Le Percheron est un cheval de trait, et la plus connue des races de chevaux français. Issu selon la légende d'étalons arabes amenés dans le comté du Perche, il résulte plus vraisemblablement de la sélection de ses éleveurs, menée tout au long du . Le Percheron est initialement élevé pour sa capacité à déplacer rapidement des véhicules hippomobiles à l'attelage au trot, ce qui lui vaut son surnom de « diligencier ». Massivement employé pour les postes et la compagnie des omnibus, il est ensuite réorienté avec l'arrivée du chemin de fer. Il tracte des charges de plus en plus lourdes au pas et au trot, en travail agricole et au labour.
Son registre généalogique est ouvert en 1883 en France, sous l'impulsion des Américains. Exporté partout dans le monde, le Percheron devient l'une des races de chevaux de trait les plus répandues, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni. Il participe à la conquête de l'Ouest, puis est utilisé durant la Première Guerre mondiale. Il connaît une forte régression avec la motorisation des transports, et, en France, n'est plus élevé que pour sa viande à partir des années 1970. Son registre englobe celui d'autres races de chevaux de trait françaises en 1966. L'élevage du Percheron redémarre dès les années 1960 aux États-Unis, mais il faut attendre les années 1990 pour observer le même regain en France, époque où il est exporté vers le Japon pour les courses de trait-tract.
Ce cheval grand et puissant à sang froid, réputé docile et facile à manœuvrer, arbore une robe grise ou noire. Il retrouve une certaine place en attelage de loisir et pour les activités de débardage, l'élevage pour la viande ne concernant qu'un tiers des effectifs. Depuis les années 2000, les éleveurs français allègent son modèle pour le rendre plus sportif, en important des étalons américains en croisement. Les de la race recensés dans le monde en 2009 restent vulnérables en raison de l'éparpillement des effectifs.
Étymologie et terminologie Souvent, le nom de « Percheron » est perçu par erreur comme un synonyme de « cheval de trait », alors que le Percheron est une race de chevaux de trait.. D'après l'ethnologue Bernadette Lizet, cet usage est fréquent au point que Le Petit Robert en a donné la définition suivante : . Ce nom est issu de la région du Perche, un très ancien comté de France, berceau d'origine de la race. L'Institut français du cheval et de l'équitation. et de nombreux ouvragesDont , et . utilisent la graphie avec une majuscule, cependant cette tolérance n'est pas encore admise par les dictionnaires... Le dictionnaire de l'Académie française dans sa édition publiée au Journal officiel le , différencie « percheron », cheval de trait, et « Percheron », habitant du Perche..
Les associations britanniques. et américaines., ainsi que les ouvrages anglophones, emploient tous la majuscule, mais il est vrai que les règles orthographiques de l'anglais sont différentes de celles du français.
Sources Le Percheron suscite un grand nombre de publications en français à partir de l'époque de la Restauration.
L'un des ouvrages majeurs, Le cheval percheron, est publié en 1866 par Charles du Haÿs, qualifié d'. En 1886, l'importateur et promoteur américain de Percherons W. T. Walters le traduit à ses frais vers l'anglais. Les propos de Du Haÿs sont, d'après Georges Trolet, souvent repris par d'autres hippologues sans contrôle de leur véracité, et notamment par l'inspecteur des haras Eugène Gayot.
Beaucoup plus récemment, l'auteur Jean-Léo Dugast a publié les ouvrages Le Cheval Percheron (1996), Sur les traces du cheval percheron (2007), Le Percheron (2011), Cheval percheron, cheval du monde (2014), Le siècle d'or du cheval percheron (2019) et L'épopée percheronne (2023).
Histoire Le Percheron provient du , région bordée par la vallée de l'Huisne et ses pâturages riches. Ce lieu est très propice à l'élevage grâce à la qualité des herbages, aux sous-sols calcaires, au sol argileux et au climat tempéréUn éleveur parisien venu s'installer dans le Perche rapporte l'exemple d'un cheval venu d'une autre région qui a pris en six mois après s'être nourri de l'herbe du pays. Voir ..
L'exportation du Percheron vers de nombreux pays a vu l'apparition d'autres lignées aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. Sa vaste diffusion résulte de la capacité des éleveurs du Perche à s'adapter à la demande et au marché : ils font naître des chevaux de guerre et de tournoi à l'époque médiévale, puis des chevaux carrossiers pour la Poste, enfin le cheval de trait dont les agriculteurs ont besoin.
Origines vignette|gauche|Jument percheronne vue par Lalaisse, vers 1850.
Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Percheron provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. Cependant, les origines exactes de cette race sont incertaines.
Une analyse génétique de Michael Cieslak et ses collègues, publiée en 2010, a permis de détecter un haplotype , nommé « ibérique B », chez les races Percheron, Arabe et Wielkopolski.. Ces chercheurs attribuent l'existence de cet haplotype chez les chevaux percherons à un . Des analyses sur les marqueurs génétiques sanguins, publiées en 1976, ne permettent pas d'attester une origine arabe.. Un modèle bayésien de distances génétiques sur 20 races de chevaux montre une parenté entre le Percheron et le Trait belge., déjà soulignée en 2013 dans l'étude de Jessica L. Petersen et de ses collègues, qui place le Percheron dans un cluster de races de chevaux originaires du continent européen, avec le Trait belge, le Franches-Montagnes suisse, le Finlandais, l'Islandais, le Fjord norvégien et le Shetland..
Charles du Haÿs estime que le Percheron serait . Cette hypothèse d'une origine arabe, non démontrée, reste mentionnée comme une vérité par bon nombre d'ouvrages de vulgarisation.
Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) fait remonter l'origine du Percheron à l'âge glaciaire ou l'Antiquité, citant l'hypothèse d'une parenté étroite avec le Boulonnais (également mise en avant par l'auteur autrichien Martin Haller), via des chevaux amenés en Grande-Bretagne pour renforcer les légions de Jules César, et celle d'une origine par les chevaux celtiques noirs du Nord de l'Europe. Les comtes du Perche revenus de la première croisade en 1099 introduisent des chevaux orientaux dans la région, et réitèrent ces introductions à la suite d'expéditions dans des territoires revendiqués par l'Espagne. Des chevaux ibériques de Castille sont introduits par Rotrou III du Perche. Le haras du Pin, créé en 1730 et haut lieu de l'élevage percheron, accueille des étalons arabes et barbes. Marcel Mavré remarque que les influences éventuelles de chevaux arabes sur le Percheron sont invérifiables, et que cette revendication d'origines orientales est commune à toutes les races majeures de chevaux de trait, un point également souligné par l'ethnologue Bernadette Lizet, qui souligne une valorisant l'Arabe.. CAB International note que la revendication de parenté entre le Percheron et l'Arabe repose sur la morphologie de sa tête, et non sur des preuves historiques. Si des croisements avec des chevaux arabes sont attestés dans le Perche, les hippologues s'accordent sur un rôle majeur joué par la nature du sol, et surtout par l'élevage sélectif :
Lizet estime qu'aucune race de chevaux de trait n'existait avant la révolution industrielle : . Pour la d'histoire Margaret Derry, de même, l'histoire commerciale du Percheron est celle de la constitution d'un type en race au , pour répondre aux besoins du marché américain.
Sous l'Ancien régime et la Révolution Pendant la guerre civile, entre 1648 et 1653, la gendarmerie est accusée de voler tous les chevaux du Comté du Perche, ce qui atteste de la bonne qualité des animaux dans la région, utilisés à la traction des diligences. Selon Jacques Mulliez, les différents directeurs de haras, dont M. de Fontenay, ont .. En 1790, avec la suppression des haras, les étalons sont dispersés chez des éleveurs privés. En 1801, la souche percheronne est presque anéantie à la suite des conséquences de la Révolution française et des guerres napoléoniennes. Les haras sont rétablis sous le Premier Empire, la sélection des chevaux est alors remise en valeur. Eugène Gayot fait remonter l'origine du Percheron à 1806, lorsque les chevaux commencent à remplacer les bœufs pour les travaux des champs.
Au vignette|Percheron dans un pâturage par Achille Giroux, vers 1860, conservé au musée du Louvre à Paris. Bon nombre de sources, à la suite de Charles Du Haÿs, attribuent aux étalons Godolphin et Gallipoly une régénération du Percheron par le sang arabe, ainsi que l'introduction de la robe gris pommelé. Du Haÿs cite Jean le Blanc, descendant de Gallipoly né à Mauves-sur-Huisne en 1823, comme l'ancêtre commun de la race.. Cet étalon se serait reproduit avec de très nombreuses juments de l'Orne, jusqu'à sa mort en 1856. Cependant, , suscite le scepticisme de nombreux auteurs et chercheurs. L'ethnologue Bernadette Lizet y voit une légende généalogique, mise au service du capitalisme marchand.
Le début du est propice au cheval carrossier et au cheval de trait, grâce à l'amélioration des routes. Le Percheron se fait nommer « diligencier » en raison de sa principale utilisation, la traction des diligences. Le développement du Percheron de trait est intimement lié à l'industrialisation, au commerce et aux exigences de rentabilité des utilisateurs privés. Il est exporté vers de très nombreux pays :
En France au La période de gloire du Percheron débute probablement entre 1815 et 1830.. De nombreuses foires et des primes d'encouragement sont alors créées, ce qui stimule l'élevage. Dans les années 1830, la Beauce se fournit dans le Perche et crée la variété de trait lourd. Parallèlement, les éleveurs du berceau de race importent des poulains de Bretagne et du Boulonnais afin de répondre à la demande, au risque de perdre les caractéristiques de la race, qui commencent alors à se fixer.
Le Percheron est traditionnellement élevé autour de Mortagne-au-Perche (Orne) et de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), aux confins des départements de l'Orne, de l'Eure, d'Eure-et-Loir, de Loir-et-Cher et de la Sarthe. Les éleveurs exportent leurs poulains vers la Beauce, où ils sont éduqués puis revendus pour le marché parisien. Le nom de « Percheron » est réservé aux poulains nés dans l'un des cinquante cantons du Perche.
La poste, les messageries et la compagnie des omnibus sont les plus gros demandeurs de chevaux de traction au début du siècle. L'élevage s'oriente vers le développement d'un cheval capable de déplacer de lourds véhicules hippomobiles au trot, le plus rapidement possible. La robe grise est favorisée car les couleurs claires sont plus visibles la nuit (une notice de la poste a peut-être spécifié de privilégier l'achat de chevaux gris). Le Percheron obtient un quasi-monopole dans les écuries de poste du nord du pays durant le premier quart du . Tandis que les charges à tracter s'alourdissent progressivement au fil des années, il est sélectionné pour parcourir les villes et les campagnes au trot attelé. Les Percherons forment aussi la majorité des animaux de roulage employés à Paris., soit 62 % des effectifs de la compagnie parisienne des omnibus. Une grande partie des équipages de grands magasins comme Félix Potin et le bazar de l'Hôtel de Ville sont composés de Percherons.. Des étalons reproducteurs sont acquis dans toute la France, au point que le Percheron est, en 1862, la race dominante dans .