La civilisation babylonienne s'épanouit en Mésopotamie du Sud du début du jusqu'au début de notre ère. Elle prit corps à partir de l'héritage des civilisations du Sud mésopotamien plus anciennes (Sumer et Akkad) dont elle est historiquement la prolongation. Elle prend corps avec l'affirmation politique de Babylone, État qui fut à partir du l'entité politique dominant le Sud mésopotamien, et ce pendant plus d'un millénaire.

L’État de Babylone devint un royaume puissant dans le courant du , sous l'impulsion du plus grand roi de sa première dynastie, Hammurabi. Après sa prise par les Hittites en , Babylone passa sous l'autorité d'une dynastie d'origine kassite qui stabilisa le royaume pendant environ quatre siècles. Cette période vit le début de la rivalité avec le royaume voisin situé au nord, l'Assyrie, qui marqua les siècles suivants. Après une longue période d'instabilité entre 1100 et , la Babylonie passa sous la coupe de l'Assyrie pendant plus d'un siècle (728-), avant d'initier une réaction qui aboutit à la destruction de l'Assyrie et à la formation de l'Empire néo-babylonien (626-) par les rois Nabopolassar et . Cette dernière phase de l'histoire du royaume de Babylone fut brève, s'achevant en par sa conquête par le roi perse . Dès lors, Babylone ne fut plus dominée par une dynastie d'origine autochtone : aux Perses Achéménides (539-) succédèrent les Grecs Séleucides (311-), puis les Parthes Arsacides (-). La Babylonie conserva néanmoins sa prospérité jusqu'aux débuts de notre ère, tandis que sa culture millénaire s'éteignit lentement.

À partir du moment où il mit la main sur les vieilles cités du Sud mésopotamien héritières des civilisations de Sumer et d'Akkad, le royaume de Babylone devint le dépositaire de leurs anciennes traditions, et un centre culturel et religieux rayonnant dans tout le Moyen-Orient et même au-delà. Son prestige fut immense pendant la période antique, et s'est transmis jusqu'à nos jours par le biais de la tradition biblique et de celle des auteurs de la Grèce antique.

L'exploitation des milliers de tablettes cunéiformes découvertes sur les différents sites de Babylonie (Babylone, Ur, Uruk, Nippur, Sippar, etc.) a permis de connaître une civilisation urbaine reposant sur une agriculture irriguée potentiellement très productive. La société et l'économie mésopotamienne étaient chapeautées par des institutions, en premier lieu les temples qui étaient de grands propriétaires terriens en plus d'être des centres religieux et intellectuels, mais le pouvoir royal dominait la société, du moins durant les périodes de stabilité. Une notabilité urbaine dynamique s'affirma également au cours des siècles, dans l'orbite du palais royal et des temples.

vignette|Stèle du Code de Hammurabi au musée du Louvre. vignette|Les murs de la Voie processionnelle et la porte d'Ishtar reconstruits au Pergamon Museum de Berlin.

La redécouverte de la civilisation babylonienne Le souvenir thumb|left|175px|Nemrod supervisant la construction de la tour de Babel dans les Heures du duc de Bedford, par le « Maître de Bedford », .

Le nom de Babylone est resté bien vivant durant les siècles qui ont suivi sa chute grâce à la trace que la ville et son royaume ont laissé dans plusieurs écrits qui en parlaient, rédigés du temps où ils étaient encore prestigieux.

C'est essentiellement par le biais de la tradition juive que son souvenir survit dans le monde savant entre sa disparition et l'essor des études la concernant à la période contemporaine : la Bible hébraïque s'inspire de cette ville pour le mythe de la tour de Babel qui connut un grand succès, et mentionne ce royaume et la Babylonie où ont été déportés des habitants du royaume de Juda au début du J. García Recio, « L'image de Babylone dans les sources bibliques », dans . A. Cavigneaux, « L'exil judéen en Babylonie », dans . Le Talmud de Babylone fournit également quelques informations sur la Babylonie et s'inspire en partie de ses savoirs, même s'il est une source à manier avec précautionJ. García Recio, « Babylone dans le Talmud de Babylone », dans .

À l'époque de la domination perse ( – ), Babylone fut également décrite par plusieurs auteurs grecs dont Hérodote et Ctésias, qui mentionnèrent la grandeur de la ville et quelques éléments de son histoire, non sans quelques approximations, notamment la confusion entre l'Assyrie et Babylone sur certains événementsR. Rollinger, « L'image et la postérité de Babylone dans les sources classiques », dans .

La tradition juive fut le principal vecteur par lequel le souvenir de Babylone se transmit durant le Moyen Âge, chez les peuples chrétiens qui firent de la plupart des livres de la Bible hébraïque leur Ancien Testament et chez qui Babylone eut souvent une image négativeM.-T. Gousset, « Images médiévales de Babylone dans les manuscrits occidentaux », dans et Ead., « Byzance et la Russie Médiévale », dans ., mais aussi chez les peuples qui occupent le sol de l'ancienne Mésopotamie, les ArabesA. Vernay-Nouri, « Babylone dans la tradition arabe », dans , ainsi que leurs voisins IraniensF. Richard, « Babylone dans la tradition iranienne », dans , dont les lettrés et savants (notamment astronomes) mentionnèrent encore « Bâbil ».

La redécouverte

thumb|Plan de la région de Babylone vers le milieu du , avec divers sites babyloniens : Babylone (Babil, Hilla), Borsippa (Birs Nimrud), Kutha (Tell Ibrahim). W. Smith, Atlas of ancient geography, biblical and classical, 1874.

thumb|left|Ruines de la ziggurat de Borsippa.

Les premiers voyageurs occidentaux qui parcoururent la Basse Mésopotamie au Moyen Âge et à l'époque moderne ne s'accordèrent pas sur la localisation à donner à Babylone, dont les ruines n'étaient pas aussi évocatrices que celles de sites voisins comme Birs Nimrud (l'ancienne Borsippa) ou Aqar Quf (l'ancienne Dûr-Kurigalzu)A. Invernizzi, « Les premiers voyageurs », dans .. Mais les premières fouilles du eurent bien lieu sur le bon site, celui qui avait préservé son nom antiqueJ. Taylor, « Les explorateurs britanniques au », dans . N. Chevalier, « Les fouilles archéologiques françaises au », dans . La redécouverte des capitales assyriennes au milieu du suscita un intérêt croissant pour la redécouverte de l'ancienne Mésopotamie. C'est de cette période que date la naissance de la discipline appelée assyriologie, d'après le premier peuple mésopotamien à être redécouvert, et qui repose sur l'étude des tablettes cunéiformes exhumées sur les sites fouillés que l'on parvient à déchiffrer au milieu du .

Les fouilles en Mésopotamie méridionale démarrèrent plus tardivement, d'abord sur des sites d'époque archaïque, puis à partir des années 1880 des sites plus récents furent fouillés : Sippar et Borsippa brièvement, et surtout Nippur, qui livra des milliers de tablettes permettant de mieux connaître la société et la culture de la Babylonie. Babylone fit à son tour l'objet de fouilles régulières au début du , menées par une équipe allemande dirigée par Robert Koldewey qui mit au jour ses principaux monuments, emportant une partie de ses découvertes à BerlinJ. Marzahn, « Les fouilles archéologiques allemandes », dans . Les autres grands sites de Basse Mésopotamie, comportant des niveaux datés des phases babyloniennes, furent redécouverts progressivement : Uruk dans les mêmes années, Ur dans les années 1920 – 1930, de même que Kish, puis après 1945 et jusqu'à la première guerre du Golfe, d'autres sites furent mis au jour ou fouillés à nouveau (Uruk, Nippur, Larsa, Sippar, etc.) permettant d'exhumer de nombreux documents provenant des périodes durant lesquelles ils étaient contrôlés par les rois babyloniens. Depuis le début de la guerre du Golfe en 1991, la situation politique de l'Irak a empêché les fouilles régulières durables dans l'ancienne Babylonie, et entraîné des destructions dans les musées irakiens et sites de la Babylonie antique (notamment en raison de fouilles clandestines).

La documentation

Les fouilles archéologiques ont mis au jour une quantité importante de bâtiments et d'objets, sur de nombreux sites de cette région. Elles ont avant tout concerné des bâtiments publics majeurs, les secteurs des temples et des palais, et parfois des quartiers d'habitation. Des prospections au sol ont également été menées dans plusieurs secteurs de la Basse Mésopotamie. Les objets d'art mis au jour sur les sites fournissent une quantité importante d'images à analyser (surtout religieuses), notamment les sceaux-cylindres et leurs impressions, les sculptures sur stèles et les objets en terre cuite moulés. Concernant les sources écrites, se trouvent certes parmi elles les divers témoignages indirects provenant de l'Antiquité récente (Hérodote, Bible hébraïque), mais le plus important est constitué par les dizaines de milliers de tablettes et inscriptions en cunéiforme exhumées par les archéologues sur les sites de l'ancienne Mésopotamie. Ces sources écrites peuvent être classées en différentes catégories. Les plus nombreux sont les documents issus d'archives d'institutions (palais ou temples) ou de familles, qui sont souvent des textes administratifs (enregistrement de la circulation de produits, cadastres), ou des textes juridiques (contrats de vente, location, prêt, mariage, etc.), et peuvent parfois être rapportés sur des stèles (comme les kudurrus) ; des textes de correspondance relèvent également de ces archives. Les textes de nature « littéraire », « religieuse » ou « scientifique » sont souvent des textes scolaires qui sont produits par des apprentis scribes, souvent incomplets ou fautifs. Se trouvent également quelques fonds de tablettes qui peuvent être considérés comme des sortes de bibliothèques, issus d'institutions religieuses ou de maisons de prêtres. Enfin sont connus des textes commémoratifs provenant des scribes royaux, qui servent à préserver le souvenir des hauts faits des rois, comme les inscriptions glorifiant la construction ou la restauration d'un édifice, des batailles victorieuses, leur sens de la justice d'un roi (comme le Code de Hammurabi) ou bien des hymnes à leur gloire, ainsi que des chroniques historiques ; ; ; ..

Cadre géographique et culturel thumb|Carte de la Mésopotamie antique, dans les frontières actuelles.

Géographie de la Basse Mésopotamie Géographiquement, le cœur du royaume de Babylone correspond à la Basse Mésopotamie, vaste plaine alluviale terminant en delta, constituée par l'Euphrate qui coule à l'ouest et le Tigre qui coule à l'est, les deux se divisant en plusieurs bras secondaires avant de se jeter dans le golfe Persique, qui remontait dans l'Antiquité plus au nord que de nos jours. La pente y est très faible, et les fleuves charrient une grande quantité d'alluvions, ce qui fait que le niveau de leur cours est rehaussé par rapport à la plaine. On note de plus un déplacement progressif de leur tracé, entraînant l'abandon à certaines époques de villes qu'ils irriguaient autrefois, à la création de bras isolés des cours d'eau et la présence de nombreuses zones marécageuses, en particulier vers le littoral. Le climat aride et la pauvreté des sols font par ailleurs que les espaces éloignés des cours d'eau sont des steppes, puis plus loin des déserts, très étendus en direction de l'ouest (le désert d'Arabie). La bordure orientale de la Basse Mésopotamie conduit vers les montagnes iraniennes (le Zagros). Vers le nord s'étend la Haute Mésopotamie (ou Djézireh), région de plateaux marquée par un climat moins aride que le Sud, surtout sur ses parties nord et nord-est qui reçoivent plus de précipitations. Synthèse plus détaillée sur les conditions écologiques de cette région dans , et 183-187 pour une perspective historique..

Les antécédents : Sumer et Akkad