vignette|Simon Wiesenthal (1940–1945). Simon Wiesenthal, né le à Boutchatch (aujourd'hui en Ukraine) et mort le à Vienne, est un survivant autrichien de la Shoah connu pour ses activités de chasseur de nazis.

Né dans une famille juive dans l'est de l'Autriche-Hongrie, Wiesenthal grandit dans la ville polonaise de Lviv où il suit des études d'architecture. Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie en 1939, il est déporté dans plusieurs camps de travail et de concentration, dont ceux de Janowska, Płaszów et Mauthausen. Après la guerre, il consacre sa vie à la collecte d'informations et à la recherche de criminels de guerre nazis pour qu'ils soient jugés en fondant notamment des centres de documentation juifs à Linz et à Vienne. Il joue un rôle mineur dans la localisation d'Adolf Eichmann qui est capturé à Buenos Aires en 1960 et travaille étroitement avec le ministère de la Justice autrichien pour préparer les poursuites contre Franz Stangl. Dans les années 1970 et 1980, Wiesenthal est impliqué dans plusieurs affaires concernant le passé nazi de plusieurs personnalités politiques autrichiennes. Mort en 2005 à l'âge de , il est inhumé à Herzliya en Israël.

Wiesenthal est critiqué pour les nombreuses incohérences dans ses autobiographies et l'exagération de son rôle dans la capture d'Eichmann. De même, son affirmation selon laquelle il aurait permis l'arrestation de huit cents nazis n'est étayée par aucune preuve. Sa contribution à la recherche des anciens criminels nazis et à la mémoire de la Shoah est néanmoins reconnue et il est devenu l'archétype du chasseur de nazi.

Jeunesse Simon Wiesenthal est né peu avant minuit le à Buczacz dans le royaume de Galicie et de Lodomérie appartenant à l'Autriche-Hongrie. Son père, Asher Wiesenthal, est un grossiste juif qui a quitté l'Empire russe quatre ans plus tôt pour fuir les pogroms. Réserviste dans l'armée austro-hongroise, il est mobilisé au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914 et est tué sur le front de l'Est l'année suivante. Devant la progression des troupes russes en Galicie, Simon, son jeune frère Hillel et sa mère Rosa se réfugient à Vienne et les deux garçons sont scolarisés dans une école juive germanophone. La famille retourne à Buczacz en 1917 après le repli russe, mais la région change plusieurs fois d'occupant avant la fin du conflit en .

Wiesenthal et son jeune frère poursuivent leurs études au gymnasium polonophone de la ville et il y rencontre sa future épouse, Cyla Müller. Hillel est gravement blessé au dos lors d'une chute en 1923 et meurt l'année suivante. Rosa se remarie en 1926 et s'installe à Dolyna avec son nouvel époux, Isack Halperin, qui y possède une fabrique de tuiles. Wiesenthal reste à Buczacz dans la famille Müller jusqu'à obtenir son diplôme en 1928. Attiré par l'art et le dessin, il choisit de s'orienter vers des études d'architecture. Son premier choix est l'université nationale polytechnique de Lwów, mais il n'est pas admis, car le quota d'élèves juifs était déjà atteint et il intègre l'université technique de Prague en Tchécoslovaquie, où il étudie de 1928 à 1932. Il réalise ensuite un stage en génie civil en 1934 et 1935 notamment à Odessa en Union soviétique avant d'épouser Cyla en 1936 et de revenir en Galicie.

La période qui suit est mal connue car les autobiographies de Wiesenthal se contredisent sur de nombreux points et il dramatise et romance également certains événements. L'une des versions est qu'il ouvre un cabinet d'architecture avant d'être finalement admis à l'université de Lwów. Durant ses études, il dessine plusieurs bâtiments résidentiels ainsi qu'un sanatorium et il est un membre actif d'une association étudiante sioniste. Il écrit également des articles dans Omnibus, une revue étudiante satirique et est diplômé en 1939. Le journaliste et écrivain Guy Walters note que dans sa première autobiographie, Wiesenthal ne fait aucune mention d'études à Lwów ; son nom n'apparait dans aucun document universitaire ni dans la liste des architectes de la période. Il cite par ailleurs un CV, rédigé après la Seconde Guerre mondiale, dans lequel Wiesenthal indique qu'il a travaillé comme contremaître dans une usine jusqu'en 1939, puis comme mécanicien dans une autre usine jusqu'à l'invasion allemande de l'Union soviétique en 1941. Dans son autobiographie de 1961 (J'ai chassé Eichmann), il rapporte avoir travaillé comme ingénieur à Odessa de 1940 à 1941.

Seconde Guerre mondiale En Europe, la Seconde Guerre mondiale éclate en avec l'invasion allemande de la Pologne qui est partagée entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique comme convenu dans le cadre du pacte germano-soviétique. La région de Lwów est annexée par les Soviétiques qui mettent immédiatement en place une politique de répression. Les autorités arrêtent le nouveau conjoint de la mère de Wiesenthal qui est condamné pour "capitalisme" et il meurt peu après en détention. Sa mère rejoint sa belle-fille et son fils à Lwòw. Ce dernier parvint à éviter la déportation en corrompant un responsable local.

vignette|gauche|alt=Photographie de femmes derrière des barbelés|Photographie du ghetto de Lviv en 1942. La domination soviétique est remplacée par une occupation allemande à partir de et à la mi-juillet, Wiesenthal et les autres habitants juifs sont affectés à des travaux forcés consistant notamment à la construction du ghetto de Lviv. Plusieurs milliers de Juifs sont assassinés à Lwów par des unités spéciales allemandes et des nationalistes ukrainiens lors d'une série de pogroms en juin et juillet. Dans ses autobiographies, Wiesenthal rapporte qu'il est arrêté le , mais qu'il échappe à la mort grâce à son ancien chef d'équipe qui appartient alors à la police auxiliaire ukrainienne. Il existe plusieurs versions de ce récit qui pourrait être apocryphe.

À la fin de l'année 1941, Wiesenthal et son épouse sont envoyés au camp de concentration de Janowska dans les faubourgs de Lwów. Il est affecté à la peinture de svastikas et d'autres inscriptions sur des locomotives soviétiques capturées tandis que Cyla travaille au polissage de diverses pièces mécaniques. En échange d'informations sur les chemins de fer, Wiesenthal obtient de faux papiers d'identité pour sa femme auprès d'un membre de l'Armia Krajowa, la principale organisation de résistance polonaise. Elle est envoyée à Varsovie dans une usine de radio, puis dans deux autres camps de travail. Malgré les conditions difficiles, elle survit à la guerre et le couple se retrouve en 1945.

Plusieurs fois par mois quand les personnes valides sont absentes, les Allemands organisent la déportation des résidents du ghetto incapables de travailler. La mère de Wiesenthal est ainsi raflée en et tuée au camp d'extermination de Bełżec. À la même période, la mère de Cyla est abattue sur le perron de sa résidence de Buczacz par un policier ukrainien lors de son expulsion. Au total, le couple perd 89 proches durant la Shoah.

Une partie des travailleurs forcés de Janowska, dont Wiesenthal, est envoyée dans un camp séparé où les conditions de vie sont un peu meilleures que dans le camp principal. Wiesenthal réalise des dessins architecturaux pour Adolf Kohlrautz, l'un des principaux responsables, qui les présentait sous son nom. Pour obtenir des contrats, les entreprises de construction payent des pots-de-vin à Kohlrautz qui en donne une partie à Wiesenthal. Il parvient à fournir des renseignements à la résistance polonaise et peut parfois quitter le camp pour obtenir des fournitures de bureau ; il profite de ces sorties pour acheter des armes destinées à la résistance ainsi que deux pistolets qu'il emporte lors de sa fuite à l'automne 1943.

Selon Wiesenthal, le commandant en second du camp de Janowska, Gustav Wilhaus, décide d'exécuter 54 intellectuels juifs à l'occasion du d'Adolf Hitler le . Incapable de trouver suffisamment de victimes à Janowska, il ordonne une rafle dans les camps voisins. Wiesenthal et deux autres prisonniers sont ainsi emmenés le long d'une tranchée. Les hommes sont contraints de se déshabiller, puis sont exécutés. Alors que Wiesenthal attend son tour, quelqu'un crie son nom et le renvoye au camp ; Kohlrautz a convaincu ses supérieurs qu'il est le meilleur peintre disponible pour réaliser une affiche en l'honneur de l'anniversaire d'Hitler. Toujours selon Wiesenthal, Kohlrautz l'avertit le que les prisonniers vont être éliminés et l'envoye ainsi qu'un autre détenu, Arthur Scheiman, en ville pour acheter des fournitures. Alors qu'ils se trouvent dans le magasin, ils échappent à la surveillance du garde qui les accompagne et ils prennent la fuite.

Wiesenthal ne fait aucune mention de ces événements et du rôle de Kohlrautz lors de son interrogatoire par des enquêteurs américains en , ni dans un affidavit qu'il rédige en sur les brutalités, dont il est victime durant le conflit et Guy Walters questionne leur authenticité. Wiesenthal rapporte que Kohlrautz est tué sur le front de l'Est en 1944 ou durant la bataille de Berlin le .

vignette|alt=Photographie de déportés saluant un blindé devant une massive porte en pierre au-dessus de laquelle est déployée une banderole.|Libération du camp de Mauthausen en mai 1945. Après être restés cachés plusieurs jours, Scheiman rejoint son épouse et Wiesenthal est emmené par des résistants au village voisin de Kulparkow où il reste jusqu'à la fin de l'année 1943. Le camp de Janowska est liquidé peu après et Wiesenthal se cache trois jours dans l'apparentement de Scheiman à Lviv. Il se rend ensuite chez Paulina Busch, une femme pour laquelle il avait réalisé une fausse carte d'identité. Il y est découvert dissimulé sous le plancher par deux détectives polonais le . Renvoyé dans les restes du camp de Janowska, il tente sans succès de se suicider pour éviter d'être interrogé sur ses liens avec la résistance. Cela n'a pas lieu en raison de l'avancée soviétique et les derniers prisonniers sont transportés jusqu'à Przemyśl à à l'ouest de Lviv où ils sont affectés à la construction de fortifications. Les détenus sont ensuite envoyés au camp de Płaszów près de Cracovie en septembre.

Le mois suivant, les déportés sont emmenés au camp de Gross-Rosen, où les conditions sont encore plus difficiles. Travaillant dans une carrière, Wiesenthal reçoit un bloc de pierre sur le pied droit et son gros orteil doit être amputé. L'approche de l'Armée rouge en pousse les Allemands à organiser une évacuation à pied des prisonniers vers Chemnitz. Toujours souffrant, Wiesenthal utilise un manche de balai comme canne et est l'un des rares détenus à survivre à la marche. À Chemnitz, les survivants sont emmenés par train jusqu'à Buchenwald, puis par camion à Mauthausen à la mi-février. Gravement malade, Wiesenthal est placé dans le quartier des mourants, où il ne reçoit que par jour. À la libération du camp par les troupes américaines le , il ne pèse plus que .

Chasseur de nazis