Jean Mallard de La Varende Agis de Saint-Denis, plus connu sous la forme brève Jean de La Varende, né le à Chamblac (Eure) et mort le à Paris, est un écrivain français.
Auteur d'une vingtaine de romans, d'une dizaine de biographies, de diverses monographies sur la Normandie, et de plus de deux cents nouvelles, La Varende s'est surtout attaché à l'évocation du terroir normand avec ses curés de campagne, ses paysans, et ses hobereaux, tout en exprimant sa nostalgie de l'Ancien Régime et sa passion pour la mer et les marins.
Biographie Jean Mallard de La Varende est le fils de Gaston Mallard de La Varende (1849-1887), officier de marine, et de son épouse d'origine bretonne, Laure Fleuriot de Langle (1853-1940). Il voit le jour le à Chamblac (Eure), au château de Bonneville, propriété familiale. Il ne connaîtra pas son père, qui meurt la même année, le .
Jeunesse En 1890, sa mère, veuve, retourne chez son père en Bretagne, à Rennes, pour y élever ses enfants.. Ce grand-père maternel, le contre-amiral Camille Fleuriot de LangleDescendant de Paul Fleuriot de Langle (1744-1787), commandant de L'Astrolabe. (1821-1914), pourtant âgé, prend une part active dans son éducation. Jean de La Varende retient de lui nombre d'histoires de marins et de voyages, dont plusieurs sont devenues des nouvelles.
À douze ans, en 1899, le jeune Jean écrit son premier texte, La Fille du garde-chasse, dont le manuscrit est perdu. Puis, de 1900 à 1906, il fait ses études comme pensionnaire au collège Saint-Vincent de Rennes. Cette période rennaise transparaît nettement dans Geoffroy Hay de Nétumières (1908) et dans Le Roi d'Écosse (1941). Pendant cette même période, il rédige Nos amours perdues et Péché originel, dont les manuscrits sont également perdus.
Après son baccalauréat, il entre à l'École des beaux-arts de Paris, au détriment d'une carrière dans la Marine. L'École navale exige une santé qu'il n'a pas, à cause d'une déficience cardiaque. Son œuvre sera en partie un hommage aux marins du passé. Sans regrets, il écrira, entre 1944 et 1950, un bel ouvrage homonyme sur l'École navale, publié en 1951 avec des illustrations d'Albert Brenet.
En , son grand-père meurt et, en août suivant, lorsque éclate le premier conflit mondial, Jean de La Varende est affecté comme infirmier au d'infanterie de Vernon, puis sur le front comme brancardier. Il rentre définitivement en Normandie en 1919, une fois démobilisé. Il y vivra quatre décennies d'écrivain prolifique et de châtelain « aux mains calleuses ».
L'après-guerre vignette|Le château de Bonneville, demeure de La Varende de 1919 à sa mort en 1959.
Le , il épouse Jeanne Kullmann, veuve de Raoul Latham. Le couple s'installe alors au château de Bonneville. De cette union naît un fils, Éric de La Varende (1922-1979).
De 1920 à 1932, il est conférencier à l'école des Roches, à Verneuil-sur-Avre, dans l'Eure. Chez lui, il entretient son domaine, ses jardins, il écrit son premier livre, édité par ses soins en 1927, L'Initiation artistiqueVerneuil, Impr. d'Aubert, 1927, 33 p., texte d'une de ses conférences. Il écrit également quelques nouvelles et réalise, à ses heures perdues, une centaine de maquettes de navires de toutes époques.
La galerie Bernheim, à Paris, expose plus de cent de ses maquettes en 1932. Cette exposition se transporte peu après à la Société de géographie. Un catalogue est édité : Les Cent Bateaux de La VarendeCaen, Papeteries de Normandie, 80 p..
Débuts littéraires Les débuts de La Varende en littérature sont difficiles. Il essuie de nombreux refus d'éditeurs parisiens, mais publie quelques contes au Mercure de France. C'est l'éditeur Maugard, de Rouen, qui va assurer sa notoriété en publiant une série de nouvelles, Pays d'Ouche (1934), préfacées par le duc de Broglie.
Le même éditeur publie en 1936 son Nez-de-Cuir, gentilhomme d'amour. C'est le fruit d'une longue recherche démarrée dans les archives familiales, lorsqu'il découvre les lettres de son grand-oncle Achille Perrier de La Genevraye, gravement blessé en 1814 à la bataille de Reims, qui portait un masque le faisant surnommer « Nez-de-cuir » ; il interroge les anciens, et débute la rédaction de son roman en 1930 pour le faire publier en 1936. Les éditions Plon rééditent ce premier roman l'année suivante : c'est un succès. Cette année-là, il obtient trois voix au prix Goncourt.
vignette|gauche|Le château de Beaumesnil (Eure), que La Varende évoque sous le nom de « Mesnilroyal » dans Nez-de-Cuir.
Les publications vont dès lors se succéder, chez Plon ou chez Grasset. Ses succès littéraires lui permettent de poursuivre la restauration du château de Bonneville, au Chamblac. Ses livres sont salués par des critiques, notamment dans les milieux de droite, comme Maximilien VoxPatrick Delon, La Varende, coll. Qui suis-je ? éditions Pardès, 2009., et d'extrême-droite tels que Thierry Maulnier et Robert Brasillach. En 1936, il entre à la Société des gens de lettres et, le , remporte le prix des Vikings pour son recueil Pays d'Ouche (1740-1933), paru deux ans plus tôt.
En quelques années, les romans se succèdent, où il place, sous des noms d'emprunt, ses personnages souvent tirés des histoires familiales mais que l'on retrouve dans plusieurs de ses écrits. La famille de La Bare et celle de Tainchebraye, la famille d'Anville et celle de Galart ; autant de noms que le lecteur apprend à connaître en vivant à côté d'eux, dans la glèbe normande, ou dans un salon, comme La Varende les a conçus.
La Seconde Guerre mondiale et l'Occupation Le , il perd son épouse Jeanne. Pendant la guerre éclair, la France étant sur le point de céder, il se rend aux Pays-Bas, puis rentre et se plonge davantage dans l'écriture.
Ce sont vingt ans d'écriture frénétique qui s'ouvrent alors, et La Varende publie à tour de bras ses nouvelles dans les revues de l'époque. La plupart de ces journaux sont acquis aux thèses collaborationnistes. Fervent royaliste, ses écrits sont souvent des nouvelles littéraires, aux intrigues situées hors de son époque. Mais il publie aussi des chroniques (comme la nécrologie de Foisil.) et des récits plus contemporains, comme « Maison vierge ». (histoire d’une famille qui héberge des soldats allemands pendant l’occupation) dans Je suis partout, hebdomadaire phare de la collaboration, où Henri Poulain se réjouit de son élection chez les Goncourt.. Il publie aussi bien en feuilleton dans ce journal son roman encore inédit Les derniers Galériens, à partir du . que des analyses de critique littéraire.. En , il honore aussi dans Je suis partout sous le nom de sa mère, Fleuriot de Langle, la mort sur le front de l’Est d’un ancien camarade rennais, le docteur Maurice Fleury, commandant dans la LVF.: « Partisan réfléchi des nécessités pressantes de la collaboration franco-allemande (...) Maurice Fleury, couché dans les boues et les neiges du grand Est pour une juste cause, pour la sauvegarde de notre civilisation occidentale »..
Le , La Varende est en effet élu à l'académie Goncourt, en remplacement de Léon Daudet, et sur recommandation notamment de ses amis René Benjamin et Sacha Guitry. La Résistance des lettres s’en insurge immédiatement et dénonce « un traître moins voyant mais un traître quand même », « un collaborateur de l’ennemi ».. Au contraire, la presse collaborationniste s’en réjouit : « les Goncourt, l’an dernier, ne voulaient plus se faire les complices de la décomposition raciale par la littérature [...et ont] accentué leur volonté en accueillant triomphalement à l’unanimité, moins deux voix d’habituels mécontents, le beau chevalier de la France de toujours, de La Varende»..
Il en démissionnera un peu plus de deux ans après, réagissant aux reproches qui lui sont faits sur ses publications dans des journaux collaborateursLe Petit Parisien et Je suis partout . et aussi aux différends qui ont opposé les académiciens Goncourt à propos de la candidature d'André Billy, critique littéraire à L'Aurore notamment, qui a éreinté Guitry et La Varende dans divers articles, et qui incarne le refus de la collaboration. En décembre 1943, une minorité d'académiciens (J.-H. Rosny jeune, René Benjamin, Sacha Guitry, La Varende) refuse d'entériner l'élection de Billy (préféré à Paul Fort, ultérieurement frappé d'interdiction pour un an au Journal officiel pendant l'épuration).. Guitry et de la Varende en particulier signent une déclaration commune pour menacer de démissionner si ce vote était rendu public.., ce qui a effrayé le président Rosny jeune, lequel a suspendu à la fois l’élection et l’attribution du prix.
En 1944, le comité national des écrivains exclut de son sein quatre membres de cette académie : Guitry, Benjamin, Jean Ajalbert et La Varende. En décembre, une campagne de France-Soir vilipende l'académie Goncourt et ses membres. L'élection de Billy ne sera validée que le par six voix contre 3, Rosny jeune ayant décidé de se rallier à sa candidature. (l'élection sera confirmée incidemment dans un jugement de 1948.). La Varende démissionne dans la foulée, soit un peu avant l'entrée de Billy à l'académie, soit un peu aprèsAvant l'élection : Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains, 1940-1953, Paris, Fayard, 1999, .Après l'élection : , et Jean Galtier-Boissière (Mon journal depuis la Libération, La Jeune Parque, 1945, ) qui indique que cette démission intervient au tout début janvier. La Varende, écrit Galtier-Boissière, envoie sa lettre de démission « en déclarant que "la joie qu'il éprouve à se libérer lui montre combien il se fourvoyait dans ces hauts milieux littéraires". ».. Sa démission lui permettra peut-être d'éviter une exclusion Le Monde écrira dans sa nécrologie en 1959 qu’il se sentait « en incompatibilité d’humeur » avec l’académie depuis la Libération. ..
En 1944, sa santé chancelle et il échappe de peu à la mort. Il se repose alors à la clinique Saint-Martin de Caen, au cœur de la ville meurtrie et, de cette époque, datent ses ouvrages sur la Normandie blessée. En quelques jours, sur des bouts d'ordonnances et tout papier qu'il trouve, il parcourt en pensée le littoral normand, cette frontière entre sa terre et sa mer, dans un ouvrage intitulé Les Côtes de NormandieRouen, Henri Defontaine, 1948., où le lecteur peut se promener avec lui, du mont Saint-Michel à Eu, de villes maritimes en baies poissonneuses.
Le , il écrit à l'amiral Lucien Lacaze : « Amiral, j'ai été profondément touché par votre bonté à mon égard, et j'aurais été bien heureux que votre haute appréciation vînt couronner mon Suffren: mais je viens d'apprendre, avec certitude que le "Grand prix de la mer" a été créé pour encourager les débutants, et je ne veux point, alors, m'interposer. Je préviens notre duc et Claude Farrère que je renonce... »Lot de la vente publique de la Librairie des Eléphants de Bruxelles du 12 décembre 2015.
Les années 1950 En 1950, il adhère à l'Association des amis de Robert Brasillach..
En 1953, l'amiral Lucien Lacaze, secrétaire perpétuel de l'Académie de marine à laquelle La Varende appartient encore, le pousse à postuler à l'Académie française, dont l'amiral est également membre. Le ., La Varende est candidat, sans succès, au fauteuil de Jérôme Tharaud qui ne sera pas pourvu ce jour-là, n'obtenant que onze voix. Une seconde candidature n'aboutira pas plus, le , lors d'une autre élection blancheÉlection dite ainsi lorsque aucun candidat n'a pu réunir une majorité de suffrages. Il n'y a alors aucun élu, et l'élection doit être reportée. : il obtient au siège de Lacaze, mort l'année précédente, contre 12 à Jacques Chastenet et 6 à Paul Vialar..
L'écrivain publie plusieurs écrits, dont certaines nouvelles sont encore inéditesDernière parution en date : le recueil Le Cheval roi, mars 2009..
Trois mois avant sa mort, le photographe Pierre Jahan, le rencontrant pour un reportage d'une journée, apprécie . Il prend de lui un cliché qu'il publie dans ObjectifMarval, 1994, ..