thumb|Vitrail de la synagogue Sixth and I, à Washington.

Une synagogue (du grec , « assemblée », adapté de l'hébreu , « maison de l'assemblée ») est un lieu de culte juifSynagogue a de multiples équivalents, correspondant aux différentes langues des Juifs et aussi à leur sensibilité religieuse. Le yiddish utilise le mot , « école » et le ladino . Certaines congrégations emploient aussi le terme de Beit Tefila (« maison de prière »). Les Juifs persans et les karaïtes utilisent le terme voisin kenessa, dérivé de l'araméen. Les juifs réformés et certains conservatives les nomment parfois « Temple »..

L'origine de la synagogue, c'est-à-dire d'un lieu de rassemblement des fidèles dissociés de l'ancien rituel de l'autel du Temple, remonte peut-être aux prophètes et à leurs disciplesVoir en particulier Isaïe 8:16 et suivants ; originellement elle ne possède pas un caractère sacré, mais l'acquiert au fil du tempsDominique Iogna-Prat et Gilles Veinstein, « Lieux de culte, lieux saints dans le judaïsme, le christianisme et l’islam : Présentation », Revue de l’histoire des religions, , 2005.. La synagogue en tant qu'institution caractéristique du judaïsme naquit avec l'œuvre d'Esdras. Elle y a depuis pris une telle importance que « la Synagogue » en vient à désigner figurativement le système du judaïsme, par opposition à « l'Église ».

Les synagogues possèdent habituellement un sanctuaire, c'est-à-dire un grand hall de prière, dans lequel sont contenus les Livres de la Torah. Elles peuvent aussi comporter une salle pour les événements communautaires. Cependant, elles contiennent surtout des petites pièces réservées à l'étude, voire un Beit midrash (« maison d'étude ») : c'est que, bien qu'initialement destinée au culte, la synagogue devient au cours de l'histoire juive le lieu du Talmud Torah, c'est-à-dire l'enseignement de la tradition et de la langue hébraïque, que ce soit pour les enfants ou les adultes. La prépondérance de ce rôle est telle que Philon d'AlexandriePhilo, Spec. 2.61–62, puis les Juifs de Venise et ceux des pays ashkénazes parlant le yiddish désignaient les synagogues du nom de « didaskaleia », « scuola » ou « » (shoul, cf. all. ), c'est-à-dire « école ». Ce nom est toujours utilisé pour désigner les synagogues de manière informelle, surtout dans les milieux ashkénazes.

Philon d'Alexandrie et le Nouveau Testament utilisent aussi le terme proseuque du grec ancien , « prière » puis « lieu de prière ».

La synagogue dans les textes Ni le terme, ni le concept d'une synagogue ne se retrouvent dans le Pentateuque (bien que la tradition rabbiniqueTargoum de Jérusalem sur Exode 18:20 et Chron. 16:39 ; Rachi et Radak sur Jérémie 39:8, la « maison du peuple » (bet amma en araméen) désignant la synagogue dans T.B Shabbat 32a. ainsi que Philon d'AlexandrieDe Vita Mosis , 27 et Flavius JosèpheContre Apion , 17 affirment que l'institution remonte à Moïse). L'idée d'une prière collective n'y est pas davantage mentionnée, et le seul lieu du culte décrit est le Tabernacle, un sanctuaire transportable abritant en son Saint des Saints l'Arche d'alliance. Celle-ci se retrouve dans le Temple de Salomon, construit pour l'abriter de façon permanenteLe mot grec est employé dès la version des Septante pour traduire l'hébreu קָהָל (qahal). Très courant, celui-ci apparaît plus de cent fois dans le Pentateuque. Il intervient par exemple des Genèse 28:3 traduit par une congrégation [de peuples] et Genèse 35:11 traduit par un essaim [de peuples]..

La première évocation d'un rassemblement hors du Temple est trouvée dans Isaïe 8:16Lire en ligne sur sefarim.fr : il s'agit d'un cercle de disciples réunis autour d'Isaïe, afin d'entendre de lui la parole de Dieu et la Torah. C'est également le cas dans Ézéchiel 8:1Lire en ligne sur sefarim.fr, où les anciens de Juda se réunissent dans la maison d'Ézéchiel. Le psaume 74:8Lire en ligne sur sefarim.fr probablement daté du premier exil, mentionne « les centres consacrés à Dieu dans le pays ».

Il semblerait que les synagogues se soient multipliées après la destruction du premier et du Second Temples : selon une tradition rabbinique consignée dans la Mishnah (laquelle fut compilée vers 200 EC, plus d'un siècle après la destruction du Second Temple), une grande ville compte obligatoirement dix batlanim, sinon c'est un villageMeguila 1:3 ; pour la signification du chiffre 10, voir T.B Berakhot 6a. ; un batlan étant défini comme un individu renonçant à son travail pour aller prier, la Mishna enseigne qu'il existe une synagogue en tout endroit où un minyan de dix hommes est capable, à n'importe quel moment, de se réunir pour prier. Les Actes des Apôtres indiquent également que les synagogues que l'on trouvait dans chaque ville existaient depuis de nombreuses années (Actes 15:21), et en citent plusieurs, dont celle des Affranchis, celle des Cyrénéens et celle des Alexandrins.

Le Talmud mentionne de nombreuses synagogues en Mésopotamie, dont celle de Néhardéa, et plus de 400 synagogues à Jérusalem avant la destruction du Second Temple (Keritot 105a), tandis que les Évangiles évoquent celles de NazarethMatthieu. 13:54 ; Marc 6:2 ; Luc 4:16 et de CapharnaümMarc 1:21 ; Luc 7:5 ; Jean 6:59.. Paul prêche dans les synagogues de DamasActes 9:20, de Salamine en ChypreActes 13:5, d'AntiocheActes 13:14, etc.

La chute du second Temple amplifie l'importance de la synagogue, car c'est là que seront perpétués les rites du Temple à l'exception capitale du sacrifice et c'est dans les synagogues que pourra se réunir le minyan composé de . Les synagogues vont donc se multiplier dans la diaspora. Celle d'Alexandrie décrite dans le Talmud était énorme puisque le chantre y indiquait aux fidèles à l'aide de drapeaux quand dire AmenT.B. Soucca 51b.

Un Temple miniature thumb|right|upright=2|La synagogue consistoriale de Neuilly avant un mariage. Les synagogues, orthodoxes comme réformées, se réfèrent, au moins symboliquement, au sanctuaire. Leur plan suit, à l'instar des Temples de Jérusalem et des shtiblekh (Le Shtibl est un mot yiddish pour un petit local servant à la prière et l'étude, mais moins formel qu'une synagogueLe « dictionnaire encyclopédique du judaïsme »(voir bibliographie) définit le shtibl (pluriel shtiblekh) comme les lieux informels de prières des juifs hassidiques qui font à la fois office de synagogues, de lieux d'études et de centres communautaires. Shtibl est un diminutif, il s'agit donc d'une petite pièce.), celui du Tabernacle, tel qu'il est décrit dans la parashat Terouma.

Une synagogue contient donc un parvis où se réunit l'assemblée, un candélabre, un endroit surélevé où se tient le culte, et un endroit très saint où est gardé, dans une armoire protégée de l'extérieur par un rideau, le Témoignage donné à Moïse par Dieu : l'endroit surélevé, équivalent de l'autel à l'époque du Tabernacle et des Temples, s'appelle la Tevah chez les séfarades et Bimah chez les ashkénazes ; c'est là que se tient l'officiant et qu'on lit la Torah. Traditionnellement située au milieu de la prière, elle a été déplacée dans les temples réformés à l'avant de la salle, faisant face aux fidèles, par analogie à la chaire dans les temples protestants. Dans l'équivalent du Saint des Saints, se trouve une armoire, équivalent de l'Arche d'alliance. Les ashkénazes l'appellent arche sainte (Aron Haqodesh), tandis que les sépharades l'appellent Heikhal (Temple). Elle contient les rouleaux de la Torah. Ceux-ci sont indispensables pour qu'un lieu de rassemblement soit considéré comme une synagogue, sinon c'est une havourah. C'est depuis l'arche que les cohanim (fidèles descendant d'Aaron, et remplissant symboliquement quelques tâches dévolues à leurs ancêtres de l'époque des Temples) bénissent l'assemblée. L'arche est située sur le mur orienté vers JérusalemLe roi Salomon (I Rois 8:34, 44, 48 ; II Chron. 6:34) et Daniel (Dan. 6:11) prient en direction de Jérusalem, donc à l'orient (Mizra'h) dans les pays situés à l'ouest de Jérusalem et à l'occident dans les pays situés à l'est. Beaucoup de synagogues sont orientées vers Jérusalem, bien que certaines dérogent à la règle pour des raisons structurelles. Un candélabre, analogue de la menorahToutefois, la Halakha interdit d'y reproduire les accessoires du Temple et par exemple, les chandeliers sont différents du chandelier du Temple représenté sur l'arc de Titus., est spécialement allumé durant les offices. Comme l'une des branches de la menorah brûlait continuellement à l'époque du Temple, une lampe ou une lanterne, souvent électrique, tient actuellement le rôle de ner tamid (héb. נר תמיד « lampe perpétuelle »).

Réminiscence du Temple de Jérusalem, où un balcon avait été installé pour séparer hommes et femmes lors de la Sim'hat Bet HaShoëvaT.B. Soucca 51b-52a., hommes et femmes sont séparés par une mekhitsa lors de la prière dans les synagogues orthodoxes. Souvent les femmes disposent d'une galerie, quelque peu dissimulée aux hommes d'où elles peuvent assister à l'office. Dans l'Altneu Schule de Prague, les femmes disposent d'une salle séparée de la pièce principale par un mur épais percé d'étroites ouvertures. À Pfaffenhoffen, en Alsace, les femmes sont derrière les hommes, séparées d'eux par une sorte de treillis en bois. Cette séparation a disparu dans les synagogues libérales ou réformées, et dans la plupart des synagogues « conservatrices » aux États-Unis où hommes et femmes prient côte à côte. On ne trouve pas non plus de mekhitsa dans les kenessot karaïtes, l'origine de cet usage ne figurant pas explicitement dans la Bible. Toutefois, hommes et femmes sont séparés par pudeur pour la prière, car elle contient de nombreuses prosternations. La synagogue contient souvent un local, appelé gueniza (héb. גניזה « dépôt ») où sont enterrés des textes périmés ou effacés portant l'un des sept Noms de Dieu qu'il est interdit d'effacerMoïse Maïmonide, Mishné Torah, Hilkhot Yessodei ha-Torah 6:1-2.. La tradition juive interdit en effet de les détruire et demande qu'ils soient enterrés, quand bien même il s'agirait de textes non-canoniques, voire hérétiquesT.B. Shabbat 13b, 30b, 115a, Pessa'him 62a-b. Les guenizot peuvent receler des trésors d'archéologie ; celle du Caire, qui contenait fragments, dont la correspondance de Moïse MaïmonideMoïse Maïmonide La guérison par l'esprit ; précédé des Lettres de Fostat ; introduction, traduction et annotations par Laurent Cohen, Éditions Bibliophane-Daniel Radford, 2003, collection L'entre nous, a été qualifiée de « fenêtre sur la vie juive médiévale » ; celle de la synagogue Vieille-Nouvelle abrite, selon la légende, le Golem du Maharal de PraguePražské Synagogy/Prague Synagogues, Arno Pařík, Jewish Museum in Prague, 2000, . Les écrits de Philon et de Flavius Josèphe donnent à penser qu'à son époque, on déposait également dans les synagogues des donations pour le Temple de JérusalemPhilon, Legat. 155–157; Josèphe, Antiq. Jud. 14.213–216. Il est de coutume d'installer la houppa (héb. חוּפָּה dais sous lequel sont célébrés les mariages), mais cette coutume n'a pas force de loi, et la houpah est souvent installée en extérieur, particulièrement en Israël. thumb|Fauteuil du prophète Élie. On trouve souvent dans les synagogues un "fauteuil du prophète Élie" qui est utilisé lors des circoncisions.

Les synagogues antiques Les synagogues les plus anciennes dont on connaisse l'existence sont les synagogues de l'Égypte hellénique appelées proseuques (ou [maison de] prière) dont la trace nous est parvenue par leurs dédicaces inscrites sur des papyrus.