vignette|Duel à l’épée et au bocle (petit bouclier rond), (enluminure du Codex Manesse, 1320). vignette|Amour courtois. Codex Manesse, , Cod. Pal. germe.848, fol. 32v, (Gottfried von Neifen, ménestrel germanophone né près d'Bad Urach). Le tournoi regroupe un ensemble d'épreuves équestres ou pédestres au Moyen Âge et à la RenaissanceHommes et femmes dans les tournois du Moyen Âge. Joachim K. Rühl. Dans Clio. Histoire, femmes et sociétés 2006/1 (), pages 15 à 43..

Il est pratiqué en Occident entre les . L’apogée des tournois se situe dans les années 1125-1225..

Les enjeux en sont parfois courtois (on se bat pour une belle ou sa couronne de fleurs), pour de l'argent et parfois aussi symboliques, mimant ceux d’un véritable duel ou d’une guerre en réduction. Outre l’entraînement militaire, il est l’occasion de faire preuve de sa valeur, et pour les meilleurs combattants de s’enrichir, grâce aux armes des chevaliers vaincus et aux rançons versées par les prisonniersLa cavalcade à l'heure du Millénaire. Jeux et joutes au ..

Étymologie Le terme « tournoi » vient du verbe « tournoyer »« tournoi », définition dans le dictionnaire Littré, lui même issu de « tourner »« tournoyer », définition dans le dictionnaire Littré, du latin , « travailler au tour »« tourner », définition dans le dictionnaire Littré.. À l'origine, il était employé pour tout combat de chevalier à cheval, que ce soit lors d'une guerre ou lors d'un jeu. Il apparait clairement pour la première fois comme un combat d'apparat entre deux groupes de chevaliers rivaux en 1170 dans le roman Erec de Chrétien de Troyes. Dès lors le mot « tournoi » sera utilisé pour qualifier toute forme de jeu chevaleresque..

Organisation vignette|Le chevalier Vital (détail) sur la Tapisserie de Bayeux.

Au Moyen Âge, les tournois regroupent diverses épreuvesLe tournoi regroupe un ensemble d'épreuves martiales au Moyen Âge. Il est pratiqué en Occident entre les et . L'apogée des tournois se situe dans les années 1125-1225.. Lors d'un tournoi, il y avait des combats à pied, à l'arme individuelle, des prises de tours, des jeux d'adresse à cheval tels que la quintaine pour les écuyers et des mêlées à cheval avec des combats à la batte ou à l'épée neutralisée ; cette épreuve nommée behort était particulièrement spectaculaire, elle se déroulait le plus souvent dans un espace ouvert et dans des enclos au . Les chevaliers simulaient de véritables batailles rangées devant un public enthousiaste (y compris féminin).

Le terrain pouvait être situé sur les marches de deux principautés, mais également dans des landes entre deux villages, les terres cultivées et les habitations étant ainsi épargnées..

Le héraut d'arme à la trompette annonce les armoiries des chevaliers entrant dans la lice au pas. Le public revêtu de ses plus beaux atours guette ses champions dont certains accrochent à leur casque un long morceau de tissu précieux, manche amovible d'une robe fixée avec des boutons de corail ou des lacets de couleur : les tournois sont l'alliance du code d'honneur de la chevalerie et de l'amour courtoisHistoire de la littérature française La courtoisie. À partir du dans le sud de la France, et du dans le nord, la société féodale ajoute une nouvelle valeur à l’idéal chevaleresque : le service d’amour, qui met les préoccupations amoureuses au centre de la vie.. Les tournois jouent un rôle important dans la naissance des armoiries au ..

Régions concernées

En France vignette|Miniature, Le Tournoi de Chauvency, vers 1285, manuscrit d'Oxford (Bibliothèque Bodléienne, MS. Douce 308), Folio 117r. Le tournoi chevaleresque est un sport qui se joue en France, au nord de la Loire (zone des Francs), et jusqu’aux Flandres (c’est-à-dire dans le duché de Normandie, le Maine, le comté de Champagne, le Vermandois, duché de France). Ils sont apparus dans le Nord de la France vers 1100 avant de se répandre en Europe.

Les tournoyeurs viennent de ces régions, et des régions voisines : Bretagne, Anjou, Poitou, Bourgogne, comté de Flandre, comté de Hainaut, Angleterre. Quelques participants viennent de Basse-Lotharingie (actuels Pays-Bas), aucun du Midi de la France. Au commencement, le tournoi est pratiqué essentiellement par des chevaliers « jeunes », bacheliers (au sens médiéval), qui ont été adoubés mais ne possèdent pas encore de fief, qui participent. On recrute aussi des compagnies de soldats professionnels non nobles. Certains grands tournois rassemblent jusqu’à trois mille chevaliers, soit dix mille combattants (pour celui de Lagny, soit plus de personnes et de richesses rassemblées que pour la foire annuelle). Le tournoi de Chauvency-le-Château, immortalisé par Jacques Bretel, rassemblait plus de 500 chevaliers. Par la suite, (), les classes bourgeoises se mettent à jouter.. Bien que plusieurs classes sociales pratiquent la joute, ils ne peuvent pas s'affronter entre eux..

Ils sont principalement organisés par les détenteurs des principautés territoriales (comtes et ducs), le plus souvent à la lisière de deux de ces principautés.

En Angleterre L'Angleterre privilégie les tournois dans 5 de ses principaux grands centres.

Chez les Habsbourg vignette|upright|Codex Manesse, Université de Heidelberg Library, Cod. Pal. germ. 848, fol. 17r, "Duke of Anhalt", vers 1305/1315. Le tournoi est aussi prisé dans le Saint-Empire romain germanique, bien qu'ils semblent y avoir été moins grands et moins fréquents qu'en France (au moins jusqu'au ). Ils y étaient considérés avant tout comme des actes politiques. Tous les grands évènements d'un règne, entrées, couronnements, visites d'Etat, mariages, baptêmes, étaient fêtés par des tournois, moyen pour le souverain de souligner son importance et d'augmenter son prestige. Les Habsbourg n'hésitaient pas à dépenser des sommes considérables pour en faire des spectacles grandioses permettant ainsi de réaffirmer l'ordre féodal de la société et d'assurer l'unité d'un Empire hétérogène composé de régions disséminées dans toute l'Europe. Les tournois y constituaient un élément majeur de la propagande impériale. L'empereur Maximilien 1er de Habsbourg et l'archiduc Ferdinand II du Tyrol, notamment, développèrent et firent évoluer les tournois dans les territoires qu'ils gouvernaient.

Les festivités qui se déroulèrent à Prague le 8 et en l'honneur de l'accession au trône impérial de Ferdinand 1er, virent l'apparition en Europe de l'Est d'une forme de tournoi à intrigue sous l'influence de la tradition bourguignonne et du tournoi de Binche de 1549. On y identifie des éléments que l'on retrouve dans les tournois ultérieurs, mais aussi dans les premiers opéras comme des feux d'artifice, des chevaliers en costumes imaginaires, des jeux entre les combats et un cadre mythologique qui donne un thème à l'ensemble du tournoi. Mais surtout, ce tournoi fut un outil de propagande. Jupiter y représentait l'empereur; les géants vaincus par ses éclairs figuraient les princes rebelles qui une décennie plus tôt s'étaient levés contre Charles Quint et Ferdinand, alors roi des Romains, et qui furent battus lors du combat de Mülberg en 1548. Ce tournoi était aussi un avertissement destiné à la noblesse de Bohême, toujours instable, de ne pas tenter quelque chose de semblable.

L'Église et les tournois Les participants aux tournois encourent un risque important de mort subite, d'autant que les accidents sont nombreux. Ainsi, l'Église décide de prendre des dispositions contre cette pratique. En 1130, au concile de Clermont, les tournois sont interdits et il est stipulé que tout guerrier mort dans le cadre d'un tournoi sera privé de sépulture ecclésiastique. Ces interdictions sont réaffirmées à l'occasion d'autre conciles : Reims en 1235, Latran II en 1139 et Latran III en 1179.

Au XIIIe siècle, l'Église établit un lien entre la nécessité de croisade et l'interdiction des tournois, ce qui fait qu'une nouvelle interdiction est prononcée aux conciles de Latran IV et Lyon I. À partir de la seconde moitié de ce siècle, les pouvoirs royaux se consolident un peu partout dans l'Occident latin et prennent le relais des institutions ecclésiales pour condamner les tournois. Ainsi, Louis IX les condamne en 1260.

Calendrier Les tournois, substituts à la guerreTournoi, joute, duel, lice. Les tournois désignaient en Europe, au Moyen Âge, des jeux guerriers très prisés de la noblesse, et tout aussi violents que la guerre et la chasse, ses deux autres activités favorites. Ils dressaient face à face deux hommes à cheval, chacun pourvus d'une lance (on parle alors d'une joute), ou plus souvent deux équipes., sont organisés en un véritable calendrier sportif tout au long de l’année, sauf en temps de guerre, et durant les carêmes précédant les grandes fêtes religieuses : Noël et Pâques, mais aussi la Toussaint et l’Ascension. La belle saison, qui limite la rouille aux armures de fer, est cependant privilégiée.

Le but est de réaliser des prouesses, pour l’honneur et la réputation, mais aussi de capturer son ennemi, ou son cheval, et ainsi de réaliser un gain, par la revente ou la rançon. Ce gain est généralement dilapidé dans les fêtes qui suivent le tournoi. Celui-ci rassemble ainsi, outre les combattants, nombre d’artisans, prêteurs, qui tous s’enrichissent.

Les chevaliers s’organisent en équipes régionales : Français (du duché de France) contre Normands, Angevins, etc. Ces équipes régionales s’allient parfois à plusieurs les unes contre les autres, selon les affinités : Français-Champenois contre Anglais-Normands, reproduisant les luttes politiques réelles.

Déroulement

Les chevaliers arrivent souvent déjà organisés en équipes au tournoi, chacune menée par un grand seigneur. Ces équipes peuvent s’allier entre elles pour aboutir à une situation où seuls deux camps s’affrontentAu Moyen Âge, les tournois sont un ensemble d’épreuves guerrières. Les tournois étaient l’alliance du code d’honneur de la chevalerie et de l’amour courtois..

Avant le tournoi, les heaumes ornés de cimiers sont exposés sous les bannières des participants, dans un cloître..

Sur le terrain, des recès sont choisis par convention avant le début du tournoi : tout groupe de combattants peut s‘y réfugier pour s’y reformer, comme au cours d’une véritable bataille, les chevaliers se replient à l’arrière pour reprendre leur souffle ou faire redresser un casque.

Plusieurs épreuves ont lieu : commençailles (combats qui ouvrent les joutes, réservés aux débutants, les bacheliers), passes d'armes, béhourds, courses de planchon, tables rondes, emprises d'armes, épinettes, versions populaires de joutes avec mules et bâtonsÉvelyne Van den Neste, Tournois, joutes, pas d'armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Âge (1300-1486), Librairie Droz, 1996, 411 p..

René d'Anjou, à la suite d'un tournoi donné à Bruges en 1393, entre Jean IV van der Aa dit Jean de Bruges, seigneur de Gruuthuse et Gérard de Ghistelles, seigneur de Wasquehal, compose pour Louis de Bruges, fils de Jean IV van der Aa, un traité sur les tournois intitulé Traité de la forme et devis comme on peut faire les tournois, avec des illustrations de Barthélemy d'Eyck, dans lequel il réunit, les lois, règlements, usages, cérémonies et détails observés dans ces exercices..

Au siècle, le tournoi est donc devenu un sport organisé basé sur le traité de René d'Anjou. Il pouvait prendre trois formes principales : le combat à deux avec des chevaux, le tournoi libre ou tournoi au sens strict du terme, et le tournoi à pied. Le tournoi à deux peut s'opérer sous forme de piquer, de joute ou de course.

Repères chronologiques vignette|upright|Cavalerie franque. Psalterium Aureum, Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall. Jusqu'au milieu du rien à ce jour n'indique que les tournois existent déjàSébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen Âge, Paris, ed Autrement, 2010..