Émile Buisson dit « Mimile » ou « FatalitasSurnom donné à Buisson parce qu'il avait l'habitude après chaque coup dur de dire : « Fatalité, c'est la fatalité… ». . », né le à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) et guillotiné à le , est un malfaiteur français.
Biographie Né le à Paray-le-Monial en Saône-et-Loire Acte de naissance d'Émile Buisson, page 66/72 acte N°79, Émile Buisson connaît une enfance difficile. Son père, François Buisson, travaillant tour à tour comme fumiste et maçon, est un alcoolique doublé d'un mauvais payeur. Quant à sa mère, elle est aliénée. Il a deux frères aînés Jean-BaptisteJean-Baptiste Buisson dit Le Nus né le à Digoin, marié à Grenoble le avec Murielle Antoinette Montauvert et décédé à Lyon (3e arrondissement) le Acte de naissance de Jean-Baptiste Buisson page 5/34 acte N°43 Registres matricules militaires de Jean-Baptiste Buisson : Autun-1915-1 R RM Autun 1915/2 page 1/5, et PaulPaul Buisson né le à Montceau-les-Mines et décédé le à l'age de 3 mois à Montceau-les-Mines Acte de naissance de Paul Buisson page 34/109 acte N°256 Acte de décès de Paul Buisson page 32/53 acte N°247 ainsi que trois sœurs EugénieEugénie Buisson née le à Montceau-les-Mines, marié à Valenciennes le avec Edmond Jules Arthur Stievenart dont elle divorce le . Elle se remarie à Lyon (7e arrondissement) avec Charles Benoit Serre le et décède à Trévoux le Acte de naissance de Eugénie Buisson, page 49/102 acte N°372, Jeanne et Emma qui, sur ordre de leur père, doivent voler dans les fermes et les caves du village.
Déjà emprisonné à l'âge de seize ans pour de simples vols à la tire et pour détention d'arme, il accumule en compagnie de son frère Jean-Baptiste, dit « Le Nus », des condamnations pour divers méfaits durant les dix années qui suivront. Appelé pour le service militaire, Émile est envoyé en raison de ses antécédents, dans l'infanterie coloniale au Maroc où il fait le coup de feu contre Abd el-Krim à Ouezzan. Blessé, il est décoré, pensionné et titulaire du cor de chasse, insigne qui distingue le meilleur tireur du régiment.
De retour à la vie civile, il reprend les braquages avec Jean-Baptiste. En 1931, les frères Buisson s'exilent à Shanghai, ville où ils passent cinq ans et ouvrent une « maison close ». Ils y rencontrent un gangster de Chicago qui les initie aux méthodes du banditisme moderne. Ils se font escroquer en essayant de mettre en place un trafic de faux dollars.
De retour en France, ruiné, Émile Buisson renoue avec le crime. Il compte à son actif de nombreux braquages. Le fameux braquage de l'agence du Crédit lyonnais de Troyes le , dans lequel il s'empare de 1,8 million de francs, conduit à son arrestation quelques mois plus tard, le , dans un hôtel de Lille. Profitant de l'exode de 1940, il s'évade durant un transfert.
Émile Buisson rejoint le groupe du contre-espionnage français du commissaire Blémant. Le , en compagnie notamment d'Abel Danos, Joseph Rocca-Serra et Jean-Michel (Jean-Baptiste) Chave (Chaves), il participe au braquage des encaisseurs du CIC rue Taitbout à Paris, au cours duquel l'un des convoyeurs est tué. Le , il se marie à Troyes avec Odette Genvois.
Cette même année, il est interpellé sous un faux nom par la Feldgendarmerie qui le remet à la police françaiseRoger Borniche, L'ennemi public , Historia hors série , 1973. Le , il est condamné par la cour d'assises de l'Aube aux travaux forcés à perpétuité pour le braquage de Troyes. Il est transféré à la prison de la Santé à Paris en 1945. Il feint d'être atteint de graves troubles psychiatriques et est interné à l'hôpital psychiatrique pénitentiaire de Villejuif. Le , il tente une première évasion de Villejuif avec René Girier, dit « René la Canne », quand Marinette, l'épouse de ce dernier, est trouvée en possession d'un pistolet automatique , chargé de cinq munitions. Une nouvelle tentative en compagnie de GirierCharles Chenevier, La Grande maison, Presses de la cité, 1976 réussit, le . Alors qu'ils fuient en automobile et sont à cinq kilomètres de l'asile, Buisson déclare à Girier : , avant de l'abandonner à son sort au bord de la route.
Après le spectaculaire braquage de l'Auberge d'Arbois suivi d'une course-poursuite avec les motards le , il devient l'ennemi public n°1 à la fin des années 1940, enchaînant les braquages tous plus audacieux les uns que les autres, qui déconcertent les services de police.
Le commissaire Charles Chenevier, qui avait fait de l'arrestation de Buisson une affaire personnelle, confie alors le dossier à un jeune policier, l'inspecteur Roger Borniche qui infiltre le milieu et capture Buisson le dans un restaurant, « La Mère Odue », située sur la RN13 à Claville dans l'Eure. Les policiers fournissent à un voyou de Fresnes une voiture et une planque, autant d'éléments qui manquent à Buisson qui prévoit le braquage de la poste d'Évreux, s'alliant alors au voyou qui renseigne les policiers de ses intentions.
Trois annees d'instruction judiciaire ont été nécessaires pour éclaircir les trente-six meurtres et agressions attribués au gang de Buisson. Après avoir été condamné à la perpétuité, puis à mort, sa demande de grâce auprès du président René Coty est rejetée. Buisson est guillotiné le à par le bourreau André Obrecht.
En 1975, Jean-Louis Trintignant l'a incarné dans le film de Jacques Deray, Flic Story.
Les différentes versions de son arrestation
L'arrestation d'Émile Buisson a donné lieu à plusieurs versions, créant le flou quant aux circonstances exactes de cette opération de police du samedi .
La première version fut livrée aux médias le lundi suivant, le , lors d'une conférence de presse au ministère de l'Intérieur. Cette version officielle a été plus tard contredite par d'autres versions présentes soit dans des mémoires, soit dans des interviews données à des journalistes.
Les personnes en présence
Outre Émile Buisson qui se tenait à l'office , se trouvaient donc dans l'auberge : l'inspecteur Roger Borniche, son épouse Martine Borniche et le commissaire Gillard. Ainsi, selon les versions, « Marlyse », en réalité Martine, est tantôt inexistante (version officielle) tantôt présentée comme une jolie brune accompagnant Roger Borniche (version Chenevier 1957), tantôt la fiancée ou encore la compagne de Roger Borniche (enquête journalistique de 1969). En réalité, il s'agissait de Martine Borniche, épouse du policier depuis 1941. Elle était chargée de donner le change et de surveiller les gestes de Buisson, les deux policiers lui tournant le dos pour ne pas éveiller sa méfiance.
Se tenaient à l'extérieur de l'auberge le commissaire Charles Chenevier et l'inspecteur Hours, prêts à intervenir.
La thèse officielle
Selon la conférence de presse, information reprise dans les quotidiens du , l'arrestation est menée par trois membres de la Sûreté nationale : Gillard, Hours et Borniche, dans un restaurant de Boulogne-Billancourt (banlieue ouest de Paris). Dans cette version officielle, il est précisé que le commissaire Chenevier, connu du bandit, n'est pas entré dans le restaurant.
Le quotidien La Liberté du mardi relate les circonstances présumées de l'arrestation de Buisson telles qu'elles ont été communiquées aux médias :
Rôle de Charles Chenevier
À la Sûreté nationale, existait un groupe nommé la Brigade de répression du banditisme. Elle était dirigée par le commissaire Charles Chenevier et avait pour équipe notamment le commissaire Gillard, l'inspecteur Leclerc, l'inspecteur Hours et l'inspecteur Borniche.
Charles Chenevier était donc bien présent à cette opération en Normandie : il ne pouvait ni se montrer, ni arrêter personnellement Émile Buisson qui le connaissait, car il l'avait déjà interrogé.
La présence du commissaire Chenevier n'a jamais été contestée par quiconque, pas même dans Flic Story<ref group ="Notes">Dans Flic Story, le commissaire Chenevier est désigné sous le nom de « Vieuchêne » (cf. .</ref>, l'ouvrage de son adjoint tiré de ses mémoires, dont l'histoire est nécessairement romancée.
Comme le précise Georges Moreas, un autre ancien et célèbre policier, sur son blogue. : .
Deuxième version, de Charles Chenevier (1957)
En 1957, Charles Chenevier donne une nouvelle version de l'arrestation à un journaliste américain venu l'interviewer.
Son récit porte le titre de J'ai coffré l'Al Capone français, par l'inspecteur principal Charles Chenevier de la police parisienne..
Dans cette seconde version, Charles Chenevier situe, cette fois, l'arrestation non plus à Boulogne-Billancourt mais à Paris dans un restaurant de Montmartre nommé « Les Trois Escargots ».
Il n'est plus question de trois inspecteurs présents à des tables différentes, mais de l'arrivée de deux hommes et d'une femme.
Cette version nouvelle se rapproche, cette fois, de la vérité historique en reconnaissant qu'il n'y avait pas 3 inspecteurs de police dans le restaurant mais seulement deux, dont « monsieur André », en réalité son adjoint Roger Borniche et une « jolie brune » (en réalité madame Martine Borniche).
Il reconnaît, une nouvelle fois, être arrivé après l'arrestation et être entré au moment où Borniche ajustait les menottes de Buisson :
Troisième version : enquête d'André Larue (1969)
En 1969, André Larue, grand reporter à France-Soir, spécialisé pendant dix ans dans les affaires criminelles, mena une grande enquête sur les affaires traitées par le commissaire Charles Chenevier sur lequel il ne tarit pas d'élogesEntre autres de la page 44 à la page 80 (chapitre VI, VII et VIII), également à de nombreuses autres le considérant comme le de France .. En ce qui concerne l'arrestation de Buisson, il a réuni des indications précises sur l'arrestation..
La "jolie brune" est, désormais, devenue la « fiancée » de Roger Borniche. Larue relate comment l'inspecteur Borniche. est intervenu auprès d'un indicateur (Freddy) pour servir d'intermédiaire et localiser Buisson.
Larue découvre, ce qui avait été passé sous silence dans les deux versions précédentes, que Charles Chenevier est intervenu auprès d'un aubergiste près d'Évreux pour héberger Émile Buisson. La traque de Buisson a été opérée par Borniche et par Chenevier. Larue révèle les raisons pour lesquelles la Sûreté nationale a prétendu que l'arrestation était intervenue à Boulogne-Billancourt : il s'agissait d'une mauvaise farce faite au service concurrent (la Préfecture de police de Paris, compétente à Boulogne) pour ne pas compromettre l'hôtelier qui a accepté d'héberger Buisson..
Sur l'arrestation d'Émile Buisson, contrairement aux déclarations officielles de , l'inspecteur Hours n'était pas dans le restaurant. Il se tenait à l'extérieur avec Charles Chenevier. Roger Borniche et sa « compagne » (en réalité son épouse) sont d'abord entrés dans l'auberge car : . Le commissaire Gillard les a rejoints par la suite.
Dans cette enquête le journaliste trace les grandes lignes décrites, huit années plus tard, par Roger Borniche dans Flic Story'' :
Résumé des faits