La franc-maçonnerie au Sénégal est importée d'Europe. Des loges maçonniques coloniales au dont les ressortissants sont originaires d'Europe ou créoles sont la composante presque exclusive depuis la création de la première loge par le Grand Orient de France, en 1781, à Saint-Louis du Sénégal. Plusieurs francs-maçons ont illustré l’histoire de la colonisation française. La sphère de la société initiatique française a d'abord souffert des conflits avec l’Angleterre, notamment lors de la guerre de Sept ans et lors des luttes en faveur des insurgents américains. Les catastrophes naturelles du pays ont également ébranlé les temples maçonniques, mettant à mal la survie des activités qui s'y déroulaient. Si une partie de l'histoire de la franc-maçonnerie s'écrire, c'est grâce à l'importante présence de marins et de négociants en loge qui transportaient par navire de nombreuses lettres à propos du cours des activités et formulant d'éventuelles demandes.
Histoire Prémices et import colonial au Nord thumb|upright|Carte du Sénégal. Les pages de l'histoire maçonnique du Sénégal commencent à s'écrire dès la guerre de Sept Ans en 1756, durant laquelle de nombreux francs-maçons français sont impliqués dans la défense des territoires sénégalais..
La maçonnerie fut introduite au Sénégal sous l'Ancien Régime avec la loge qui devint avant 1787.. D'après l'historien Alain Le Bihan, la loge fut constituée à Saint-Louis par la Grande Loge de France, nommée alors Grande Loge , le . En effet, ce serait en faveur de Jean-Jacques ChorierNom orthographié aussi Chorié selon les auteurs., marchand tapissier et franc-maçon de la GLF qui partit au Sénégal que la première loge vu le jour. À la suite d'un échange de courriers, le Parisien est assuré de recevoir le titre de permettant et légitimant l'application de la constitution de l'obédience française dans la colonie.. La loge Saint-Jacques du marchand Chorier, qui en devient vénérable maître, semble active dès 1784Une lettre depuis Saint-Louis vers Paris indique la date : « le jour du mois de la L.V.L. 5784 au moment où la frégate met la voile »..
Le journaliste Pierre Biarnès précise que la loge s'adresse alors surtout à des gradés de l'armée et à l'administration, tous deux majoritaires dans la ville naissante. Le monde du commerce lié à la Compagnie du Sénégal, et donc au commerce triangulaire, auquel viennent s'adjoindre quelques négociants établis à leur compte et de petits artisans constituent les adhérents de cette première maçonnerie sénégalaise.
L'état du Grand Orient de France mentionne lui l'année 1787 pour le début dans le jargon maçonnique. de la loge Saint-Jacques., comme le tableau des loges de la Grande Loge de France..
Quatre loges maçonniques au thumb|upright|Jacques François Roger, gouverneur du Sénégal. Les loges maçonniques françaises implantées au Sénégal sont, au début du , peu actives dans la mesure où, entre 1809 et 1816, les Britanniques sont à nouveau maîtres de Saint-Louis. Des loges anglaises ont pu exister durant cette période, sans certitude à ce stade.
Le , la loge est régularisée par le Grand Orient., qui se mettra en sommeil treize ans plus tard, en 1837. Afin qu'une loge soit officialisée, il faut qu'une obédience lui accorde ses constitutions. L'influence coloniale veut ici que la loge, nouvellement fondée, s'adresse à la première obédience française. Le tableau, registre de l'association, de affiche alors qu'une douzaine de membres, tous issus de la Marine française ou négociants. Les marins viennent essentiellement des ports de Brest et de Marseille, où se trouvent leurs .
Alors que Jacques François Roger, appelé baron Roger, devient le vénérable d'honneur de en 1824, les effectifs maçonniques sénégalais semblent se développer. De nombreux membres de l'administration de Saint-Louis sont initiés.. En , la loge se dote d'ailleurs d'un ., structure pour la pratique des hauts grades maçonniques, que sept membres rejoignent. Quelques jours plus tard, sont introduits les premiers officiers de loge maçonnique, aînés de tous ceux de l'histoire de la maçonnerie sénégalaise.
La majorité des lettres capitulaires sont transmises via le baron Roger, gouverneur de la colonie se rendant régulièrement en France et permettant ainsi la communication avec l'hexagone. En 1827, le tableau de , seule loge reconnue du Sénégal, affiche 27 adhérentsCe nombre diminuera jusqu'en 1834, avant de monter à 34 membres en 1838.. L'année 1834 marque l'accroissement du nombre de négociants au port St-Louis - donc de francs-maçons - ainsi que l'arrivée de marins bordelais, se mélangeant aux hommes métis à la Parfaite Union. Dès 1837, l'armateur et homme politique Hubert Prom est l'un des piliers du groupe dit des et participe donc à cette mutation interne.
L'historiographie maçonnique du Sénégal ne peut pas s'effectuer au début des années 1830. Pour cause, la Révolution de juillet, qui se déroule sur trois journées de fin juillet nommées Trois Glorieuses, cause une absence de documents, ceux-ci provenant majoritairement de la France.. En 1837, un double événement se produit assez paradoxal : la loge maçonnique de est, par l'arrivée des Bordelais, en plein essor, mais sa trace est perdue. Auteurs et monologues s'accordent donc pour la qualifier . Quelques décennies plus tard, le Grand Orient réinvestira la loge.
thumb|upright|alt=photo en couleur d'une décors maçonnique du |Tablier de maître du au Rite français. En , à , toujours dans le nord-ouest du pays, succède « Le Moniteur », journal officiel du Sénégal, informe en page 129 du 4 juillet 1874 : .. Celle-ci émerge aux prémices de la Troisième République, s'installe rue du Palmier et travaille au Rite français et écossais. Elle compte une quinzaine de membres et tous, perpétuant la tradition, sont marins et négociants.. La loge est déclarée en septembre et annonce trente-quatre membres ainsi que de nombreux passages de grades, effectués avec dérogations, sans doute afin que la loge présente le nombre requis de maçons au grade de Sept francs-maçons élevés au troisième degré, celui du grade de maître, sont nécessaires à l'ouverture d'une loge dite , d'après le vocabulaire maçonnique. aux yeux du Grand Orient de France..
De 1876 à 1885, est marquée par divers conflits internes et clivages en son sein.. Plusieurs désagréments administratifs obligent la seule loge du pays à déménager rue de la Mosquée et s'annonce ensuite rue des Boufflers. La ville portuaire de Saint-Louis voit se développer un climat général de tension et d'hostilité à la franc-maçonnerie, annonçant dans le pays les prémices de l'antimaçonnisme. En , à la suite de plusieurs campagnes d'extériorisation afin de redorer son image, initie le commerçant Biran Sady, retenu comme premier franc-maçon de nationalité sénégalaise de l'histoireArchives G.O.D.F. rue Cadet : cartons sur St-Louis du Sénégal du .. Les dettes s'accumulant envers le Grand Orient, celui-ci déclare en 1893 la loge portuaire comme irrégulière.
La quatrième loge de l'histoire du Sénégal voit le jour peu après la disparition de la troisième. En , est fondée. Sur les documents figure alors un sceau à références palméiformes largement inspirées de celui de . Si la constitution du nouvel atelier maçonnique est demandée au Grand Orient, son vénérable est, lui, issu de la Grande Loge de France. Dès , la loge rencontre des divergences idéologiques, dues en partie à des revendications politiques et religieuses d'ordre anticléricales de la part de certains membres. Malgré la très faible importance de la loge, il s'ensuit démissions et procès. La franc-maçonnerie se heurte aussi aux islamistes intégristes.
Le climat étant particulièrement défavorable à « l'Avenir du Sénégal », la loge se disperse et sera presque inactive jusqu'à 1965, date à laquelle elle disparaît entièrement.
à Dakar
En réaction aux difficultés de la quatrième loge sénégalaise est fondée, en , la loge maçonnique . Sa particularité est d'ordre géographique : la loge n'est non plus située à Saint-Louis, mais à Dakar, ville dont le développement se concrétise chaque jour davantage par l'implantation d'administrations et des maisons de commerce.
Au thumb|upright|Blaise Diagne en 1921.
S'est joint à la loge créée 1899, l'atelier , qui possède un chapitre et un conseil rattaché au Grand Collège des rites. L'atelier a disparu mais l’appellation a été conservée par le chapitre de hauts grades maçonniques et par le conseil.
Blaise Diagne, premier député africain élu à l'Assemblée nationale française en 1914, était devenu franc-maçon en 1899. En sa mémoire une loge a été fondée à Dakar en 1977 sous les auspices du Grand Orient de France, qui y compte également l'Étoile Occidentale ainsi que , loge fondée à Rufisque (sud-est du Sénégal) en 1984.
Depuis 1960, la Grande Loge de France possède la loge .
La Grande Loge nationale française possède au Sénégal une Grande Loge de district dont dépendent douze loges.
Enfin, il existe aussi une loge du Droit humain, .
Le Réveil était une publication franc-maçonne sénégalaise.
Période contemporaine En 2009, après vingt ans de catastrophes naturelles - onze au total. - de nombreux temples maçonniques se trouvent ébranlés, empêchant la poursuite des activités qui s'y tenaient. Cela est une conséquence bien connue des francs-maçons du pays, qui subirent pendant trois siècles les aléas météorologiques..
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Sources et bibliographie
. Archives du GODF : Saint-Louis du Sénégal, Hôtel du Grant Orient de France. . . Amadou Booker Sadji, Le rôle de la génération charnière ouest-africaine. Indépendance et développement, L'Harmattan, Paris, 2006, 426 p. . . .
Articles Loup L'Aubin, « Un atelier symbolique aux colonies. La loge "Étoile occidentale" à l'Orient de Dakar », Paris, Revue internationale des Sociétés secrètes, 1930, 78 p. Sylvain Sankalé, « Un gouverneur franc-maçon », dans À la mode du pays. Chroniques saint-louisiennes, Riveneuve éditions, Paris, 2007, . Revue française d'histoire d'outre-mer, ., 2000.
Articles connexes Liste d'obédiences maçonniques#Sénégal Grand Orient de France Liste des colonies françaises
Liens externes « La Franc Maçonnerie en Afrique 1781-2000 », Georges Odo. « Les quatre Loges de Saint-Louis du Sénégal de 1781 à 1899 », Georges Odo. « L'étrange influence des francs-maçons en Afrique francophone », Claude Wauthier, Monde diplomatique, .
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