Le Front de libération nationale de la Corse (Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica, FLNC) est un groupe armé fondé en 1976 dans le but d'obtenir selon les époques l'autonomie ou l'indépendance politique de la Corse.
Les actes militants typiques du FLNC sont les plasticages de résidences secondaires, de banques, d'infrastructures touristiques, de bâtiments militaires. Il utilise la « taxe révolutionnaire » pour prélever de l'argent et est farouchement hostile à l'installation définitive de masse de non-corses dans l'île. En tant que groupe armé clandestin, ses membres actuels ne sont pas identifiés.
À partir de 1990, on ne peut plus parler du FLNC comme d'une seule organisation. Au contraire, celui-ci éclate en deux organisations, le FLNC Canal habituel et le FLNC Canal historique, qui sont en guerre l'une contre l'autre. Cette guerre a fait, selon les bilans comptant des morts directs ou indirects, de 15 à près de 130 morts. Certains acteurs de la mouvance FLNC (FLNC proprement dit et ses organisations liées comme sa vitrine légale qui s'est appelée à certaines époques CCN puis MCA puis Cuncolta, le syndicat STC, l'association des prisonniers A Riposta puis Sulidarita, les organisations de jeunesse comme la CGNC, Ghjuventu Paolina, Ghjuventu Independentista, etc.) comme Marie-Hélène Mattei dans son ouvrage ou Marcel Lorenzoni dans la lettre qu'il rédigea en prison considèrent qu'il y a avant tout la main de l'État français derrière ces meurtres.
En 1999, le FLNC se recompose autour du FLNC-Canal Historique et du FLNC du 5 mai fusionnant pour former le FLNC-Union des combattants dirigé par Charles Pieri et sa vitrine légale A Cuncolta dirigée par Jean-Guy Talamoni. Les chefs autonomistes sont alors retirés de la politique (Léo Battesti), en exil (Alain Orsoni) ou assassinés (François Santoni) et le FLNC renoue avec un discours indépendantiste. Mais, ce discours abandonne le communisme au profit d'une forme de social-démocratie paoliste avec le relais par Talamoni de l'idéologie des accords de paix développée par Gerry Adams en Irlande et Arnaldo Otegi au Pays Basque.
Il existe toujours en 2023 un sigle FLNC utilisé par deux structures (FLNC Union des combattants et FLNC du 22-Octobre) afin de revendiquer conjointement des actions armées à travers des communiqués publiés dans la presse.
Le FLNC est issu de la fusion de deux organisations armées (le Front paysan corse de libération (Fronte paesanu corsu di liberazione, FPCL) fondé en , et Ghjustizia Paolina (GP), apparue en ) et du Parti corse pour le socialisme (U partitu corsu pà u sucialismu, PCS) d'inspiration marxiste créé en .
Idéologie Bases Le FLNC se base sur l'idée que la Corse est une nation et ancien État-nation souverain : la République corse de 1755 à 1769, première république démocratique constitutionnelle de l'histoire de l'humanité garantissant le suffrage universel et le droit de vote aux femmes (tout du moins à certaines femmes, considérées comme des cheffes de famille, notamment des veuves ou des célibataires). L'héritage de Pascal Paoli sur le FLNC est très prégnant notamment à travers le nom Ghjustizia Paolina.
La défense de la langue corse, des traditions, la réouverture de l'Université de Corse fermée en 1769 par l'armée française et rouverte en 1982 à la suite des revendications du FLNC, la lutte contre la bétonisation du littoral, contre les résidences secondaires, contre la (installation massive de Français continentaux), l'organisation d'un référendum sur l'auto-détermination, le départ de l'armée française de Corse (et notamment le démantèlement de la base militaire de l'OTAN à Solenzara ainsi que du régiment de légionnaires de Calvi) sont des revendications centrales du FLNC.
Ethnicité À la base, sur la question de racisme, le FLNC a théorisé en 1987, lors de son premier et unique congrès, la « communauté de destin » : est Corse tout individu résidant en Corse et adhérant aux valeurs corses dont l'usage de la langue corse, peu importent sa couleur de peau ou son origine. Ce congrès, faisait suite à l'exécution par le FLNC en 1986 de deux ressortissants tunisiens, dont l'un, accusé d'être un trafiquant de drogue (l'autre aurait été exécuté pour s'être interposé), n'aurait en fait été qu'un petit consommateur de cannabis revendant éventuellement pour financer sa consommation personnelle. Pierre Poggioli, alors chef du FLNC, aurait présenté ses excuses à la famille des victimes, suite au tollé qu'avait sucité cette action (dont Jo Peraldi revendique la paternité dans son livre) non seulement dans l'opinion publique corse mais aussi dans les rangs nationalistes. Plus récemment, Jean-Guy Talamoni, dirigeant de Corsica Libera vue comme "la vitrine légale du FLNC" par les autorités françaises, a condamné la « ratonnade » des Jardins de l'Empereur à Ajacio, lors de laquelle des manifestants ont brulé une salle de prière musulmane et une boucherie halal, pour protester contre le caillassage de pompiers par des jeunes de ce quartier ajaccien.
Toutefois, au fil du temps, du fait de l'installation massive de résidence secondaire, du mépris perçu durant la loi pour l'autonomie de la Corse et des problèmes identitaires frappant l'île, le FLNC Union des combattants, l'une des deux branches actives du FLNC, est devenu de plus en plus intolérant envers les non-corses, comme en août 2026 où il condamne le texte de l'autonomie de l'Accord Beauvau qui nierait l'existence du Peuple corse et menace implicitement les non-corses de représailles pour la « colonisation de peuplement. » et rejette désormais la théorie de la Communauté de destin.
Écologie L'écologisme et la défense de la terre (ce qui peut mener à une forme d'agrarisme ou de socialisme paysan, de pastoralisme, de défense de l'univers montagnard, sylvestre, du maquis) ont toujours été très importants dans l'idéologie du FLNC, notamment en lien avec les luttes populaires des années 1970 contre la pollution des boues rouges et l'attribution des terres assainies de la plaine d'Aléria (à l'origine soumises à la malaria et désormais seules terres de l'île propices à une agriculture intensive) à des agriculteurs pieds-noirs plutôt qu'à des Corses.
Positionnements idéologiques variés Si à l'origine le Livre Vert du FLNC publié en 1977 (et rédigé principalement par Jean-Pierre Santini) était empreint d'un discours socialiste proche de celui du Việt Minh, du Parti communiste chinois, de la pensée de Kadhafi dans le Petit Livre Vert ou encore du FLN algérien (le sigle FLNC étant une référence directe à ce dernier), l'arrivée de militants issus d'autres horizons politiques va contribuer à l'évolution de sa ligne politique avec la publication en 1981 d'un Livre Blanc abandonnant l'objectif d'une révolution socialiste corse au profit d'une ligne autonomiste compatible avec l'économie de marché capitaliste, ligne conservée dans les années 1990 par le FLNC Canal habituel d'Alain Orsoni.
Si une partie du FLNC a prôné un nationalisme de gauche et au socialisme, une autre partie a été sensible au Nationalisme de droite et au libéralisme économique, toutefois l'identité idéologique reste largement composite et attrape-tout. Les membres du FLNC sont avant tout unis par l'attachement à la Corse, l'opposition à l'état français, l'idéal indépendantiste et à la reconnaissance de la Corse comme une nation ainsi qu'à la sauvegarde de la langue corse. Ainsi la lutte du FLNC dépasse le clivage idéologique de ses membres, unis par le refus de la mainmise des clans et la dénonciation de la « colonisation de peuplement ». Le rejet des partis politiques français est donc total, qu'ils soient de gauche ou de droite, ceux-ci sont considérés comme favorisant des intérêts extérieurs à la Corse et sont traditionnellement attachés au centralisme et à des logiciels très différents à la Corse, de plus, le FLNC est une organisation séparatiste et naturellement hostile à la politique française et aux partis politiques français.
Avec la dissolution du Canal Habituel et la formation du FLNC Union des combattants (FLNC-UC), dirigé par Charles Pieri, le FLNC retrouve une ligne indépendantiste dure de contestation du colonialisme français ainsi que de l'économie des monopoles, en lançant par exemple une campagne contre les hypermarchés à la fin des années 2000 (sans pour autant adopter un discours explicitement marxiste mais en déclarant s'inscrire ). Le FLNC du 22-Octobre, qui annonce dans un communiqué du désormais fonctionner de concert avec l'Union des combattants, prétendait dans les années 2000 incarner une ligne indépendantiste encore plus radicale que le FLNC-UC.
International Au niveau international, le FLNC soutient les causes des nationalistes irlandais, basques, kanaks, guadeloupéens, martiniquais, guyanais, écossais, gallois, sardes, bretons (entre autres mouvements présents chaque année aux Ghjurnate internaziunali de Corte) et soutient le mouvement national palestinien.
Structures liées Le FLNC a théorisé dès ses origines le triptyque « lutte armée - lutte institutionnelle - lutte de masse » notamment dans le Livre Blanc de 1981. Ainsi, le Front impulsa la fondation de structures d'une lutte politique légale associative et paralégale à travers des manifestations tournant parfois à l'émeute, structures regroupant à la fois des membres du FLNC et des individus non membres du FLNC mais plus ou moins sympathisants, à savoir notamment le Syndicat des travailleurs corses, qui est aujourd'hui le principal syndicat corse, mais aussi l'association Sulidarita afin de soutenir les prisonniers politiques. Ces structures génèrent une sympathie populaire pour le FLNC et lui permet une action plus large et plus efficace que la simple action armée.
Le FLNC impulse également la création d'une organisation politique légale lui permettant de présenter des candidats aux élections : tout d'abord la Consulte des comités nationalistes en 1980, dissoute par le gouvernement en 1983, puis le Mouvement corse pour l'autodétermination dissous en 1987 et enfin la Cuncolta Naziunalista (qui fait alliance en 1992 au sein de la coalition Corsica Nazione avec les autonomistes, rejetant la lutte armée, de l'Union du Peuple Corse (Unione di u Populu Corsu) menée par Edmond Simeoni). Par la suite, la Cuncolta Naziunalista appuya le FLNC Canal Historique et le FLNC Canal Habituel fonda le MPA qui fut dissous en 1999.
Un long processus de recomposition politique aboutit à la situation politique suivante en Corse : le parti autonomiste Femu a Corsica (FaC), dirigé par Gilles Simeoni, héritier de l'autonomisme non-violent de la famille Simeoni (mais aussi quelque part de l'option politique du Livre Blanc et du FLNC-Canal Habituel, à savoir l'autonomisme compatible avec l'économie de marché capitaliste), le Parti de la nation corse fondé en 2002 initialement membre fondateur de FaC et qui se détache de lui en 2021 sur une ligne également autonomiste, mais plus à droite (encore qu'il semble que ce soit davantage une rivalité d'appareils qu'une réelle divergence politique), Nazione, parti indépendantiste dirigé par Jean-Guy Talamoni, ancien dirigeant de la Cuncolta Naziunalista (et des partis et coalitions qui en sont issus : Indipendenza, Corsica Nazione Indipendente…) et donc lié intrinsèquement à l'histoire du FLNC (à noter que Charles Pieri, considéré comme le dirigeant du FLNC Canal Historique après le départ de François Santoni et puis du FLNC-Union des combattants, est membre de Nazione), avec une ligne assez à gauche, écologiste, favorable à l'accueil des réfugiés et critique notamment de la mondialisation libérale et de l'Union européenne, et enfin Core in Fronte de Paul-Félix Benedetti, le parti indépendantiste corse le plus radical qui s'affirme contre la mafia, contre l'économie des monopoles et solidaire de la lutte armée, dans la filiation du FLNC du Livre Vert.