La bataille de Bazeilles (ou combats de Bazeilles) a lieu du au , dans le cadre plus général de la bataille de Sedan, pendant la guerre franco-prussienne.

Cet épisode, vu comme héroïque et représentatif des sentiments patriotiques, a inspiré, entre autres, le plus célèbre tableau patriotique d'Alphonse de Neuville, intitulé Les Dernières Cartouches (1873).

Division bleue En 1870, pour la première fois de leur histoire, les marsouins des , , , régiments d'infanterie de marine et bigors du d'artillerie de marine sont groupés pour prendre part à la lutte, dans la même division surnommée « division bleue » commandée par le général de Vassoigne. Cette division comprend deux brigades : « La première brigade faite du et du fut confiée au général de Reboul. La deuxième brigade regroupant le et le RIM revient au général Martin des Pallières ». Cette division est intégrée au commandé par le général Lebrun. Ils écriront une des plus notables pages de l'armée française à Bazeilles, les et .

Ont également participé à cette bataille les , et d'infanterie de ligne ainsi que le d'artillerieAristide Martinien : Guerre de 1870-1871 : État nominatif par affaires et par corps des officiers tués ou blessés du 25 juillet au 29 octobre 1870.et le d'artillerie avec les , , et ., le , les et , le .

Lors de cette bataille, les pertes dénombrées côté français sont de 32 officiers tués, 70 blessés hors de combat, In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, page 314., et côté bavarois, de , au sein de la du corpsIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, page 315..

Bazeilles est, avec le temps, devenu un symbole de commémoration pour les troupes anciennement « coloniales », aujourd'hui appelées, comme en 1870 « de marine » car elles étaient précédemment rattachées à la marine nationale: le souvenir de ces combats est célébré depuis 1952 le et le par les régiments et les anciens combattants de ces troupes. Dans la préface du livre Second Empire de Solferino à Bazeilles de Guy Sallat, le chef d’État-major des armées François Lecointre en donne le sens en 1999 : « Bazeilles offre l’illustration tragique de ce déséquilibre contre lequel on ne peut rien ! D’un côté, ce sacrifice souligne l’abnégation de celui qui a le culte de la mission. De l’autre, il résonne comme une exigence pour que jamais plus le soldat de France ne rende les armes faute d’avoir pu disposer des moyens nécessaires à leur usage ».

Contexte historique Au cours du mois d', l'Est de la France est occupé par trois armées allemandes. Ayant reçu l'ordre de délivrer Bazaine encerclé dans Metz, Mac-Mahon est chargé de constituer une armée dite « de Châlons ». Cette armée était formée du du général Ducrot, du du général de Failly, du du général Félix Douay, et du du général Lebrun. Les deux premiers corps avaient été ramenés à Châlons après la bataille de Froeschwiller ; le général Félix Douay avait été rappelé de Belfort et le était un corps de nouvelle formation comprenant les troupes d’infanterie de Marine, il comprend plus de . Partie de Reims après de marche forcée avec l'armée de Châlons, la de la division Bleue atteint Sedan où Mac-Mahon est acculé avec son armée par les avant garde prussiennes. Mais à la suite des batailles de Beaumont, de Bazeilles et de Balan, l'armée de Châlons se trouve fixée sur Sedan.

Les combats de Bazeilles La doit protéger Bazeilles sur le flanc Sud-Est de la forteresse de Sedan. Dès le toute l'armée est sur la rive droite de la Meuse, cependant un pont de voie ferrée à Remilly est encore intact et va permettre l'infiltration d'éléments d'avant-gardes bavaroises, qui seront repoussés à la tombée de la nuit.

La supériorité en nombre et en artillerie de l'adversaire va donner lieu à des affrontements meurtriers où les pertes sont nombreuses ; le village est repris, puis gardé par les Français uniquement sur ses lisières Nord. La arrivée en renfort en fin de journée permet la reprise totale de Bazeilles à la tombée de la nuit.

Le , les forces bavaroises du général Ludwick von der Tann renforcées pendant la nuit attaquent le village au lever du jour. Elles croient le trouver vide, mais tombent dans une contre-attaque de organisée par le commandant Arsène Lambert, sous-chef d'état-major de la division.

S'enchaînent alors deux revirements inattendus : le premier avec le remplacement de Mac Mahon, blessé, par le général Ducrot qui ordonne d'abandonner les positions acquises ; le second, après l'évacuation de Bazeilles, avec l'arrivée du général de Wimpffen, qui prend le contrepied de ces dispositions et ordonne la réoccupation des positions abandonnées et une percée vers l'Est.

400px|thumb|Les Dernières Cartouches (1873), tableau d'Alphonse de Neuville.|alt=

Après de nouveaux combats à un contre dix, face au d'armée bavarois dont l'artillerie est de plus en plus fournie, le général de Vassoigne estime que « l'infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir » et sonne la retraite afin d'éviter le massacre intégral de la troupe dans un contexte chaotique : « Le général Lebrun dont l’état-major est décimé se maintiendra longtemps dans la partie inférieure du ravin entre Bazeilles et Balan. À un moment, un obus tombe à quelques mètres de lui. Il disparaît dans un nuage de terre et de poussière, son ordonnance et les deux chevaux qu’il tient en main s’effondrent. Le du Chasseur à cheval qui lui sert d’escorte est soudain assailli par la charge, sabre au clair, d’un escadron saxon. Enfin, il faut se rendre à l’évidence, le nombre submerge le courage et la ténacité. La victoire fut sérieusement débattue. Le commandant de la division de Marsouins perçoit que le nombre commence à dépasser les capacités de son unité : « Messieurs, j’estime que l’infanterie de Marine a depuis longtemps atteint les extrêmes limites du devoir. Il serait insensé d’ensevelir ici une telle troupe. Elle sera utile ailleurs. Néanmoins, je ne peux engager la retraite sans vous consulter. Regardez et jugez… Nous sortirons de Bazeilles la tête haute, que ce soit, comme pour moi, votre consolation ».

Les unités françaises ont perdu (tués, blessés, portés disparus) au cours de ce seul affrontement. Quarante Bazeillais, dont une partie en résistant aux bavarois, trouvèrent la mort au cours des combats des et . Cent cinquante autres moururent des suites de leurs blessures dans les six mois qui suivirent la bataille. L'adversaire, pour sa part, avait laissé sur le terrain plus tués, dont Schmidthuber (dir.), Der deutsch-Französische Krieg 1870/71 unter besonderer Berücksichtigung der Antheilnahme der Bayern. Auszug aus dem Generalstabswerk, Landshut, J. F. Rietsch, 1900, . : « La défaite de Sedan va faire disparaître huit bataillons de chasseurs, un bataillon de francs-tireurs, de ligne, quatre régiments de marche, trois régiments de Zouaves, trois régiments de Tirailleurs, un bataillon de la Garde mobile des Ardennes en formation à Sedan, ainsi que nos quatre régiments d’infanterie de Marine. Plus exactement, le lendemain de la bataille, les situations des quatre régiments de la division de Vassoigne comptabilisaient une perte totale de tués, blessés ou disparus, dont , , , et . On estime entre et les pertes de chaque côté. Près de furent tués ou prisonniers. Les Allemands perdirent près de à devant Bazeilles. C’est presque la moitié de leurs pertes totales de la journée ».

Ce combat, qui voit des pertes bavaroises supérieures en nombre à celles des français, a été retenu par l'histoire militaire des deux pays, mais pas pour les mêmes raisons. Côté français, le processus d'immortalisation doit beaucoup au tableau du peintre Alphonse de Neuville qui, dès 1873, choisit de réduire l'esprit de cette bataille à l'épisode de la défense de l'auberge Bourgerie, où l'on peut voir le commandant Lambert et une poignée d'hommes défendre la maison dans des conditions particulièrement difficiles, et jusqu'à l'épuisement complet des munitions. Avant d'ordonner le repli au petit nombre de combattants survivants, les officiers ont revendiqué l'honneur de tirer les onze dernières cartouches, d'où le nom de « Maison de la dernière cartouche », qui fit l'objet d'une popularisation comme un des hauts faits de la guerre.

Bazeilles est resté depuis un haut-lieu et un symbole des troupes de marine.

Récit officiel des combats de Bazeilles thumb|Marsouin d'infanterie de marine de 1870 thumb|Ruines de Bazeilles après la bataille.|alt= Bazeilles est devenu le symbole des troupes de marine. L'anniversaire de Bazeilles est célébré chaque année dans tous les corps de troupe de France et d'Outre-mer et sur les lieux mêmes de la bataille. Le récit qui suit est prononcé à cette occasion.

Iconographie La bataille de Bazeilles a donné lieu a de nombreuses représentations. Les premières furent sous la forme graphique : les gravures, publiées dans la presse, et les peintures, dans les deux camps, vont apparaître, traduisant bien entendu deux séries de points de vue différents. D'abord en France, avec par exemple les eaux-fortes d'Auguste André Lançon« Battle of Bazeilles (Ardennes), 3 Sptember 1870 », British Museum., puis, avec comme point d'orgue le tableau d'Alphonse de Neuville (1873) , ou encore celui de Jean-Léon Pallière (1879), sans compter une sculpture en bas relief d'Aristide Croisy.

En Allemagne, plus tardivement, apparaît en 1883, à Berlin, un panorama sur Alexanderplatz signé Anton von Werner choisit comme thème cette bataille, puis en 1896, un autre panorama, de , est monté à Manheim dans un bâtiment expressément conçu à cet effet. D'autres artistes allemands en proposèrent des traductions selon diverses techniques, comme Otto von Faber du Faur, Friedrich Bodenmüller, Franz Adam, Carl Röchling, Richard Knötel...

À Paris, la maison Goupil imprime de son côté de nombreuses photogravures reproduisant les tableaux français dont celui de Neuville (éditée en 1889) et François Lafon (éditée en 1896). Dès les débuts du cinématographe, Georges Méliès exploite l'épisode de Bazeilles décrit par Neuville pour en faire un film (1897). En 1900, une carte postale reproduisant une vue photographique du village de Bazeilles en ruine au lendemain de la bataille () circule.

Annexes Bibliographie Campagne de 1870 : Bazeilles et Sedan, essais critiques sur les opérations de l'armée de Châlons, orné d'un plan, Bruxelles : Librairie universelle de J. Rozez, 1871 .

Articles connexes d'infanterie de marine. d'infanterie de marine. d'infanterie de marine. d'infanterie de marine (dissous). d'infanterie de marine. La rue de Bazeilles nommée ainsi à Paris en 1897 en hommage à la bataille. Le musée de la dernière cartouche, à Bazeilles.

Dans la littérature Second Empire de Solférino à Bazeilles, de Guy Sallat, Éditions OD2C, 2019. La Débâcle, d'Émile Zola. Sedan, de Camille Lemonnier ( éd. 1871; éd. revue, sous le titre Les Charniers, 1881).

Au cinéma 1897 : Bombardement d'une maison de Georges Méliès.

En chanson

Les Dernières Cartouches, chanson de Marius Richard, paroles de René Esse, musique d’Émile Spencer, produit à la Scala notamment.

Au théâtre

Les Dernières Cartouches, pièce de Jules Mary jouée au théâtre de l'ambigu en .

En sport

Le club sportif (destiné initialement au tir dans le contexte de la volonté de revanche après la défaite de la guerre de 1870) des « Dernières Cartouches de Carhaix » est créé en 1907 ; il reçoit le nom d'un épisode glorieux de la guerre de 1870 connu sous le nom de la Maison de la dernière cartouche dans lequel s'illustre le capitaine Arsène Lambert, d'origine carhaisienne. La section football est créée en 1913.

Liens externes

Site des troupes de marine : la Bataille de Bazeilles Division Bleue Site officiel de Bazeilles

Notes et références

Catégorie:Bataille de la guerre franco-allemande de 1870 Catégorie:Bataille de 1870