vignette|Défrichement mécanisé d'une cerisaie. Le défrichement (ou défrichage) est la destruction naturelle (glaciations quaternaires, tempêtes, gel, incendies : défrichement naturel) ou humaine (défrichement anthropique) d'espaces boisés, de forêts (ou étymologiquement) de « friche », quand il s'agit de mettre fin à l'état boisé, généralement pour convertir la parcelle forestière en un autre usage (cultures, prairies, vignes, habitat…). La friche désigne ici une forêt en début de régénération naturelle, un taillis ou une lande, etc. Il se fait par coupe rase suivi de dessouchage, ou par le feuUn défrichement se différencie d'une coupe forestière : dans le premier cas, l'opération interrompt la continuité forestière ; dans le second cas, elle ne change pas la vocation forestière du sol.. Sa définition juridique est en FranceCode forestier (art. L. 341-3) .

Les premiers défrichements significatifs remontent, au moins en Europe, au milieu du Néolithique et ils pourraient être bien antérieurs dans certaines zones de Chine, Mésopotamie, Moyen-Orient.

Quand Jules César envahit la Gaule, il y a un peu plus de , il ne se dit gêné par la forêt qu'en « Belgique » (zone qui correspondrait aujourd’hui aux Pays-Bas, à l'actuelle Belgique et au Nord et à l'Est de la France).

Les grands défrichements du Moyen Âge central témoignent de l’augmentation des surfaces cultivées (ager et hortus) aux dépens des terres non cultivées (saltus), forêts, landes et marais ; le recul généralisé de la forêt en Occident atteint son apogée aux . Mais les rythmes et les modalités de ces déboisements dépendent de contextes pédologiques, écopaysagers, sociopolitiques et géopolitiques variées, que reflète une documentation inégale.

Les grands défrichements qui se poursuivent à un rythme régulièrement accéléré dans les forêts équatoriales et tropicales depuis le début du ont un impact écologique majeur sur les solsRoose E (1984). Impact du défrichement sur la dégradation des sols tropicaux. Mach Agric Trop, 87, 24-36, sur les cycles biogéochimiques et sur la biodiversité.

Causes et chronologie Déboisements antiques Les auteurs et chroniqueurs anciens évoquent maints exemples de déboisements qu'ils jugent excessif généralement engendrés par les besoins du pouvoir (construction de palais, de vastes enclos…) et des guerres ;

Déboisement de l'Anatolie De Sésostris à Mehmet II, l'urbanisation progressive, la mise en culture et en terrain d'élevage de l'Anatolie se sont faites conjointement à une succession de guerres et de reconstructions, respectivement très destructrices de forêts puis consommatrices de bois ; Ces terres sont déjà jugées en grande partie déboisées par Strabon, lequel décrit par exemple à propos de l'Assyrie comment on continue de déboiser les montagnes pour les besoins des villes : Strabon, Liv. XIII, , trad. de Miot. . Xerxès pour rejoindre la Thrace et l'Attique doit traverser la Lycaonie aujourd’hui aride, mais qu'Hérodote ne décrit pas comme telle. Par contre selon lui, l'armée de Xerxès était si grande (un million sept cent mille hommes selon Hérodote, plus vraisemblablement selon des historiens modernes) qu'elle absorbait les ressources des pays qu'elle traversait, jusqu'à l'eau des petites rivières. Xénophon décrit des forêts couvrant la plaine de Much (où ne poussaient au plus que quelques buissons). Selon Procope de CésaréeProcope, de AEdificiis, 6, v. 2., Justinien fit abattre les forêts et détruire les joncs du torrent appelé Draco, qui coule à côté de l'ancienne Hélénopolis. Elles n'ont jamais repoussé dans cette partie de la Bithynie. Les forêts d'Anatolie ont été détruites par , les et probablement achevées par Description de l'Asie Mineure, partie, climatologie, par M. Tchihatcheff.

Déboisement de la Grèce antique La Grèce antique, notait Becquerel.

Déboisement antique du Moyen-Orient La région de la Palestine et en particulier la contrée de Chanaan décrite par la Bible hébraïque, comme le pays le plus fertile de l'univers s'est désertifiée, peut-être à la suite de la destruction de ses forêts. De même pour les forêts de cèdres du Liban également décrites par la Bible ; peut on lire au chapitre IV, du livre des Rois, mais il ne reste qu'un sol aride là où poussait jadis la forêt d'Éphraim ; lieu d'une bataille avec les Éphraïmites, que les textes ont mémorisé (XIII, 6 Livre des Rois). Les chroniqueurs nous disent que lors du siège de Tyr, le Liban fournit à Alexandre le Grand le bois nécessaire à la construction d'une digue et de tours qu'il fit construire pour prendre la ville (Quinte-Curce). D'autres forêts, ayant pu avoir existé, sont présentes dans la Bible dont celles de Kharethes et de Khoreha Jules Oppert, lors d'une expédition scientifique en Mésopotamie, décrit la Babylonie comme suitExpédition scientifique en Mésopotamie, tome , p. 2o2) ; du haut de la colline d'Abraham on jouit d'une . Les marais étaient autrefois plus proches de Babylone, mais l'Euphrate semble avoir progressivement perdu son eau ; .

Déboisement antique de l'Afrique Plusieurs zones aujourd’hui sahariennes et désertiques abritaient des zones humides et une riche faune, et probablement quelques zones boisées. La part de l'Homme dans leur régression est encore mal comprise. La déforestation de l'Afrique de l'Est (là où existaient des forêts) date au moins de l'époque biblique. Les forêts de rivages ont presque toutes été abattues de la Libye jusqu'aux ruines de Carthage. Selon Becquerel, .

Déboisement de l'Europe antique L'Empire romain après avoir rapidement consommé une grande partie des forêts italiennes, s'est reporté sur d'autres pays, et notamment sur la forêt d'Espagne (pour les besoins de la métallurgie notamment). L'Italie n'a conservé que de faibles reliques des forêts décrites par des historiens et chroniqueurs romains, dont la célèbre forêt Ciminienne et les forêts Mœsia et la forêt d'Albe ou encore la forêt d'Aricie, où l'armée de Posthumius fut entièrement détruite, a disparu. Naples, l'ancienne Campanie ont aussi perdu les forêts qui selon les anciens y poussaient, tout comme la Sicile. Seule la Sardaigne conservait encore au un sixième de sa superficie boisée, et la Corse, mais avec un boisement de maquis souvent chétif et dégradé par les incendies et les défrichements. Quand les Romains partirent de Massilia pour conquérir les Gaules, ils trouvèrent de vastes étendues de bois, s'étendant à l'ouest jusque dans les CévennesHistoire des grandes forêts de la Gaule, Alfred Maury, .. Selon Jules César, les Gaulois sont un peuple agricole, mais leur pays n'en renferme pas moins un nombre considérable de forêts, de lacs, de marais et de marécages qui rendent difficiles les communications entre les diverses parties de cette vaste contrée. Pour pénétrer dans les Gaules avec ses armées, et y établir ses campements César dit être régulièrement obligé de faire des abattis. Depuis, il y a eu peu de période de paix, et le progrès technique agricole et la démographie n'ont pas cessé (hormis durant la grande peste) de faire reculer la forêt, parfois au profit de landes à bruyères ou de marécages. Les grands défrichements médiévaux datent de périodes différentes selon les régions et parfois les sources historiques précises manquent, ou plusieurs vagues de défrichement ont pu se succéder dans une même région, voire sur un même site (par exemple après une période de repousse de la forêt lors d'invasions ou lors des grandes épidémies de peste). De grands défrichements sont attestés dès les années 950 en Flandre et en Normandie ; mais des études récentes montrent que dès l'époque de Charlemagne, la forêt a fortement reculé en Occident, tout particulièrement en Catalogne, là où elle n'avait pas déjà significativement régressé dès le Néolithique. La forêt méditerranéenne, par ailleurs peut-être moins résiliente a été d'autre part fortement entamée dès l’Antiquité ; toutefois, de nombreux établissements sont datés de la fin du et du . Il faut tenir compte du fait que l'ager, les terres cultivées, peut reculer rapidement en cas d'abandon (en l'espace d'une génération). En ce cas, l'avancée de la forêt ou son recul dépendent généralement de la pression démographique elle-même liée au contexte de guerre, de famines et d'épidémies qui se sont succédé ou surajoutées au Moyen Âge.

Déboisements historiques en France vignette|redresse=1.8|Évolutions comparées de la surface forestière et de la population en France. Malgré le développement de l'Administration des Eaux et Forêts et des textes réglementaires, la surface forestière continue de diminuer jusqu'au . Ce recul est principalement dû aux défrichements pour la mise en culture en lien avec l'expansion démographique, l'implantation de communautés religieuses, l'urbanisation et la fourniture des matériaux de construction civile et navale, ainsi que du bois de chauffe. Selon les textes de Jules César, le défrichement était déjà bien avancé dans le Sud et Sud-Ouest de la Gaule quand il y est arrivé.

Les défrichements médiévaux semblent avoir eu comme principales causes ou facteurs de facilitation : l'amélioration du réseau routier à partir des voies romaines ; les progrès techniques (utilisation croissante d'outils en fer) qui ont facilité le drainage et la destruction de forêts ; une image assez négative des forêts et des zones humides qu'elles abritaient souvent. Les moines et leurs abbayes pratiquent l'essartage (ou sartage) et le drainage, et ils les encouragent, souvent dans le cadre d'un accord (dit contrat de pariage) passé entre un ecclésiastique et un seigneur propriétaire qui fournit une terre à déboiser. L'accord comprend souvent la construction d'une chapelle ou d'une église. Les forêts étant souvent refuge pour les populations difficiles à contrôler ou à évangéliser, le pouvoir politique et religieux ne la protègent pas, hormis pour les chasses royales ou impériales ; une période de stabilité géopolitique et agricole : quand les défrichements sont à leur maximum, vers l'an mille, ils s'inscrivent dans une période où les invasions sur le territoire franc ont cessé et où les conditions climatiques se sont améliorées.

Ces différents facteurs ont pu donner confiance en l'avenir, encourager de grandes entreprises de défrichement et ont peut-être été en partie à l'origine d'une forte croissance démographique aux , s. La population européenne serait alors passée de 38 millions au début du à plus de 75 millions au début du .

Cette « ère des grands défrichements » (expression de Marc BlochMarc Bloch, Les caractères originaux de l'histoire rurale française, Les Belles-Lettres, t.1, 1931, p. 5) qui est ouverte dans la plupart des régions à partir de 1050, semble avoir ralenti au milieu du par exemple en Normandie et dans le Haut-Poitou et plus tardivement dans le Bassin parisien (vers 1230-1250) ainsi que dans les plaines germaniques (vers 1340). Ils n'ont néanmoins jamais cessé jusqu'à une période récente (sauf durant quelques décennies dans plusieurs régions ravagées par la peste noire ou la guerre de Cent Ans). Les défrichements monastiques médiévaux sont globalement mineurs, concernant essentiellement des espaces que les communautés rurales n’ont pas ouvert du fait de terrains difficiles, les cisterciens privilégiant notamment les fonds bourbeux et les vallées humides pour y installer des pâturages au sein de forêts dont l'ombrage des arbres profite au bétail.. Les communautés paysannes sont confrontées à une première rupture de l'équilibre agro-sylvo-pastoral vers 1300. Cf .. En raison du manque de prés, la surcharge pastorale est compensée par l'assolement triennal et la vaine pâture sur les chaumes et les jachères et, dans les paroisses les mieux dotées, sur les terrains usagers..

Une ordonnance de Colbert met ensuite un premier coup de frein au recul de la forêt royale et d’État, mais les défrichements se poursuivront jusqu'au , jusqu'aux pieds et flancs des montagnes.