Mansfield Park (ou Lettres de Mansfield Park au Québec) est un film britannique adapté du roman Mansfield Park de Jane Austen, écrit et réalisé par Patricia Rozema en 1999.

Le film a été tourné en grande partie à Kirby Hall, dans le Northamptonshire. Il a été présenté en avant première au festival du film de Montréal sous le titre Lettres de Mansfield Park, et distribué au Royaume-Uni en 2001. Il n'est pas sorti en France, ni en Suisse romande, seulement en Suisse alémanique. La réalisatrice canadienne met Fanny Price au centre de l'intrigue et fait d'elle, à travers son journal, un témoin et un juge de la société qui l'entoure, présentant à un public jeune et sensible aux idées féministes une jeune femme moderne et indépendante, qui lutte dans un monde en décomposition pour s'affranchir du joug masculin.

Synopsis

La jeune Fanny dit adieu à sa sœur dans leur chambre, puis à sa mère sur le quai, avant de monter dans la voiture qui l'emmène bien loin de Portsmouth. Au cours d'une halte, elle aperçoit un navire dans une rade ; il emmène des femmes, déportées vers les iles, « des esclaves » dit le cocher. Arrivée en fin de nuit, elle patiente jusqu'à l'aube dans la cour de Mansfield, avant d'être accueillie assez rudement par sa tante Norris et introduite auprès de son oncle, Sir Thomas. Elle est poussée dans le vestibule, en attendant la fin de la discussion entre Sir Thomas et la tante Norris qui n'a pas du tout l'intention de la prendre chez elle, au presbytère. Ses deux cousines, Maria et Julia, toisent de haut la cousine pauvre et mal vêtue. Finalement, la tante Norris l'entraîne vers l'ancienne nurserie, froide et abandonnée, qui sera désormais son domaine. L'enfant ne peut s'empêcher de pleurer, mais son cousin Edmund vient la consoler. vignette|gauche|upright=1.3|Kirby Hall est Mansfield. Le passage du temps est matérialisé par des images successives de Fanny, grandissant, et lisant à haute voix des passages de son journal en marchant dans la « chambre de l'Est ». Car Fanny est la voix narratrice, tantôt en voix off, tantôt s'adressant directement au spectateur. Elle est proche de son cousin Edmund, à qui elle montre ses écrits comme son Histoire de l'Angleterre, et avec qui elle plaisante ou galope à perdre haleine dans la campagne, montée sur Mrs Shakespeare, sa jument, malgré les remarques et l'air réprobateur de Sir Thomas.

Mais Sir Thomas et Tom Bertram partent à Antigua (Caraïbes), à cause de troubles causés par les abolitionnistes, et les Crawford arrivent, chaleureusement présentés par Norris, chez qui ils viennent habiter. Norris meurt d'apoplexie, Lady Bertram se permet régulièrement un petit verre de remontant. Quand Tom revient, avec son ami Yates, il est pris de boisson. L'ennui pousse tout ce petit monde à monter une pièce de théâtre quelque peu osée, Lovers' Vows, malgré les réticences d'Edmund et surtout de Fanny. Mary Crawford fait ouvertement du charme aux fils Bertram, et Maria flirte outrageusement avec Henry, malgré la présence de son fiancé, Rushworth, et les remarques de Julia. Quand Sir Thomas revient un soir, alors qu'on ne l'attend pas, seule Fanny est là pour l'accueillir et lui souhaiter la bienvenue.

Sir Thomas de retour, la maison reprend son rythme compassé. Il demande à Maria si elle est sûre de vouloir épouser Rushworth, et Maria lui affirme qu'elle a hâte de profiter de la situation et de la fortune du jeune homme. Après le mariage, et le bal où Fanny fait son entrée dans le monde, Henry Crawford se fait plus pressant auprès elle. Il offre à Edmund une paroisse et ses revenus. Malgré l'insistance lourde et virulente de Sir Thomas, cherchant secours auprès d'Edmund qui n'a plus d'yeux que pour Mary, Fanny refuse d'épouser Henry, et son oncle l'envoie en exil dans sa famille, à Portsmouth. En larmes, Fanny fait promettre à Edmund de lui écrire.

Elle n'est pas attendue à Portsmouth, et la vie y est bruyante et misérable. Heureusement, il y a sa sœur Susan. Mais voilà qu'Henry Crawford vient, assidûment, patiemment, faire sa cour à Fanny, acceptant même de manger chez les Price. À sa sœur qui lui demande qui est Crawford, Fanny répond en riant : « un débauché ! ». Mais, épuisée physiquement et moralement, un jour, Fanny se laisse aller à pleurer sur son épaule, et dit « oui ». Elle se ressaisit pendant la nuit. Éconduit le lendemain, Crawford part, furieux et blessé.

Peu après arrive Edmund : on a besoin de Fanny à Mansfield, Tom est très malade. Fanny repart avec lui, promettant à Susan de la faire venir bientôt. À Mansfield, où la famille, Maria comprise, s'est regroupée, Fanny fait la garde malade. Elle découvre le carnet de dessins de Tom, remplis de croquis de tortures et de viols des habitants de Antigua, tandis que Rushworth s'occupe des transformations de son parc, et que les Crawford reviennent au presbytère, au grand soulagement de la tante Norris. Une nuit, descendant s'occuper de Tom, Fanny surprend ensemble Henry et Maria. Le lendemain, on découvre qu'ils se sont enfuis. La nouvelle paraît dans la presse, mais Mary essaie de convaincre les Bertram que le scandale n'est pas insurmontable, qu'après un temps raisonnable, Henry épousera Maria et qu'ils trouveront une certaine respectabilité dans la partie moderne de la société, du moins. Mais elle expose ses idées avec trop d'assurance : sûre de bientôt épouser Edmund, elle montre cyniquement son désir de voir mourir Tom -ce qui la rendrait héritière des richesses de la famille-, et Edmund la rejette.

Un jour, un certain temps après, Edmund découvre enfin qu'il est amoureux de Fanny. Les scènes finales montrent Maria en exil avec sa tante, Mansfield se figeant dans l'immobilisme, avec Susan qui a remplacé Fanny et Julia rêvant à Yates. Sir Thomas a abandonné Antigua, mais pour se lancer dans la culture du tabac, ce que Fanny ne juge pas plus sage. Edmund et Fanny (mariés ?) ont quitté Mansfield pour le presbytère, et Edmund propose de faire éditer les œuvres de jeunesse de Fanny.

Fiche technique Réalisation : Patricia Rozema Scénario : Patricia Rozema (Roman Mansfield Park, Lettres et Juvenilia) Musique originale : Lesley Barber Directeur de la photographie : Michael Coulter Montage : Martin Walsh Distribution des rôles: Gail Stevens Création des décors : Christopher Hobbs Direction artistique : Andrew Munro Décoration de plateau : Patricia Edwards Création des costumes : Andrea Gale Production : Sarah Curtis Producteurs exécutifs : David Aukin, Colin Leventhal, Trea Leventhal, Cathy Lord, David M. Thompson, Bob Weinstein et Harvey Weinstein Sociétés de production : BBC films ; Miramax films ; HAL films ; Arts Concil of England Société de distribution : MGM Langue : anglais Durée : 112 minutes Dates de sortie :

Distribution vignette|upright=0.8|Jonny Lee Miller en 2005. Il est Edmund dans Mansfield Park. Frances O'Connor ( : Sophie Léger) : Fanny Price Jonny Lee Miller ( : Antoine Durand) : Edmund Bertram Embeth Davidtz ( : Pascale Bussières) : Mary Crawford Alessandro Nivola ( : Gilbert Lachance) : Henry Crawford James Purefoy ( : Daniel Picard) : Tom Bertram Justine Waddell : Julia Bertram Victoria Hamilton ( : Lisette Dufour) : Maria Bertram Hugh Bonneville ( : Denis Mercier) : Rushworth Sheila Gish ( : Élizabeth Lesieur) : Norris Harold Pinter ( : Hubert Gagnon) : sir Thomas Bertram Lindsay Duncan ( : Christine Séguin) : lady Bertram / Price, sœur de lady Bertram et mère de Fanny Hilton McRae : Price, père de Fanny Sophia Myles ( : Geneviève Angers) : Susan Price, sœur de Fanny Talya Gordon : Susan jeune Hannah Taylor-Gordon ( : Kim Jalabert) : Fanny jeune Amelia Warner : Fanny adolescente Elizabeth Earl : Julia jeune Elizabeth Eaton : Maria jeune Philip Sarson : Edmund jeune Anna Popplewell : Betsey, sœur de Fanny Charles Edwards : Yates : le cocher Danny Worters : l'enfant à la charrette d'oiseaux : Winthrop

Source et légende : Version québécoise (V. Q.) sur Doublage Québec« Fiche de doublage québécois du film » sur Doublage Québec, consulté le 14 novembre 2014.

Lieux de tournage vignette|Le long des vieux quais de Portsmouth, le navire amiral de Nelson. Charlestown, Cornouailles, Angleterre, Royaume-Uni (Portsmouth) Eton College, Eton, Berkshire, Angleterre, Royaume-Uni (la bibliothèque) Fenton House, Windmill Hill, Hampstead, Londres, Angleterre, Royaume-Uni Kenwood House, Hampstead Heath, Hampstead, Londres, Angleterre, Royaume-Uni Kirby Hall, Corby, Northamptonshire, Angleterre, Royaume-Uni (Mansfield Park)vignette|La baie où Fanny voit le navire transportant les déportées Lulworth Cove, Weymouth, Dorset, Angleterre, Royaume-Uni (la baie où Fanny voit le navire négrier) Osterley Park House, Isleworth, Middlesex, Angleterre, Royaume-Uni Portsmouth, Hampshire, Angleterre, Royaume-Uni

Analyse Patricia Rozema considère Mansfield Park comme une comédie cruelle (Wicked Comedy) et n'a pas hésité à rajouter des éléments venant des Juvenilia (dont elle tire d'ailleurs de nombreux discours de l'héroïne), comme The History of England, des lettres de Jane Austen, voire des éléments biographiques, faisant du scénario la reprise d'un imaginaire journal intime. Elle construit une sorte de « pastiche post-moderne du roman de Jane Austen » en donnant à Mansfield un aspect sombre, une allure de ruine, et à Sir Thomas un côté menaçant et violent. Elle sacrifie l'exactitude historique pour mettre en avant, de façon un peu anachronique, des questions que Jane Austen soulève seulement indirectement. Ainsi elle insiste sur l'esclavage, et le rôle des femmes en tant qu'objets sur le marché du mariage.

Traitement des personnages Certains personnages du roman ne sont pas représentés. Le rôle que tient dans le roman Mrs Grant, la femme du Dr Grant et la demi-sœur de Mary et Henry, est tenu ici par la tante Norris. Fanny n'a pas de frère aîné aspirant dans la Royal Navy. C'est en offrant à Edmund le bénéfice d'une cure qu'Henry Crawford se fait remarquer. Ce personnage est beaucoup plus réservé, silencieux et tendre que le personnage original, il ne semble pas cynique, même si Fanny le considère comme un « débauché » et un « acteur » ; il semble réellement amoureux de Fanny et profondément blessé par son revirement. Il y a même des moments de connivence entre eux à Portsmouth.

Fanny est intrépide, spirituelle et pleine de vivacité, ressemblant finalement beaucoup à Mary. Elle monte à cheval en costume d'amazone, écrit, comme Jane Austen, et montre une forte personnalité. Mary est une femme libre, émancipée (on la voit fumer un petit cigare), voire féministe, au langage moderne (« On est en 1806, pour l'amour de dieu ! »), et aux attitudes ambiguës (sa façon de caresser Fanny...), qui dévoile à la fin, quand le scandale a éclaté, (dans une scène entièrement inventée) son ambition et son désir de dominer la famille en épousant Edmund.

Le scénario montre Fanny accepter dans un premier temps HenryPuisque Patricia Rozema fait de Fanny un avatar de Jane Austen, il n'est pas surprenant qu'elle utilise son bref engagement avec Harris Bigg-Wither, puis revenant le lendemain sur sa promesse. L'héroïne ne montre pas ici l'intégrité absolue qu'elle a dans le roman et apparaît comme responsable de la conduite d'Henry avec Maria. Passe au second plan ce qui est essentiel pour l'héroïne austenienne : choisir, en son âme et conscience, celui qui sera pour elle le meilleur mari, malgré la pression sociale ou familiale, voire les hésitations ou l'aveuglement de celui qu'elle aime. On voit Mrs Price, une femme usée par le travail domestique et les grossesses, venir un moment dans sa chambre et lui dire :« Je me suis mariée par amour », comme pour lui montrer que la sécurité financière a ses avantages (C'est la même actrice qui joue l'élégante Lady Bertram et Mrs Price, la plus jeune des trois sœurs, vieillie avant l'âge).