upright=1.4|vignette|Les papeteries vers 1857.

les Papeteries Aussedat, devenues en 1971 le groupe Aussedat Rey, sont un groupe papetier français qui s'est développé à Cran-Gevrier, ancienne commune aujourd'hui fusionnée avec Annecy. Son établissement principal exploitait l'énergie hydraulique et l'eau du Thiou, exutoire du lac d'Annecy.

La famille Aussedat, une dynastie d'industriels savoyards, a fondé et conduit l'entreprise pendant deux siècles et sept générations.

Dans les années 1930, les Papeteries Aussedat et plus particulièrement la branche Callies de la famille sont amenées à prendre le contrôle de la Compagnie des Machines Bull, à l'époque où les machines de mécanographie fonctionnent avec des cartes perforées en papier. Elles dirigeront Bull pendant trois décennies, faisant du groupe français le quatrième mondial de son secteur et le deuxième fabricant d'ensembles électroniques. Cette aventure commune des deux entreprises, qui reste un exemple d'histoire française de succès industriel et financier à bénéfice mutuel, dure jusqu'à ce que Bull vive au début des années 1960 le grand virage de la mondialisation sous contrôle américain.

Les familles Aussedat et Callies sont par ailleurs alliées aux Michelin. retrouve dans les entreprises Aussedat, Bull et Michelin des années 1930 à 1970 une même approche de culture d'entreprise.

L'usine historique de Cran-Gevrier, revendue par le groupe en 1996, cesse ses activités en 2006. Le site est reconverti et accueille un écoquartier de 600 logements, une pépinière d'entreprises du jeu vidéo, de l'animation, et des contenus numériques, implantée dans les murs d'un bâtiment de l'ancienne papeterie, et une centrale hydroélectrique qui poursuit l'exploitation de l'énergie hydraulique du site.

Historique Un moulin à papier était installé depuis le dans la localité de Cran-Gevrier proche d'Annecy, près du pont de Cran, proche du confluent du Thiou et du Fier. Le Thiou, alimenté par la grande réserve du lac d'Annecy, présente en effet à cet endroit un dénivelé de très tôt utilisé pour des moulins divers. En outre, l'eau du lac est alors très pure et convient bien pour la fabrication de pâte à papier. À la fin du , ce premier moulin à papier est réduit à l'état de ruines, et c'est un peu en amont sur le Thiou qu'Augustin Aussedat, formé chez Montgolfier à Vidalon, et devenu en 1785 maître papetier à Saint-Alban-Leysse, près de Chambéry, transforme en moulin à papier en 1801 un moulin récent de métallurgie fine pour son fils Alexis.

Au total, l'ensemble des chutes d'eau du Thiou à Cran représentant un dénivelé de , dont la papeterie exploitait , le reste allait à d'autres industriels (Forges de Cran, Manufacture Duport). Equipée d'une dynamo vers 1900, l'une de turbines de la Papeterie permit à l'entreprise d'être en outre l'un des premiers producteurs d'électricité du département en attendant que les Forces du Fier, entreprise privée de production et distribution d'électricité, soient opérationnelles (1906).

1785-1842 : Moulins à papier – Augustin et Alexis Aussedat vignette|La papeterie Aussedat vers 1830.

Augustin I Aussedat (1756-1825), fils de deux ouvriers papetiers d'origine auvergnateLes recherches menées en 2008 par des membres du Cercle Généalogique et héraldique d'Auvergne et du Velay permettent de remonter à de nombreuses générations de compagnons papetiers Ossedat exerçant au moins depuis le début du à proximité d'Ambert, dans le Puy de Dôme. Voir notamment le site alain.aussedat.free.fr « Les Aussedat, papetiers depuis le , à la recherche de leurs ancêtres auvergnats ». travaillant chez Montgolfier, est né à Davezieux, près d'Annonay en Ardèche. Il est envoyé en 1785 par Augustin Montgolfier, son patron et parrain, prendre en gérance un moulin à papier à Saint-Alban Leysse, près de Chambéry. Il rachète ce moulin trois ans plus tard et devient maître papetier. Son fils aîné prend sa suite sur place, tandis qu'il établit ses deux autres fils à Faverges (rachat d'un moulin existant) et à Cran-Gevrier, près d'Annecy où il transforme en 1801 un moulin récent dédié à la métallurgie fine à proximité des ruines d'un ancien moulin à papier disparu. Les deux moulins de Faverges et Saint Alban-Leysse, en difficulté financière, seront assez rapidement revendus. Seul celui de Cran-Gevrier poursuit son développement pendant plus de deux siècles.

Alexis Aussedat (1785-1838) s'installe donc à Cran-Gevrier, où il succède à son père en 1825. Il développe l'affaire, agrandissant le moulin et introduisant des piles hollandaises qui augmentent considérablement le rendement de la préparation de la pâte à papier. Mais il meurt prématurément à 53 ans laissant l'affaire à ses trois fils, Jean-Marie, Hippolyte et Alexandre. Hippolyte se retire le premier, dès 1841. L'année suivante, les deux autres frères associés concrétisent un projet rêvé depuis quelques années par leur père : l'installation d'une première machine à papier en continu, puis d'une seconde. Le moulin à papier est devenu une papeterie industrielle.

1846-1904 : L'industrialisation - Jean-Marie I et II Aussedat, Eugène et Albert Crolard

Alexandre se retire à son tour en 1846, mais travaille à la mise au point d'un procédé de fabrication de pâte à papier à partir de bois selon une méthode dite semi-chimique, procédé qui est encore décrit dans les ouvrages d'histoire de la fabrication du papier en France. Il construira une usine à Chevênes, quartier de Cran-Gevrier un peu en amont sur le Thiou, pour produire de la pâte à papier et du carton. Cette activité, poursuivie par son fils Eugène Aussedat et sa petite fille Clara Mercier, sera définitivement stoppée par un incendie qui détruit intégralement l'usine en 1929.

Jean-Marie I Aussedat (1814-1867), le fils aîné d'Alexis, reprend donc seul l'affaire vers 1850. Avec l'aide efficace de sa femme et cousine, Augustine Basin, il donne une nouvelle accélération au développement. En 1860, ils doivent faire face au changement complet de marché induit par le rattachement de la Savoie à la France. Ils embauchent un directeur, Eugène Crolard qui va mettre en place un réseau commercial efficace, avec l'ouverture d'un dépôt à Paris (jusque-là, la zone de vente était la Savoie et le Piémont). Comme son père, Jean-Marie I Aussedat meurt prématurément à 53 ans et c'est sa femme qui prend les rênes de l'entreprise pendant 43 ans, assistée par Eugène Crolard, puis son fils Albert Crolard (qui épouse Marguerite dernière fille de Jean-Marie et Augustine), et par son fils Jean-Marie II Aussedat (1848-1903). Pendant toute cette période, l'entreprise prend le nom de « Papeterie Veuve Aussedat ».

Ce trio de Direction Générale va encore accélérer le développement et la modernisation de l'entreprise :

usine de pâte à papier à partir de bois (1881) nouvelle machine à papier en continu (1883) Électrification par dynamo (1885). C’est une des toutes premières en France. La papeterie sera même fournisseur d’électricité au début des années 1900 pour le compte des Forces du Fier (Société d’électricité qui fut absorbée par EDF en 1947). Divers immeubles de production ou d’entrepôt Canalisation amenant l’eau du lac directement à l’usine (1898-1900) 21 turbines pour augmenter le rendement de la chute d'eau du Thiou Ouverture d'un nouveau dépôt à Paris

Augustine Basin-Aussedat se révèle une financière de haut niveau, investissant et faisant investir ses proches dans toutes sortes de projets de développement de la région, menant une activité de banquière des notables, des communes, des PME de Savoie et Haute Savoie. Elle va jusqu'à organiser la création en 1891 de la Banque Commerciale d'Annecy, dont elle est, avec ses enfants, le principal actionnaire, et qui deviendra la Banque Laydernier. Ces placements bien gérés permettront d'alimenter les besoins en augmentation de capital de la Papeterie.

1904-1930 : Les grands travaux – Jacques Callies, Joseph Aussedat Après 1904, la Direction de la papeterie est assumée par Jacques Callies (1859-1925), succédant comme Président à son beau-frère Jean-Marie II Aussedat, Albert Crolard, et Joseph Aussedat, fils aîné de Jean-Marie II, avec toujours une supervision active d'Augustine Basin-Aussedat jusqu'à sa mort en 1909. En 1910, Albert Crolard devient député de Haute-Savoie et se retire. Il reviendra quelques années comme Président de la papeterie après 1925 mais la maladie l'empêchera de poursuivre son mandat. C'est Louis Aussedat (1877-1935), autre fils de Jean-Marie II, Directeur Général des Forces du Fier, qui prend la Présidence de 1928 à 1935.

À partir de 1912, une nouvelle génération est entrée en scène : trois des fils de Jacques Callies, deux fils de Jean-Marie II Aussedat, Joseph, directeur de l'usine jusqu'à 1932, et Maurice Aussedat (1889-1974) qui assiste son oncle Jacques Callies au dépôt de Paris dont il reprend la Direction après le décès de ce dernier en 1925.

En 1915, installation d'une nouvelle grande machine à papier (dite ), puis dans les années 1920, toute une série d'investissements : une nouvelle chaufferie à l'anthracite pulvérisée de Tarentaise (1924) ; nouvelle villa de fonction pour l'administrateur délégué, directeur de l'Usine (1924) ; embranchement du chemin de fer, avec pont-bascule (1923-1924) ; un magasin de produits finis le long de cet embranchement (1924) ; un pont en béton au-dessus du Thiou pour relier la nouvelle usine de cellulose et l'embranchement de chemin de fer aux anciens bâtiments de la rive droite (1923) ; modernisation permanente des machines et (la machine 1 avait été démontée et revendue d'occasion en 1922) ; allongement de la machine et du bâtiment correspondant (1929-1930) ; création d'un nouveau dépôt à Lyon (1929-1930) ; création d'un nouveau dépôt à la Plaine-Saint-Denis (1930-1932) (ce dépôt fut partiellement bombardé en 1944 et reconstruit en plus grand après la seconde guerre mondiale) ; installation de la fabrication des cartes perforées dans ce dépôt (1932-1936) ; création d'une nouvelle usine de production de cellulose à partir de paille sur la rive gauche du Thiou (1922-1924).

La Papeterie Aussedat a alors acquis de solides positions dans le papier haut de gamme pour l'édition, les papiers pour impression de cartes géographiques (carte d'État-Major, carte Michelin), et diverses autres spécialités.

1930-1970 : La grande aventure de la carte perforée - Jean et Pierre Callies, Maurice Aussedat

Dans les années 1930, l'entreprise prend un tournant stratégique original en misant à fond sur la carte perforée, pour les machines à statistiques de la Compagnie des Machines Bull qui faisaient leur apparition sur le marché français. Cette activité oblige rapidement la Papeterie Aussedat à prendre une participation puis le contrôle majoritaire de ce constructeur de machines mécanographiques. La rapide croissance de cette activité après la Seconde Guerre mondiale, et un accord de fourniture à IBM, amènent l'entreprise à investir successivement dans deux nouvelles machines de grande dimension en 1954 et 1959 (machines 4 et 5), construisant un nouvel édifice de grande dimension pour les héberger.

Dans cette période, la présidence est assumée par Jean Callies (1886-1961), directeur de l'usine Michelin de Clermont-Ferrand, tandis que son frère Pierre Callies (1887-1973) est Directeur Général, puis P-DG, leur cousin Maurice Aussedat continuant à diriger depuis Paris les Services Commerciaux et la fabrication des cartes perforées. Jacques Callies et son frère Joseph Callies se succèdent au poste de P-DG de 1940 à 1963.

En 1964, la Compagnie des Machines Bull en difficulté est reprise par General Electric. La Papeterie Aussedat se retire du capital, mais reste encore pendant une dizaine d'années le leader européen de la carte perforée. C'est à partir de 1970 que cette activité commence à décliner, la carte étant remplacée par la bande magnétique, la disquette, puis la saisie directe sur écran ou sur PC.