L’isoproturon est un pesticide, et plus exactement, un herbicide appartenant à la famille des urées substituées.

Cet herbicide est absorbé par les racines et les feuilles et agit comme inhibiteur de la photosynthèse.

En France, les seuls usages rapportés pour l’isoproturon étaient liés à son action herbicide dans le domaine agricole, sur les cultures de blé tendre d’hiver, de lavandes et lavandins, de graminées fourragères, d’orge et de seigle d’hiver. Selon une estimation, sa consommation en France est montée jusqu'à plus de mille tonnes par an, ce qui le classait parmi les quinze produits phytosanitaires les plus employés dans le pays. Il n'est plus autorisé en tant que produit phytosanitaire depuis le .

Présence dans l'environnement Air et sols Il y a peu de chances de retrouver l’isoproturon dans l’air puisque sa pression de vapeur est faible ( à ). Comme il subit des dégradations à la fois enzymatiques et lumineuses, il est aussi considéré comme non persistant dans les sols (DT50 = en champs et DT90 = ).

Eau Les eaux naturelles peuvent se retrouver contaminées par de l’isoproturon provenant de différentes sources agricoles. Cet herbicide est modérément soluble dans l’eau : à . Par contre, il s’hydrolyse très lentement : il est donc persistant dans l’eau (DT50 = à et à ).

Nourriture Aucune étude n’a, pour l’instant, prouvé le transfert d’isoproturon de la surface des aliments à l’intérieur de ces derniers. Il est juste donc conseillé de bien laver les aliments avant consommation.

Écotoxicité Les effets globaux sur les écosystèmes, la faune, l'être humain sont moins connus que les effets sur la flore.

L’isoproturon est toxique pour les organismes aquatiques et peut entraîner des effets néfastes à long terme pour l'environnement aquatique.

De plus, sa toxicité pourrait avoir été sous-estimée en raison du fait qu'il altère la photosynthèse et que les tests sont faits à la lumièreLavaiale Martin, Prygiel Jean, Creach Anne, Light modulated toxicity of isoproturon toward natural stream periphyton photosynthesis: A comparison between constant and dynamic light conditions, Aquatic toxicology, Elsevier, 2010, , , , 9 (article) .

Faune Il présente une toxicité alimentaire pour les oiseaux et un risque sur la reproduction de ces derniers par la voie alimentaire (graines traitées par de l’isoproturon par exemple).

Il est également toxique de façon aiguë pour les organismes aquatiques pour des concentrations allant de à selon des études sur différentes espèces. En particulier, dès (concentration que l’on peut retrouver de façon régulière dans les eaux de surface), une toxicité chronique a été notée chez certains poissons (sur ).

Il est hautement toxique pour les abeilles (DL50 Contact : - DL50 Orale : sur une durée de ).

Flore Il présente une toxicité aiguë pour les algues de (, EC50, croissance). Il limite la croissance de certaines plantes aquatiques (CEb50 : à CEb50 : sur sur différentes).

Effets sur les mammifères et l'être humain L’isoproturon ne présente pas un potentiel de bio-accumulation. À court terme, des études sur le chien et le rat ont révélé des dégénérescences hépatocytaires, réduction du taux global de protéines, augmentation de l’activité enzymatique et autres méfaits.

À long terme, on constate chez le rat une augmentation du poids du foie. Le taux de cholestérol augmente également ainsi que les dégénérescences hépatocytaires. On remarque également une baisse de l’alimentation et de la concentration hémoglobine.

L’isoproturon fait partie de la catégorie C3 de la classe CMR (selon le site internet Agritox). Des effets cancérogènes sont suspectés : dans une étude de deux ans sur le rat, des tumeurs au foie ont été relevées. On manque encore de données sur l’être humain.

(Données numériques issues du site AgritoxSite Agritox, fiche isoproturon, en ligne le 21 avril 2010.).

Réglementation Sur le plan de la réglementation des produits phytopharmaceutiques : pour l’Union européenne : cette substance active était inscrite à l’annexe I de la directive 91/414/CEE par la directive 2002/18/CE, mais le Règlement d'exécution (UE) 2016/872 de la Commission n'a pas renouvelé son approbation. Il n'est donc plus autorisé à la vente ni à l'utilisation comme produit phytosanitaire. On peut toutefois le retrouver dans des produits de construction ou des produits de traitement des pellicules ; pour la France : cette substance active n'est plus autorisée à la vente. Les produits en contenant n'ont plus d'autorisation de mise sur le marché.

Au Canada, une valeur guide de WSH_Guidelines_DrinkingWater_Quality_ANN4-fr.doc, en ligne le 21 avril 2010 (site de l’OMS) a été proposée pour les ressources en eau. Par valeur guide, on entend une valeur de référence recommandée par une autorité sans obligation légale : il s’agit d’un objectif à essayer d’atteindre.

+ Limites fixées par le Code de la santé publique pour les teneurs de pesticides à l'égard des eaux destinées à la consommation humaineTableau d'après Pollution de l'eau par les produits phytosanitaires. Niveau de traitement des eaux Substance active individuelle(y compris les produits de dégradation) (en μg/L) Somme des substances actives (en μg/L) Eau pouvant être distribuée sans traitement spécifiqued'élimination des pesticides ≤ 0,1Sauf aldrine, dieldrine, heptachlore, heptachlore époxyde : ≤ 0,03 μg/L. ≤ 0,5 Eau nécessitant un traitement spécifique d'éliminationdes pesticides avant distribution 0,1 < teneur < 2 0,5 < teneur < 5 Eau ne pouvant être utilisée qu'après l'autorisationdu ministère chargé de la santé, et après un traitementd'élimination des pesticides > 2 > 5

En France, l’isoproturon a été mesuré dans des cours d’eau à différentes en 2006Valeurs issues de : Ifen, ministère de l'Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, « Les pesticides dans les eaux - Données 2005 », décembre 2007, Orléans, 36, en ligne le 21 avril 2010 : concentration minimale : ; concentration médiane : ; concentration maximale : .

Méthodes d'analyse de l'isoproturon Ces méthodes portent essentiellement sur l’isoproturon dans des échantillons aqueux. Différentes méthodes existent actuellement. En voici une Tomasz Tuzimski, « Application of SPE-HPLC-DAD and SPE-TLC-DAD to the determination of pesticides in real water Samples », J. Sep. Sci., 2008, 31, – 3542. à portée environnementale puisqu’elle permet d’analyser la présence d’isoproturon (et d’une dizaine d’autres pesticides) dans des échantillons aqueux de .

Échantillonnage Les échantillons aqueux sont prélevés dans des bouteilles en verre de 1 L, de 20 à sous la surface de l’eau. Ils sont par la suite filtrés au travers d’une membrane avec des pores de . Ils sont amenés au laboratoire le même jour. Entre le jour d’échantillonnage et l’extraction, ils sont conservés à dans le noir. L’extraction doit avoir lieu dans les maximum suivant le jour d’échantillonnage.

Méthode d'extraction Pour cela, on utilise des cartouches SPE de type C18. Les cartouches sont conditionnées par : 3x2 mL de dichlorométhane ; 3x2 mL de méthanol ; 3x2 mL d’eau. Les échantillons aqueux sont ensuite passés dans la cartouche avec un débit de , à une pression de , soit . La colonne SPE est lavée par un mélange méthanol/eau (5:95 en volume) puis séchée pendant . Elle est ensuite éluée par de méthanol.

Méthode analytique Une chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC), couplée à un détecteur DAD, est utilisée pour analyser les échantillons dissous dans le méthanol. Les conditions d’analyse sont : utilisation d’une pompe quaternaire avec un dégazeur et débit de ; volume d’injection : ; utilisation d’une colonne C18 (diamètre des pores : ; x ) ; température : ; longueur d’onde : ; utilisation d’un solvant eau/acétonitrile (ACN) et d’un gradient pour l’élution :

{| class=wikitable | 0 min || 30 % ACN |- | 30 min || Linéaire jusqu'à 76 % ACN |- | 35 min || Linéaire jusqu'à 100 % ACN |- | 45 min || 100 % ACN isocratique |} pour la calibration, on utilise une gamme de solutions avec de l’isoproturon standard dans du méthanol. Les concentrations varient de à ). Les concentrations de ces solutions sont mesurées dans les mêmes conditions que les échantillons.

Résultats Temps de rétention (min) 9,501–9,575 LOD (μg/L) 0,10 LOQ (μg/L) 0,30 r 1,0000

La limite de détection (LOD) et la limite de quantification (LOQ) ont été calculées selon les formules suivantes : LOD = 3,3 (σ/S) LOQ = 10 (σ/S) avec : σ, l'écart type de la réponse ; S, la pente de la courbe de calibration.

Conclusion Cette méthode est donc bien adaptée pour mesurer la quantité d’isoproturon dans des échantillons aqueux. Elle permet ainsi de détecter dans l’eau la présence d’isoproturon et de vérifier que les normes fixées ne soient pas dépassées, ou de prendre les mesures nécessaires pour préserver la santé des êtres humains et de l’environnement.

Notes et références

Catégorie:Carbamide Catégorie:Herbicide