La synagogue de Besançon ( - Beit ha knesset hagadol bezanson - ; ; ), plus rarement dénommée temple israélite de Besançon, est le principal lieu de culte juif de la ville française de Besançon (Doubs), situé , dans le quartier de Battant. Elle succède à une précédente synagogue, construite en 1830 au 19 rue de la Madeleine par Pierre Marnotte, devenue trop étroite pour accueillir l'ensemble de la communauté, qui était en pleine croissance dans les années 1860 (472 personnes en 1854). La construction du bâtiment, dessiné par Pierre Marnotte, dure de 1867 à 1870 mais la synagogue fut inaugurée le 1869. C'est un chef-d’œuvre de style hispano-mauresque, inspiré par la mosquée de Cordoue et par l'Alhambra de Grenade. Elle est le principal site de réunion des Juifs de la ville. Si le lieu de culte a été transformé en magasin à fourrage par la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande, le bâtiment n'a connu aucun changement significatif quant à son affectation et son architecture.

Le plan, les décors et le mobilier font de cet édifice l'un des plus originaux de la ville. Outre son style atypique, on note la présence remarquable de minarets, de vitraux, d'une sculpture des tables de la Loi, d'un orgue, ainsi que d'une arche sainte (ou heikhal), particuliers dans leur raffinement ou leur réalisation. La synagogue est toujours active, et ouverte au public notamment lors des journées européennes du patrimoine. Le service religieux maintient les traditions du rite séfarade, bien qu'hommes et femmes ne soient plus séparés. Les offices traditionnels n'attirent cependant pas plus de trente fidèles, et les grandes fêtes comme la Pâque et le Nouvel an moins d'une centaine, alors que la synagogue peut accueillir deux cent seize fidèles. L'édifice constitue le siège du consistoire de Besançon. Les personnalités juives de la ville ont toutes été liées à la synagogue, non seulement les rabbins tels Paul Haguenauer, mort en déportation, ou René Gutman, mais aussi les Veil-Picard et les autres grandes familles juives de la ville. Avec le cimetière israélite, la synagogue témoigne de l'importance de la communauté juive bisontine.

Contexte La place des Juifs à Besançon

thumb|left|Le cimetière juif de Besançon rappelle la présence historique de la communauté dans la ville.|alt=Le cimetière juif de Besançon présente des tombes avec de sobres stèles dans un cadre verdoyant.

L'histoire des Juifs à Besançon commence au Moyen Âge, au cours duquel a lieu leur installation dans une place commerciale attractiveL'histoire des Juifs à Besançon sur Migrations.Besancon.fr, . (consulté le 26 février 2010).. La communauté se maintient et prospère dans la Boucle du Doubs, notamment grâce au statut de cité impériale de la ville qui y autorise les Juifs jusqu'au , alors même qu'ils ont été expulsés du royaume de France (dont Besançon ne fait alors pas partie) et de plusieurs autres pays européens.. Au Moyen Âge tardif, les accusations de complots menacent la communauté bisontine ; finalement, les Juifs sont bannis jusqu'à la RévolutionL'histoire des Juifs à Besançon sur Judaicultures.info (consulté le 8 septembre 2011).. Quand ils peuvent à nouveau s'établir dans tout le pays à partir de 1791, lorsque la citoyenneté française leur est accordée, quelques Juifs, principalement alsaciens, choisissent Besançon. La communauté bisontine croît au : un premier lieu de culte existe depuis 1830 rue de la Madeleine, remplacé par l'actuelle synagogue du quai de Strasbourg inaugurée en 1869 (consulté le 14 septembre 2011). et parallèlement le consistoire de Besançon voit le jour. Vingt membres de la communauté tombent pour la France durant la Première Guerre mondiale.. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Juifs originaires d'Europe centrale et de l'est s'installent dans la capitale comtoise portant leur nombre à environ , avant qu'ils ne soient confrontés à l'occupation allemande et au régime antisémite de Vichy.. Par la suite, la communauté se reconstruit dans les années 1960 grâce à l'arrivée de nombreux Juifs séfarades provenant du Maghreb. Le centre communautaire israélite « Maison Jérôme Cahen » ou la radio Shalom de Besançon sont autant de signes de la vitalité de la communauté juive de nos jours dans la cité.

Le rôle de la synagogue thumb|Exemple de synagogue : l'ancienne synagogue de Strasbourg|alt=Ancienne synagogue du quai Kléber à Strasbourg, détruite par les nazis en 1940.

Les synagogues sont des lieux de culte juif. Ces édifices possèdent habituellement un sanctuaire, c'est-à-dire un grand hall de prière et de célébration, avec une armoire où sont rangés les Livres de la Torah Synagogues et lieux de culte juifs sur Jewishencyclopedia.com (consulté le 22 septembre 2011).. Ils peuvent aussi comporter une salle pour les événements communautaires et disposent également de petites pièces réservées à l'étude, voire un Beit midrash (« maison d'étude »). La synagogue est donc devenue également au cours de l'histoire juive, le lieu du Talmud Torah, c'est-à-dire l'enseignement de la tradition juive et de la langue hébraïque. Souvent, chaque communauté juive possède sa propre synagogue mais parfois plusieurs communautés doivent cohabiter dans un même lieu de culte. Ce n'est pas le cas à Besançon où les Juifs majoritairement séfarades originaires d'Afrique du Nord et les ashkénazes originaires d'Europe occidentale et centrale forment une seule communauté.

Histoire Prémices : le consistoire de Besançon thumb|left|Décret de la Direction Générale des Cultes, daté du 14 janvier 1881 et autorisant la création d'un consistoire juif à Besançon.|alt=Décret du Ministère de l'Intérieur et des Cultes, accordant la création d'un consistoire Juif à Besançon et sa région, indépendamment de Lyon ou Nancy.

En 1804, après la période troublée de la Révolution, un rapport au préfet du Doubs mentionne la présence de Juifs qui résident dans la ville : En 1808, une organisation centralisée juive, le Consistoire central israélite de France, est créée par décret impérial ainsi que des consistoires régionaux ; les différentes communautés doivent y adhérer. Besançon est tout d'abord rattachée à Nancy L'histoire du judaïsme à Besançon sur le site officiel de la Jewish encyclopedia (consulté le 8 octobre 2011). en 1810 et doit payer son adhésion par une contribution de francs.. Un décret du rattache la communauté de Besançon au consistoire de LyonGuide de l'étranger à Besançon et en Franche-Comté, Alphonse Delacroix, page 128. sans qu'elle ait besoin cette fois-ci de débourser de fonds. Un ultime décret impérial du autorise la création d'un siège rabbinique dans la capitale comtoise sans toutefois que celui-ci soit établi de manière officielle. Peu après, Jacques Auscher, ancien rabbin de Saint-Étienne, devient le premier grand-rabbin de la ville. En , il adresse une lettre au préfet du Doubs, demandant la création d'un consistoire pour les départements du Doubs et du Jura, détaché du consistoire de Lyon duquel les Juifs de ces deux départements dépendent alors.

Il écrit : Près de dix ans après, malgré un avis favorable du préfet du Doubs qui transmet le document au ministre des Cultes, rien ne change réellement. Jacques Auscher écrit alors de nouveau au préfet : Le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Ernest Constans, finit par donner satisfaction à la communauté : le , est officiellement créé un Consistoire pour le Doubs et le Jura, regroupant les communautés de Montbéliard, L'Isle-sur-le-Doubs, Baume-les-Dames, Dole ainsi que Lons-le-Saunier.

Les premiers lieux de culte thumb|L'ancienne synagogue, au 19 rue de la Madeleine.|alt=L'ancienne synagogue de Besançon, qui pourrait être la première du genre oriental en France et peut-être avoir inspirée partiellement l'actuel lieu de culte du quai de Strasbourg.

À partir du retour des Juifs dans la ville avec la Révolution française, les familles de la communauté formulent, dès 1792, une pétition à la municipalité afin d’obtenir la création d'un véritable lieu de culte à Besançon ; les autorités leur accordent peu après le droit de se réunir dans l’ancien couvent des Cordeliers, aujourd'hui devenu le lycée PasteurLa synagogue de Besançon sur Synagogo.blogg.org (consulté le 27 septembre 2011).. Avant cette date, aucun renseignement n'est jusqu'à présent parvenu quant à l'existence d'un lieu de réunion pour les fidèles, et on ne sait pas pendant combien de temps les Cordeliers accueillirent les Juifs, faute d'archives. Cependant jusqu'aux années 1830, les membres de la communauté parviennent à établir des lieux de réunion et de culte provisoires en louant des appartements à des particuliersRobert Genevoy et Cyril Crance, La synagogue et le cimetière juif de Besançon, pages 40 à 45.. À chaque fois le site choisi accueille les fidèles le plus dignement possible, et un gardien gère les lieux en plus d'enseigner aux jeunes, notamment les moins aisés, les éléments de religion, le calcul ou encore la langue française.

Le premier vrai lieu de culte est un bâtiment appelé synagogue de Charmont et située dans le quartier de Battant utilisé pour les Juifs à partir de 1831Alex Guenard, Besançon: description historique des monuments et établissements publics de cette ville, page 105.. Il s'agit alors d'une maison datant du acquise par la communauté pour y recevoir les fidèles, richement aménagée au premier étage en un vaste et élégant local de style oriental., commandé par les membres de la communauté les plus fortunés à l'architecte Pierre Marnotte. Elle est située au 19 rue de la Madeleine, et se reconnait grâce à sa façade percée de fenêtres ogivales encore bien conservées. Le livre Mon vieux Besançon de Gaston Coindre la décrit ainsi : Le lieu pourrait donc constituer la première synagogue orientale en France, bien que des doutes subsistent quant à la véracité du témoignage de Coindre.

Cette synagogue commence néanmoins à devenir étroite pour une population juive qui ne cesse de croître, estimée alors à 600 à 700 personnes. Au début des années 1860., la communauté recherche donc un terrain afin d'y élever un véritable édifice pour accueillir l'ensemble des fidèles de la ville.

Le projet d'une véritable synagogue thumb|left|Elévation de la synagogue du square Saint-Amour, 1865.|alt=Les plans de la future synagogue dressés par Abraham Hirsch montrent clairement un édifice de style néo-classique, architecture largement utilisée pour les bâtiments de ce type à cette époque en France.

En 1861, la communauté juive demande à la municipalité l'accès à un terrain au cœur de la ville, et s'engage à régler la totalité des frais relatifs à la construction d'une nouvelle synagogue. Une parcelle est proposée par la ville au tout nouveau secteur du square Saint-Amour, à l’angle des rues Morand et Proudhon, que le consistoire accepte avec enthousiasme le . Il fait dresser les plans du futur édifice de style néo-classique au lyonnais Abraham Hirsch (1828 -1913) qui bâtit notamment la Grande synagogue de Lyon.. Le devis total se monte alors à francs pour l'édifice et à pour le terrain, auquel la ville participerait à hauteur de . Les croquis dressés laissent apparaître un édifice dont le style est accentué afin de mieux s'intégrer au paysage, bien que soient greffés des éléments romano-byzantins tels que les tours d'angle, les pignons, les arcatures ainsi que les jeux de bossages qui donnent une dimension bien religieuse au bâtiment. Cependant, les habitants du quartier s'opposent à la construction d'une synagogue au square Saint-Amour, en arguant d'une vocation exclusivement résidentielle de ce secteur. Une pétition adressée aux autorités leur permet d'obtenir satisfaction. Dans une lettre à la communauté du , le conseil municipal lui signifie qu'il ne la soutiendra pas si elle s'obstine à choisir ce terrain malgré les protestations des riverains.