un siège à BesançonMémoires de Bregille, 2009, 28.. Le , la défense de Besançon est confiée au général Marulaz qui doit défendre la ville contre les Autrichiens à Bregille et aux Chaprais et contre les troupes liechtensteinoises à PlanoiseRené Bévalot, Planoise, vous connaissez ?, 1995 - 20-21.. Le général ordonne la destruction de tous bâtiments et arbres fruitiers dans un rayon de autour de la vieille ville, afin d'empêcher que les ennemis s'y tiennent en embuscade. Bien que cela ralentisse la progression des troupes ennemies, les Autrichiens établissent tout de même leur artillerie sur la colline de Bregille le , apparemment dans un petit ouvrage construit à la fin du à la place actuelle du fortMémoires de Bregille, 2009, 77., et menacent de faire feu sur la citadelle. Bien que les canons de la citadelle fassent feu sur la batterie ennemie, provoquant des dégâts considérables, la situation reste bloquée jusqu'au , alors que Napoléon abdique le de cette même année. En 1791, des plans révèlent qu'il existe effectivement un ouvrage en terre à la place même de l'actuel fort, bien qu'il fût très vite pris par l'ennemi lors du siège de 1814. Depuis la fin de ce conflit, la construction d'un véritable édifice militaire pouvant défendre le site est programmée ; d'ailleurs Marulaz rédigea le rapport suivant : L'ouvrage en terre jugé obsolète, on édifie de 1820 à 1832 ce qui devient le fort de Bregille.
De l'édification à l'entre-deux-guerres thumb|Le roi Louis-Philippe visita le fort de Bregille le 27 juin 1831.
Le fort est édifié au sommet de la colline de Brégille, de 1820 à 1832. L'ouvrage est construit pendant une époque de transition technique, où l'on se base à la fois sur l'expérience solide de Vauban mais où l'on doit tenir compte également des progrès techniques militairesBesançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, 130.. On s'en rend compte grâce aux éléments suivants : l'examen du plan révèle le maintien du tracé bastionné, tout en gardant des fossés plus étroits et des dehors simplifiés ; on note aussi une protection globalement plus efficace ainsi qu'une meilleure utilisation des parapets. Plusieurs dates sont gravées sur différents éléments du fort : 1829 dans la courtine IV, 1830 sur le porche situé à l'entrée du fort, et 1869 sur l'abri gauche de la grande cour centrale. Les capacités en poudre du fort (au total une capacité minimale de de poudre) démontrent son rang de magasin central de la ville.
Du 25 au le roi Louis-Philippe visite la ville de BesançonRelation historique du séjour de S. M. Louis-Philippe , roi des Français, et des ducs d'Orléans et de Nemours à Besançon, pendant les 25, 26 et 27 juin 1831, Besançon, Deis, 1831, 18-19 .. Avant de repartir, il décide de visiter le fort de Bregille et constate après y avoir fait un tour que l'ennemi peut facilement creuser des tranchées jusqu'au fort, depuis le bois de Chalezeule s'il y poussait de la végétation. On lui répond alors Le roi descend de Bregille puis repart. Le fort jusqu'alors appelé le fort de Bregille ou Fort Bregille reçoit le nom officiel mais peu utilisé de « Fort Morand » en 1887Mémoires de Bregille, 2009, 76., du nom de Charles Antoine Morand (1771-1835), général d'Empire natif de la région. L'édifice ne sert pas pendant la guerre franco-prussienne de 1870 ni durant la Première Guerre mondiale, du fait que la ville de Besançon n'a pas été impliquée lors de ces conflitsDominique Auzias, Franche-Comté, Jura, 2006, 120..
Depuis la Seconde Guerre mondiale L'édifice fut doté, avant la Seconde Guerre mondiale, de batteries anti-aériennesMémoires de Bregille, 2009, 80.. Outre ces indices, il n'existe actuellement aucune autre trace sur ce conflit au fort de Bregille et ses environs, excepté lors du bombardement du lorsque le funiculaire de Bregille fut touché par des engins explosifs largués par un avion allemandRobert Dutriez, 1984, La Seconde Guerre mondiale en Franche-Comté, 43. ; l'évitement central est touché, laissant les deux gares et les voitures intactes, mais l'exploitation est interrompue et ne reprendra qu'en Mémoires de Bregille, 2009, 130.. Après la guerre, l'édifice qui appartient encore à l'armée est cédé à la ville de Besançon pour y accueillir des associations ainsi que des centres aérés en juillet-août de chaque année. On note qu'en 1973, lors de l'affaire Lip, le fort a été utilisé par des ouvriers grévistes de l'usine Lip afin de servir des repas dans un restaurant de fortuneJean Raguénès, De mai 68 à LIP : un Dominicain au cœur des luttes, 188..
Le fort est actuellement en partie utilisé par une fourrière animale pour la société protectrice des animaux ainsi que par la police municipale de Besançon. La plupart des anciennes salles accueillent également un centre aéré pour les enfants, ou sont utilisées comme locaux de réunions par des associations locales. Le fort est dans un état jugé excellent, au contraire de son petit frère le fort Beauregard qui lui est dans un état de quasi-ruine. Son accès est strictement limité sur autorisation délivrée par la ville de Besançon, et l'édifice, malgré son histoire et son importance militaire de jadis, ne fait l'objet d'aucun classement notamment comme monument historique. Depuis plusieurs décennies, le secteur du fort de Bregille est particulièrement prisé par les promeneurs bisontins, qui aiment son cadre naturel agréable (notamment au lieu-dit du « Grand désertBesançon, ville fortifiée : De Vauban à Séré de Rivières, 137.») ainsi que son panorama spectaculaire sur la villeMustapha Kharmoudi, Ô Besançon : une jeunesse 70, 2009, 177..
Architecture Aspect extérieur et défenses du fort thumb|Un des fossés du fort. Le fort de Bregille est composé de cinq bastions d'inégale ampleur et, à part les deux tenailles situées devant les courtines des flancs nord et sud, il ne comprend aucun organe détaché. La contrescarpe compte un sommet aménagé en position d'infanterie et faisant face aux bastions II et III et une seconde, mais bien plus modeste, se dresse face au bastion I. Le chemin d'accès au fort débouche sur une esplanade devant une remarquable caserne comptant deux étages et flanquée de deux imposants bastions. Le flanc sud est formé par trois bastions reliés entre eux par une courtine, tandis que le flanc nord ou front d'attaque est quant à lui flanqué de deux bastions reliés eux aussi par une courtine et protégés par une tenaille. Le flanc nord a pour objectif de défendre le front d'attaque ainsi qu'un chemin couvert couronnant la contrescarpe comprenant au centre une place d'armes rentrante. Chaque bastion pouvait contenir de poudre.