La Transnistrie — du préfixe « trans », signifiant « au-delà », et de Nistru, nom roumain du fleuve Dniestr ou Pridnestrovie — du russe Приднестровье, en forme longue la république moldave du Dniestr (en /Pridnestrovskaia Moldavskaia Respublika ; en /Prydnistrovsʹka Moldavsʹka Respublika, en roumain : Република Молдовеняскэ Нистрянэ/, abrégé en ПMP et PMH sur les cartes éditées par son gouvernement, abrégé par « RMD » en français ci-dessous), est un État autoproclamé indépendant de fait depuis la guerre de Transnistrie et l'intervention militaire russe de 1992 qui a conduit à l'établissement d'une présence militaire russe en Transnistrie de manière permanente. Le statut de la région et le retrait de l'armée russe se trouvent depuis au cœur des relations entre la Moldavie et la Russie.
La Moldavie, l’Organisation des Nations unies et tous ses États membres, dont la Russie, ne reconnaissent pas cette indépendance et considèrent la Transnistrie comme une région autonome située dans les frontières internationalement reconnues de la Moldavie. Le Conseil de l'Europe considère la Transnistrie comme un territoire moldave sous occupation militaire russe.
Son territoire, situé sur la rive gauche du Dniestr, couvre 97 % de ce qui est, de droit, une région autonome de la Moldavie (en roumain/moldave : « Unités territoriales autonomes de la rive gauche du Dniestr », en abrégé UTANAinsi cité dans la loi de 2001 sur l'organisation territoriale de la Moldavie.), ainsi que la ville et la citadelle de Bender-Tighina situées sur la rive droite du Dniestr, qui ne font pas partie de l’UTAN. La Transnistrie recouvre presque intégralement cinq raïons moldaves et la de Tiraspol. La moitié ouest de l’un de ces cinq raions, celui de Dubăsari, est toutefois sous le contrôle de l’État moldave central dont la capitale est Chișinău.
Sa capitale est Tiraspol.
En 2013, la Transnistrie n’a de relations diplomatiques qu’avec l'Abkhazie, l’Ossétie du Sud-Alanie et le Haut-Karabagh., territoires également non reconnus par l’ONU.
Toponymie thumb|upright|left|Territoire de facto de la RMD (avec Bender (Tighina) mais sans Cocieri, Molovata, Corjova, Coșnița, Pîrîta et Doroțca qui ont choisi l'obédience du gouvernement moldave). L'adjectif « transnistriennes » — signifiant littéralement « au-delà du Dniestr », Nistru étant le nom roumain du fleuve — a été inventé par les ethnographes roumains du dans leurs descriptions des minorités roumanophones vivant dans les gouvernements russes de Podolie et de Kherson, où elles s'étaient installées en provenance du Boudjak et de la Dobrogée, pour fuir la double-capitation sur les chrétiens (haraç) et l'enlèvement des garçons en vue de leur enrôlement dans le corps des janissaires, pratiqués dans ces régions devenues ottomanes au . Au début du , cette dénomination tombe en désuétude jusqu'en 1941, lorsque le régime pro-fasciste du maréchal Antonescu occupe la région ukrainienne située entre le Dniestr et le Boug méridional, qu’il appelle alors officiellement « Transnistrie ». Cette occupation dure trois ans, après quoi à nouveau le terme retourne à l'oubliSauf pour les historiens de la Shoah en Roumanie. pour ressurgir en 1992 lors de la guerre du Dniestr consécutive à la dislocation de l'URSS, mais cette fois avec un sens territorialement plus restreint, désignant seulement le territoire moldave situé sur la rive gauche du Dniestr, communément mentionné en français sous le nom de « Transnistrie » alors que les autorités et populations russophones contestent cette dénomination roumaine, signifiant « au-delà du Dniestr », et utilisent plutôt la dénomination russe () signifiant « près du Dniestr ».
En forme longue, le gouvernement de Tiraspol utilise un nom différent dans chacune de ses trois langues officielles (russe, ukrainien et « moldave »). La dénomination en caractères roumains cyrilliques est la même qu'en caractères latins (, soit littéralement « République moldave nistréenne »), tandis qu'en et elle comporte le préfixe () dont la traduction française, en toponymie, donne « lez », « lès » ou « auprès de ». La forme longue slave serait donc « république moldave près du Dniestr ».
La nuance est importante car Transnistrie, « au-delà du Dniestr », sous-entend la reconnaissance de l’UTAN n’incluant que la rive gauche du fleuve, alors que , translittéré ou , « près du Dniestr », sous-entend la reconnaissance de la RMD incluant des territoires sur les deux rives du fleuveExemple sur le site Internet Pridnestrovie.. On trouve quelquefois en français les transcriptions « Cisdniestrie », « Pridniestrie »Nicolas Righetti, Transnistrie, un pays qui n'existe pas : . ou encore « Transdniestrie », qui mélange les dénominations roumaine et russeUne rapide recherche sur le site Internet du Conseil de l'Europe relève 1248 occurrences pour « Transnistrie/Transnistria », 134 occurrences pour les mots « Transdniestrie/Transdniestria » et 22 occurrences pour « Transdnistrie/Transdnistria »..
Le Conseil suprême a adopté une loi le interdisant l’utilisation du terme « Transnistrie » au lieu de « Pridnistrovie » dans la région, imposant une amende de 360 roubles et jusqu’à 15 jours d’emprisonnement pour toute utilisation de ce nom en public, et jusqu’à une amende de 9 000 roubles pour les personnes morales.
Géographie Étendue vignette|gauche|La RMD est en rouge. Les territoires en jaune font partie de l’UTAN, mais sont sous contrôle de la république de Moldavie ; les territoires en violet sont hors de l’UTAN, mais sont sous contrôle de la RMD.
La superficie de la Transnistrie n’est pas la même selon que l’on se réfère : à la situation de jure selon l’accord signé en 2003 par Dmitri Kozak, envoyé du président russe Vladimir Poutine, selon la loi de et selon les accords de 2008 qui reconnaissent l'« Unité territoriale autonome de la rive gauche du Dniestr » (UTAN) ayant une large autonomie, dont le territoire est défini avec le raion de Dubăsari entier, mais sans la ville de Bender (Tighina) et sans les territoires voisins situés rive droite du Dniestr. ; à la situation de facto (mais que la Transnistrie considère comme étant la seule de jureLa Transnistrie considère ses revendications et son point de vue comme créant un droit de jure, équivalent à celui de la Moldavie et de l’ONU, comme en témoignent les modifications répétées des contributeurs pro-russes sur cette carte géographique .), que ni le Kremlin ni la Moldavie, ni l’Organisation des Nations unies ne reconnaissent, et qui maintient sous contrôle de la RMD la ville de Bender (Tighina) et les territoires adjacents de la rive droite du Dniestr, mais ne comprend pas l’ensemble du raion de Dubăsari puisque, dans ce raïon, les communes de Cocieri, Molovata Nouă, Corjova, Coșnița, Pîrîta et Doroțca ont choisi de se placer sous l’autorité internationalement reconnue du gouvernement moldave.
Bien que les deux gouvernements, moldave et transnistrien, ne se reconnaissent pas mutuellement, la circulation des habitants locaux est possible, mais ralentie et coûteuse en raison des points de contrôle de la RMD où tout ce qui n’est pas sous sa supervision est inspecté et taxé.
Le territoire de contrôlé de facto par le gouvernement de Tiraspol a une superficie équivalente à celle du département français des Pyrénées-Orientales ou de la province belge de Luxembourg, mais s’étire, tel un Chili miniature, entre le fleuve Dniestr et la frontière moldavo-ukrainienne.
Le point culminant de la Transnistrie () se situe sur les hauteurs de la commune de Plopi (« les peupliers » en moldave, en ).
Régions administratives upright=1.2|thumb|Carte des « raïons » (arrondissements) de la RMD selon son propre point de vue.La république moldave du Dniestr est subdivisée en cinq raïons (arrondissements) et deux municipalités non rattachées (dont l’une, Tighina, ne fait pas partie des « Unités territoriales autonomes » internationalement reconnues) — les noms russes et leur translittération latine sont indiqués entre parenthèses — : raions : Camenca (Кáменка : Kamenka), Dubăsari (Дубосса́ры : Doubossary), Grigoriopol (Григориóполь : Grigoriopol), Rîbniţa (Рыбница : Rybnitsa), Slobozia (Слободзeя : Slobodzeïa) ; municipalités non rattachées : Tiraspol (Тирáсполь : Tiraspol), la capitale, Tighina (Бендeры : Bendery), détachée de son ancien raion par la RMD.
Politique et administration Situation politique
thumb|right|Siège de l'administration de la présidence de la république moldave du Dniestr à Tiraspol, Gorki, . upright=1.2|thumb|Carte des « raïons » de la RMD selon le point de vue de l'ONU et de la Moldavie.|alt=|gauche L’indépendance de l'entité autoproclamée de Transnistrie n’est reconnue que par deux autres entités, l’Ossétie du Sud-Alanie et l’Abkhazie. Elle était également reconnue par le Haut-Karabagh jusqu'à sa disparition en 2023. La Transnistrie, de facto indépendante, est officiellement moldave pour la communauté internationale, mais cette situation empêche la Moldavie d’exercer sa souveraineté et son autorité sur cette région, qui inclut une grande partie de son industrie.
La république moldave (autoproclamée) du Dniestr (en abrégé RMD) possède sa propre Constitution, son drapeau, son hymne, son président, son Parlement (Conseil suprême), son gouvernement, son armée, sa monnaie (le rouble RMD ou souvoriki) et utilise l’alphabet cyrillique, y compris pour la langue roumaine, jadis appelée « moldave » en Moldavie (voir système moldave officiel de translittération des caractères cyrilliques). Sa sécurité est garantie par la présence de troupes russesDepuis l'accord de paix moldo-russo-ukrainien de 1992 consécutif à la guerre du Dniestr, le rapatriement des forces russes présentes le long du Dniestr est prévu mais il n'a jamais eu lieu car, selon Andreï Devyatkov, expert senior au Centre de recherches post-soviétiques de l'Académie des sciences de la fédération de Russie, il est important pour la Russie de maintenir une présence militaire sur le Dniestr, capable d'intervenir rapidement en Moldavie si celle-ci risquait de basculer du côté occidental (U.E. et OTAN) et de prendre à revers l'Ukraine en cas d'extension de la guerre du Donbass vers l'ouest : ..
Bien que n'étant plus économiquement communiste, le gouvernement ayant procédé à une libéralisation progressive de l'économie à partir de 1992, la RMD a conservé les symboles soviétiques, notamment dans son drapeau et ses armoiries. Les dirigeants de la Transnistrie indiquent clairement leur fidélité à leur passé soviétique et n'en être jamais officiellement sortis : le régime du Parti patriotique de Transnistrie (parti unique) y perdure et les médias, sous contrôle gouvernemental, présentent souvent le pays, en russe, comme le dernier bastion de l'Union soviétique, alors qu'en anglais c'est plutôt un pays favorable aux investissements étrangers qui est mis en avantVoir et ..
thumb|250px|Situation de la Transnistrie dans le jeu stratégique entre Russie et OTAN, entre la CEI et l'UE.|alt= thumb|Siège du Parlement (Conseil suprême) à Tiraspol, en 2013.|alt=|gauche