La villa Farnèse, ou, plus précisément le palais Farnèse de Caprarola, est considérée comme l'un des meilleurs exemples de villa « Renaissance. »
Elle a été construite pour la famille romaine des Farnèse à Caprarola, dans la province de Viterbe dans le nord du Latium, à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Rome.
Elle appartient aujourd'hui à l'État italien et est gérée par le pôle muséal du Latium.
La villa Farnese est située juste au-dessus de la ville de Caprarola et domine ses environs.
C'est une construction pentagonale massive de la Renaissance et du maniérisme qui s'ouvre sur les monts Cimins, une chaîne de collines volcaniques densément boisées. Elle est construite sur un plan à cinq côtés en roche couleur or rougeâtre ; des contreforts soutiennent les étages supérieurs.
En tant que pièce maîtresse des vastes exploitations des Farnèse, Caprarola a toujours été une expression de la puissance de la maison Farnèse, plutôt qu'une villa au sens plus habituel d'agricole ou de plaisir.
Il ne faut pas la confondre avec le palais Farnèse ou la villa Farnesina, tous deux situés à Rome.
Histoire
Le palais est l'une des nombreuses demeures seigneuriales construites par les Farnèse sur leurs propres domaines.
Le projet initial est celui d'une forteresse défensive, confié dans un premier temps, par le premier cardinal Alexandre Farnèse, à Antonio da Sangallo le Jeune et à Baldassarre Peruzzi, assistés de Sebastiano Serlio, projet qui est ensuite repris par Vignole.
En 1504, le cardinal Alexandre Farnèse, futur pape Paul III, acquiert le domaine de Caprarola. Il fait réaliser des projets de château fort ou de rocca par les architectes Antonio da Sangallo le Jeune et Baldassare PeruzziCoffin David, The Villa in the Life of Renaissance Rome, Princeton University Press, 1979: 281-5.
Les dessins de plans de Peruzzi qui nous sont parvenus, montrent un ensemble pentagonal avec chaque face du pentagone inclinée vers l'intérieur et vers son centre pour permettre le tir de ratissage, à la fois du centre et des bastions en saillie qui avancent à chaque angle de la forteresse.
Le plan de Peruzzi montre également une cour pentagonale centrale et il est probable que le développement ultérieur de la cour centrale circulaire a également été déterminé par les nécessités du plan pentagonal.
Les fondations pentagonales de la forteresse, construites probablement entre 1515 et 1530Coffin, 1979: 281, devinrent la base sur laquelle repose la villa actuelle : ainsi la forme générale de la villa a été prédéterminée par les fondations initiales de la rocca.
En 1556, Alexandre Farnèse le jeune (petit-fils de Paul III), connu pour promouvoir les intérêts de sa famille, est un homme de lettres courtois ; mais, la famille Farnèse dans son ensemble est devenue impopulaire auprès du pape suivant, Jules III, et, en conséquence, Alexandre Farnèse décide qu'il serait préférable de se retirer du Vatican pendant un certain temps.
Il choisit Caprarola, sur l'exploitation familiale de Ronciglione, à la fois proche et pourtant assez loin de Rome, comme le lieu idéal pour construire une maison de campagne.
Il projette de transformer cet édifice, construit en partie fortifié, en villa ou maison de campagne : le bâtiment devient semblable dans sa fonction aux villas de la récente aristocratie terrienne anglaise cherchant à dissimuler la nouveauté de sa richesse et de son pouvoir.
Le cardinal modifie le projet initial, en maintenant cependant le plan pentagonal, et commande à Giacomo Barozzi da Vignola son architecteCoffin, 1979: 285, les travaux de construction qui commencent en 1559. Lorsque celui-ci reprend le chantier, la construction ne dépasse pas les fondations et le sous-solMurray, ..
Le pentagone fortifié est transformé en un imposant palais qui devient ensuite la résidence estivale des frères Farnèse, le duc, gendre de Charles Quint, et le cardinal, et de leurs cours.
Vignole travaille sur la villa à Caprarola jusqu'à sa mort en 1573Partridge, Loren W. "Vignola and the Villa Farnese at Caprarola", Part I The Art Bulletin 52.1 (March 1970:81-87), Part II.
Description
La villa, qui domine les environs, est l'un des plus beaux exemples de l'architecture de la Renaissance. L'ornement est utilisé avec parcimonie pour obtenir proportion et harmonie.
Ce style particulier, connu aujourd'hui sous le nom de maniérisme, est une réaction aux dessins chargés de la Haute Renaissance datant de vingt ans plus tôt.
Vignole, l'architecte choisi pour ce site difficile et inhospitalier, a récemment fait ses preuves en concevant la villa Giulia à la périphérie de Rome pour le pape précédent, Jules III.
Dans sa jeunesse, il a été fortement influencé par Michel-Ange.
Pour la villa de Caprarola, ses plans sont constitués d'un pentagone construit autour d'une cour circulaire avec des arcades en haut et en bas et une voûte en berceau très peu marquée pour l'arcade du bas.
Dans la galerie, des colonnes ioniques jumelées flanquent des niches contenant des bustes des empereurs romains, au-dessus d'une arcade rustique, réinterprétation du plan de Bramante pour la « maison de Raphaël », dans le Borgo à Rome. Un autre détail « bramantique » est l'entablement qui se brise au-dessus des colonnes, les reliant par le dessus, alors qu'elles se tiennent sur des bases séparées.
La loggia intérieure formée par l'arcade est ornée de fresques grotesques raphaéliques, à la manière des loges du Vatican.
La galerie et les étages supérieurs sont accessibles par cinq escaliers en colimaçon disposés autour de la cour : la Scala Regia (« l'escalier royal ») est le plus important d'entre eux, escalier monumental qui relie les principaux étages en une gracieuse spirale de marches soutenue par des paires de colonnes ioniques s'élevant sur trois étages et ornées de fresques d'Antonio Tempesta.
Cet escalier s'inspire de celui de Donato Bramante au palais du Belvédère du Vatican.
Vignole prend soin d'éviter tous les procédés maniéristes évidents comme ceux du Palais du Te.
Il tente de revenir à la sobriété et à l'ordonnance de Bramante, de fuir la confusion visuelle et la richesse ornementale de Michel-Ange.
Ses détails sont lisses, ses bossages peu marqués, ses arcs simples, l'ordre reste délibérément dorique et ionique tout au long.
Il réussit ainsi à faire de Bramante un autre modèle classique, au même titre que ceux de l'Antiquité.
Accès et entrée
Au lieu des bastions d'angle, l'architecte insère de vastes terrasses ouvertes sur la campagne environnante et coupe la colline avec des perrons de façon à isoler le palais et en même temps, à l'insérer harmonieusement avec le territoire environnant, en ouvrant une route rectiligne vers le centre du village situé en dessous, de façon à relier par cette perspective le palais à la ville, en le faisant devenir le centre dominant.
L'accès à la villa Farnèse va de la rue principale de la ville, centrée sur la villa, à une place à partir de laquelle des escaliers montent vers une série de terrasses, en partant du sous-sol creusé dans le tuf, entouré de marches incurvées et raides menant à la terrasse au dessus.
Ce sous-sol dans les fondations, qui est utilisé comme entrée pour les voitures par mauvais temps, comporte une colonne centrale massive avec une série de contreforts et de murs de soutènement ; à l'extérieur, de grandes portes grillagées percées dans les murs à bossage, semblent mener aux salles des gardes d'une forteresse, tandis qu'au-dessus d'elles un double escalier extérieur incurvé à balustres mène à la terrasse supérieure.
De celle-ci, à son tour, un double escalier mène à l'entrée principale, à l'étage Piano dei Prelati, accessible depuis la large terrasse.
Cet étage en forme de bastion, qui apparaît dans l'élévation comme un deuxième rez-de-chaussée, est de style bugnato ; la porte principale est une arche sévère flanquée de trois fenêtres de chaque côté.
La façade à ce niveau se termine par des saillies d'angle massives et solides.
Au-dessus se trouve l'étage noble à double hauteur, où cinq immenses fenêtres cintrées dominent de manière incongrue la façade au-dessus de la porte d'entrée.
Au-dessus se trouvent deux étages supplémentaires pour loger les gentilshommes avec les domestiques au-dessus d'eux. Les nombreuses fenêtres sont séparées à l'extérieur par des pilastres de style bugnato en pierre de taille.
Intérieur
Les pièces intérieures de la villa sont réparties sur cinq étages, chaque étage ayant une fonction particulière.
Les pièces principales sont situées au premier étage ou piano nobile (étage noble) où une grande loggia centrale (maintenant vitrée) domine la ville, sa rue principale et la campagne environnante.
Cette salle est connue comme la Salle d'Hercule en raison de ses fresquesPartridge, Loren W. "The Sala d'Ercole in the Villa Farnese at Caprarola, Part I" The Art Bulletin 53.4 (December 1971:467-486), "Part II" The Art Bulletin 54.1 (March 1972:50-62). et était utilisée comme salle à manger d'été.
Une fontaine en forme de grotte avec une sculpture à une extrémité y est installée.
De chaque côté de la loggia se trouvent deux salles circulaires : l'une est la chapelle, l'autre accueille l'escalier principal (Scala Regia).
Les deux grands appartements au premier étage ont un plan symétrique et complètent l'enceinte de la cour.
Chacun est composé d'une série de cinq pièces avec des salles d'apparat, qui commencent par la grande salle de réception, la plus proche de l'entrée, et se dirigent, avec une intimité croissante et une taille réduite, vers une chambre, une garde-robe et un studiolo à l'extrémité nord.
Cette suite ordonnée est standardisée au dans les appartements baroques.
Les différentes orientations de ces deux appartements permettent une différenciation saisonnière : l'est, ou l'appartement d'été est associé à la vie active, et l'ouest, où l'appartement d'hiver est associé à la vie contemplativeBaumgart, 1935 noted by Kish 1953:51; Coffin, 1979: 296-7..
L'équilibre symétrique scrupuleux des deux appartements est transposé dans leur parterre associé, chacun pouvant être atteint par un pont à travers les douves.
Les suites sont célèbres pour leurs fresques maniéristes :
Le programme iconographique des fresques exprimant la gloire des Farnèse a été élaboré par les humanistes de la cour de Farnèse, notamment son secrétaire, Annibal CaroRobertson, Clare. "Annibal Caro as Iconographer: Sources and Method Annibal Caro as Iconographer: Sources and Method" Journal of the Warburg and Courtauld Institutes 45 (1982:160-181); see also Baumgart, Fritz. "La Caprarola di Ameto Orti", Studi Romanzi, 25 (1935:80); in 240 Latin verses, La Caprarola of Ameto Orti (c 1585-89)..
Les cycles de fresques dépeignent les exploits d'Alexandre le Grand, et bien sûr des Farnèse eux-mêmes : dans la Sala dei Fasti Farnesiani (la « Salle des Fastes Farnèse »), décorée par les frères Taddeo et Federico Zuccari, ils sont représentés à tous leurs moments les plus glorieux, dans la carrière des armes, ou dans des situations où ils ont pu mériter d'autres gloires, du sol au plafond à caissonsPartridge, Loren W. "Divinity and Dynasty at Caprarola: Perfect History in the Room of Farnese Deeds", The Art Bulletin 60.3 (September 1978:494-530)..
D'autres artistes participent à la décoration des fresques : Giacomo Zanguidi (il Bertoia), Raffaellino da Reggio, Antonio Tempesta, Giacomo Del Duca et Giovanni De Vecchi.
Les peintres flamands Joos van Winghe et Bartholomeus Spranger ont aidé le Bertoja en décorant des pièces qu'il avait été chargé de terminerVéronique Bücken, "Deux flamands dans l’atelier de Jacopo Bertoja: Joos van Winghe et Bartholomaeus Spranger", dans : Jadranka Bertini (red.), Lelio Orsi e la cultura del suo tempo. Atti del convegno internazionale di studi, Reggio Emilia – Novellara 1988, Bologna, 1990, –56.