La Bataille d'Alger (, ), est un film algéro-italien de Gillo Pontecorvo, sorti en 1966.
Le récit se déroule pour l'essentiel entre 1954 et 1957 et prend pour cadre, comme son titre l'indique, la bataille d'Alger. Il s'agit d'une reconstitution de la vraie bataille d'Alger de 1957, à l'occasion du soulèvement de la population algérienne musulmane par le Front de libération nationale (FLN) contre le pouvoir colonial français, et de la tentative du détachement parachutiste de l'armée française de « pacifier » le secteur. Le film retrace principalement l'histoire d'Ali la Pointe lors de la bataille d'Alger, et de la lutte pour le contrôle du quartier de la casbah d'Alger, entre les militants du FLN et les parachutistes français de la DP, pendant la guerre d'Algérie.
Le film a été nommé trois fois aux Oscars et a été récompensé par le Lion d'or à la Mostra de Venise 1966. Il a été sélectionné comme l'un des 100 films italiens à sauver.
Synopsis En 1954 à Alger, le Front de libération nationale (FLN) diffuse son premier communiqué : son but est l'indépendance nationale vis-à-vis de la France, et la restauration de l'État algérien. Ali la Pointe interprété par Brahim Hadjadj, propose des parties de bonneteau. Repéré par la police, il s'enfuit mais se fait agresser par un passant, il réplique et se fait tabasser par le reste du groupe. Rattrapé par la police, il est arrêté. Emprisonné, il assiste par la fenêtre de sa cellule à l'exécution d'un nationaliste par guillotine. Le FLN le contacte.
Cinq mois plus tard, il réalise une première mission pour le FLN : il tire au pistolet sur un policier. L'arme, qui lui est fournie au dernier moment, n'est pas chargée. Il s'enfuit. En rencontrant plus tard El-hadi Jaffar, un homme important au sein du FLN, il apprend que cette mission était un test pour voir s'il était un agent d'infiltration de la police. Jaffar estime que l'organisation n'est pas encore prête à tuer un policier.
En , le FLN décide de bannir l'usage et la vente des drogues, dont l'alcool, ainsi que la prostitution et le proxénétisme. Un homme ivre dans la rue est battu par des enfants. Ali la Pointe assassine un homme condamné à mort par le FLN. Des mariages clandestins sont organisés par le FLN.
Le , une série d'attentats vise des policiers. Leurs armes sont volées. Les policiers répliquent et tirent sur des hommes armés. Les postes de police sont renforcés, des barrages filtrants sont montés par la police et des rues sont condamnées, bloquant ainsi les quartiers arabes. Des restrictions sont prises pour la vente de produits pharmaceutiques destinés à soigner des blessures par balle, les responsables d'établissement sanitaire doivent déclarer à la police les blessés admis. Le , une nouvelle vague d'attentats fait trois morts chez les policiers. La population des quartiers européens se fait menaçante envers les Arabes. Un commissaire de police et ses amis pieds-noirs déposent une bombe dans la casbah, tuant plusieurs personnes. La population manifeste le lendemain, le FLN contient la manifestation. Trois femmes sont chargées de déposer des bombes. Pour sortir de la casbah sans se faire fouiller, elles s'habillent « à l'européenne ». Les bombes explosent dans deux cafés et dans une agence Air France.vignette|300x300px|Abderrahmane Brahimi, Fouzia El Kader, Mohamed Ben Kassen et Brahim Hadjadj (Ali La Pointe), dans le film La Bataille d'Alger (1966)Le , les paras de la DP entrent dans Alger avec pour mission de lutter contre l'activité des réseaux du FLN. Leur chef, le colonel Mathieu, comme il l'explique à ses officiers dans un briefing sur la guerre antisubversive, veut démanteler l'organisation pyramidale du FLN en procédant à des arrestations et des interrogatoires, sous-entendant le recours à la torture.
En prévision d'une discussion sur l'Algérie à l'Organisation des Nations unies (ONU), le FLN organise huit jours de grève générale pour montrer le soutien dont il dispose parmi la population. La grève est massivement suivie. Usant de violences, les militaires obligent une partie de la population à travailler. L'ONU refuse d'intervenir en Algérie.
Les méthodes de Mathieu s'avèrent efficaces, il obtient l'identité de l'État-major du FLN, dont font partie Jaffar et Ali la Pointe. Larbi Ben M'hidi, un des fondateurs du FLN, est arrêté. Il meurt dans sa cellule dans des circonstances troublantes. La torture est employée au cours d'interrogatoires : chalumeau, électricité, eau... Les attentats continuent.
Les militaires remontent jusqu'à l'état-major du FLN. Pris au piège, Jaffar se rend le . Le , Ali la Pointe est aussi pris au piège avec d'autres combattants. Il ne se rend pas, l'armée fait exploser la cachette.
Le , après deux années de calme, la population d'Alger manifeste. Des militaires tirent sur des manifestants. L'opinion publique française est influencée par ces manifestations. Des hommes politiques français cherchent alors à redéfinir la relation de la France avec l'Algérie. Finalement, le , l'Algérie devient indépendante.
Fiche technique Titre français : La Bataille d'Alger Titre original italien : Titre original algérien : , Réalisation : Gillo Pontecorvo Assistant réalisateur : Ruggero Deodato et Giuliano Montaldo Scénario : Franco Solinas d'après un livre de Yacef Saadi Musique : Ennio Morricone Musicien : : Tambour militaire solo, qui est entendu tout au long du film Photographie : Marcello Gatti Montage : Mario Morra et Mario Serandrei Production : Antonio Musu pour Igor Film (Italie) ; Yacef Saadi pour Casbah Films (studio) (Algérie) Production exécutive : Ruggero Deodato Sociétés de distribution : StudioCanal Budget : Pays de production : et Langues originales : français, arabe, italien et anglais Format : noir et blanc - 1,85:1 - mono - 35 mm Genre : Guerre, drame, historique, politique, néoréalisme Durée : Mention CNC : interdit aux moins de , art et essai (visa d'exploitation délivrée le ) Date de sortie : Italie : (Mostra de Venise 1966) ; (sortie nationale) Algérie : (Alger) France :
Distribution Brahim Hadjadj : Ali la Pointe Jean Martin : Le Colonel Philippe Mathieu Yacef Saâdi : Djafar, le chef de la Zone autonome d'Alger, (où il joue son propre rôle) Mohammed Beghdadi : Larbi Ben M'hidi Mohamed Ben Kassen : Petit Omar Fouzia El Kader : Halima, l'une des filles du réseau bombes Samia Kerbash : Fathia Ugo Paletti : Le capitaine des parachutistes français Larbi Zekkal : Un combattant du FLN (non crédité au générique) Rouiched : Le rôle de l'ivrogne (non crédité au générique)
Conception et réalisation Développement du scénario et production Dès 1957, Gillo Pontecorvo et Franco Solinas souhaitent réaliser un premier film, nommé Paras, centré sur la figure d'un parachutiste français. Ils se documentent sur le sujet, aidés par leur ami Bernardo Valli, correspondant de guerre en Algérie. Ce projet de long-métrage, qui se déroulerait en Italie puis en Algérie, est alors centré sur l'histoire d'un parachutiste démobilisé, devenu photographe travaillant pour une agence de presse, et renvoyé à Alger pour couvrir les évènements de la fin de la guerre, notamment les attentats de l'OAS. Ils pensent alors à l'acteur américain Paul Newman pour le rôle titre. Finalement, ce projet de film est abandonnéLa Bataille d'Alger, un film dans l'Histoire, documentaire de Malek Bensmaïl, 117 minutes, Paris, 2017..
Dans le même temps, Yacef Saadi, un des chefs militaires du FLN à Alger, souhaite adapter le livre qu’il a écrit pendant ses cinq ans d’emprisonnement, et fait publier dès l’été 1962, Souvenirs de la bataille d’Alger. Aidé par le réalisateur René Vautier, Saadi rédige un synopsis de vingt-cinq pages et le soumet à un certain nombre de producteurs parisiens, mais sans succès. Désespérant de voir le film être réalisé en France, il se tourne alors vers l’Italie. Il obtient un entretien avec Luchino Visconti qui décline le projet, mais lui suggère de le soumettre à Gillo Pontecorvo. Yacef Saadi propose alors à Pontecorvo l'idée d'un film fondé sur son expérience dans l'ALNThe Source". The Battle of Algiers booklet accompanying the Criterion Collection DVD release, .. Le réalisateur communiste italien accepte mais à condition d'avoir carte blanche. Yacef Saadi obtient une aide financière du président algérien Ahmed Ben Bella et fonde sa société de production cinématographique, Casbah Films, largement financée par le jeune État algérien. Franco Solinas écrit alors sur un nouveau scénario, fondé en partie sur les mémoires de Saâdi, mais également sur ses propres recherches.
Tournage Le tournage de La Bataille d'Alger débute en 1965, trois ans après la fin des hostilités en Algérie, et dure six mois. Le film est tourné avec des non-professionnels, à l'exception de Jean Martin, signataire du Manifeste des 121, dans le rôle du colonel Mathieu à la tête des parachutistes français. Ali la Pointe, interprété par Brahim Hadjadj (crédité sous le nom de Brahim Haggiag au générique), est découvert par Gillo Pontecorvo dans une rue d'Alger. Yacef Saadi interprète son propre rôle, celui de chef FLN de la zone autonome d'Alger.
Ce film a été tourné dans la Casbah d'Alger, caméra à l'épaule. Les combattants survivants de la bataille d'Alger de 1957 ont servi de conseillers techniques. Certaines scènes d'intérieur, dont celle de la réception au cours de laquelle le commissaire prend congé d'une maîtresse de maison, ont été visiblement réalisées en France. Les premières images ont été tournées à la cité Climat de France, , construite par l'architecte Fernand Pouillon juste au-dessus de Bab El Oued.
Le tournage ayant eu lieu à Alger au moment du coup d'État de 1965, les chars utilisés pour le film ont entraîné la confusion des autorités avec les vrais chars du putsch, ce qui a grandement facilité ce dernier.
Comparaison avec les faits réels Le film se base sur des faits réels. Ainsi on voit le commissaire et Henri qui vont rue de Thèbes dans la Casbah d'Alger, poser une bombe. L'attentat fait de nombreuses victimes tuées dans leur sommeil ( et une centaine de blessés). Plusieurs d'entre elles sont des enfants.
Le passé de délinquant du héros du film, Ali la Pointe, est évoqué. Son côté romantique transparaît principalement dans sa volonté de lutter sans concession (il est contre l'arrêt des attentats pendant la grève générale) et surtout dans son sacrifice final, préférant la mort, de lui et d'autres, plutôt que la capture et la torture déshumanisante. Son courage, ainsi que celui de beaucoup de combattants algériens morts pour leur cause, sera salué par le colonel Philippe Mathieu (inspiré de la figure du colonel Bigeardle colonel Mathieu, inspiré de la figure du général Bigeard, dans le film La Bataille d'Alger'). vignette|Brahim Hadjadj dans le rôle de Ali la Pointe dans le film La Bataille d'Alger. Les attentats du FLN sont bien présentés comme des actes de terreur : assassinats de gendarmes et de policiers, scène des attentats à la bombe dans le Bar, la discothèque et l'agence Air France, où la caméra s'attarde longuement sur les victimes avant l'explosion : des gens tout à fait normaux, des enfants (comme ce fut le cas pour Nicole Guiraud () et Danielle Michel-Chich () victimes de l'attentat du Milk-Bar). Après l'explosion, le calvaire des victimes est également abondamment présenté, amplifié par le fait que quelques minutes auparavant ceux-ci étaient tranquillement en train de danser ou de boire un verre.
Le colonel Mathieu est présenté comme un soldat digne qui a une mission difficile, et qui doit utiliser des moyens exceptionnels. À aucun moment il n'est présenté comme un monstre ou un tortionnaire. Dans de très nombreuses scènes le personnage a le loisir d'exprimer son point de vue et de justifier ses actions'. Le colonel Mathieu présente l'« interrogatoire » comme méthode pour obtenir des réponses. Cependant, historiquement la torture a commencé avant l'intervention de l'armée.