La guerre de Pontiac, aussi appelée soulèvement, révolte ou rébellion de Pontiac, oppose les nations autochtones de la région des Grands Lacs, du Pays des Illinois et de la vallée de l'Ohio aux Britanniques entre 1763 et 1766. Le conflit naît à la suite de politiques désavantageuses imposées par les administrateurs britanniques aux Autochtones après la guerre de la Conquête (1754-1763). Les guerriers de nombreuses nations rejoignent le soulèvement dont le but principal était de chasser les troupes et les colons britanniques de la région. La guerre est nommée d'après le nom du chef outaouais Pontiac, personnage prééminent durant le conflit.

En et , les Autochtones, offensés par les politiques du général Jeffery Amherst, attaquent plusieurs forts situés aux pourtours des Grands Lacs. Des centaines de colons sont tués ou capturés durant ces quelques semaines tandis qu'un nombre encore plus important quitte la région. Les expéditions britanniques de 1764 entraînent des négociations de paix qui ont duré deux ans.

Parmi les événements marquants de la guerre de Pontiac figure la tentative d'infecter les Autochtones assiégeant le fort Pitt avec des couvertures ayant été utilisées par des malades de la variole.

Malgré la création d'une vaste réserve territoriale (appelée « Territoires indiens ») par la Proclamation royale de 1763, le conflit perdure jusqu'en 1766 et conduit finalement à une impasse militaire. Les Autochtones ne réussissent pas à chasser les Britanniques de la région. Cette guerre, menée par le chef outaouais, amène par la suite le gouvernement britannique à modifier sa politique à l'égard des Autochtones. Il cherche en effet à éviter de nouvelles violences en maintenant une stricte frontière entre les Treize colonies et la réserve autochtone. Cette mesure se révèle vite impopulaire chez les colons anglo-américains désireux de s'installer plus à l'ouest. Elle est d'ailleurs considérée comme l'une des causes ayant mené à la révolution américaine.

Nom du conflit Le conflit est nommé d'après son plus fameux représentant, le chef outaouais PontiacPondiak pour les Français et Obwandiyag en outaouais .. Parmi les appellations fréquemment utilisées par les historiens figurent « rébellion de Pontiac », « conspiration de Pontiac », « soulèvement de Pontiac » ou « guerre de Pontiac ». L'une des premières désignations était « guerre de Pontiac et de Kiyasuta » ; « Kiyasuta » étant une variante de Guyasuta, un influent chef mingo/séneca.

La guerre est ensuite largement désignée comme la « conspiration de Pontiac » après la publication en 1851 de The Conspiracy of Pontiac de Francis Parkman. Cet ouvrage a eu une grande influence sur l'historiographie pendant près d'un siècle.

Au , certains historiens ont avancé que Parkman avait exagéré l'influence de Pontiac dans le conflit et qu'il était trompeur de nommer la guerre d'après lui. L'historien Francis Jennings écrit en 1988 : . Des titres alternatifs ont été proposés mais les historiens continuent d'y faire référence avec les expressions familières. L'appellation « conspiration de Pontiac » est pour sa part peu utilisée aujourd'hui par les spécialistes car elle fait davantage ressortir le point de vue anglo-américain du conflitParmi les titres alternatifs : « guerre défensive des Amérindiens de l'Ouest » (utilisé par d'après l'historien W. J. Eccles) et « guerre amérindienne de 1763 » (utilisé par ). L'expression « guerre de Pontiac » est la plus utilisée par les historiens figurant dans les références. « Conspiration de Pontiac » reste le titre utilisé par la Bibliothèque du Congrès.. L'historien Denys Delâge y voit plutôt une « guerre d’indépendance », ce qui justifie davantage l'utilisation du terme guerre de Pontiac..

Origines thumb|Les changements territoriaux en Amérique du Nord aux traités de 1762 et 1763.

Dans les décennies qui précèdent la guerre de Pontiac, la France et la Grande-Bretagne s'étaient affrontées dans une série de guerres en Europe mais surtout dans leurs colonies. Les deux royaumes se sont également affrontés en Amérique du Nord au cours de la guerre de la Conquête. Peu après la capitulation de Montréal en , Jeffery Amherst dépêche le major Robert Rogers avec ses Rangers pour s'emparer de Détroit. À la fin , le détachement aurait croisé Pontiac ainsi que des Outaouais, des Hurons et des Potéouatamis non loin de l’embouchure de la rivière Détroit. Les Autochtones auraient alors fait montre de bienveillance à leur égard.

Les troupes britanniques s'emparent aussi des forts de la vallée de l'Ohio et de la région des Grands Lacs occupés jusque-là par les Français et y installent des garnisons. Des marchands et des colons anglo-américains suivent de peu. Alors que les Français avaient privilégié une approche diplomatique et noué de fortes alliances avec certaines nations autochtones, les administrateurs britanniques les considéraient essentiellement comme conquis au même titre que les Français. Celles-ci sont rapidement inquiètes de l'occupation britannique et des nouvelles règles imposées par le vainqueur. Pour eux, ces terres sur lesquelles les Britanniques prétendent avoir des droits sont les leurs et la France n'a pas à les céder. Le gouverneur de la Louisiane, le chevalier de Kerlerec, confirme cette vision dans une lettre au ministre de la Marine en :

Les nations impliquées Les Autochtones impliqués dans la guerre de Pontiac provenaient essentiellement d'une région de la Nouvelle-France appelée Pays-d'en-Haut. Les Autochtones de ce territoire étaient regroupés en de nombreuses nationsPour les tribus ne représentant pas une entité politique, voir . Pour les Outaouais qui dénoncèrent la guerre, voir . qui peuvent être réparties en trois groupes.

Le premier regroupe les nations de la région des Grands Lacs : les Outaouais, les Ojibwés, les Potéouatamis et les Hurons-Wendat. Alliés de longue date des Français, les Autochtones des Grands Lacs avaient participé à de nombreuses batailles à leurs côtés, dont en 1755 lors de la prise du fort Duquesne et en 1757 contre le fort William Henry. Ils s'inquiètent de la nouvelle souveraineté britannique à la fin de la guerre de la Conquête.. Lorsqu'une garnison britannique prend possession du fort Pontchartrain du Détroit en 1760, les Autochtones les avertissent aussitôt que .

vignette|gauche|Les Pays-d'en-Haut sur une carte française de 1755. Le second groupe correspond aux nations de l'Est du Pays des Illinois et inclut les Miamis, les Weas, les Kickapous, les Mascoutins et les Piankashaws. Comme ce fut le cas dans la région des Grands Lacs, ces peuples avaient développé une longue histoire d'alliance avec les Français. Durant la guerre de la Conquête, les Britanniques ont été incapables de déployer leurs forces militaires dans le Pays des Illinois, qui se trouvait à l'extrémité occidentale du théâtre du conflit. Les nations de cette région ont donc été les dernières à négocier avec les Britanniques.

Le troisième groupe comprend les habitants de la vallée de l'Ohio : les Lenapes, les Shawnees et les Mingos. Ces nations avaient émigré dans la vallée de l'Ohio au début du pour échapper à la domination des Britanniques, des Français et des Iroquois. À la différence des deux autres groupes, les nations de l'Ohio n'avaient pas d'affinités particulières avec les Français et avaient combattu à leurs côtés lors de la guerre de Sept Ans uniquement pour chasser les Britanniques du territoire. Au terme de celle-ci, ils signent une paix séparée avec les Britanniques à la condition que leurs troupes quittent la vallée. Cependant, après le départ des Français, les Britanniques renforcent leurs forts plutôt que de les abandonner. Les nations de l'Ohio reprennent ainsi le chemin de la guerre en 1763 pour tenter à nouveau de déloger les Britanniques.

Au nord des Pays-d'en-Haut, la puissante Confédération iroquoise reste à l'écart de la guerre de Pontiac en raison de leur alliance avec les Britanniques, connue sous le nom de Covenant ChainL'historien Denis Delâge explique que cela .. Néanmoins, la nation iroquoise la plus occidentale, les Tsonnontouans, était mécontente de l'alliance. Dès 1761, les Tsonnontouans avaient donc commencé à envoyer des messages aux nations des Grands Lacs et de la vallée de l'Ohio pour leur demander de s'unir à eux pour chasser les Britanniques des forts des Grands Lacs et de la vallée de l'Ohio. Lorsque les hostilités commencent en 1763, la plupart des Tsonnontouans étaient prêts au combat.

Les politiques de Jeffery Amherst vignette|redresse|Les politiques du général Jeffery Amherst, qui avait combattu en Amérique lors de la guerre de la Conquête, incitent Pontiac à prendre les armes au printemps 1763. (Peinture sur huile de Joshua Reynolds, 1765.) Le général Jeffery Amherst, commandant en chef britannique en Amérique du Nord, était chargé de son administration, ce qui incluait des aspects militaires et économiques, en particulier la traite des fourrures. Amherst pensait qu'avec la fin de l'influence française dans la région, les Autochtones n'auraient d'autres choix que d'accepter la domination britannique. Il croyait également qu'ils seraient incapables d'offrir une sérieuse résistance à l'armée britannique. C'est pourquoi il n'y déploie que 500 soldats sur les qui sont sous son commandement. De plus, Amherst et d'autres officiers britanniques, comme le major Henry Gladwin, commandant du fort Détroit, ne dissimulaient pas leur mépris pour les Autochtones. Plusieurs d'entre eux se plaignaient fréquemment du fait que les Britanniques ne les traitaient pas mieux que des esclaves.

Le mécontentement des Autochtones s'accentue en après qu'Amherst décide de mettre un terme à la politique française des présents. Ceux-ci constituaient un élément essentiel de l’alliance franco-amérindienne. Lors de cérémonies de renouvellement des alliances, les Français offraient des présents (tels que des fusils, de la poudre, des couteaux, des outils, des médailles et des étoffes) aux chefs de village qui les distribuaient à leur tour à leur peuple. Ces présents étaient perçus par les Autochtones comme des dons en contrepartie de l’utilisation de leurs terres. Amherst considère plutôt cette coutume comme une forme de corruption qui n'était plus nécessaire, en particulier après qu'il eut reçu l'ordre de réduire les dépenses après la fin des combats. De nombreux Autochtones voyaient ce changement de politique comme une insulte et une indication que les Britanniques les considéraient comme un peuple conquis et non comme des alliés.

Amherst commence également à réduire la quantité de munitions et de poudre que les marchands pouvaient vendre aux Autochtones. Alors que les Français avaient toujours rendu cet approvisionnement disponible, Amherst n'avait pas confiance en eux, surtout après la « rébellion cherokee » de 1761 au cours de laquelle les Cherokees avaient pris les armes contre leurs anciens alliés britanniques. Le soulèvement avait échoué en raison d'une pénurie de poudre et Amherst considérait que de futures révoltes pourraient être évitées en limitant sa distribution. Enfin, la traite des fourrures ne s'effectuera plus qu’aux postes et le commerce du rhum sera prohibé.

Ces décisions sont immédiatement très mal accueillies par les Auto⁰chtones car la poudre était essentielle pour se nourrir et commercer. De nombreux Autochtones commencent à croire que les Britanniques les désarment pour mieux les attaquer.

William Johnson, surintendant des « affaires des Indiens du Nord, », tente en vain d'avertir Amherst des conséquences de mettre un terme aux remises de présents et de poudre à canonPour les effets de la pénurie de poudre des Cherokees sur Amherst, voir ; . Pour le mécontentement amérindien concernant les restrictions sur la poudre à canon, voir ; .. Il préconise plutôt la diplomatie. Amherst rétorque : .

Terres et religion