thumb|upright=1.5|La Tour blanche, un des symboles de Thessalonique. Thessalonique ou parfois Salonique (en grec moderne et ancien , en ladino סלוניקה, en valaque Sãruna, en bulgare Sólun et en turc Selânik) est la deuxième ville de Grèce ( en 2021), chef-lieu du nome du même nom, située au fond du golfe Thermaïque et de la périphérie (région) de Macédoine centrale.
Elle est fondée par un synœcisme organisé par Cassandre de Macédoine en , qui la baptise en l'honneur de sa femme, Thessalonikè, fille de Philippe II de Macédoine. Grâce à sa localisation au croisement d'axes de communication, Thessalonique devient rapidement un centre commercial important. Son développement continue pendant la domination romaine, malgré le sac de la ville après la défaite de Persée de Macédoine à Pydna. Thessalonique profite de la création de la via Egnatia, la grande route transbalkanique méridionale. Une communauté cosmopolite de marchands s’y installe, faite de Juifs, d’Italiens et de Romains.
À la fin du , l'empereur Galère y élit domicile et y construit un palais et de nombreux édifices publics. Dans sa lutte contre la chrétienté, il fait de saint Dimitri un martyr qui est devenu le saint patron et protecteur de la ville. Par l’édit de Thessalonique (), l'empereur Théodose déclare obligatoire la foi en la divinité du Père, du Fils et du Saint Esprit et proscrit l'arianisme. Pendant les premiers siècles de l'Empire byzantin la ville, capitale d'un thème, continue son essor économique. Sa foire, les Demetria qui se tiennent en octobre, est une des plus importantes des Balkans. La ville s'enrichit de nombreux monuments et d'imposantes églises. À partir de la fin du Thessalonique subit plusieurs attaques. Elle est prise par les Sarrasins en 904 puis par les Normands en 1185. À la suite de la quatrième croisade, Boniface de Montferrat fonde le royaume de Thessalonique (1204), un État latin que le despotat d'Épire reprend dès 1224 avant une conquête par les Paléologue en 1246. À la fin du et au début du , Grecs et Ottomans se disputent la possession de la ville, assiégée à plusieurs reprises. Après avoir été protégée par Venise de 1423 à 1430, elle est alors définitivement prise par les Ottomans de Murad II.
En 1492, à la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne, Salonique, qui n'avait jusqu'alors abrité qu'une petite communauté juive, devient le centre mondial du judaïsme séfarade au point d'être surnommée la « Jérusalem des Balkans » et la « madre de Israël ». Au début du , on y compte feux : feux juifs, feux musulmans et 981 feux chrétiens. Au , Salonique reste le débouché naturel des Balkans : toutes les productions de la région transitent par son port. Le commerce de la ville est alors passé pratiquement intégralement dans les mains des Occidentaux qui ont commencé à s'y installer à la fin du . On peut voir là un des premiers signes du déclin de l'Empire ottoman.
Salonique, au début du , est une ville multiethnique : elle compte autour de , dont Juifs, Turcs et Grecs, Bulgares et Occidentaux. Elle est une des plus grandes et plus modernes villes de l'Empire ottoman et un de ses plus grands ports. Salonique est aussi devenue un important centre de bouillonnement politique. Ainsi, le Comité ottoman de la Liberté, qui joue un rôle important dans la direction du mouvement des Jeunes-Turcs, y voit le jour en août 1906. Conquise par la Grèce en novembre 1912, durant la première guerre balkanique, de nombreux Turcs la quittent. Les églises byzantines, transformées en mosquées par les Ottomans, redeviennent alors des lieux de cultes chrétiens.
Au début de la Première Guerre mondiale, la Grèce, pays neutre, traverse une grave crise politique entre partisans de la Triple-Entente et de la Triplice. Une partie des troupes évacuées des Dardanelles à l'automne 1915 est autorisée par Elefthérios Venizélos, le Premier ministre favorable à l'Entente, à s'installer à Thessalonique en vue de porter secours à la Serbie. En 1916, un total de français, britanniques et serbes sont présents dans la ville. La présence alliée joue un rôle politique décisif : chassé du poste de Premier ministre, Venizélos quitte Athènes et rejoint Thessalonique le . Un « Gouvernement de défense nationale » y est organisé et Thessalonique devient capitale d'une région en révolte. Après l'« abdication » de Constantin en juin 1917, Venizélos retourne à Athènes et Thessalonique perd son statut de capitale de la Grèce.
En août 1917, tout le centre de la ville est ravagé par un incendie catastrophique. sont détruits, laissant sans abri. La reconstruction de la ville permet une complète restructuration de son plan et de son organisation spatiale.
Lors de l'occupation de la Grèce durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands installent leur quartier général à Thessalonique. Les Juifs de Salonique sont alors la principale communauté séfarade touchée par la Shoah et on estime que 98 % de la communauté a été exterminée.
Après la Seconde Guerre mondiale et le début de la guerre froide, la ville connaît des difficultés. Le rideau de fer la coupe de son hinterland : toutes les routes commerciales qui avaient fait sa fortune sont interrompues. Dans les années 1950, la ville connaît une nouvelle transformation urbanistique, principalement dans la partie basse. La Foire Internationale de Thessalonique, héritière des foires de la Saint-Dimitri du Moyen Âge, est aujourd'hui le plus grand centre d'exposition de la Grèce et fait avant tout de Thessalonique un centre d'affaires et de commerce, plutôt qu'une destination touristique.
thumb|upright=1.5|Plan de la vieille ville de Thessalonique avec les monuments des époques romaine, byzantine et ottomane.
Macédoine antique Fondation de Thessalonique Thessalonique est fondée en par Cassandre de Macédoine, qui la baptise ainsi en l'honneur de sa femme, Thessalonikè, demi-sœur d'Alexandre le Grand, fille de Philippe II de Macédoine et de sa cinquième femme, Nikèsipolis, princesse thessalienne épousée en Son nom est issu de la contraction des mots (« Thessaliens ») et (« victoire »), en commémoration de la victoire des Macédoniens sur les habitants de Phocide avec l'aide des Thessaliens survenue le jour de la naissance de la fille de Philippe, probablement en G. Bakalakis, « », 61, 1986, 53-60. L’auteur estime que Philippe II, ne pouvant se donner à lui-même le nom de cette victoire, en baptisa sa fille. Le nom est attesté sous deux formes à l’orthographe légèrement différente : (Thessaloníkeia) est la forme adjective attendue normalement pour un nom de ville formé sur le nom de personne , comme (Kassándreia, Cassandréia) sur Cassandre, ou (Alexándreia, Alexandrie) sur Alexandre, et figure chez Strabon.. Mais c’est une autre forme, identique au nom personnel, (Thessaloníke) qui s’impose rapidement et définitivement. On trouve néanmoins d’autres orthographes à l’époque hellénistique, sur les inscriptions, (Thettaloníkes)IG X, 2, 1, 19., et à l’époque romaine, (Thessaloneíke) et (Thessalonikéon, sous-entendu « (cité des) Thessaloniciens »)..
La Mygdonie, à laquelle appartient le territoire de la cité de Thessalonique, fait partie des régions conquises par Philippe II, d’abord réunies dans un gouvernorat général des « Nouvelles terres », administrativement distinct du territoire originel du royaume de Macédoine. Il est possible que cette région ait connu, dès le règne de Philippe II, une forme de colonisation macédonienne : l’onomastique attestée par l’épigraphie comporte en effet une forte composante macédonienne dès le troisième quart du , notamment à Aineia et à Toumba, peut-être le site de Therma.. La distribution par Philippe et ses successeurs de domaines à leurs lieutenants dans ces territoires est une pratique bien attestée qui contribue également à modifier l’occupation de la région. Mais c’est bien la fondation par Cassandre de Thessalonique comme une cité véritablement macédonienneLa fondation de Thessalonique s’oppose de ce point de vue à celle de Cassandréia, cité grecque destinée aux alliés de la péninsule de Pallène établis sur le site de l’ancienne Potidée. Cette fondation fut de ce fait très critiquée par les Macédoniens et exploitée par les adversaires de Cassandre comme Antigone. Voir . — par ses institutions et son peuplement — qui réalise l’intégration au territoire national macédonien de cette partie de la Mygdonie, au nord-ouest de la péninsule de Chalcidique. Il est ainsi possible de voir cette fondation, au même titre que son mariage avec Thessalonikè, à la lumière des efforts de Cassandre pour s’imposer comme le successeur d’Alexandre le Grand, dans le cadre général de la compétition entre diadoques, pour se concilier la bonne volonté des Macédoniens et acquérir une légitimité supplémentaire en s’associant le plus étroitement possible à la dynastie argéade. Du côté des Thessaloniciens, le lien symbolique avec la famille royale argéade est un motif de fierté et continue par la suite d’être célébré par la ville, comme l’atteste une base de statue honorifique d’époque romaine portant l’inscription (« Thessalonikè, fille de Philippe, reine »), appartenant à un groupe statuaire comprenant également Alexandre le Grand et son fils Alexandre IVP. Adam-Veleni, « Thessaloniki : History and Town Planning » in ..
thumb|upright=1.5|Région de Thessalonique dans l'Antiquité
Deux auteurs antiques traitent de la fondation même par Cassandre : Strabon et Denys d’Halicarnasse. Le premier, au livre VII de sa Géographie, donne deux versions —21 E et 24 Epit en fait deux fragments d’un abréviateur — en partie contradictoire, du moins en apparence, de l’opération.. Le premier fragment dit en effet que Cassandre « ayant détruit les bourgades (polismata) de Krouside et du golfe thermaïque, au nombre approximatif de vingt-six, les regroupa en une seule. Parmi celles qui furent réunies, se trouvaient Apollonia, Chalastra, Therma, Garèskos, Aineia et Kissos« » in . ». Le second fragment affirme qu’« après le fleuve Axios se trouve la cité de Thessalonique, qui s’appelait auparavant Thermè (…) C’était une fondation de Cassandre (…) Il y transféra les habitants des bourgades avoisinantes, telle Chalastra, Aineia, Kissos et d’autres encore« ». in . ». La première différence entre les deux citations de Strabon provient du verbe employé pour désigner la réunion des cités dans la nouvelle fondation, dans le premier cas, ce qui peut impliquer littéralement une destruction, et dans le second, qui évoque un transfert des habitants. Or les deux verbes sont utilisés conjointement par la seconde source antique à évoquer la fondation, Denys d’Halicarnasse, qui écrit à propos d’Aineia : « Celle-ci perdura jusqu’à la domination des Macédoniens, qui se produisit sous les successeurs d’Alexandre. Sous le règne de Cassandre, elle fut abolie, lorsque la cité de Thessalonique fut fondée, et les Ainéates furent transférés dans la nouvelle fondation avec beaucoup d’autresAntiquités romaines, I, 49. Voir aussi . ». Il faut donc comprendre le premier verbe comme signifiant non une destruction physique des établissements mais une réduction de leur statut civique : des fouilles archéologiques ont confirmé l’existence continue jusqu’au premier siècle ap. J.-C. de certaines de ces bourgades..
La fondation de Thessalonique s’apparente à un synœcisme avec l’incorporation de vingt-six bourgades de statuts variés : les cités grecques d’Aineia, Dikaia, celles de l’arrière-pays du golfe Thermaïque jusqu’à Kalindoia à l’est, avec Rhamioi, Paraipioi, Eugeis Kisseitai, Osbaioi, Prasilioi, peut-être Ardrolioi, Therma, Ole, Altos, Perdylos, Gareskos, Nibas, et à l’ouest du golfe Sindos et ChalastraSur les limites du territoire de Thessalonique, cf. D. Papakonstantinou-Diamantourou, «», Mélanges Lazaridis, Thessalonique, 1990, p. 99-107.. Ces polismata, selon le terme employé par Strabon, qui n’en nomme lui-même que six, deviennent des kômai de la grande métropole.