Ricardo Guino y Boix (Ricard Guinó i Boix en catalan), dit Richard Guino, né le à Gérone (Catalogne) et mort le à Antony, est un sculpteur français d'origine espagnole.

Son œuvre est une ode à la féminité qui ravive l’idéal de beauté méditerranéen. Richard Guino opère une synthèse pleine de sensualité entre classicisme et modernité, caractérisée par une ample variété de recherches formelles et techniques dans les domaines de la sculpture, de la céramique, des arts graphiques et décoratifs.

Sa fructueuse collaboration avec Auguste Renoir (1841-1919) constitue un épisode singulier de l’histoire de l’artEmmanuelle Héran, 2009, « Renoir sculpteur ? » in catalogue de l'exposition , Galeries nationales du Grand Palais, Paris, du 23 septembre 2009 au 4 janvier 2010..

Biographie Origine et jeunesse catalane Richard Guino naît le à Gérone (Catalogne). Il s'éveille enfant à l'art de la taille dans l'atelier de son père, ébéniste. Sculpteur précoce, il supporte mal l'enseignement religieux extrêmement rigide d'une école mariste et fréquente bientôt l'École des Arts de GéroneCristina Rodriguez-Samaniego, Guino Renoir, La couleur de la sculpture, Silvana Editoriale, 2023 , où il noue des liens amicaux avec Prudenci Bertrana, son professeur de dessin.. Figure rayonnante du modernisme catalan, celui-ci introduit dans le milieu artistique et intellectuel son jeune élève, qui fera bientôt son portrait en buste ainsi que ceux de ses amis : le peintre Joan Baptista Corominas, l'architecte Rafael Masó, les écrivains Xavier Monsalvatje et Carles Rahola, le poète Miquel de Palol... Ces œuvres de jeunesse sont pour certaines localisées (musée des Arts et musée d’Histoire de Gérone), pour d'autres uniquement documentées par la photographie aujourd'hui.

Dès 1906, le journal catalan La Acción révèle le talent d'un jeune sculpteur prodige, exhortant la municipalité à le doter d'une bourse afin de favoriser sa formation "fora" ("dehors"). Guino part bientôt à Barcelone pour y fréquenter l’École supérieure des beaux-arts, La Llotja, où Jose Ruiz y Blasco, père de Pablo Picasso, est l’un de ses professeurs. Il entre parallèlement dans l'atelier d'Eusebi Arnau, qui regorge de commandes pour orner les bâtiments modernistes d'une ville en pleine renaissance culturelle. Guino remporte divers prix aux Beaux-Arts et participe à des expositions collectives à Gérone (1908, 1909 et 1910) et Barcelone (1910) où il montre des sculptures remarquées ainsi qu'en témoigne l'écho qu'elles reçoivent dans la presse. Aristide Maillol, de trente ans son aîné, découvre ses œuvres et admiratif, engage le jeune homme à le rejoindre en France pour travailler à ses côtésCatalogue de l'exposition Ricard Guinó, , Ajuntament de Girona, octobre 1992..

Débuts à Paris Richard Guino s’installe à Montparnasse en 1910, dans un atelier situé au 7 rue Daguerre. Il assiste Maillol, en particulier dans la création des nus monumentaux des Saisons, une commande du collectionneur russe Ivan Morozov. Celui-ci achète à Vollard un Torse de femme en marbre et une Maternité en terre cuite réalisé par le jeune sculpteur, dont les œuvres sont aussi collectionnées par le Comte Kessler. Guino fréquente librement l’Académie Ranson à Montmartre pour dessiner d'après modèle vivant. Maurice Denis lui confie la réalisation d'après ses maquettes des deux bas-reliefs qui ornent le cadre de scène du Théâtre des Champs-Élysées, La Danse et Le Chant (1912). Guino expose dans différentes galeries (Druet, Marseille et Vildrac), à la Société des artistes décorateurs et à la Société nationale des beaux-arts. Ses dessins sont également appréciés. Il réalise à cette époque une suite d'encres représentant la danseuse Isadora Duncan croquée sur le vif ainsi que des nus sur parchemins d'une grande finesse d'exécution ou encore des verres peints, autant d'œuvres contrastées qui manifestent sa virtuosité comme son goût pour l'expérimentation formelle et la diversité des techniques et des matériauxMémoires de Julie Gandini, École du Louvre, 2011 et 2012..

Ses œuvres dessinées, taillées ou modelées représentent principalement des figures féminines aux plastiques souples et puissantes. Entre observation naturaliste et idéalisation des formes, elles se caractérisent par des volumes architecturés et un style synthétique, au rendu tantôt lisse, tantôt facetté ou recouvert d'émaux colorésMémoire d'Élodie Mercier, Paris X Nanterre, 2011. : Égyptienne, Torse à la draperie, Femme assise tenant son chignon, Adam et Ève, Vénus à la pomme.

L'œuvre sculpté Renoir-Guino C'est en 1913 qu'Ambroise Vollard parvient à persuader Auguste Renoir de s'adonner à la sculpture en lui promettant de trouver "des mains". Handicapé par des rhumatismes déformants qui le paralysent, le peintre, âgé de 72 ans, continue de peindre sans relâche, des pinceaux glissés entre ses mains recroquevillées et protégées par des bandelettes. Aristide Maillol, consulté, recommande son assistant Richard Guino, alors âgé de 23 ans.

Enthousiaste, le marchand lui fait rencontrer Renoir et l’engage à ses frais. Cette collaboration entre le vieux peintre et le jeune sculpteur, caractérisée par la remarquable communion d’esprit et de sensibilité qui se noue entre les deux artistes, dure jusqu’en 1918, à Essoyes et aux Collettes, le domaine de Renoir à Cagnes-sur-Mer. Elle aboutit à la création d’une vingtaine de modèles parmi lesquels les chefs-d'œuvre Vénus Victrix, Jugement de Pâris, Grande Laveuse. Simultanément Guino poursuit son œuvre personnelle et réalise, entre 1913 et 1920, les nus monumentaux Vendangeuse, Baigneuse et Maternité, signés de son nomVoir les ouvrages cités en Bibliographie, en particulier les catalogues d'exposition.. Lors de ses séjours auprès du peintre, il exécute aussi de nombreux portraits de Renoir et de ses proches - dessins, médaillons, bustes.. Après la mort d'Aline Renoir, dont il réalise des portraits sculptés à la demande du peintre, il initie leurs fils Claude, le benjamin, puis Jean, qui deviendra cinéaste, aux arts du feu, supervisant la construction d'un atelier de céramique aux Collettes. C'est là qu'est modelée la dernière œuvre de la collaboration Guino-Renoir, Eau, ou Grande laveuse.

Après avoir brièvement tenté une autre aventure de création avec le sculpteur Louis Morel en se passant de l'intermédiaire de Vollard, Renoir meurt en 1919. Les sculptures de Renoir et Guino sont éditées et vendues sous le seul nom du peintre et le sculpteur invisibilisé par Vollard et à sa suite, bien d'autres marchands et éditeurs. « L’énigme de la sculpture Renoir » ne sera définitivement levée que soixante ans après sa création, à l’issue d’un long procès initié en 1965 par Michel Guino, fils de Richard Guino et lui aussi sculpteur. Après une minutieuse analyse des œuvres, de la genèse de leur création et l’audition de nombreux artistes, la qualité de coauteur est reconnue à Richard Guino le par la troisième chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris, jugement définitivement confirmé par la cour de cassation le .. C'est une première jurisprudentielle. Le tribunal a considéré que les sculptures étaient des œuvres de collaboration puisqu'il a été établi que Guino jouissait d'une grande liberté dans leur création, travaillait la plupart du temps seul, notamment dans son atelier parisien, et qu'elles étaient marquées de son empreinte personnelle. Dès 1947 Paul Haesaerts précisait :

Le procès n'a pas été intenté « contre » Renoir, réduction véhiculée dans certains textes ou articles de presse se référant à une « affaire » qui passionna le milieu artistique. Il s'est agi de contribuer à dévoiler l'historique exceptionnel de ce processus de création pour rétablir l'apport original de Guino à l'œuvre sculpté, initialement occulté par Vollard pour d'évidentes raisons commerciales. Un « praticien » sculpteur reproduit ou agrandit un modèle déjà existant. Guino a lui créé les modèles, en réalisant une transposition de techniques : l'esprit de la peinture de Renoir transparaît dans l'esprit de la sculpture de Guino... Transmutation avérée entre deux artistes. Le phénomène a pu s'accomplir grâce à leur amitié et intense communauté de vue, le peintre à ses toiles et le sculpteur travaillant la glaise des Collettes. Ce point unique et rare caractérise cette œuvre.

Sculpteur, décorateur, céramiste, dessinateur et peintre Guino, que son sens libertaire tient éloigné de tout esprit de revendication, poursuit son œuvre personnelle. Après les cinq années de sa collaboration avec Renoir, intimement blessé par le déni de son apport créateur que des raisons commerciales ont motivé, il tente de se réinventer, de changer de style, explorant de nouvelles techniques en parallèle de son œuvre sculpté. Il doit aussi affronter, en 1919, la disparition prématurée de sa compagne Eulalie Verdier, modèle de Maillol et inspiratrice de ses œuvres depuis 1911, brutalement emportée par la grippe espagnole.

Guino signe un contrat avec la galerie Hébrard, rue Royale à Paris, qui lui consacre trois expositions personnelles en 1919, 1922 et 1923. Se réorientant vers les arts décoratifs, il réalise de nombreuses céramiques émaillées ainsi que des éléments de mobilier qui répondent à des commandes privées. Une collaboration s’engage en 1922 avec la Manufacture nationale de Sèvres, qui édite ses modèles en grès et en biscuit pendant plus de dix ans. Le Salon d'automne, en 1922, comme la Société nationale des beaux-arts, dès 1912, accueillent à la fois ses œuvres dans les catégories « sculpture » et « arts décoratifs ».

En 1923, il participe à l’exposition de printemps de Barcelone, expose peintures et dessins à la galerie Devambez, présente des œuvres à l'Exposition des arts appliqués du musée Galliera, au Salon des Tuileries et au Salon de la société des artistes décorateurs. En 1924, il expose au musée des Arts décoratifs, qui fait l’acquisition de Jeune femme au tambourin. Il signe un contrat avec la maison d’édition Colin, qui édite pendant dix ans des bronzes à partir de ses modèles. En 1925, Guino participe à l’Exposition internationale des arts décoratifs de Paris, où il obtient diverses récompenses : diplômes d’honneur en Art du métal et Art de la céramique, médaille d’argent en Arts du jardin (sculptures de plein air). Il participe à l’Exposition d’art français contemporain au Japon avec Femme au miroir.

La même année, il obtient la nationalité française. Il épouse Gabrielle Borzeix (1897-1990), rencontrée au 7 rue Daguerre et qu'il a fait poser pour son dernier grand nu, Maternité (1920). Le couple aura six enfants : Georges, Claude, Eveline et les artistes Michel Guino, sculpteur, Marie Guino-Ronchi, peintre, et Jean Borzeix, sculpteur prématurément disparu. En 1942, Guino met sa famille à l'abri en s'installant dans un atelier de la banlieue parisienne, à Antony. Il y est bientôt rejoint en voisin par son ami le photographe Gervais Bougourd, qui faisait déjà partie de la joyeuse bande d’artistes animant le 7 rue DaguerreCf. article de M. Poinsot, catalogue de l'exposition , Collettes, Cagnes-sur-Mer, 1977..

En 1928, Guino participe au concours du musée Galliera, section bronze. En 1929, il expose à la galerie Hector Brame des dessins et plaquettes réalisées en ivoire, métal, terre cuite émaillée ou bois précieux pour des reliures. Il participe au Salon des indépendants et au Salon de la société des artistes français jusqu'à la fin des années 1940, obtenant diverses récompenses. En 1931, il expose à nouveau au Salon des indépendants ainsi qu'au musée Galliera et signe un contrat avec la maison d’édition Susse frères, qui édite ses modèles en terre et en bronze jusqu’en 1955.