La pyramide d'Amenemhat , aussi appelée pyramide noire, est située à Dahchour en Égypte. Elle fait partie du premier complexe pyramidal que le pharaon se fit édifier, avant de choisir un autre site à Hawara pour la deuxième pyramide qui lui servit de sépulture. Dotée d'une infrastructure remarquablement complexe, la pyramide a livré un des plus beaux pyramidions qui nous soit parvenus. Le monument fut exploré et identifié pour la première fois au par Jacques de Morgan. Une étude approfondie fut ensuite effectuée par Dieter Arnold entre 1976 et 1983.

Le complexe funéraire

Le complexe, fortement ruiné, est dominé par le massif de briques, ancien noyau de la pyramide autrefois revêtu d'un parement de calcaire fin de Tourah. Composé d'une chaussée, d'un temple funéraire et d'un temple de la vallée, le plan est orienté classiquement suivant l'axe est-ouest contrairement au complexe construit par le père d', .

Une chaussée prenant son origine dans la vallée mène à un temple dit « temple de la vallée ». De celui-ci s'ouvre une large avenue débouchant au temple funéraire accolé à la face est de la pyramide. Fait inhabituel, une vaste construction, sans doute un temple, borde le côté nord de cette avenue.

Un premier mur à redans ceint la pyramide et un deuxième mur clôt l'ensemble funéraire. Le temple funéraire est de plan très simple lorsque l'on considère les constructions antérieuresLes pyramides de , celle d', ainsi que celle de . mais le temple bordant l'avenue est sans équivalent connu.

Il s'agit également du premier complexe (et l'un des seuls) à n'être muni d'aucune pyramide subsidiaire. Autre fait exceptionnel, il semble qu'il n'y ait jamais eu de chapelle accolée contre la face nord de la pyramide.

La pyramide

vignette|La pyramide ruinée d' ou pyramide noire.

La pyramide a une base de cent-cinq mètres de côté et une hauteur de soixante-quinze mètres à l'origine. L'angle d'inclinaison de ses faces était de . La superstructure, entièrement construite en briques crues, est dépourvue de murs de renforts, comme il était de coutume jusqu'alors durant la . Le massif était recouvert d'un parement constitué de gros blocs de calcaire fin de Tourah. Fait peu commun, la pyramide possède deux entrées, une sur la face est et l'autre sur la face ouest. Ces accès donnent sur un réseau de galeries et de chambres d'une complexité que l'on ne retrouve que dans la première pyramide d'Égypte, la pyramide de Djéser. Plusieurs reines furent inhumées dans ce monument. Des signes d'instabilité de la structure ont dû contraindre à choisir un autre site pour édifier son tombeau.

vignette|Vue perspective des appartements funéraires à partir de l'entrée nord (dessin : Franck Monnier). vignette|Plan des appartements funéraires (entrée nord à droite) (dessin : Franck Monnier).

Pour la première fois depuis la , l'accès aux appartements funéraires se fait par un escalier. L'entrée mène à une première antichambre couverte, comme toutes les chambres de l'infrastructure, d'une voûte à intrados curviligne. Une niche est aménagée dans le mur sud de cette dernière autrefois destinée à accueillir la caisse à canopes contenant les viscères du pharaon. Un petit escalier, dans le mur nord, donne accès à un réseau de galeries à l'est, constituant les appartements funéraires du roi et, à l'ouest, les appartements funéraires des reines. Le sarcophage d', décoré de motifs à redans, prend place dans l'une des treize chambres et antichambres de la partie est. Une chapelle du Ka, ainsi que six autres chambres, ont été aménagées dans une galerie annexe, au sud de la substructure. L'hypothèse a été avancée qu'elles étaient en quelque sorte similaires au tombeau sud du complexe funéraire de Djéser. Entre les règnes de Djéser et d', le tombeau sud était figuré par une (ou des) pyramide(s) satellite(s). Seulement ici, et il s'agit encore d'une innovation, la pyramide satellite ainsi que les pyramides subsidiaires des reines ont été simplement supprimées pour prendre corps avec l'infrastructure de la pyramide.

L'entrée ouest mène à deux ensembles funéraires reliés par des couloirs et destinés à deux reines du pharaon, la reine Âat et une autre parfois considérée comme anonyme et parfois nommée Khénémet-néfer-hedjet a la particularité d'être à la fois un titre et le nom de quelques reines de la .. Le premier ensemble à partir de l'ouest prend fin dans une chambre rectangulaire voûtée contenant encore le sarcophage de la reine Âat ainsi qu'une niche destinée à accueillir la caisse à canopes. De même que pour le pharaon, le caveau est accessible par un escalier menant à deux antichambres. Âat eu également le privilège d'avoir sa propre chapelle du Ka, aménagée près du corridor d'accès. De nombreux objets furent trouvés dans ces appartements, tels deux massues, sept coffres en albâtre, un récipient à onguent et quelques pièces de joaillerie. Dieter Arnold pense que le complexe funéraire d'Âat fut planifié dès le début de la construction de la pyramide puis, que les plans furent modifiés peu avant la fin de la construction afin d'y inclure la tombe de la seconde reine avec un agencement semblable et placé à côté du premier tombeau. Là aussi, des objets furent découverts tels des bijoux et des fragments de statues. Des débris d'ossements appartenant aux deux reines ont pu être étudiés. Les résultats des analyses ont permis d'estimer leur âge : Âat devait avoir environ trente-cinq ans et la seconde reine environ vingt-cinq ans.

Ce labyrinthe de corridors, bien que tout à fait unique pour le Moyen Empire, devait avoir une signification religieuse très précise. Le sarcophage royal est situé au nord. Une paire d'yeux Oudjat ont été sculptés sur la face est du sarcophage pour permettre au souverain de regarder en direction du lever du soleil symbolisant la résurrection. Le coffre à canope git au sud, à un niveau supérieur et faisant face à l'escalier menant à la chambre funéraire. Plus au sud, et au même niveau que la chambre funéraire, se situait la tombe du Ka.

Les différents ensembles funéraires furent tous connectés.

Durant la quinzième année du règne d', les travaux furent presque terminés lorsque survint une catastrophe interne. De nombreux plafonds résistant mal aux charges montrèrent des signes d'instabilités. De nombreux renforts en cèdre furent introduits et des voûtes en briques renforcèrent la protection des corridors. Comme le pharaon Snéfrou quelques siècles auparavant, dut se résoudre à construire une autre pyramide. Pour cela, il choisit le site d'Hawara.

Un pyramidion en granit noir fut découvert en 1900, gisant sous les débris de la face est de la pyramide. Couvert de hiéroglyphes sur ses quatre côtés, son remarquable état de conservation a incité les égyptologues à douter qu'il n'ait jamais pris sa position au sommet de la pyramide. se fit construire une autre pyramide à Hawara. Cependant, il n'abandonna pas le site de Dahchour. Mark Lehner émet l'hypothèse que le pyramidion ait pu prendre place au sein du temple funéraire, symbolisant en quelque sorte la pierre Benben d'Héliopolis.

La maquette

vignette|Maquette des appartements souterrains de la pyramide d' à Hawara (dessin : Franck Monnier).

Cette formidable découverte a été faite en 1976 dans le sol du complexe funéraire d'. Cette maquette représente l'infrastructure de la pyramide de Hawara. Les galeries sont courtes et il n'y a qu'une seule chambre avec herse. Le caveau, avec son réseau de galeries, est très bien décrit avec les deux accès latéraux permettant de vider le sable retenant la dalle suspendue et la chambre parallèle à la cuve. Des cavités permettaient d'insérer des pièces de bois mobiles afin de simuler la fermeture du caveau et de la herse. La herse en bois est encore présente dans la maquette.

Le temple funéraire

Cet élément est ici d'une simplicité extrême. Réduit à un simple sanctuaire précédé d'une cour à portique, des maigres vestiges de colonnes papyriformes permettent de présumer que, comme à la pyramide de , cette cour fut entourée de dix-huit de ces colonnes. Cette sobriété dans la conception contraste nettement avec le faste déployé à la deuxième pyramide de Hawara dont le temple comparé à un labyrinthe fut décrit par les voyageurs de l'Antiquité jusqu'au comme l'une des œuvres les plus remarquables qu'aient léguées les anciens égyptiens.

Exploration relatée par Jacques de Morgan

vignette|Pyramide d'photo de 1894.

Le complexe

La pyramide était autrefois revêtue de calcaire de Tourah, mais après l'exploitation de ces matériaux il n'est plus resté qu'un massif de briques qui lentement perdit ses formes sous l'action des intempéries et sous la pioche des fellahs qui de tout temps vinrent prendre dans le colosse d'argile les éléments de leurs habitations. Cette pyramide possédait-elle deux pentes comme le fait existe dans sa voisine de l'ouestLa pyramide rhomboïdale., ou n'en avait-elle qu'une ? Il serait difficile de se prononcer, car elle ne présente plus aujourd'hui que l'aspect d'une colline abrupte ; cependant je suis porté à croire qu'elle fut rhomboïdale, si j'en juge par l'inclinaison des murailles du revêtement et des massifs de briques qui existent encore. (…)

vignette|Couloir voûté.

Le terrain compris dans l'enceinte royale ne mesurait pas moins de , régulièrement réparti autour du monument principal. Au sud, dans tout l'espace compris entre le pied de la pyramide et son mur d'enceinte au milieu des couches épaisses formées des débris des travaux souterrains, je n'ai rencontré qu'un tombeau et il avait été pillé. À l'ouest, le terrain était vide. Au nord s'alignaient les dix puits dont deux seulement renfermaient des momies : ceux du roi Hor Aou-ab-Ra et de la princesse Noub-Hotep. À l'est se trouvaient les restes informes du temple funéraire, parmi lesquels j'ai rencontré des inscriptions d'.

Les recherches n'avaient pas été poussées plus avant, lorsqu'en automne 1895, j'ai repris les travaux. Le j'entrais en galerie de mine sous la pyramide en l'attaquant par le centre de la face septentrionale. Pendant que ces travaux se poursuivaient, je couvrais de sondages tous les terrains situés à l'est de la muraille d'enceinte, partie du plateau dans laquelle on voyait très clairement les traces d'une longue avenue marchant en ligne droite de la vallée vers la pyramide et les vestiges de constructions importantes.

L'avenue qui, partant de la vallée, aboutissait au temple funéraire, est dirigée d'est en ouest, c'est-à-dire qu'elle rencontre normalement le mur d'enceinte des terrains réservés à la famille royale. Elle était elle-même bordée à droite et à gauche de murailles dont l'élévation nous est inconnue, mais qui présentent à la base une épaisseur de 2,30 mètres. Le milieu de l'avenue était dallé sur une largeur de 8,55 mètres, les bas côtés larges chacun de cinq mètres étaient simplement garnis de briques crues pour le passage des piétons, tandis que les chars circulaient au centre, si toutefois il existait alors des attelages de bœufs, car les chevaux étaient inconnus en Égypte. La largeur totale de l'avenue était donc de 18,55 mètres.

Avant d'atteindre la vallée, cette avenue traversait sur un pont une douve qui, bordée d'une muraille, limitait à l'est la nécropole. Ce pont, large de 4,80 mètres et long de 5,20 mètres est entièrement construit en calcaire de Tourah, son tablier formé de blocs énormes repose directement sur les pieds droits.

Au-dessus du pont, l'avenue s'élargit pour former une vaste courIl s'agit du temple dit « temple de la vallée » composé de deux cours., jadis dallée, au-dessous elle descend en pente douce vers la vallée. Au nord de l'avenue et contre elle, j'ai rencontré un massif de constructions des plus curieux, composé d'une succession de cours, de chambres et de couloirs.