Le département de Loir-et-Cher est issu de la Révolution qui crée les départements français en 1790. Formé principalement à partir des anciens comtés de Blois et de Vendôme, eux-mêmes héritiers des pays blesensis et vindocinensis de la nation gauloise des Carnutes, l’unité géographique et historique du département n’est pas homogène. Mais Blois, désignée comme préfecture, retrouve le rôle qu’elle avait perdu depuis le départ de la cour royale à la fin du .
Préhistoire et époque gallo-romaine
Traces préhistoriques en Loir-et-Cher
L’homme, dont on a retrouvé des outils de silex très archaïques., s’installe en vallée du Loir (Saint-Hilaire-la-Gravelle) La période néolithique est riche de témoignages monumentaux, à travers dolmens et mégalithes (La Chapelle-Vendômoise, Tripleville, Landes-le-Gaulois), une structure funéraire sous forme de sépulture à Villerable (à proximité de Vendôme)., ainsi que des matériaux céramiques exhumés au Château-Gabillon (site de Contres)..
Des fouilles archéologiques conduites par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont montré que Blois-Vienne était occupée par des chasseurs-cueilleurs dès avant notre ère (il y a donc .), puis par des Gaulois (plus précisément par des membres du peuple des Carnutes) dès le avant notre ère.. Des nasses ont alors été retrouvées, signifiant qu'en plus de l'agriculture et de l'élevage, ils maîtrisaient la pêche. La présence de termes gaulois dans la toponymie du Loir-et-Cher laisse penser que plusieurs villages existaient déjà avant même l'arrivée des Romains, comme Blesu (« loup », qui a donné Blois), Cambo (« courbe », à l'origine de Chambon-sur-Cisse), Camboritu (« gué du méandre »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance (2003), (2008, revue et augmentée), proche de Chambord), ou Vienna (« rivière », pour Blois-Vienne).
Situation du Loir-et-Cher sous les Gaulois La première mention écrite concernant le département se trouve vraisemblablement dans la Guerre des Gaules, où est décrite la résistance à César de la population de Noviodunum (actuelle Neung-sur-Beuvron). Sous la domination romaine s’épanouissent de nombreux domaines agricoles, aussi bien en Belsa (Beauce) qu’en Secalaunia (Sologne), tandis que se développent des bâtiments civiques, , thermes, théâtre, temple, ou un édifice dont la vocation n’a pas été identifiée, aux Mazelles de Tasciaca (actuelle Thésée).
Vaste forêt parsemée d'étangs, la Secalaunia et la partie supérieure de la Sauldre, puis du Beuvron, constituaient la frontière naturelle entre le territoire des Carnutes, au nord, et celui des Bituriges, au sud. Selon certaines sources, elle correspond à ce vaste massif appelé par les auteurs anciens « Forêt des Carnutes », dans laquelle se trouvait le principal Nemeton de la Gaule, considéré comme particulièrement important puisque commun à toutes les tribus de la Gaule (omphalos), et témoignant d'un sentiment d'appartenance gaulois au-delà des différences tribalesFabien Régnier, Jean-Pierre Drouin, préface de Venceslas Kruta, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, éd. Yoran Embanner, p. 103.. Il est possible qu'il ait été situé en Loir-et-Cher.
Véritable enclave carnute, le pagus de Blois apparaît comme un carrefour important du commerce avec les Bituriges ainsi que les Turones.
Conquête par les Romains Du , les pagi blésois et vendômois sont rattachés à la cité des Carnutes, qui dépendait de loppidum Cenabum (actuelle Orléans), au sein de la province la Gaule Lyonnaise Première. Après une réforme territoriale vers 330 et l'élévation d'Orléans en tant que cité indépendante, Blois et Vendôme dépendèrent d’Autricum (Chartres), et sont rattachés la Gallia Lugdunensis IV, nouvellement créée.
À cette époque, le pagus blésois se résume aux alentours de Blesum, alors cerné par de nombreux obstacles naturels : la forêt des Blémars à l'ouest, la Sylva longa à l'est, et la Secalaunia au sud, sans oublier le Liger qui le traverse. Blesis était ainsi une petite bourgade en développement autour d’une forteresse qu’ont bâtie les Romains, le Castrum Blesense., au sommet de l'éperon de l'actuel château. À Blesum, deux temples romains auraient siégé dans la ville : un dédié à Jupiter à l'emplacement de l'abbaye de Bourg-Moyen, et un second dédié à Mercure près de l'actuel lycée Robert-Badinter. La ville, reliée au pays carnute par la plaine de la Belsa par la Via Iulius Caesaris (entre Autricum et Blesum), se situe alors au carrefour de la Via Turonensis longeant le Liger (reliant Lutèce à Burdigala), de la Via Festi (entre Blesu et Avaricum), et de la voie Blois-Luynes à travers la Secalaunia (entre Blesum et Malliagense). Ironiquement, une communauté n'adhérant pas à l'Empire se constitue au niveau de Blesu, sur la rive gauche du Liger, à Vienna.
Aux alentours de Vendôme, les premiers habitants préfèrent s'établir dans des habitations troglodytes, avant que les Gaulois n'y installent un oppidum, sur lequel les Romains construiront un castrum, comme à Blois.
Quant au sud du département,
Une possible occupation bretonne de Blois En l’an 410, le chef breton Ivomadus aurait conquis les pagi de Blois et de Chartres en battant le consul en place, un certain Odo, probablement d’origine germanique. Il aurait ensuite instauré un état indépendant, le Royaume de Blois, au sein même de l’Empire, sous un Flavius Honorius déjà affaibli par les raids barbares à répétitions. Cette entité mal connue des historiens sembla rester indépendante près d’un siècle, en résistant à l’invasion du royaume wisigoth de Toulouse, mais fut finalement conquise par le roi franc Clovis, entre 481 et 491, ou en 497.
Moyen Âge
Le Haut Moyen Âge et les premiers comtés
La christianisation se manifeste relativement tôt par l’installation de saints ermites, dont le souvenir reste vivace dans les églises du département : saint Eusice à Selles-sur-Cher, qui conserve quelques colonnes mérovingiennes de marbre, saint Dyé où seule la « confession » subsiste d’une basilique construite au .
Les Francs établissent également des comtés qui semblent respecter les anciens pagi romains. Cependant, la première mention de Blois remonte justement à l'année 584 et la guerre civile opposant Blésois et Orléanais contre les Chartrains et les Dunois, telle que rapportée par Grégoire de Tours.
Au , le val de Loire est régulièrement le théâtre de pillages de Normands, à une époque où le marquis de Neustrie occupe également la charge de comte de Blois.
À l’époque carolingienne s’implantent de puissants établissements ecclésiastiques, qui contribuent pleinement au développement agricole de la région (comme l'abbaye de Marmoutier et les moulins sur la Cisse).
La gestion du territoire, qui s'approche peu à peu de la cour ducale de Francie, est progressivement déléguée à un vicomte, dont le troisième finit par spoiler le roi Hugues Capet en déclarant son indépendance en l'an 958. C'est ainsi que Thibaud le Tricheur fait entrer Blois dans l'histoire de France. Au fil de conquêtes, il parvient même à unifier le sud de l'actuel département dès les années 960, et à agrandir son influence de Saumur jusqu'à Chartres, en incluant Tours, Châteaudun et Vierzon.
Luttes seigneuriales
Cependant, le pays vendômois manque à Thibaud pour compléter le Loir-et-Cher de nos jours. Chacun de leur côté, le pouvoir civil des comtes de Blois et de Vendôme ne cesse parallèlement de croître, en témoignent les nombreuses forteresses construites sur la vallée du Loir (Fréteval, Lavardin). Vendôme étant fidèle aux Capétiens, les deux familles lutteront pour vouloir assurer leur domination sur le Vendômois ou la possession de la Touraine. Blois et Vendôme finiront tout de même par trouver une certaine paix en acceptant de ne pas s'attaquer frontalement et de démarquer leur frontière à l'aide de bornes. Par exemple, la commune moderne de Landes-le-Gaulois était alors partagée entre les deux comtés dont la frontière suivait le cours de la Cisse.
Cependant, tandis qu'à l'est le Blésois est voisin du domaine royal, une rivalité se crée dès la fin du avec son voisin occidental, le comte d'Anjou, qui met la main sur la Touraine en 1044. Ici aussi, les forteresses se multiplient tant sur le val de Loire (Bury, Fougères, Les Montils, Montfrault) que dans la vallée du Cher (Montrichard, Saint-Aignan). Alors qu'un rideau de fer médiéval se met en place à l'ouest, les comtes de Blois se concentreront alors sur la conquête de la Champagne, avec qui les échanges culturels et commerciaux seront constants pendant plusieurs siècles.
Mais, aux s, au moment où la puissance de certaines familles féodales s’amenuise, la maison de Blois voit sa lutte se poursuivre entre leurs suzerains, roi de France, et leur voisin, roi d’Angleterre, depuis l'avènement de la branche Plantagenêt des comtes d'Anjou. Parallèlement, les villes prennent leur essor, obtiennent des chartes de franchise (Blois) et se fortifient (Marchenoir, Mondoubleau).
La guerre de Cent Ans et la fin du Moyen Âge Au , le Blésois entre dans le domaine royal, alors que le comté de Vendôme passe par mariage en 1372 aux mains d'une branche cadette des Bourbon (formant les Bourbon-Vendôme). La guerre de Cent Ans voit les églises et les monastères se fortifier. Le duc d’Orléans Charles, petit-fils du roi Charles V, de retour de captivité, fait de Blois sa résidence (au détriment de la ville d'Orléans dépourvue de château), attirant autour de lui artistes et poètes. Par contrecoup, Blois devient une capitale administrative au service de laquelle certaines familles blésoises commencent leur ascension socialeVoir notamment : famille de Morvilliers, famille de Moulins de Rochefort et famille Viart..
Le Val de Loire, berceau des rois de la Renaissance
L'essor sous la Renaissance
L’accession au trône du roi Louis XII, également duc d’Orléans et comte de Blois, installe la cour durablement en Val de Loire : la ville s’embellit d’hôtels aux décors nouveaux (le plus bel exemple qui en subsiste, malgré les remaniements, est l’hôtel d’Alluye), les demeures de plaisance s’élèvent dans les campagnes (Beauregard, Bury, Chaumont, Fougères, Onzain). Le château de Blois lui-même devient la vitrine de la nouveauté architecturale et décorative, tandis que Chambord, dont le plan initial s’inspire de Léonard de Vinci (qui avait aussi projeté une demeure somptueuse à Romorantin), est le fruit de réflexions et d’expérimentations constantes de François .
Les ténèbres des guerres de Religion
Mais les luttes religieuses, véritables guerres civiles qui ensanglantent le royaume à partir du milieu du , mettent fin à cet « âge d’or » : la collégiale Saint-Georges de Vendôme est profanée en 1562-1563, Blois saccagée par les Huguenots en 1568. Pour tenter d’apaiser ces conflits, des États généraux sont réunis à Blois, ville royale, en 1576 et 1588. C’est lors de cette seconde réunion que le duc de Guise est exécuté par . gauche|vignette|La Rencontre d'Henri III et du duc de Guise, par Pierre-Charles Comte (1855).
L’assoupissement de l’époque classique