La statue du Colleone est une statue équestre en bronze représentant le condottiere Bartolomeo Colleoni. Elle se dresse sur le campo dei Santi Giovanni e Paolo à Venise, face à la Basilique San Zanipolo. Elle est l’œuvre du sculpteur florentin Andrea Del Verrochio qui y travailla de 1483 à 1488, et d'Alessandro Leopardi, qui l'a fondue après son décès.
Histoire de l'œuvre Bartolomeo Colleoni est un célèbre condottiere italien du . À partir de 1454, il servit la république de Venise avec le titre de général en chef (capitano generale). Il mourut en 1475 en laissant un testament dans lequel il léguait une partie de sa fortune, évaluée à 231.983 ducats, à Venise. Un codicille avait été ajouté au testament. Bartolomeo Colleoni y demandait qu’on érigeât sur la place Saint-Marc une statue le représentant sur un cheval de bronze (super equo brondeo) afin de perpétuer sa mémoire (ad memoriam perpetuara). Il avait compris que la statue équestre de Gattamelata réalisée par Donatello à Padoue avait assuré la gloire du condottiere dans toute l'Italie, mais il n'ignorait pas non plus comment la Sérénissime avait réussi à s'en approprier le mérite. Il laissait 100 000 ducats à la République destinés spécifiquement à sa réalisation.
Choix du lieu Le , le Sénat vénitien accepta d’édifier un monument équestre célébrant la mémoire de Bartolomeo Colleoni. Il refusa toutefois de l‘ériger place saint-Marc, qui était, avec la basilique Saint-Marc, au cœur de la vie de la cité, d'autant plus, comme l'a souligné Giles KnoxGiles Knox, The Colleoni Chapel in Bergamo and the Politics of Urban Space, The Journal of the Society of Architectural Historians, Vol. 60, No. 3., que les chevaux de Saint-Marc, sans cavaliers ni mors, étaient devenus les symboles de la liberté de Venise. La place était aussi le lieu où se déroulaient les cérémonies collectives de la Sérénissime et la gloire d'un capitaine, aussi puissant qu'il ait été, ne pouvait s'y afficher sans faire de l'ombre à celle de la République. Le Sénat décida donc d'interpréter les conditions posées par Colleoni dans ses dernières volontés sans les contredire, en choisissant d'ériger en 1479 sa statue, non pas place Saint-Marc (Piazza San Marco), mais dans un quartier plus éloigné du centre de la ville devant la Scuola San Marco, sur le campo dei Santi Giovanni e Paolo.
En 2007, après trois ans de rénovation, la statue a été remise à cette place.
Deux sculpteurs La statue est l'œuvre d'Andrea Del Verrochio qui arriva à Venise au printemps 1483. Vasari écrit qu'il s'agissait là d'une commande : « Ils avaient entendu parler d'Andrea, le firent venir à Venise et le chargèrent d'exécuter en bronze la statue du capitaineGiorgio Vasari, Le vite de più eccelenti pittori, scultori e architettori, 1550 puis 1568 (édition française sous la direction d’André Chastel, Berger-Levrault, 1981-1989). » Cependant, une autre source, le père dominicain Felix Fabri, s’arrêtant à Venise avant son pèlerinage en terre sainte, écrit dans son récit de voyageFélix Fabri, Evagatorium Fratris Felicis in Terrae sanctae, Arabiae et Egypti peregrinationem, publié en 3 tomes, Stuttgart, 1843-1849, édité en français sous le titre Les errances de Frère Félix, pèlerin en Terre sainte, en Arabie et en Égypte (1480-1483), Publications de l'Université Paul-Valéry de Montpellier et du CERCAM 2000. qu'une compétition fut organisée entre trois sculpteurs. Il décrit les trois modèles en lice : le premier en bois recouvert de cuir noir (corio nigro) le deuxième en terre cuite (ex luto et in fornace decoxit) et le troisième en cire (ex cera) à taille réelle du cheval. Il affirme que c'est le modèle en cire qui l'emporta. Verrochio est alors un peintre et un sculpteur très renommé qui, à partir de 1470, se consacre à la sculpture, en particulier celle en bronze où il excelle.
Verrochio meurt en 1488, sans avoir mené à bien le dernier stade de son travail, celui de la fonte de la statue. Les figures du cavalier et du cheval sont déjà moulées dans l'argile, mais la fonte du métal reste à faire ainsi que le piédestal. C'est finalement le sculpteur vénitien Alessandro Leopardi qui en est chargé, bien que Verrochio, dans son testament du , ait recommandé pour cette tâche son élève Lorenzo di Credi. Leopardi dessine aussi le piédestal en pierre d'Istrie, orné de six colonnes corinthiennes qui rappelle la statue équestre de l'empereur Domitien de Rome. Il réalise aussi les détails de l'armure et du harnachement et n'hésite pas à signer l'œuvre sur la bride du cheval.
La statue fut dévoilée aux vénitiens le .
Description Verrocchio a repris la formule employée par Donatello pour son Gattamelata : le cheval va l'amble, les deux jambes se déplaçant du même côté. La statue dégage une impression de puissance et de tension. La musculature du cheval est traitée de façon particulièrement réaliste et Bartolomeo Colleone, comme l’écrivait Germain Bazin, est représenté « tendu, rassemblant ses rênes, afin de lancer sa monture dans le combatGermain Bazin, Le monde de la sculpture des origines à nos jours, Taillandier, 1972. ». Cette tension est renforcée par l’opposition entre le mouvement de la tête et celui des épaules.
Le condottiere est vêtu comme un capitaine de son époque. Il est figuré comme meneur d'hommes.
La sculpture déborde de son piédestal. Selon André Suarès cité dans La majesté des centaures : « Colleone à cheval marche dans les airs, il ne tombera pas. Il ne peut choir. Il mène sa terre avec lui. Son socle le suit[…] Il a toute la force et tout le calme. Marc-Aurèle, à Rome, est trop paisible. Il ne parle pas et ne commande pas. Colleone est l’ordre de la force, à cheval. La force est juste, l’homme est accompli. Il va un amble magnifique. Sa forte bête, à la tête fine, est un cheval de bataille ; il ne court pas, mais ni lent ni hâtif, ce pas nerveux ignore la fatigue. Le condottiere fait corps avec le glorieux animal : c’est le héros en armes. »
Analyse La statue du Colleone est marqué par l'influence de la statue équestre de Marc-Aurèle : l'antérieur du cheval est levé, le postérieur diagonalLe postérieur est la jambe arrière du cheval. Le postérieur diagonal est situé en diagonale par rapport à la jambe antérieure (= avant) citée. Ex: Par rapport à l'antérieur droit, le bipède diagonal est le postérieur gauche. en mouvement mais toujours posé au sol. Il s'agit d'un « piaffer allant, une allure nerveuse dont la majesté surprend ». Selon Nicolas Chaudun, la statue du Colleone marque, comme d'autres statues de condottiere de la Renaissance italienne, l'apogée de ce canon.
Elle fait aussi référence à la statue équestre du monument funéraire de Paolo Savelli qui est érigé dans l'église des Frari. Elle s'oppose toutefois à celle du Gattamelata par l'animation qui s'est emparée du cheval et de son cavalier. La tête tournée de l'animal, à l'anatomie puissante, sa jambe levée, celles du cavalier tendues alors qu'il est dressé sur ses étriers, regardant ses ennemis dans un violent contapposto, confèrent une vigueur tout à fait nouvelle au groupe équestre.
Postérité Cette statue a servi de modèle à de nombreuses autres. À Paris notamment, à la fin du , les statues équestres célèbrent davantage des héros historiques canonisés voire mythiques, comme Charlemagne, devant Notre-Dame, ou Saint Louis, devant le Sacré-Cœur. « L'heure est au nationalisme revanchard et c'est le modèle martial et fougueux du Colleone de Verrochio qui inspire ces effigies », page 338.
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Notes et références
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