La cathédrale Notre-Dame du Havre ou cathédrale Notre-Dame-de-Grâce (anciennement la chapelle Notre-Dame-de-Grâce, la chapelle Notre-Dame du Havre-de-Grâce puis l'église Notre-Dame du Havre-de-Grâce) est la principale église de la ville et le siège du diocèse du Havre. Après la succession de plusieurs édifices très modestes, l'actuelle église fut édifiée pour l'essentiel du dernier quart du jusqu'au deuxième quart du . Elle mêle différents styles architecturaux, notamment gothique flamboyant, Renaissance, baroque et classique.
Principale église du Havre, elle devient un lieu important de la vie locale, recevant les donations de la population, de la municipalité et du roi. Elle subit aussi les différents conflits que la ville traverse avec parfois de graves dégâts, avec les bombardements du port pendant les , ainsi que pendant la Révolution. Mais le plus important événement destructeur eut lieu pendant les bombardements du 5 septembre 1944 qui endommagèrent fortement l'édifice, causant sa destruction partielle.
Auguste Perret décida de sauver l'église et de l'inclure dans son plan de centre-ville presque complètement reconstruit, classé au patrimoine mondial de l'Unesco. le . Après plusieurs décennies de reconstruction et de nombreuses restaurations, l'état de l'édifice nécessite encore aujourd'hui d'importants travauxDes travaux importants ont démarré en 2019, avec la restauration complète de la grande façade ouest, de la façade nord du transept, et de sérieuses rénovations sont attendues au niveau du clocher. Plusieurs vitraux sont aussi restaurés... L'église est élevée au rang de cathédrale depuis la création du diocèse du Havre, le par Paul VI.
La cathédrale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le ..
Histoire
Les premières constructions Plusieurs églises se succèdent sur le site actuel de la cathédrale. Mais avant même la fondation de la ville du Havre, les alentours sont déjà peuplés et plusieurs localités existent, comme Saint-Denis-en-Caux, Ingouville. Cependant, une de ces anciennes localités longtemps oubliées est décisive quant à l'histoire locale et à la religiosité qu'elle imprègne les habitants locaux : le village de Leure..
Aux origines du Havre-de-Grâce et de l'église Notre-Dame : tradition d'un culte marial local ancien vignette|gauche|Plan du village de Leure, le Hameau de Grâce, le Lieu de Grâce et l'emplacement de la chapelle Notre-Dame-de-Grâce par Alphonse Martin..|alt=Plan du village de Leure et de Notre-Dame-de-Grâce par Alphonse Martin.
Avant même l'existence du Havre et de ce qui allait devenir la cathédrale Notre-Dame du Havre, les marais et les rivages sur lesquels la ville a été fondée en 1517 et ses alentours étaient déjà habités.
En 1054, l'église Saint-Nicolas de LeureL'orthographe est aujourd'hui "L'heure". Mais l'ancienne orthographe est « Leure ». Pour parler de l'ancien village, nous emploierons l'ancienne orthographe pour ne pas confondre avec le quartier contemporain. et le village sont mentionnés pour la première fois.. Alors que le village se développe, un port est aménagé afin d'abriter les navires dans le havre avant le plus grand port d'Harfleur. Le village s'agrandit vers l'ouest avec un hameau dans lequel une chapelle Notre-Dame de Grâce est bâtie.
L'histoire de cette chapelle est très mal connue, mais elle est mentionnée dans une charte de Philippe le Bel, rédigée en , qui autorise la construction de fonts baptismaux de la chapelle annexe « de la Bienheureuse Marie sise dans ce dit havre », ainsi que d'un cimetière autour de la chapelle, ce qui montre la présence d'une population dynamique.
Alphonse Martin affirme que ce dynamisme enrichit la population locale, en s'appuyant sur des anciennes pierres tombales de l'église Saint-Nicolas qui étaient conservées au Musée des Beaux-Arts du Havre (aujourd'hui dans les Musées historiques du Havre)., tout en disant que la chapelle Notre-Dame de Grâce devait être de style ogival primitif et qu'une certaine richesse y était aussi apparente.. Cependant, aucune preuve archéologique ne provient de cette chapelle.
L'édifice se trouvait juste à l'est de l'emplacement de la fondation du Havre, dans ce qui devait être le quartier des Barres jusqu'avant 1562. Le village de Leure subit plusieurs catastrophes militaires, en pleine guerre de Cent Ans (), mais l'érosion des côtes était une force encore plus destructrice. En 1369, une partie du cap de la Hève s'effondra, avec une partie de Chef-de-Caux, ce qui accéléra l'érosion des côtes au nord de la baie de Seine.
Le hameau, son port et la chapelle Notre-Dame-de-Grâce disparurent à la fin du sans que la chronologie des événements soit connue.. Georges Priem avance la date de 1419 quant à la disparition de la chapelle, mais sans plus de précisionsGeorges Priem, Conférence sur l'église Notre-Dame, Archives municipales du Havre, dossier de presse « cathédrale Notre-Dame », côté 25/3.1.. Quoi qu'il en soit, la chapelle Notre-Dame-de-Grâce et son hameau souvent désigné de « havre » donnèrent leur nom aux marais alentour qui devinrent le « Lieu de Grâce ». Ce nom devint ensuite celui du port (ou havre) puis de la ville Françoise de Grâce, qui s'appela plus simplement le Havre-de-Grâce. Annick Morel, François Richard, Histoire locale, 18 avril 2007, ..
Ce passage historique où une chapelle ayant pour patronage Notre-Dame-de-Grâce donne son nom à un lieu-dit fait écho à Notre-Dame-de-Grâce d'Honfleur, sur la commune d'Équemauville (c'est-à-dire de l'autre côté de l'estuaire, juste en face du village de Leure et de son hameau de Grâce), qui donne le nom de Plateau de Grâce et de Côté de Grâce à la route qui relie Honfleur à la chapelle.
C'est l'histoire de cette chapelle qui donne une tradition de culte marial, notamment chez tous les professionnels de la mer (marins et pécheurs).. Ce culte se développa autour de l'estuaire, et apparaît d'abord une église paroissiale Notre-Dame à Sainte-Adresse, peut-être au (à une période contemporaine de Notre-Dame-de-Grâce du village de Leure)., en parallèle du culte de Notre-Dame-de-Grâce à Équemauville, qui existait encore au début du , car la conduite qui alimentait la ville du Havre en eau potable passait le long de l'église Notre-Dame de Sainte-AdresseArchives municipales du Havre, DD11/1, Fonds Anciens, Eaux de Vitanval. Engagement de Guyon le Roy, gouverneur du Havre, envers le roi pour connecter le Havre à un réseau d'eau douce en 1518 (acte du 5 janvier 1517 a.s.). http://avenio.lehavre.fr/4DCGI/Web_DFPict/003/DD11/ILUMP11831.
Cette église disparut pendant le siècle suivant, alors que l'érosion du littoral fit disparaître l’église et une partie de Sainte-Adresse.. Encore, à l'est du village de Leure une chapelle Notre-Dame-des-Neiges fut bâtie.., et une dévotion à Notre-Dame-des-Flots est aussi rendue à Harfleur. Le point commun de ces autres lieux de culte est la participation active du milieu des marins.
Ainsi lorsqu'en 1517 François fonde le Havre-de-Grâce et que la nouvelle ville se développe, sous l'impulsion de la mémoire de l'ancienne chapelle Notre-Dame-de-Grâce.., et fort d'une tradition de marins locaux., la première chapelle que fit édifier Pierre de Roulins, le curé d'Ingouville., à la demande des habitants, reprit le vocable de Notre-Dame.
Les chapelles Notre-Dame du Havre : de l'humble aux nécessités d'agrandissement d'une église vignette|gauche|Reproduction de la première pierre de la tourIl est inscrit : « La première pierre a assis de ceste tour le baron de Fosseulx et y a mis ses armes digne de renom, l'an 1539 le dix du mois d'avril [l'an XVCC XXXIX le dis du moi] ».
Peu après la fondation de la ville., il est nécessaire de construire une chapelle pour les pêcheurs installés au niveau de la crique au bord de laquelle le port et la ville nouvelle se développent. Une petite chapelle en bois et à toit de chaume est donc bâtieNotre-Dame I, Notre-Dame I.
La tradition désigne Pierre Roulin, curé de la paroisse Saint-Michel d'Ingouville, comme fondateur de la chapelle Notre-Dame. L'abbé Cochet ne s'embarrasse pas pour nommer un fondateur dans son récit de fondation de Notre-Dame, où il mêle des éléments traditionnels de l'histoire de l'église Notre-Dame avec une proposition de récit très personnel et assez romantisé de la genèse de Notre-Dame, dans laquelle il semble confondre l'histoire de cette chapelle avec l'histoire de l'ancienne chapelle Notre-Dame-de-Grâce qui a disparu depuis environ un siècle.
Pourtant le nom de Jacques Vimont peut apparaître sur de vieilles listes, dès 1508. Il est difficile de savoir qui a réellement fondé la chapelle et quand. Certains chroniqueurs., repris par Marie Le Masson Le Golft, avancent que la chapelle Notre-Dame qui est sur le site de l'actuelle église existait déjà avant la fondation de la ville, sans la confondre avec la chapelle de Notre-Dame-de-Grâce de l'ancien hameau du village de Leure, citant d'anciens documentsDes contrats de 1525 et 1527..qui n'existent plus aujourd'hui.
Alphonse Martin affirme, quant à lui, que la chapelle fut bâtie entre 1520 et 1524, juste avant le remblayage qui permit une première surélévation de la ville, afin qu'elle ne soit plus inondée lors des hautes marées (phénomène dacqua alta).. Jean Laignel suggère qu'elle fut bâtie dès la fondation du Havre, ce que Jean-Baptiste LecomteAbbé Jean-Baptiste Lecomte, ancien vicaire de Saint-François, professeur de théologie, archéologue et érudit membre de plusieurs sociétés d'érudition et d'archéologie havraises et rouennaises. https://rouen-histoire.com/Academie/Acad_Fich.php?id=541 reprend.
Cette chapelle primitive, en bois et en en toit de chaume, en forme de hangar., était régulièrement inondée lors des marées hautes. L'heure des offices était alors calculée par rapport aux marées, sinon le prêtre et l'assistance devaient terminer debout sur les bancs, et quitter la chapelle à dos de cheval ou dans une barque pour rester au sec (Notre-Dame-de-Grâce, I la chapelle de Grâce)...
La nuit du la Male-Marée, une grande vague en temps de tempête, submergea la ville., faisant cent morts sur une population de six-cents habitants, et endommageant la ville. La chapelle est soit endommagée, soit en partie détruite et doit être restaurée (l'origine de Notre-Dame-de-Grâce, l'extérieur, la tour)Urbanisme (1517–1784), Archives municipales du Havre.. Après cet événement, la chapelle continue pour autant à connaître des problèmes d'inondations, ce qui pousse, en 1531, François à faire construire une nouvelle chapelleNotre-Dame II portée sur des piliers de pierre, Notre-Dame II ; à partir de ce moment les documents parlent "d'église" et non plus de chapelle. Mais il semble que cette église ne soit pas de bonne construction, et la petite taille de l'église devient un problème alors que la population augmente. Ainsi Jean de MarceillesIl fut trésorier de la ville. Il est le père de Guillaume de Marceille, le premier chroniqueur de la ville. fait améliorer et agrandir l'édifice avec plus de piliers en pierre, en 1536.
Alors est nourri le projet d'une grande église. Pour aider l'exécution de ces nouvelles volontés, en 1538, François fait don de , via les revenus de l'abbaye Saint-Ouen de Rouen.. Si la volonté est désormais de se doter d'une véritable grande église, au niveau institutionnel, l'église semble être bloquée au statut de succursale de la paroisse Saint-Michel d'Ingouville..