Le Libertaire est un journal anarchiste fondé à New York en 1858 par Joseph Déjacque. Le titre disparaît en 1861. Il reparaît en 1892 à Alger, puis de 1893 à 1894 à Saint-Josse-ten-Noode, en BelgiqueRené Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987. Le , Sébastien Faure lance en France Le Libertaire, hebdomadaire qui deviendra l'un des titres principaux de la presse anarchiste de l'époque avec Les Temps nouveaux et La SocialeJean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 .

Histoire Le Libertaire (New York 1858-1861)

Le premier numéro du journal Le Libertaire parait à New York le . Son unique animateur est Joseph Déjacque, écrivain et journaliste anarchiste.

Il est poursuivi en France pour par le gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte. La Cour d'assises de la Seine prononce le la destruction de son recueil de poésies, Les Lazaréennes, fables et poésies sociales, et le condamne à deux ans de prison et d'amendeFernand Drujon, Catalogue des ouvrages écrits et dessins de toute nature poursuivis, supprimés ou condamnés depuis le 21 octobre 1814 jusqu'au 31 juillet 1877, E. Rouveyre, Paris, 1879, . Pour échapper à cette condamnation, il se réfugie d'abord à Bruxelles, puis à Londres, avant de rejoindre Jersey et enfin les États-UnisGaetano Manfredonia, La chanson anarchiste en France des origines à 1914, Paris, L'Harmattan, 1997 , où il est réfugié à partir de 1854.

Républicain socialiste, brisé par les massacres de juin 1848, Joseph Déjacque ne tarde pas à radicaliser ses positions et à rejeter toute forme d'autorité, d'exploitation et de privilège économique. Dans La Question révolutionnaire, ouvrage publié en 1854, il attaque la religion, la famille, la propriété, le gouvernement, et s'efforce de démontrer leurs .

Le Libertaire, journal du mouvement social, lui permet d'exposer ce qu'il considère comme la « vraie anarchie », l'« anarchie radicale » fondée sur la « liberté absolue ». Dans le premier numéro, il précise le programme du Libertaire : Joseph Déjacque, « Le Libertaire », Le Libertaire, New York, 9 juin 1858.

Le titre parait jusqu'en janvier ou .

Le Libertaire (Alger 1892) Le à Alger, Jean Faure publie Le Libertaire<ref>L'Éphéméride anarchiste : Le Libertaire - Organe algérien communiste anarchiste].</ref>René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : notice., « organe algérien communiste anarchiste ». Sept numéros sont publiés et diffusés sur tout le littoral africain, d’Oran à SfaxLe Libertaire, (1892), La presse anarchiste, texte intégral.Flor O'Squarr, Les coulisses de l'anarchie, Nouvelle Librairie Parisienne, Albert Savine, éditeur, 1892, page 99.. Mise à part l'annonce de quelques réunions publiques, très peu d'articles traitent de l'Algérie ou du mouvement social local. Les textes concernent essentiellement l'antimilitarisme, les inégalités sociales, l'exploitation salariale, la Commune de ParisPhilippe Bouba, Le mouvement anarchiste en Algérie de 1887 à 1926 : presse de propagande et de combat, activités militantes et positions politiques face au fait colonial, Université d'Oran Es-Sénia, CRASC, Université de Perpignan, CRHiSM, 2011, texte intégral..

Le Libertaire (Bruxelles 1893-1894) Le paraît à Bruxelles (Belgique), le bimensuel Le Libertaire sous-titré Organe socialiste-révolutionnaire des groupes de St-Josse-ten-Noode. Fondé par Henri Willems (administrateur) et Charles Herkelboeck (imprimeur), il fait suite au journal L'Antipatriote (1892-1894) des mêmes auteurs. Poursuivi le pour « délit de presse » à la suite d'un article à la mémoire d’Auguste Vaillant dans L’Antipatriote, Henri Willems et Charles Herkelboeck sont condamnés par contumace à quatre ans de prison et d’amende par la Cour d’assises du BrabantR.D, Charles Herkelboeck, Dictionnaire international des militants anarchistes, sur militants-anarchistes.info, 2007. Le journal cesse de paraître après le onzième numéro daté du .

Le Libertaire (1895-1914) vignette|Le Libertaire du 31 octobre 1909, dénonçant l'assassinat de Francisco Ferrer. thumb|right|Sébastien Faure

Le , Sébastien Faure lance Le Libertaire. Contrairement à une idée répandue, Louise Michel n'est pas cofondatrice du journalLouis Louvet, « Les Origines de notre journal, II », Le Monde libertaire, sur federation-anarchiste.org, 1965. Celui-ci est d'ailleurs sous-titré « Fondé par S. Faure » jusqu'à son trente-troisième numéro. Le journal paraît de 1895 à 1914, avec une parenthèse de février à décembre 1899, période où l'hebdomadaire est remplacé par le quotidien Le Journal du peuple. À partir d'août 1899, paraît Le Libertaire « illustré » en supplément du quotidien. Il continuera sa vie jusqu'à l'arrêt de ce dernier, en août 1914, où ses positions antimilitaristes l'obligent à cesser sa parution, après .

Le Libertaire (1919-1939) Après l'édition d'un numéro pacifiste clandestin en 1917Pour l'histoire à partir de 1917 : voir le site de Fabrice Magnone sur Le Libertaire (1917-1956) : autopsie d'un organe anarchiste, lire en ligne., la parution reprend en 1919 et sans interruption jusqu'en 1939, la parution doit s'arrêter avec la guerre. Elle sera, de décembre 1923 à mars 1925, une nouvelle fois quotidienne pour .Le Libertaire soutient alors la minorité libertaire au sein de la nouvelle CGTU.

Germaine Berton y est brièvement employée en 1921..

Le Libertaire (1944-1956) vignette|Le Libertaire du 14 juillet 1956, ultime numéro de l'hebdomadaire de la FCL, étranglée par la répression, sur un simple recto-verso. Le , Le LibertaireNuméros du journal Le Libertaire (1944-1956), Archives Autonomies, 2013, lire en ligne. reparaît d'abord suivant une parution irrégulière puis bimensuelle due aux restrictions de papier. Du premier au onzième numéro il est sous-titré « Organe fédéraliste du Mouvement libertaire ». À partir du douzième numéro, il devient l'organe de la Fédération anarchiste (FA). Il reprend sa forme hebdomadaire à partir d'avril 1946. C'est l'âge d'or du Libertaire, où collaborent alors entre autres Georges Brassens – qui sera même un des permanents du journal –, Léo Ferré, André Breton, Armand Robin et Albert Camus.

Organe de la Fédération communiste libertaire En , au congrès de Paris (23-25 mai 1953) l'orientation communiste libertaire plateformiste (porté par Georges Fontenis et la tendance clandestine Organisation pensée bataille (OPB)) et l'orientation anarchiste synthésiste (porté par Maurice Joyeux) s'opposent. La première l'emporte. La Fédération anarchiste se rebaptise alors Fédération communiste libertaire (FCL), et poursuit l'édition du Libertaire.

À partir du numéro 378e du , Le Libertaire est sous-titré, « Organe de la Fédération Communiste Libertaire ».

Maurice Joyeux, opposant à la dérive de Fontenis et de la FCL, démasque, document à l'appui, un indicateur de policeMaurice Joyeux, L'hydre de Lerne. éditions du monde libertaire, Paris, 1967, page 10(réed 1983).

Durant la Guerre d'Algérie, la FCL soutient les indépendantistes, et Le Libertaire publie de nombreux articles dénonçant la répression et la torture, et soutenant l'insurrection. À partir de novembre 1954, le journal subit de nombreux procès. Le Libertaire est alors rapidement étranglé par les condamnations, les dettes, la censure et les saisies de la police. Et malgré la publication d'une publicité pour des montreshttps://bianco.ficedl.info/local/cache-vignettes/L400xH710/arton1340-af6d4.png, le lectorat fond (passant de 40 000 à 5 000 exemplaires par semaine selon Giovanna BerneriGiovanna Berneri, le mouvement anarchiste français. Une traduction anglophone existe : https://theanarchistlibrary.org/library/giovanna-berneri-the-french-anarchist-movement). Lors du conseil national du , la FCL se résout à « suspendre » la parution du Libertaire. Le 486e et dernier numéro du Libertaire paraît le .

Léninisme Dans la même période, la FCL reçoit plusieurs rappels à l'ordre du mouvement anarchiste international sur leur ligne éditoriale désormais qualifié de léniniste.

Le Monde Libertaire Va naître parallèlement Le Monde libertaire, publié par une nouvelle Fédération anarchiste reconstituée qui reprendra le flambeau du Libertaire.

Le Libertaire (1968 à nos jours) Entre 1968 et 1972, l'Union fédérale des anarchistes reprend le titre l'espace de dix numéros.

En 1977 le titre est repris pour un numéro (ronéoté) par le groupe Fresnes-Antony de la Fédération anarchiste.

En , Le Libertaire reparaît, il est alors édité par des membres de la Fédération anarchiste en rupture avec cette dernière. En 1979, le rédacteur du Libertaire, Jean-Pierre Jacquinot quitte cette organisation et fonde avec Maurice Laisant et d'autres groupes (groupe Germinal, groupe Ni dieux ni maîtres) l'Union des anarchistes au congrès de Nevers (). Le Libertaire sera alors l'organe — non officiel — de cette organisation. Peu à peu, la part rédactionnelle du Groupe Jules Durand devient prépondérante (le sous-titre traduisant cette évolution : d'abord revue éditée par les groupes Jules Durand, Atelier du Soir, Germinal, puis Jules Durand et Atelier du soir, puis par le groupe Jules Durand et des militants de l'Union des Anarchistes).

Au congrès de Dijon (1993) de l'Union des anarchistes, Jean-Pierre Jacquinot — absent — est exclu. Au congrès de l'année suivante — Saint Léger-les-Vignes, 1994 — la rupture est consommée, le groupe Jules Durand se retire alors de l'Union des anarchistes, emportant Le Libertaire avec lui. L'année suivante (Assemblée générale du Havre, ) le groupe éditeur et d'autres militants (anciens membres de l'Union des anarchistes, entre autres) fondent la Coordination anarchiste, Le Libertaire en devient l'organe, toujours non officiel. En 2001 devant le constat d'échec de cette organisation, le groupe Jules Durand décide de la mettre en sommeil (mais continue de s'en réclamer).

En , les difficultés financières contraignent le groupe à cesser la publication papier. Le journal continue sa parution via Internet jusqu'en 2011 puis devient l'« espace internet » du groupe libertaire Jules DurandLe Libertaire, espace internet du groupe libertaire Jules Durand et du journal Le Libertaire, site web..

Publications Almanach illustré du Libertaire pour l'année 1903, notice, texte intégral.

Bibliographie et sources Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, Aix-Marseille, 1987 . Fabrice Magnone, Le Libertaire (1917-1956) Autopsie d'un organe anarchiste, doctorat en histoire, Université de Nice, 1998, lire en ligne.

Sources primaires Numéros du journal Le Libertaire (1944-1956) sur archivesautonomies.org. [https://www.retronews.fr/titre-de-presse/libertaire Le Libertaire dans Retronews, les archives numériques des journaux de la BnF.

Notices L'Éphéméride anarchiste : Le Libertaire - 1858. L'Éphéméride anarchiste : Le Libertaire.

Articles connexes

Contributeurs

Liens externes

Joseph Déjacque, Le Libertaire, sur joseph.dejacque.free.fr, New-York, 1858-1861. Louis Louvet, Les Origines de notre journal, I, Le Monde libertaire, sur federation-anarchiste.org, 1965. Louis Louvet, Les Origines de notre journal, II, Le Monde libertaire, sur federation-anarchiste.org, 1965. Louis Louvet, Les Origines de notre journal, III, Le Monde libertaire, sur federation-anarchiste.org, 1965. Yves Peyraut, Sébastien Faure, Fondateur du Libertaire avec Louise Michel en 1895, Le Monde libertaire, sur increvablesanarchistes.org, 1995. Le Libertaire, site du Groupe Jules Durand et la version actuelle du Libertaire. Le Libertaire'', collection numérisée (1903-1954) sur l'Argonnaute, bibliothèque numérique de la Contemporaine Le Libertaire (1945 -1956), articles mis en ligne sur le site la-presse-anarchiste.