Morat (Murten en allemand, Mora en fribourgeois) est une localité et une commune suisse du canton de Fribourg, située dans le district du Lac, dont elle est le chef-lieu.
Histoire
Préhistoire et Antiquité La région de Morat est déjà habitée par des humains dans la période du Mésolithique. Dès , la route commerciale de l'étain entre les Cornouailles et la Méditerranée passe par la région de Morat..
Vers , la région de Morat est habitée par le peuple celte des Helvètes., et plus précisément par la tribu des Tigurins. Après la guerre des Gaules, les Romains occupent progressivement la région. et Morat est en tout cas intégrée à l'empire romain en . au sein de la province nommée Belgica.. À partir de , la région de Morat est rattachée, comme une grande partie de la Suisse actuelle, à la province Germania Superior., puis en 297 à la province Sequania au sein de la préfecture des Gaules..
Durant la période romaine de Morat (de à .), la région est bien peuplée, car elle est située au bord d’un axe de communication nord-sud reliant Rome à la Germanie par le col du Grand-Saint-Bernard, d'Aventicum (Avenches) à Solodurum (Soleure) et Windisch, et leur jonction vers Augusta Raurica à travers les Gorges du Taubenloch, et passant par le col de Pierre Pertuis.
À partir de , la région de Morat passe sous contrôle des Burgondes, au sein du territoire nommé Sapaudia, car les Romains souhaitent que ceux-ci les protègent des Alamans.. Après la chute de l'empire romain d'occident en 476, la région de Morat reste sous domination burgonde.
Haut Moyen Âge Au Moyen Âge, la ville est mentionnée en 515 sous le nom Muratum (de murus en latin)., alors qu'elle est sous domination burgonde.. Après la défaite des Burgondes face aux Francs, Morat appartient à partir de 534 au premier royaume de Bourgogne. Après la conquête de ce dernier par Pépin de Herstal en 687, Morat est intégrée au royaume franc d'Austrasie, avant d'être incluse avec ce dernier au royaume carolingien de Pépin le Bref, qui deviendra un empire sous le règne de son fils Charlemagne.
Lors de la partition de l'empire carolingien en 843 par le traité de Verdun, Morat se retrouve au sein de la Francie médiane sous la suzeraineté de . À sa mort en 855, le royaume est partagé (traité de Prüm) et Morat fait partie de la Lotharingie, le royaume de son fils , puis en 888 du royaume de Haute-Bourgogne. Lorsque ce dernier s'unit en 933 au royaume de Basse-Bourgogne, elle est intégrée au second royaume de Bourgogne, aussi appelé royaume d'Arles.
En 1032, la succession du roi bourguignon provoque des affrontements entre l'empereur du Saint-Empire romain germanique , défendant son fils comme successeur à la couronne de Bourgogne, et , comte de Champagne, et neveu du défunt roi, lui aussi candidat à la succession. Dans le cadre de cette guerre de succession, Morat se retrouve dans le camp d'. En 1033, l'armée impériale fait le siège de Morat, sans vaincre la cité. En 1034, Morat est toutefois détruite par l'armée impériale et rend les armes peu après, ce qui conduit à l'intégration du royaume de Bourgogne et de la ville de Morat au sein du Saint-Empire..
Moyen Âge central et Bas Moyen Âge
En 1079, l'empereur du Saint-Empire romain germanique donne Morat à son allié l'évêque de Lausanne Burcard d'Oltigen. Une ville nouvelle est fondée. entre 1159 et 1179 par le duc (Herzog en allemand).. ou par l'évêque de Lausanne Landri de Durnes.. Le duc accorde des franchises à la ville. En 1218, la lignée des Zähringen s'éteint. et Morat est reconnue comme ville impériale libre par l'empereur du Saint-Empire romain germanique , c’est-à-dire comme dépendant directement de son autorité. En 1245, Morat conclut une alliance avec Fribourg, puis en en 1318 avec Berne..
En 1255, Morat passe sous la protection de la Savoie, mais , empereur du Saint-Empire romain germanique, la conquiert en 1283. Après la mort de l'empereur, reprend la ville en 1291, avant de la rendre en 1299 à , empereur du Saint-Empire romain germanique, qui l'exige. En 1310, le Saint-Empire la vend toutefois à la Savoie.
En 1465, , duc de Savoie, donne la ville à son frère Jacques de Savoie (comte de Romont), qui se lie d'amitié avec Charles le Téméraire et devient en 1473 gouverneur de Bourgogne.. Dans le contexte des guerres de Bourgogne, Berne et Fribourg en tirent prétexte pour occuper Morat en , qui ouvre ses portes sans combattre.. Le a lieu la bataille de Morat, qui voit la victoire des Confédérés suisses, alliés de , sur Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Les corps des soldats bourguignons sont rassemblés au sein d'un ossuaire.. Après la bataille, Morat devient un bailliage commun : . de Fribourg et Berne, disposant d'institutions propres et d'une autonomie relative..
Entre 1742 et 1748 est construite la route commerciale la plus rapide de Suisse à l'époque reliant Genève et Lausanne à Berne par Morat. Elle fait de Morat une place commerciale importante à l'échelle du pays.. De la même façon, la liaison lacustre Morat-Vully est un facteur important dans le dynamisme économique fribourgeois du ..
En 1797, Napoléon Bonaparte, alors général, s'arrête à Morat en se rendant au congrès de Ratstatt. Il n'y apprécie pas l'ossuaire de Morat et ses bourguignons. En 1798, durant l'invasion de l'ancienne Confédération des cantons par les armées révolutionnaires françaises, la garnison bernoise se retire de Morat et la cède aux Français.. Les soldats bourguignons au sein des armées révolutionnaires françaises découvrent alors l'ossuaire et, indignés, le détruisent.
Après l'invasion et l'instauration de la République helvétique, l'ancien bailliage moratois devient le district de Morat au sein du canton de Sarine et Broye. En 1803, Morat est finalement rattachée au canton de Fribourg, probablement sur recommandation de Louis d'Affry, dans le cadre de l'Acte de Médiation de Napoléon, ce alors que les Moratois auraient préféré rejoindre le canton de Berne. Avec ce rattachement, Napoléon aurait ainsi voulu humilier Berne..
Après le départ des troupes françaises de Suisse en 1813, Morat reste intégrée au canton de Fribourg, tandis que ce dernier redevient un régime oligarchique dirigé par des patriciens. Face à cette restauration, des pétitions opposés au patriciat sont rédigées à Morat. Les patriciens réagissent en envoyant une compagnie de carabiniers occuper la ville et en destituant le préfet moratois Herrenschwand.. Cependant, en 1830, des soulèvements populaires contestataires surviennent en Gruyère et à Morat, où une pétition réclamant l'égalité en droits et la démocratie est rédigée puis amenée par une députation moratoise aux patriciens le .. Le , un grand nombre de Moratois et de Gruyériens des campagnes se rendent en ville de Fribourg munis de gros bâtons.. Sous la pression populaire, le régime chute et une démocratie représentative limitée favorisant les notables aisés est mise en place..
En 1845, Fribourg rejoint l'alliance du Sonderbund. En réaction, en , une colonne armée de radicaux moratois se joint à deux autres colonnes, composées de Bullois et de Broyards d'Estavayer-le-Lac et soutenues par des Vaudois et des Bernois. Ces corps francs tentent sans succès de s'emparer de Fribourg, défendue par .. En réaction, l'armée fribourgeoise occupe Morat.
En 1848, après la guerre du Sonderbund et la défaite de l'alliance du Sonderbund, les radicaux victorieux placent Morat au sein du district du Lac.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1939 et 1940, la région de Morat accueille une division de l'armée suisse et est fortifiée dans le cadre de la stratégie du Réduit national.. Pendant la guerre froide, des travaux de fortification se poursuivent à Morat, notamment avec l'installation de bunkers équipés de tourelles de chars. vignette|Photo aérienne prise à par Walter Mittelholzer (1919).
En 2002, Morat est l'une des villes organisatrices de l'Exposition nationale suisse de 2002.
Le , Morat absorbe la commune voisine d'Altavilla. Puis, le , l'ancienne commune de Buchillon est rattachée à celle de Morat. Enfin, le , ce sont les communes de Courlevon, Jentes, Lourtens et Salvagny qui sont fusionnées avec Morat. Le , les communes de Clavaleyres, Galmiz, et Champagny fusionnent avec Morat..
Géographie Morat se situe à l'est du lac de Morat, en face du Mont Vully, à au nord de Fribourg. Morat et les villages voisins de Meyriez et Montilier forment une agglomération. Une partie de la zone industrielle de Morat est située sur la commune de Courgevaux.
La commune possède une rive de près de de long. Le territoire de la commune s'étend au sud-ouest sur les plateaux du Champ de Meyriez et de Fin de Mossard, où la commune de Meyriez est enclavée le long du lac. À l'est, la commune s'étend jusqu'aux villages de Châtel () et d'Altavilla (), qui ont été absorbés par la commune de Morat depuis 1975 et 1991, respectivement.
Une étroite bande ( de large pour de long) détachée du reste de la commune se situe dans la plaine, intensivement cultivée, du Grand marais entre les villages de Galmiz, Mont-Vully, Essert ainsi que Monsmier dans le canton de Berne. Les autres communes voisines de Morat sont Cormondes, Courgevaux, Courtepin, Cressier, Greng, Meyriez, Montilier, Ormey ainsi que Villars-les-Moines dans le canton de Berne. La commune jouxte également la forêt domaniale du Galm.
Selon l'Office fédéral de la statistique, Morat mesure . 21,6 % de cette superficie correspond à des surfaces d'habitat ou d'infrastructure, 51,5 % à des surfaces agricoles, 26,3 % à des surfaces boisées et 0,5 % à des surfaces improductives.
Localités Morat comprend les localités suivantes avec leur code postal et les dates des différentes fusions :
Localité NPA Année de fusion Altavilla 3280 1991 Büchslen (Buchillon) 3215 2013 Burg bei Murten (Châtel) 3280 1975 Gempenach (Champagny) 3215 2022 Galmiz (Charmey) 3285 2022 Clavaleyres 1595 2022 Courlevon 1795 1974 et 2016 Coussiberlé 1795 1974 Jeuss (Jentes) 1793 2016 Lurtigen (Lourtens) 3215 2016 Morat 3280 1975, 1991, 2013 et 2016 Salvenach (Salvagny) 1794 2016
Démographie
Population Morat compte en 2025.. Sa densité de population atteint . En 2025, 20 % de la population était de nationalité étrangère. La population moratoise compte par ailleurs 18 % de jeunes de 0 à et 22 % de seniors de et plus.
Le graphique suivant résume l'évolution de la population de Morat entre 1850 et 2008 (incluant celle des communes absorbées pendant cette période). :
Langues Au , le français est encore la langue principalement parlée à Morat, même si l'immigration alémanique médiévale tend à amenuir cela.. À partir du moment où Morat devient un bailliage commun de Fribourg et Berne, ces derniers mènent une politique de germanisation de la région en favorisant l'installation de maîtres d'école et de pasteurs germanophones. C'est ainsi que l'allemand devient majoritaire à la fin du .
De nos jours, Morat est située sur la frontière linguistique entre l'allemand et le français, dans le district du Lac ; 82 % de la population parle allemand, 15 % français, 0,5 % italien, et 2,5 % une autre langue (2025), mais une grande partie des habitants (40 % des germanophones et 56 % des francophones) est bilingue. Morat constitue un des liens entre la Suisse alémanique et la Suisse romande, entre Fribourg et Bienne. Un certain nombre d'habitants militent actuellement pour une officialisation du statut bilingue de la ville. L'association Murten Morat Bilingue a notamment promu le bilinguisme entre 2011 et 2016.. En 2025, un projet de loi cantonal liste Morat dans les fribourgeoises potentiellement éligibles au statut officiel de commune bilingue..
Religions