Le Parti justicialiste (Partido Justicialista, abrégé en PJ) est un parti politique argentin fondé en 1946 par le général Juan Domingo Perón, qui est considéré à ce titre comme le parti officiel du péronisme, bien que d'autres organisations aient pu se revendiquer, au cours de l'histoire, de cette appellation (notamment le Parti péroniste authentique). Il est membre de l'Organisation démocrate-chrétienne d'Amérique, de la COPPPAL et membre observateur de l'Union des partis latino-américains. C'est le parti de Cristina Fernández de Kirchner, présidente de la République argentine de 2007 à 2015.

Mouvement national justicialiste (1955-1966) La dictature catholique-nationaliste du général Aramburu, qui remplaça par une révolution de palais le général Eduardo Lonardi trois mois après le coup d'État de 1955, dit de la Révolution libératrice, dissout le Parti justicialiste par le décret /55, puis, le , interdit toute « affirmation idéologique ou propagande péroniste », prohibant jusqu'au nom même de Perón (). La brève tentative « néo-péroniste » de Lonardi, visant à intégrer le péronisme au régime en donnant des gages à la classe ouvrière, pour mieux couper l'herbe sous le pied du général et l'exclure définitivement de la scène politique, était ainsi désavouée par les secteurs les plus conservateurs appuyant Aramburu, qui refusèrent toute concession au mouvement ouvrier.

L'exclusion du péronisme et la dissolution du Parti ne suffit toutefois pas à éradiquer le mouvement péroniste, qui non seulement perdura de 1955 à 1972, mais parvint même à gagner de nouvelles voix et à renouveler ses adhérents et ses cadres, suivant en cela la politique du « transvasement générationnel », permettant à Perón, devenu, avec Evita, un véritable mythe, d'accéder une troisième fois à la présidence en étant massivement élu en septembre 1973.

La « Résistance péroniste » se met ainsi en place dès 1956, avec le soulèvement du général Juan José Valle en 1956, , puis la création de la Jeunesse péroniste en 1957. La structure partidaire du péronisme laissait toutefois la place au mouvement syndical, progressivement devenu hégémoniqueJuan Ladeuix, Introducción: el GAN y la normalización del Partido Justicialista, sur le site de l'Université nationale de San Martín. Dans les années 1950, le mouvement ouvrier péroniste se divisa principalement entre une tendance légaliste, représentée par la CGT d'Augusto Vandor, et une tendance dite de la « Résistance péroniste ».

Au cours des années 1950, John William Cooke, bras droit de Perón, décide d'aller avec le courant et d'utiliser cette opportunité légale « en tant que moyen »Marcelo Raimundo, , 17 p., sur le site de l'Université nationale de Cuyo. La nouvelle tactique combine ainsi légalité et violence, avec un « horizon insurrectionnel » et, comme but, le retour de Perón.

Progressivement, la majorité du péronisme syndical, en particulier dans les grandes organisations, se concentra sur les objectifs de lutte économique - le climat de la dictature étant particulièrement défavorable aux intérêts des travailleurs - quitte à perdre de vue les objectifs politiques (i.e. le retour de Perón). La ligne participationniste de Vandor, qui lance le slogan d'un « péronisme sans Perón », disputant ainsi la direction du Mouvement au général lui-même, devient majoritaire au sein du mouvement ouvrier dans les années 1960.

Privé de parti, le « Mouvement national justicialiste » n'en continua pas moins à exister tant bien que mal, avec à sa tête le Conseil supérieur du Mouvement, organe de direction créé en et répondant directement à Perón. Le mouvement tenta plus ou moins de se structurer en parti, malgré l'interdiction d'utiliser le sigle justicialiste ou le terme de péronisme, lors des élections législatives de 1962, qui aboutirent à une victoire électorale de l', cryptopéroniste et dirigé par Juan Atilio Bramuglia. À la suite de cette victoire, qui voit notamment l'élection du péroniste Andrés Framini en tant que gouverneur de la province de Buenos Aires, un putsch militaire renversa dix jours plus tard le président radical Arturo Frondizi, lui-même élu en 1958 grâce aux voix péronistes, et annula les élections. Une nouvelle tentative de structuration partidaire du péronisme eut lieu pour les élections législatives de 1965, tenues à nouveau sous la bannière de l'Union populaire crypto-péroniste, qui remporta 1/3 des voix.

Échec de la dictature d'Onganía (1966-1972)

Cependant, l'année suivante, le troisième coup d'État militaire argentin, auto-proclamé de la « Révolution argentine » (1966), porta au pouvoir une dictature militaire, dirigée par le général Juan Carlos Onganía, qui décida de dissoudre toute vie politique et visait à l'élimination complète du système des partis.

Jorge Paladino, délégué personnel (1968-1971)

Le général Perón désigna alors, en 1968, Jorge Daniel Paladino comme secrétaire général du Mouvement, qui devint, l'année suivante, son délégué personnel, transmettant ses ordres depuis MadridJorge Daniel Paladino, ex delegado personal de Perón, El País, 20 novembre 1984.

Parallèlement, les organisations de la Jeunesse péroniste (JP) et des « formations spéciales » du péronisme, c'est-à-dire les groupes armés formés pour lutter contre la junte militaire, après avoir effectué le constat selon lequel grèves et manifestations ne suffisaient plus à faire plier celle-ci, prirent une influence croissante, aux côtés du syndicalisme péroniste. Celles-ci incluaient par exemple le Mouvement révolutionnaire péroniste de Gustavo Rearte, fondateur de la JP en 1957, les Forces armées péronistes (FAP), les Forces armées révolutionnaires (FAR) ou les Montoneros. Par ailleurs, le courant syndical péroniste se divise, avec la création de la CGTA de Raimundo Ongaro et d', hostile aux négociations avec les militaires (Gorilas est le sobriquet des antipéronistes, et de la droite en général; à l'origine ce terme fut revendiqué, après 1955, par les antipéronistes eux-mêmes. Voir EE. UU.: murió Aldo Cammarota, Clarín, mars 2002]), et qui participa notamment au Cordobazo (1969), premier de nombreux soulèvements qui marquent l'échec de la dictature.

Un nouveau Conseil supérieur du Mouvement national justicialiste (MNJ) fut nommé en , reflétant le désir du général exilé d'entamer des négociations avec la junte militaire affaiblie par son incapacité à faire face à la situation économique et sociale. Celui-ci était composé de Perón lui-même et de sa troisième femme, Isabel Martínez de Perón, au ; de Jorge Paladino, délégué personnel et secrétaire général du MNJ; de , Adolfo Cavalli, , , Juana Larrauri, , Fernando Riera et Julio Romero, en tant que secrétaires du Conseil.

Paladino était le principal canal de discussion entre Perón et le général Lanusse, au pouvoir à partir de 1971, en particulier lors des négociations concernant le Grand Accord National par lequel Lanusse et son ministre de l'Intérieur, le radical , essayaient de se concilier Perón et d'engager une transition démocratique. Entamées par la mission du colonel Francisco Cornicelli, nommé de façon secrète par Lanusse pour amorcer les négociations avec Perón en , celles-ci se poursuivirent avec la nomination du brigadier , antipéroniste notoire, en tant qu'ambassadeur en Espagne. La junte proposa alors de réhabiliter le général, tout en souhaitant trouver un candidat non membre d'un parti pour réunir les suffrages d'une élection à venir - éventuellement Lanusse lui-même (ce projet échoua). C'est ainsi le brigadier Rojas Silveyra qui rendit le corps d'Eva Perón, enterré clandestinement en Italie avec l'assistance du Vatican, au général Perón.

Dans le même temps, la loi organique sur les partis politiques du organisait les règles internes des partis, prévoyant une période de transition d'une année, durant laquelle serait élus les représentants des partis, processus qui aboutirait à la légalisation, sous condition, de ces partis. En , Lanusse annonça des élections générales pour , sans préciser si Perón lui-même pourrait se porter candidat. Paladino créé ainsi les Juntas Promotoras de Reorganización Partidarias, aspirant à être les courroies de transmission entre la direction du Mouvement et les comités de base du péronisme.

Bien que délégué personnel de Perón, Paladino était cependant contesté tant par la gauche péroniste (la JP) que par le mouvement syndical péroniste ( et José Ignacio Rucci), qui lui reprochaient son excessive docilité vis-à-vis de Lanusse, disant qu'il semblait souvent être davantage le représentant de Lanusse lui-même que de Perón. Ne sachant s'il pourrait se présenter candidat, ce dernier décida d'appeler la CGT à faire grève générale, le , afin de mettre la pression sur la junte et aussi d'embarrasser Paladino et les secteurs péronistes mettant une confiance excessive dans le « Grand accord national ».

Héctor Cámpora, délégué personnel (1971-1973)

Perón durcit progressivement ses conditions fin 1971, jusqu'à remplacer en novembre Paladino par Héctor José Cámpora, dentiste de profession, venant du conservatisme mais ayant une longue expérience de militantisme dans le péronisme et dont la principale qualité politique était la loyauté inconditionnelle vis-à-vis du caudillo. De plus, en nominant un péroniste de gauche (ses deux fils militaient dans la JP et étaient proches des Montoneros, tandis que deux de ses amis, Esteban Righi — futur ministre de l'Intérieur de Cámpora puis procureur général de Néstor Kirchner — et Jorge Vásquez, étaient aussi péronistes de gauche), Perón faisait pencher la balance vers les secteurs les plus intransigeants envers la dictaturePaul H. Lewis (2002), Guerrillas and generals: the "Dirty War" in Argentina, . Dans le même temps, il encourageait les Montoneros à plus de violence. Avec Cámpora, le processus de « normalisation du Parti » aboutit à son terme, en même temps que les violences intestines s'exacerbent, et ce dès le , avec la fusillade de la rue Chile: le « groupe Cóndor », dirigé par Alejandro Giovenco, occupa alors le QG du Conseil supérieur, afin de protéger un groupe de femmes exigeant la démission de Juana Larrauri et défendant Paladino. Un autre groupe péroniste, dirigé par et , appuyant la nomination de Cámpora, reprit le QG par la force, l'affrontement se soldant par la mort d'un militant du (CdO, extrême-droite péroniste).

En même temps que Cámpora devenait le nouveau délégué personnel de Perón, et dirigeant du dit du Mouvement, le Conseil supérieur justicialiste fut complètement rénové le , le général y nommant , cofondateur de la Juventud Argentina para la Emancipación Nacional (JAEN), qui travaillait étroitement avec les Montoneros. Galimberti et Francesco Licastro devinrent ainsi les représentants officiels de la Jeunesse péroniste, mouvement de masse qui obtenait ainsi sa consécration officielle en tant que « quatrième branche » du péronisme, aux côtés des syndicats ouvriers et des politiques, au sein du péronisme. Par cette nomination, le général appuyait les « formations spéciales » du péronisme (FAP, FAR, Montoneros, groupe auquel Galimberti adhéra par la suite, etc). Selon son habitude, Perón équilibra cependant cette nomination en faisant aussi entrer au Conseil supérieur des membres de la droite péroniste. Jorge Gianola devenait le nouveau secrétaire général; Eloy Camus, Adolfo Cavalli, Luis Ratti et Juana Larrauri demeurant en place, tandis qu'entraient aussi Héctor Sáinz. Plus tard, Jorge Osinde, José Ignacio Rucci, et Alejandro Díaz Bialet (président du Sénat de mai à ) furent aussi nommés secrétaires. Les derniers partisans de Paladino furent expulsés du Conseil en , Héctor Farmache et Ema Tacta de Romero faisant leur entrée.