André Stil est un écrivain et journaliste français né le à Hergnies, dans le Nord, et mort le à Camélas (Pyrénées-Orientales).
Journaliste communiste, il a été le rédacteur en chef du quotidien Ce soir en 1949, puis de L'Humanité, de 1950 à 1958, et à ce titre emprisonné pendant un mois et demi en 1952 puis pendant six mois en 1953.
Romancier prolixe, il est le seul Français à avoir reçu, en 1952, le prix Staline, considéré comme le "Nobel des pays communistes".
Il a été par la suite juré du prix Goncourt pendant plus d'un quart de siècle, de 1977 à sa mort.
Biographie Jeunesse et débuts Issu d'un milieu ouvrier, fils d'un tailleur et d'une mère au foyer, il grandit à Hergnies, petite ville du bassin minier du Nord proche de la frontière belge, dans un foyer qu'il décrit comme heureux malgré le manque d'argent. Montrant tôt des capacités pour l'étude et un goût pour l'écriture, il est inscrit au lycée Henri-Wallon de Valenciennes, où il fait partie des élèves les plus pauvres. Il est moqué pour cette raison, ce qui lui endurcit le caractère. « Ma vie ici, elle m'a marqué pour toujours, y compris physiquement », dira-t-il à la télévision en 1979. Instituteur en 1940 Il obtient le baccalauréat, devient instituteur en 1940 et se marie. Puis il est enseignant dans le secondaire au Quesnoy à partir de 1942. Il se consacre de plus en plus à l'écriture, publiant de la poésie surréaliste dans La Main à la plume.
En relation avec les membres du groupe de La Main à Plume, notamment Noël Arnaud, il publie à partir de 1943 des pages de poésie surréaliste intitulées "Feuillets du Quatre Vingt et Un". Premier texte de prose en 1945 À l'automne 1945, il écrit son premier texte de prose : « Le soleil, l’air, l’eau, les rêves et les dimanches entrent dans la bataille du charbon », consacré à la , pour saluer le discours de Waziers du « Waziers, la chance de ma vie », écrivit Stil cinq ans plus tard, dans un hommage vibrant à Thorez dans lequel Maurice Thorez, numéro un du PCF, demande aux mineurs de travailler plus, suscitant l'incompréhension de résistants qui ne comprennent pas que Thorez prône la journée de dix heuresAlain Boscus, Territoires européens du charbon: Des origines aux reconversions", Presses universitaires de Provence, 2017 ou voudraient que soient d'abord écartés les ingénieurs des mines ayant collaboré pendant la guerre"La France ouvrière (2) : 1920-1968" par Claude Willard - 1995.
André Stil envoie ce texte à Louis Aragon, qui le fait publier dans la revue Europe de . André Stil, qui est responsable pour le Nord de l'Union nationale des intellectuels née de la fédération en 1945 des différentes organisations catégorielles d’intellectuels (écrivains, médecins, musiciens, etc.), a aussi invité Aragon à visiter sa région et l'écrivain accepte immédiatement, les 18 et pour descendra au puits de mine de Dourges-Dahomey, où avait commencé la prestigieuse grève des mineurs de mai- contre l'occupant allemand"Aragon et la grève des mineurs de mai-juin 1941" par Lucien Wasselin, dans Faites entrer l'Infini de juin 2011 , avec en projet le roman qu'il commencera à publier en 1949, Les communistes.
applaudit dans la revue Europe le un autre protégé d'Aragon, le journaliste Pierre Daix"Contribution à l'étude des nouvelles d'André Stil", 1964, tandis que le livre suivant montrera , selon la critique du linguiste Jean Varloot, dans La Pensée du —.
Le premier livre d'André Stil, intitulé Le Mot « mineur », camarades..., est en fait un recueil de ses nouvelles rédigées durant la bataille du charbon. Il est publié en 1949 grâce à Aragon qui est fasciné par cette corporation. Aragon l'a encouragé à écrire, a fait publier ses textes dans des périodiques communistes (Europe, Les Étoiles, les Lettres françaises) et l'a édité : , témoigne-t-il ultérieurementA. Stil, Une vie à écrire. Entretiens avec Jean-Claude Lebrun, Grasset, 1993, : cité par Marie-Cécile Bouju, Les maisons d’édition du Parti communiste français 1920-1968, Presses universitaires de Rennes, 2010 : Lire en ligne. Il devient l'ami et le protégé d’Aragon.
Le patron de presse communiste Communiste, il rejoint la Résistance, au sein des groupes Voix du Nord et Front national, puis participe aux combats de la Libération du Quesnoy. Il adhère au Parti communiste français en ..
Cette expérience de la guerre le convainc d'abandonner la poésie pour devenir un écrivain réaliste proche du peuple, dans la droite ligne du réalisme socialiste. Fin 1944, il part étudier à Lille, obtenant une licence de lettres et un DES de philosophie. Il devient rédacteur en chef de Notre Nord, supplément dominical du quotidien communiste Liberté.. Rédacteur en chef adjoint du quotidien Ce soir Aragon le nomme le rédacteur en chef adjoint du quotidien parisien qu'il dirige, Ce Soir, Stil s'étant aussi lié à Laurent Casanova, le responsable aux intellectuels du PCF, proche d'Aragon, avec qui ce dernier défend son idée d’une voie française « vers le réalisme socialiste ». Il était alors membre permanent du comité fédéral du département du Nord, secrétaire de la section communiste du Quesnoy et candidat au conseil général dans le canton du Quesnoy en 1949. Il se distingue cette année-là lors de la célébration des 70 ans de Staline, en écrivant une nouvelle, Le cadeau à Staline qu'il décrit comme .
Rédacteur en chef du quotidien L'Humanité Lors du XIIe congrès du Parti communiste français qui s'achève le , il est membre suppléant du comité central du Parti communiste, à l'instar d'Aragon et à l'instigation de Maurice ThorezCe Soir, 8 avril 1950. Également sur le conseil de Louis Aragon, Thorez le fait aussi nommer rédacteur en chef, à l'âge de 29 ans, du premier quotidien communiste, L'Humanité. En pleine guerre froide, au temps du stalinisme triomphant dans le monde communisteBernard Legendre, Le stalinisme français : qui a dit quoi ? 1944-1956, Seuil, 1980, , le quotidien emploie 60 journalistes contre 50 en 1945.
Lorsqu'éclate la guerre de Corée en , André Stil affirme dans L'Humanité que alors que ce pays allié des États-Unis subit une offensive de son voisin communiste la Corée du Nord.Jean-Jacques Becker, L'éclatement de la guerre en Corée et l'opinion française, dans Guerres mondiales et conflits contemporains, 2010/3, : Lire en ligne.
Les grèves des dockers et le prix Staline En aussiRecueil de numéros du journal La Pensée, Fondation Gabriel Péri, 1952 , sa nouvelle consacrée à la grève des dockers de Dunkerque, La Fleur d'acier, qui désigne l'ailette d'une bombe, est publiée dans le recueil La Seine a pris la Mer. Il a découvert les dockers de Dunkerque en militant et en voyant pour la première fois la Mer et raconte leur combat contre la Guerre d'Indochine lors de la Grève des dockers de 1949-1950 en France. La nouvelle est louée par Aragon pour « son espèce de perfection ». Thorez en recommande la publication dans L'Humanité-Dimanche, et elle est à nouveau saluée un an après par Auguste Lecœur.
Ce succès l'incite à lancer une grande trilogie, Le Premier choc, sur les luttes des dockers refusant de décharger des armes américaines pour protester contre les guerres coloniales, la Grève des dockers de 1949-1950 en France. Son premier tome, Au Château d'eau est écrit en 80 heures"L'Optimisme librement consenti" par André Stil, conversations avec le journaliste Pierre-Luc Séguillon, en 1979 aux Editions Stock , 40 séances d'écriture de deux heures, du au , et on lui pour le publier, comme il le révélera en 1979, avec un achevé d'imprimer du . Le roman exalte l'action des militants communistes en lutte contre la présence américaine en France, dans le port de La Rochelle. Il est suivi du Tome 2, publié le de l'année suivante, tandis que le Tome 3, Paris avec nous sort le Jean-Claude Lahaxe, Les communistes à Marseille à l’apogée de la guerre froide 1949-1954, Presses universitaires de Provence, 2013 un an après le retour en France de Maurice ThorezJeannine Verdès-Leroux, L'art de parti. Le parti communiste français et ses peintres (1947-1954), Actes de la Recherche en Sciences Sociales, 1979 .
Sur l'injonction de Staline, le Tome 1 reçoit le Prix Staline de littérature, doté de , le , trois jours après la publication du suivant. La nouvelle est annoncée à la Une de L'Humanité par un article élogieux d'Auguste Lecœur. La presse communiste le met à l'honneurCe Soir, 16 mars 1952, Ibid., 21 mars 1952La Pensée, mai 1952 et pendant deux mois il est couvert de cadeaux les plus divers lors d'une tournée organisée à travers la France quelques semaines avant son arrestation.
Comme il est alors le tenant d'une version orthodoxe du rôle de l'écrivain communiste, exposée dans l'essai Vers le réalisme socialiste en 1953, la réception de ses ouvrages conçus dans la plus pure tradition du roman jdanovien est tranchée : enthousiaste chez les membres ou proches du Parti, critique ailleurs. Il est abondamment traduit en Union soviétique et dans les pays de l'Est, entre 1950 et 1953 (année de la mort de Staline) surtoutIoana Popa, « Le réalisme socialiste, un produit d'exportation politico-littéraire », Sociétés et représentations, janvier 2003, . Il lui sera régulièrement reproché d'avoir accepté cette distinction de MoscouPréface de Pierre-Luc Séguillon à André Stil, L'Optimisme librement consenti, Stock, 1979. D'autant qu'il déclare alors :
Il racontera cet épisode en 1979 : . Il se plaint alors que son livre n'ait pas été réédité en France par la suite par sa maison d'édition pourtant communiste alors qu'il aurait été . Rapprochement avec Lecœur en 1951 Son rapprochement avec le leader communiste Auguste Lecœur date de 1951 et ce dernier aurait milité pour que le premier tome de sa trilogie, publiée en 1951, obtiennent le Prix Staline. Il multiplie les articles sur l'exposition Au Pays des mines, commandée au peintre André Fougeron par Auguste Lecœur. Dans « Le camarade Marcenac compte les coups », un article dans L'Humanité du , il dénonce un article de ce dernier, pilier du « clan Aragon », dans Les Lettres françaises et un autre la veille de Pierre Daix, son successeur à la tête de Ce soir, qui l'a écrit à la place du critique Georges Besson. Selon Stil, cet article ne parle que des paysages et . L'épisode permet au chroniqueur littéraire et humoriste Georges RavonLe Monde du 2 juin 1960 : , chef des informations au Figaro depuis 1945, d'ironiser trois jours après, dans un billet titré « Les pauvres gens », sur la difficulté d'être critique littéraire dans la presse communisteCorinne Grenouillet, Lecteurs et lectures des communistes d'Aragon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2000 .
Emprisonnements en 1952 et 1953 Lorsque François Billoux revient le de sa visite à Maurice Thorez en URSS, André Stil applique les consignes de durcissement de l'agitation antiaméricaine, dans le contexte de la guerre de Corée et de la guerre d'Indochine. L'Humanité est saisi dans la nuit du 26 au la veille de la Manifestation contre la venue à Paris du général américain Ridgway, puis tous les jours pendant dix jours de suite. Ses convictions le mènent deux fois en prison en 1952Il est arrêté le 24 mai 1952 : Ce Soir, 27 mai 1952, Ibid., 13 juillet 1952, « M. André Stil est libéré », Ibid., 20 juillet 1952. puis en 1953, durant environ six moisParis-presse, L’Intransigeant, 27 août 1953, Ibid., 12 avril 1953, Ibid., 25 mars 1953, dont une fois pendant sept semaines, pour avoir appelé à manifester contre la venue à Paris du général Ridgway.