Le bilan économique de la colonisation en Afrique étudie les conséquences économiques de la colonisation du continent, qui s'étend de la fin du à la deuxième moitié du . En l'espace d'une trentaine d'années de 1880 à 1914, le continent africain connaît des changements rapides et importants, consécutifs à la conquête de son territoire. La stabilisation des colonies se poursuit ensuite.

L’impact de la colonisation en Afrique est un sujet très controversé ; l'idée même qu'on puisse en tirer un bilan est elle-même sujette à débat. Quoiqu'il soit difficile d'imputer toutes les évolutions intervenues pendant cette période à la colonisation, l'Afrique est indéniablement transformée et ses organisation altérées par ce phénomène aussi bien dans sa structure économique via notamment l'introduction du capitalisme au sein de sociétés jusque là éloignées de ce phénomène (notamment l'Afrique Subsaharienne ou les sociétés paysannes d'Afrique du Nord), que via des politiques de spoliation de biens pour des raisons raciales ou religieuses).

La colonisation de l'Afrique, qui s'est déroulée principalement entre la fin du et le milieu du , a profondément transformé les structures économiques du continent. L'une des premières conséquences a été l'affaiblissement démographique lié à la traite négrière, qui a réduit la population et perturbé les dynamiques économiques locales. Avec l'arrivée des puissances coloniales, l'exploitation des ressources naturelles s'est intensifiée, mais ces richesses ont surtout bénéficié aux métropoles européennes. L'aménagement d'infrastructures telles que les routes, les chemins de fer et les ports visait essentiellement à faciliter l'exportation des matières premières et non à encourager un développement local autonome.

L'éducation a également connu des évolutions, avec la création d'écoles destinées à former une main-d'œuvre qualifiée pour répondre aux besoins de l'administration coloniale et des entreprises européennes. En parallèle, les villes ont connu une croissance rapide sous l'effet de l'urbanisation, bien que cette transformation ait souvent été accompagnée de politiques de contrôle strictes visant à maintenir l'ordre colonial.

Les guerres mondiales ont accéléré certains changements, en obligeant les puissances coloniales à s'appuyer davantage sur les ressources humaines et matérielles du continent. Cette mobilisation a renforcé la prise de conscience des populations africaines quant aux inégalités du système colonial, favorisant l'émergence de mouvements indépendantistes. Toutefois, à l’issue de la colonisation, les économies africaines sont restées largement dépendantes des anciennes métropoles, avec des structures économiques souvent fragiles et tournées vers l’exportation de matières premières, limitant leur diversification et leur autonomie.

Les conséquences de la colonisation Historique L’estimation de la population africaine avant 1950 est un problème complexe en raison de l’absence de données fiables pendant la période coloniale et, plus encore, pendant la période précoloniale. Tous les chiffres avant 1950 sont des estimations basées sur des données plus ou moins lacunaires et sur des projections.

Il a longtemps été pensé que la densité de population africaine avant 1850 était faible comparativement aux autres continents et avait augmenté rapidement à partir du début de la colonisation au milieu du . Certains chercheurs pensent aujourd'hui au contraire que la population était assez importante et que son taux de croissance était faible. De 140 millions d’individus en 1850 la population aurait peu varié jusqu’en 1920 puis elle aurait augmenté plus rapidement pour atteindre 280 millions en 1960 soit l'époque des différentes vagues de décolonisation (Tunisie et Maroc en 1956 qui se voient accordés leurs indépendances, le Ghana en 1957, la Guinée en 1958, le Cameroun en 1961, en 1960 : le Sénégal, Le Mali, Madagascar, le Bénin, Le Niger, La Côte d'Ivoire, le Tchad, la République Centrafricaine, la République de Congo, le Gabon et la Mauritanie en 1960 ainsi l'Algérie en 1962 à la suite de la guerre d'indépendance algérienne), et 800 millions en 2000.

Esclavage et diminution de la population L'impact de l'esclavage en Afrique jusqu'en 1850 a été différent suivant les régions. Selon Patrick Manning, la croissance de la population africaine s'est globalement ralentie et dans les régions les plus touchées l'esclavage a entraîné le déclin de sous-populations. Toujours selon Patrick Manning, les taux de croissance relativement faibles au et les estimations plus élevées de la taille de la population africaine à la période précoloniale impliquent que l'impact négatif de l'esclavage sur ces populations a été moins sévère que précédemment estimé. La nature des populations victimes de l'esclavage souvent jeune et majoritairement des femmes permet d'expliquer l'impact sur la croissance des populations.

La fin du commerce des esclaves coïncide avec la conquête coloniale. Il est estimé que les régimes coloniaux, en particulier français et belge, ont provoqué des déclins de population, en grande partie à cause de la propagation de maladies, en particulier par les fonctionnaires coloniaux africains et européens. ,

Appropriation et exploitation des ressources vectrices d'une très relative augmentation de l'espérance de vie dans certains territoires. Dans certaines régions, comme les régions côtières, l'augmentation de la productivité a entraîné une augmentation de la croissance de la population. Lors de la période coloniale, les Africains ont connu des changements dramatiques de leurs conditions de vie, des taux de croissance accélérés, de brusques changements dans les modèles de migration et les débuts spectaculaire de l'urbanisation.

L'espérance de vie, bien que faible par rapport à celle des autres régions et changeant peut-être avec un certain retard, s'est néanmoins allongée de façon impressionnante. Entre 20 et 25 ans au début du , l'espérance de vie à la naissance était passée à 35 ans en 1950. Le régime colonial contribue cependant à réduire le taux de mortalité en important et appliquant des techniques modernes de lutte contre les épidémies, mais aussi en fondant un réseau de transports moderne qui permet d’acheminer les vivres jusqu’au zones de famine.

Des infrastructures construites par les autochtones pour les colons Les infrastructures présentes sur les différents territoires africains sont quasi systématiquement issues du travail des autochtones mais toutefois, souvent réservés au européens "blancs" : alors même que ces infrastructures étaient issues de l'esclavage ou du travail forcé prévu par la France dans le Code de l'Indigénat des populations autochtones.Ces infrastructures permettent une exploitation des territoires occupés par les colons dans le but de dégager un profit considérable pour les populations européennes ou la métropole. L'historienne Christelle Taraud, synthétise ce phénomène de profit occidental et européen au détriment des populations autochtones via l'exemple du train ainsi :

Infrastructures éducatives L'accès à la scolarisation en Afrique est très restreinte et inégalitaire : vers 1960, on compte deux millions d'enfants scolarisés en Afrique subsaharienne française et à Madagascar. Dans la seule Afrique subsaharienne, primaires et 350 établissements secondaires, collèges et lycées, fonctionnaient. 96 % des instituteurs étaient africains au moment de l'indépendance.

Cependant, la quantité des infrastructures éducatives ne renseigne pas sur leur qualité. D'après Denis Cogneau, les colonies britanniques affichaient une performance éducative supérieure aux autres colonies, dans le primaire et le secondaire. Le système français, malgré (ou de par) sa gratuité, ne permettait qu'à une élite de passer au secondaire. Le système britannique était basé sur un partenariat entre les missionnaires et le gouvernement, alors que les Belges et les Portugais comptaient seulement sur les missionnaires.

Le niveau de formation des ressources humaines joue dans la spécialisation économique africaine. En matière d'économie d'extraction, des ressources abondantes et une main-d'œuvre relativement peu qualifiée poussent à exporter des matériaux bruts ; c'est le cas aussi pour l'agriculture.

Urbanisation et gestion coloniale policière. La présence coloniale et la colonisation amorce également l'urbanisation de la population autour de centres de commerces, ce qui permet de gérer une population plus nombreuse et de mieux les surveiller.

La population africaine en 1880 est estimée à . Jusqu'en 1935, la progression démographique est estimée à 37,5 %, pour aboutir à une population de de personnes.

En 1935, l’Afrique est sur le point de franchir le cap de l’accroissement démographique rapide. La population globale passe à 200 millions à la fin des années 1940 ; ce chiffre atteint 300 millions vers le milieu des années 1960, puis 400 millions au milieu des années 1970. La colonisation semble avoir joué le rôle de catalyseur.

Même si l’Afrique connaît une chute de la mortalité infantile dès l'époque coloniale, au début du , elle n’a pas encore assuré sa transition démographique : et sa croissance démographique est la plus élevée de la planète.

Cela n’est cependant qu'une forme de rattrapage puisqu'en 2050 la population du continent retrouvera la proportion, environ un cinquième du total mondial qu'elle représentait au avant les traumatismes démographiques de la traite négrière et de la colonisation..

Les guerres mondiales Les deux guerres mondiales ont des effets démographiques et sociaux importants sur le continent africain. Lors de la Première Guerre mondiale, plus d’un million de soldats africains participent aux campagnes ou aux opérations militaires en Europe ; tous les pays africains sont impliqués. Des affrontements interviennent aussi sur le sol africain. Si l'Afrique dispose de peu de soldats de formation au début des hostilités, commence alors ce que le gouverneur français Angoulvant appelle une « véritable chasse à l’homme », aussi qualifiée de nouvelle traite des Noirs.

Nombreux sont les hommes, femmes et enfants, recrutés, souvent de force, pour servir de porteurs et suppléer aux moyens dont disposent traditionnellement l’intendance pour ravitailler les armées, comme la route, le rail ou les animaux de charge. Plus de soldats et porteurs perdent la vie au cours du premier conflit. Le nombre des blessés et mutilés est encore plus élevé. Le rapatriement des soldats est accompagné, en 1918-1919, par une épidémie de grippe qui touche tout le continent.

La guerre ouvre de nouveaux horizons à de nombreux Africains, en particulier aux membres de l’élite cultivée. Pour M. Perham, il est Dans nombre de régions d’Afrique, la guerre favorise sinon toujours l’éveil d’un mouvement nationaliste, du moins le développement d’une attitude plus critique de l’élite cultivée à l’égard du pouvoir colonial, et donc le développement d'une élite qui sera plus tard appelée à gouverner.

Nouvelles structures administratives Les systèmes de gouvernement indigènes sont affaiblis par la colonisation, au profit de systèmes imposés artificiellement aux populations locales, déstructurant l'organisation sociale antérieure : , notamment dans les sociétés à « pouvoir diffus » qui présentent un mode d'organisation sociale où le gouvernement n'est pas centralisé mais partagé, où la terre n'est pas un bien que l'on possède et pour lesquelles l'État-nation à l'occidental est un concept importé.

L'effet économique est que cela déstabilise aussi le système productif, ce qui conduit à la pauvreté, à la sous-alimentation, aux famines et aux épidémies.