vignette|La protée, fleur emblème de l'Afrique du Sud. L'histoire de l'Afrique du Sud est animée par des peuples et des cultures différentes qui se succèdent et se côtoient depuis la Préhistoire. Le peuple San y est présent depuis au moins et les Bantous depuis au moins . Les deux peuples auraient généralement cohabité paisiblement. L'histoire écrite débute avec l'arrivée des Européens, en commençant par les Portugais qui décident de ne pas coloniser la région, laissant la place aux Néerlandais. Les Britanniques contestent leur prééminence vers la fin du , ce qui mènera notamment au Grand Trek afrikaner et, à la fin du , aux deux guerres anglo-boer. Le est marqué par le système législatif séparatiste et ségrégationniste de l'apartheid puis par l'élection de Nelson Mandela, premier président noir d'Afrique du Sud, à la suite des premières élections nationales multiraciales au suffrage universel organisées dans le pays.

Préhistoire

L'histoire la plus ancienne est mal connue en raison notamment de l'absence d'écrits et de la difficulté à dater les évènements concernant un territoire étendu et peu peuplé. thumb|left|Représentation préhistorique peinte d'un éléphant à l'entrée des grottes du Cango. Des découvertes archéologiques, dont celle de l'enfant de Taung en 1924, ont permis d'affiner la compréhension des genres Australopithecus, Paranthropus et Homo, faisant de l'Afrique du Sud un des foyers de l'hominisation.. De nombreux fossiles, trouvés dans les grottes de Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai et Makapansgat, indiquent que des australopithécinés vivaient sur le plateau du Highveld il y a environ d'années. Il est généralement admis que Homo sapiens, l'humain moderne, remplace Homo erectus il y a environ . Des fossiles controversés, trouvés sur le site des grottes de la rivière Klasies, dans la province du Cap-Oriental, indiqueraient que l'humain moderne vivait en Afrique du Sud il y a plus de ..

L'Afrique du Sud compte également de nombreux sites du Middle Stone Age tels que Blombos, Diepkloof ou Border Cave. Ces sites ont livré des vestiges interprétés comme des indices de l'émergence de la modernité culturelle : blocs d'ocre gravés, perles en coquillage (Blombos), coquilles d'œuf d'autruche incisées (Diepkloof), os incisés (Border Cave).

Histoire précoloniale L'historiographie sud-africaine a longtemps été largement eurocentrée, relatant majoritairement les faits postérieurs aux premières explorations européennes. Elle a aussi longtemps été très ethnicisante, retranscrivant de manière isolée et essentialisante. l'histoire des différents groupes qui font l'Afrique du Sud, masquant ainsi les phénomènes de passage et d’échange entre ceux-ci.. L'opposition entre une Afrique du Sud précoloniale « brune » à l’ouest, habitée par des populations khoesan et une Afrique du Sud « noire » à l’est, peuplée de populations bantou va par exemple irriguer au et siècles l’opposition entre « Coloureds » et « Noirs Africains ». En opposition à cette vision de l'histoire, à partir des années 1970, des chercheurs questionnent les frontières de ces catégorisations en mettant en lumière les processus d'interconnexion et d'échange entre groupes... S'il est nécessaire de parler de l'histoire des Khoikhoi, des San ou des Bantou pour comprendre l'Afrique du Sud précoloniale, il faut donc également aborder ces catégorisations avec précaution en n'oubliant pas qu'elles sont des constructions socio-historiques..

Populations Khoisan Les recherches historiques ont permis d'établir qu'avant l'expansion des agriculteurs bantou vers 1600- AP., l'Afrique du Sud actuelle était majoritairement habitée par des populations Khoisan. Le terme « Khoisan » (ou « Khoïsan », ou « Khoesan ») est un mot composé inventé dans les années 1920 par l'anthropologue allemand .. Il est dérivé des noms des deux groupes dans lesquels les Khoisan sont traditionnellement classés : les Khoikhoi qui élevaient des bovins et des moutons, et les San chasseurs-cueilleurs.. Malgré les différences liées à leurs modes de subsistance, les groupes khoisan, par ailleurs très divers, partagent un grand nombre de traits communs en matière d'organisation territoriale, de relations entre les genres, de parenté, de rituels, de langues et de cosmologie..thumb|left|San devant leur habitation.

Les San La culture de populations de chasseurs cueilleurs San est attestée depuis environ AP. Il est difficile de reconstituer précisément l'histoire et l'évolution de ces groupes répartis aujourd'hui majoritairement sur les territoires désertiques et semi-arides des actuels Afrique du Sud, Namibie et Botswana. Les San seraient actuellement environ en Afrique australe. et certaines sources mentionnent le fait que leur nombre n'a jamais excédé une cinquantaine de milliers d'individus sur le territoire de l'actuelle Afrique du Sud. Ces chasseurs-cueilleurs n'ont, en termes modernes, laissé presque aucune empreinte écologique, excepté des peintures rupestres. Il existe un débat entre historiens (nommé le « débat du Kalahari ») pour savoir si les San ont toujours majoritairement habité les zones désertiques ou s'ils y ont été repoussés sous les effets de la colonisation..

Le terme de « San » est un exonyme d'origine Khoikhoi dont le sens étymologique est aujourd'hui partiellement masqué. Certaines sources avancent que cette désignation serait plutôt péjorative et stigmatisante. d'autres expliquent qu'elle pourrait signifier, en écho à leur statut de chasseurs cueilleurs, « ceux qui ramassent »M. Brörmann & al., Annual Report 2004-05, , WIMSA, Windhoek, 2005.. Les San se désignent eux par les noms des différents groupes qu'ils composent : !Kung, ǀXam, ǂKhomani, Nǀu, Gǀanda, Domkhoe, Kǀhessákhoe, Gani, Tanne, Tsʼexa, Ncoakhoe, ǂHaba, Tsoa, Cire Cire, Deti, Ganádi, Shwakhwe, Nǀookhwe, Kǀoreekhwe, ǁʼAiye, ǀTaise, Tshidi, Danisi, Cara, ǀXaio, Auen, Kua, Xgana et Cgui, etc. Bien qu'imparfaite la désignation englobante de San est aujourd'hui préférée au terme animalisant de « Bochiman » (en anglais « Bushmen », littéralement « homme des bois ») introduit lors de la colonisation européenne..

Contrairement à une idée répandue, les San ne sont majoritairement pas nomades. Des travaux anthropologiques sur le groupe San des !Kung ont permis de montrer qu'ils vivent en « bandes » d'environ , au plus près des points d'eau permanents et se dispersent pendant la saison humide pour exploiter un territoire plus vaste. Chaque « bande » exploite une zones définie par un réseau de points d'eau et l'accès à des ressources végétales et animales..

Les Khoïkhoï Vers 2500 - AP, des éleveurs semi-nomades khoïkhoï, et peut-être dans un premier temps seulement leur culture, se diffusent sur le territoire actuel de l'Afrique du Sud dans un processus de néolithisation (c'est-à-dire d'introduction d'animaux domestiques, de techniques d'élevage et de production de céramiques).. Avant que la colonisation et l'épidémie de variole de 1713 ne viennent profondément perturber les sociétés khoïkhoï, les voyageurs et colons européens des décrivent des populations vivant en villages (appelés kraal en afrikaans) dont les huttes hémisphériques délimitent un espace central servant d'enclos à bétail. Les huttes sont constituées de nattes appliquées sur une armature de branches et sont facilement démontables et transportables à dos de bœuf lors des transhumances entre pâturages d'été et d'hiver. Les Khoïkhoï se regroupent en groupes plus larges à certaines occasions et migrent parfois vers d'autres territoires.. Au leur nombre est évalué entre et personnes, réparties en différents groupes formant une chaine de sociétés plus ou moins interconnectées et qui se sont probablement formés par segmentation successives de lignages..

Les Européens qualifieront ces éleveurs khoïkhoï d'« Hottentots », terme aujourd'hui considéré comme dépréciateur et insultant.

Les Khoisan Si le terme de Khoisan est contesté étant donné qu'il rassemble des populations fortement hétérogènes, son utilisation permet de penser ensemble des groupes qui partagent certaines caractéristiques communes. vignette|273x273px|Principales familles de langues en Afrique La première de ces caractéristiques est la langue. Les linguistes ont en effet identifié une famille de langues khoisan (cf. carte ci-contre) composée de quatre sous-groupes (Khoe, !Kung, !Ui-Taa, ≠Hõã). Bien que les experts aient du mal à reconstituer l'histoire de cette famille, dont la grande diversité fait douter certains de leur parenté, l'existence de clics plaide en faveur d'une langue originelle commune (dont l'aire d'influence a potentiellement pu s'étendre au-delà de la seule Afrique australe comme le laisse supposer la présence de possible isolat en Tanzanie actuelle)..

Bien que la cosmologie et les croyances religieuses khoisan témoignent d'une longue histoire de diversification et de circulation, elles sont aussi marquées par certains traits communs. Celles-ci sont caractérisées par l'absence de cultes rendus aux ancêtres et par la pratique de la transe pour entrer en contact avec un monde parallèle (ce que certaines peintures rupestres pourraient représenter). De plus, si les déités, esprits ou héros sont nombreux et très divers selon les groupes, les religions khoisan évoquent toutes l'existence d'un être suprême vivant dans les cieux et accueillant les morts..

À partir de AP, les populations khoisan cohabitent avec des populations bantou. S’il est difficile de retracer avec certitude les relations entre ces groupes, des processus de conflit mais aussi d’absorption et d’emprunts culturels s’opèrent et viennent parfois brouiller les lignes. Les traditions orales recueillies par les premiers colons évoquent ainsi des cas d’incorporation d’individu·es et de lignages « khoisan » par des populations de langues bantou et vice-versa. Cette hypothèse est renforcée par le fait que des langues bantu, comme le xhosa ou le zulu, intègrent plusieurs des « clics » caractéristiques des langues khoisan..

Expansion des Bantous thumb|upright=1.5|1 : 3000 - 1500 , foyer d'origine des peuples bantous.2 : v. 1500 , premières migrations.2.a : Bantous orientaux ; 2.b : Bantous occidentaux.3 : 1000 - 500 , éclatement de la culture Urewe (Bantous orientaux). 4 à 7 : Avance vers le Sud. 9 : 500 - , éclatement du foyer congolais.10 : 0 - , dernière phase de migrationD'après ..

Au début de l'ère chrétienne, des peuples bantous arrivent du nord-ouest, partis des confins du Cameroun et du Nigeria. La première vague de ces peuples migrants issus de l'âge du fer, agriculteurs et éleveurs, atteint l'Afrique du Sud probablement vers l'an 300 pour s'établir dans l'actuelle province du KwaZulu-Natal vers 500. D'autres descendent la rivière Limpopo aux pour parvenir vers le dans l'actuelle province du Cap oriental. Leur migration se fait par petites vagues, déplaçant cependant devant eux les populations de chasseurs-cueilleurs.thumb|Hommes zoulous en habit traditionnel.|gauche

Éleveurs, les Bantous sont aussi des agriculteurs, maîtrisant, entre autres cultures, celle des céréales. Ils travaillent aussi le fer et vivent dans des villages. Ce sont les ancêtres des peuples parlant les langues nguni, xhosa, zoulou et diverses autres. Les Xhosas sont les seuls à être organisés en États pour se défendre de leurs voisins. Pour tous les autres peuples, l'unité politique ne dépasse pas le groupe de villages.

Les deux cultures auraient, selon des sources limitées à l'archéologie, généralement cohabité paisiblement. On peut observer une intégration d'éléments des cultures Khoïsan par les Bantous. Outre les artéfacts archéologiques, la linguistique révèle que le clic, caractéristique des langues khoïsan, a été incorporé dans plusieurs langues bantoues.