Marie d’Alanie (née Martha Bagrationi de Géorgie ; en géorgien : მართა ; née vers 1050 - morte après 1103) est impératrice de l’Empire byzantin. Renommée pour sa grande beauté, elle est l’épouse de l’empereur , puis après que celui-ci a été renversé, du nouvel empereur . Tombée en disgrâce pour avoir, semble-t-il, participé au complot de Nicéphore Diogène contre , elle quitte Constantinople. Sa vie est consacrée à protéger les droits au trône de son fils, Constantin Doukas.
Biographie
Jeunesse et premier mariage
Fille du roi Bagrat IV de GéorgieCelui-ci avait vécu deux ans à Constantinople comme otage alors qu’il n’avait que cinq ans en 1023, mais put retourner dans son pays peu avant la mort de (Garland (2006) « Maria’s origins »)., et de Borena, sa deuxième épouse, Marthe comme elle s’appelait alors, venait en deuxième position dans l’ordre de succession au trône après son frère, le futur Kazhdan (1991) « Maria of ‘Alania’ », vol. 2, .Garland (2006) « Maria’s origins » ..
Le surnom « d’Alanie » qui lui est attribué dans les sources byzantines fait probablement référence au royaume médiéval d’Alanie (aujourd’hui Circassie et Ossétie-du-Nord-Alanie) qui exista du jusqu'à sa destruction par les Mongols en 1238-1239. Jean Tzétzès, lui-même géorgien par sa mère, se réfère à Marie « d’Abasgia », expliquant dans ses commentaires « qu’Ibériens (Géorgiens), Absgiens et Alains sont un même peupleTzétzès, Chiliades, lignes 591-601. ».
En 1056, vers la fin du règne de l’impératrice Théodora Porphyrogénète, elle fut envoyée à la cour de Constantinople, peut-être comme otage pour garantir la conduite de son père ; elle devait avoir environ trois ans. Théodora mourut cependant la même année et Marthe, renommée Marie, retourna en Géorgie.
thumb|left|Icône médiévale géorgienne commémorant le mariage de la princesse Mart'a et du futur Michel VII.
Elle devait revenir à Constantinople entre 1066 et 1071 pour épouser le futur empereur Michel Doukas ( - ), fils de ; elle devint impératrice lorsque monta sur le trône en 1071Psellos, Chronographie, « Michel VII », IX.. Ce mariage était exceptionnel, car la tradition voulait que les membres de la famille impériale n’épousent que des Grecques. Seule, dans les trois cents années précédentes, une autre étrangère avait épousé l’héritier du trône : Irène, fille d’un khagan khazar, qui avait épousé en 732, mariage qu’avait sévèrement condamné dans son De administrando imperioGarland (2006) « Maria, the ‘Alan’ ».. Cet abandon d’une politique séculaire devait sans doute sceller l’union des forces de Byzance et du royaume de Géorgie face aux Turcs seldjoukides qu’elles avaient vaincus à la bataille de Kapetrou en 1048. De cette union naquit un fils, ConstantinPsellos, Chronographie, XII, « Constantin, fils de l’empereur Michel Doukas ». ; Marie devait faire du maintien des droits au trône du jeune prince le but ultime de sa vie.
Ses premières années à Constantinople se passèrent dans l’ombre de sa belle-mère, l’impératrice Eudocie Makrembolitissa, épouse de . À la mort de celui-ci, Eudocie décida d’assumer la régence au nom de son fils Michel. Elle se remaria alors, prenant pour consort Romain Diogène qui devint empereur pour un court règne de trois ans (1068-1071) et dont les deux fils furent couronnés coempereurs, mettant ainsi en péril les droits au trône de Michel. Toutefois, la défaite de Manzikert et les intrigues de la famille Doukas devaient marquer la fin du règne de et l’éloignement d’Eudocie, reléguée dans un couvent. Michel put alors accéder au trône (1071) et Marie devenir impératriceGarland (2006) « Maria and Michel VII Doukas »..
Les sept ans de règne de furent assombris par de nombreuses défaites militaires en Anatolie aux mains des Turcs seldjoukides et dans les autres provinces d’Asie et des Balkans aux mains de rebelles comme Roussel de Bailleul et Nicéphore Botaniatès. Il devait en résulter une dépréciation de la monnaie qui devait faire croitre le mécontentement dans la population et causer le renversement de par (-) en 1078La diminution du « modios » de grain d’un quart sans diminution de prix devait valoir à le surnom de « Parapinakès » (moins un quart).. Psellos décrit Maria comme discrète et en retrait durant cette période, affirmant qu’elle ne parlait guère qu’à son mariPsellos, Chronographie, 7.9.. Couronné coempereur dès sa naissance en 1074, leur fils Constantin fut fiancé à Olympia, fille du conquérant normand Robert Guiscard, laquelle fut amenée à Constantinople pour y être éduquée et confiée aux soins de Marie. Lorsque Michel dut abdiquer en faveur de Botaniatès et se faire moine au monastère du Stoudion, Marie trouva refuge au couvent de Petrion avec son fils où elle vécut sans se faire religieuseGarland (2006) « Maria and Nicephorus III Botaniates »..
Deuxième mariage
Nicéphore III entra à Constantinople le et fut couronné le . Son épouse Vevdene, étant morte peu avant ou après son accession au trône, il annonça son intention de se remarier ce qui provoqua une fière compétition entre les personnes éligibles de Constantinople, notamment Marie d’Alanie, la belle-mère de celle-ci, Eudokia Makrembolitissa, et la fille de celle-ci, Zoé. Le nouvel empereur semblait pencher pour Eudokia, mais Marie d’Alanie reçut l’appui de la famille Doukas, laquelle réussit à convaincre Nicéphore de la choisir non seulement en raison de sa grande beauté, mais aussi à cause du fait qu’épouser une étrangère sans autres liens familiaux avec Byzance mettrait Nicéphore à l’abri des conspirations toujours présentes à ConstantinopleAlexiade, III, 2, 3-5.Bryenne, Historia 253-5.Scylitzès Continuatus 181 .Zonaras Epitome 3.722..
thumb|left|Sceau de plomb de l'impératrice Marie - années 1070.
Toutefois, ce mariage fit scandale puisque le premier époux de Marie était encore vivant et que, étant devenu moine contre son gré, il ne pouvait y avoir matière à divorce ; Jean Doukas dut même démettre le prêtre qui se refusait à officialiser un mariage considéré comme adultère et en trouver un autre qui n’eut pas les mêmes scrupules. D’autant plus, si l’on en croit Nicéphore Bryenne, que la deuxième épouse de Botaniatès, Vevdene, était encore vivante, ce qui rendait le mariage doublement adultère Bryenne, Historia, 253-255.. Le mariage eut toutefois lieu en 1078 ou 1079 ; Nicéphore s’engageait à reconnaitre Constantin comme son héritier, promesse sur laquelle il revint par la suite pour désigner son parent, Nicéphore SynadenosTreadgold (1997) ..
À cette exception près, Marie, impératrice pour la deuxième fois, fut bien traitée pendant le règne de Nicéphore qu’elle légitimait, apparaissant avec son époux sur les pièces d’argent du règneZonaras 3.722., recevant de nombreuses propriétés et domaines dont un palais du complexe des Manganes et le monastère du Hebdomon, alors que son frère, le futur Georges II de Géorgie recevait le titre de césar pour reconnaitre ses liens avec la famille impérialeRapp (1997) .Zonaras 3.733.Alexiade, III, 4..
Selon Anne Comnène, le refus de Botaniatès de reconnaitre Constantin comme successeur éloigna Marie de son époux pour la rapprocher de la famille des ComnèneAlexiade 3.2.1. Bryenne, Historia, 221.. Déjà liée à cette famille par le mariage d’Isaac (frère ainé d’Alexis) à une de ses cousines Irène, Marie avec la bénédiction d’Anne Dalassène, adopta Alexis Comnène qui avait à peu près son âge (il était né vers 1057), en faisant ainsi le frère et le protecteur de ConstantinAlexiade, II, 2, 1-2.. Il semble qu’assez rapidement le jeune général et Marie devinrent amants bien qu’Alexis ait lui-même été marié depuis avec Irène Doukas. D’après Anne Comnène, Marie aurait joué un rôle crucial dans le coup d’État qui devait renverser Nicéphore III et son remplacement par Alexis Alexiade, II.3.4 ; II.4.5..
Quand en 1081 Alexis prit le pouvoir, il semble avoir pensé à répudier sa femme pour épouser Marie d’Alanie. Après qu’il se fut emparé de la ville, il fut seul couronné, contrairement à la tradition qui voulait que sa femme devienne impératrice lors de la même cérémonie. Il s’installa au Boucoléon, le grand palais du domaine des Manganes où se trouvait déjà Marie, reléguant sa femme Irène, sa mère, Marie de Bulgarie, et ses autres filles dans un palais plus petit en contrebas du même domaine Le palais des Manganes, à l’instar de ce qu’est aujourd’hui le Kremlin de Moscou, était en fait un domaine sur lequel étaient édifiés de nombreux palais et pavillons, couvrant la pente s’étendant de Sainte-Sophie à la mer de Marmara. Le Boucoléon était le palais le plus important et avait son propre port.. La raison alléguée par Anne Comnène pour expliquer le maintien de Marie au grand palais, à savoir les liens qu’elle-même avait tissés avec l’impératrice et la solitude de celle-ci, sans parents ni amis à ConstantinopleAlexiade, III, 1.2. est peu convaincante. Cette insulte gratuite provoqua la colère de la famille Doukas dont le patriarche, le césar Jean Doukas, grand-père de sa femme, avait appuyé son coup d’État.
Ce dernier fit pression sur le patriarche Cosmas et, une semaine plus tard, Irène fut couronnée impératrice ; Marie dut quitter le palais en échange d’un chrysobulle qui confirmait les droits de son fils en l’associant au trône, le plaçant même au-dessus d’Isaac Comnène qui n’avait que le titre de sebastocratorAlexiade, III, 2.3. et 6.7.Zonaras, Epitome, 3.734.Angold (1995) .. De plus, comme garantie de ses droits, Constantin fut fiancé à Anne Comnène dès la naissance de celle-ci, laquelle comme le voulait la coutume, alla habiter chez Marie alors qu’elle n’avait pas huit ansLes fiançailles précédentes avec Olympia (renommée Hélène) de Haute-Rive avaient été rompues lors du renversement de Michel VII par Nicéphore Botaniatès.. Marie fut ainsi chargée de l’éducation de la jeune princesse qui l’adorait et avec qui elle partageait ses secrets ; elle y restera d’environ 1090 jusqu’à la mort de Constantin peu après 1094Alexiade, III, 1.4..
thumb|right|Monastère d'Iviron sur le Mont Athos.
Marie s’installa alors dans un palais adjacent au monastère de Saint-Georges des Manganes qui devint une cour parallèle à celle du palais impérial. Elle dut prendre le voile, car Théophylacte mentionne son vêtement austère et son train de vie ascétique, et Zonaras affirme qu’elle était religieuse lorsqu’elle visita Michel VII sur son lit de mort (vers 1090) pour lui demander pardon d’avoir épouser BotaniatèsTheophilacte, Oratio 4, 1.187.. Elle était réputée pour sa piété (donations au monastère georgien de Iviron sur le mont Athos et création du couvent de Kappatha à JérusalemLefort (1990) .) et sa générosité envers les pauvres et les orphelinsAlexiade III, 4 .Malamut (2007) .. Ceci ne l’empêcha pas de devenir le centre d’un cercle d’écrivains comprenant Théophylacte d’Ohrid, tuteur de Constantin et futur archevêque de Bulgarie, et Eustratios de Nicée, élève du philosophe Jean ItalosGarland (2006) « Maria as Monastic and Literary Patron ».. C’est à sa demande que Théophylacte écrivit ses commentaires sur les évangiles de Marc et de Luc ainsi que des petits prophètesPatrologia Graeca, 123.35, 487-1126 ; 126..559-119 .Mullett, (1997) ..
La situation devait changer drastiquement lorsque Alexis eut un fils, Jean, le : couronné lors de son baptême, il fut proclamé coempereur en 1092, alors que Constantin avait 18 ans. Les fiançailles entre Anne et Constantin ne furent toutefois pas rompues et ne furent interrompues que par la mort de celui-ci en 1094 ou peu aprèsGarland (2006) « Maria as Emperess-mother ».. Selon Nicéphore Bryenne qui devait épouser Anne quelques mois plus tard, ce n’était pas tant la naissance de Jean que la grave maladie qui devait emporter Constantin qui aurait été la raison pour laquelle il perdit ses droits de successionBryenne, Historia, 65-67..
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