Josep Maria Sert i Badia, né le à Barcelone et mort le dans cette même ville, est un peintre et photographe catalan.

Biographie Fils d'un célèbre artiste tapissier catalan, Josep Maria Sert i Badia fréquente une école jésuite avant de suivre un enseignement à domicile.

À Barcelone, il fréquente le Cercle artistique de Sant Lluc, association d'artistes catholiques avec une esthétique conservatrice. Il se rend aussi régulièrement à la brasserie Els Quatre Gats, lieu de rencontre des artistes et des intellectuels plus progressistes. Ces deux groupes d'artistes différents voire contraires font osciller l'artiste entre traditionalisme et modernisme rénové.

En 1899, il s'installe à Paris dans un atelier luxueux ayant appartenu à Horace Vernet. Son réseau d'amis connus à Barcelone (Vincent d'Indy et Isaac Albéniz) lui permet de rencontrer des personnalités artistiques liées au courant symbolique. Siegfried Bing lui commande la décoration de la salle à manger du Pavillon de l'Art nouveau pour l'Exposition universelle de 1900. Son œuvre intitulée Hommage à Pomone ou Le Cortège de l'abondance n'est remarquée par aucune critique.

En 1900, il demande à l'évêque Torras i Bages de décorer une église de son diocèse. Ce dernier choisit la cathédrale de Vic. Pour enrichir ses sources d'inspiration, l'artiste décide de parcourir l'Italie avec une préférence pour Venise.

En 1907, l'artiste présente quelques esquisses de Vic au Salon d'automne qui suscite la reconnaissance critique (planéité revendiquée, thème allégorique et couleurs lumineuses). Sa rencontre avec Misia, célèbre égérie des artistes, lui permet d'enrichir son réseau parisien et de voir ses commandes augmenter de manière significative. Ses clients sont essentiellement des aristocrates : le marquis d'Allela à Barcelone pour sa salle de bal en 1910, la princesse de Polignac pour son salon de musique en 1911, la comtesse de Béhague pour un plafond de son hôtel en 1912, Sir Saxton Nobel à Londres pour son grand salon en 1913.

Le projet de Vic est progressivement abandonné car l'artiste doit mener de front la réalisation de plusieurs œuvres simultanément. De plus, ses assistants français en raison de la guerre doivent quitter le chantier de la cathédrale. La pénurie de matériaux puis la mort de l'évêque en 1916 provoquent la suspension des travaux.

Il a mené une vie mondaine très intense toute sa vie. Il s'est marié une première fois en 1920 avec Misia, qui était sa maîtresse depuis 1908. Il participe au célèbre convoi d'ambulances organisé par Misia qu'il a peint dans Allégories de la première guerre mondiale en 1916. En 1916, il réalise les décors et les costumes des Ménines de Diaghilev. En 1922, l'avocat et homme politique catalan Francesc Cambo finance la reprise du projet de la décoration de la cathédrale de Vic.

Sa réputation artistique devient largement internationale avec l'exposition d'esquisses, maquettes et panneaux à New York chez Wildenstein en 1924. Sa clientèle huppée s'agrandit et s'internationalise aussi. En 1926 il expose les toiles du nouveau projet de Vic au Jeu de Paume et les installe en 1927.

Il se remarie en 1927 avec la « princesse » géorgienne Isabelle Roussadana, dite Roussy, fille de Zakharias Mdivani. Après la mort de Roussy en 1938, Sert se rapproche de Misia, chacun conservant son appartement respectif.

Ses peintures très populaires augmentent ses commandes privées et publiques, en Europe comme aux États-Unis (Hôtel de Ville à Barcelone en 1929, salle à manger de l'hôtel Waldorf-Astoria de New York en 1931, ancienne église de San Telmo à Saint-Sébastien en 1932, palais de justice de Barcelone et de Saint-Sébastien, résidences de personnalités espagnoles et étrangèresSalle de bal de l'hôtel de Wendel, Paris, musée Carnavalet, deux paravents pour Baba de Faucigny-Lucinge et son époux Jean-Louis de Faucigny-Lucinge.. Plusieurs de ces décors privés sont réalisés dans des villas des Baléares ou dans des demeures en ArgentineExposition du 8 mars au 5 août 2012 à Paris : le Petit Palais propose de redécouvrir cet artiste. José María Sert, le Titan à l’œuvre (1874-1945)ouvre les portes de son atelier, pour montrer la force de son art, l’originalité de sa méthode et l’éclat de sa vie. Annonce de l'exposition en vidéo : http://dai.ly/GAGtzT Sur le site du Petit Palais : http://www.petitpalais.paris.fr/fr/expositions/jose-maria-sert-le-titan-a-loeuvre-1874-1945.Vidéo réalisée pendant le montage : http://link.brightcove.com/services/player/bcpid1330248265001?bckey=AQ~~,AAAAjgltpmk~,3G6d8W41NOQ19IiTezZ7ZLKgEaJIflU4&bctid=1492088875001.Livres de référence : Alberto Del Castillo, José María Sert, su vida y su obra, Barcelone-Buenos Aires, Librería Editorial Argos, 1947 ; Catalogue de l'exposition José María Sert, Le Titan à l'œuvre (1874-1945), Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris / Paris musées, 2012. ..

En , il devient un membre honoraire de l'Académie royale des Beaux-Arts San Fernando de Madrid.

La cathédrale de Vic est incendiée quelques semaines après le début de la guerre civile espagnole. La chapelle du palais de Liria à Madrid décorée aussi par Sert et propriété du duc d'Alba est aussi victime d'un incendie.

En 1935-1936 par l'intermédiaire de Salvador de Madariaga, Sert fut chargé de l'ornementation de la grande salle du Conseil du Palais de la Société des Nations à Genève, développant une série d'allégories de guerre et de paix, du progrès de l'Humanité, de la justice et du droit international.

En 1937, pour l'Exposition universelle de Paris, celle où est présenté Guernica de Picasso au pavillon de l'Espagne, commande du gouvernement républicain espagnol pour cette occasion, Sert présente l'Intercession de sainte Thérèse de Jésus dans la guerre civile espagnole pour le pavillon du Vatican, qui est alors le représentant officieux de Franco, en en plein guerre civile espagnole.. En décembre cette même année il signe le Manifeste aux intellectuels espagnols, un manifeste de soutien implicite à Franco, avec de nombreux intellectuels de la droite nationaliste française.

En dépit de son âge, il reprend pour la troisième fois la décoration de la cathédrale de Vic. Impulsé par Franco, ce nouveau chantier est inauguré en et Sert meurt seulement quelques semaines plus tard le , à à Barcelone à la suite d'une intervention chirurgicale.

Il est enterré dans la cathédrale de Vic.

Il est l'oncle de l'architecte Josep Lluís Sert (1902-1983).

Un artiste tombé en désuétude Contrairement à de nombreux artistes qui accèdent à la célébrité après leur mort, Sert réalise le parcours inverse : connu de son vivant et tombé dans l'oubli après sa mort. Une rétrospective a été organisée en 1987 en Espagne. Avant une exposition rétrospective au Petit Palais à Paris en 2012, sa dernière exposition significative en France avait eu lieu en 1926 alors que l'artiste a réalisé la majorité de son parcours artistique dans ce pays. Plusieurs raisons expliquent cet oubli. Les analystes littéraires et artistiques après la seconde guerre ne se sont intéressés qu'aux mouvements de rupture. Or, Sert s'affiche comme un héritier de la grande tradition picturale en recherchant théâtralité et sensualité et ne peut être catalogué d'avant-gardiste.

Par ailleurs, les œuvres de Sert sont difficilement présentables. Sa peinture décorative ne peut être présentée en la dissociant de son environnement, contrairement à la peinture de chevalet qui peut être observée en toute autonomie. De plus, ses œuvres monumentales bien qu'amovibles sont lourdes impliquant un déménagement difficile et coûteux et des salles d'exposition adéquates. En outre, sa peinture sur commande est en majorité pour le domaine privé et est donc inconnue dans l'espace public.

Singularité artistique Un personnage à contre-courant Son aventure plastique est centré sur l'art monumental avec une maîtrise de la peinture à grande échelle, marqué par le baroque et le rococo.

Cet artiste est un personnage à contre-courant car il est en marge des avant-gardes. Au sujet de son éloignement des tendances contemporaines de l'art, à l'origine de sa solitude d'artiste, il a écrit :

Ses peintures murales sont imposantes. Son goût pour la monumentalité, l'excès, la générosité extrême sont des caractéristiques particulières de son œuvre. Il a une conception wagnérienne de l'art. Il est qualifié de moderniste, noucentiste, symboliste et surréaliste. Sa production est prolifique (décors de théâtre, costumes, ballets, illustrations). Il a toujours été obsédé par la tridimensionnalité et le volume.

Il est à la lisière de l'architecture, du design, du dessin et de la peinture.

Ses sources d'inspiration sont le Tintoret, Tiepolo, Goya de la période allant de San Antonio de la Florida aux Peintures noires, Michel Ange avec ses personnages colossaux et Rubens.

Dans l'entre deux guerres, il symbolisait l'héritage des peintres de la fin de la Renaissance et du baroque et la reformulation moderne de la peinture murale.

Au début des années 1920, cinq thématiques sont récurrentes dans son œuvre : le théâtral en lien avec le spectacle, l'exotique, l'artificiel, le grotesque et le fictif autour de l'Orient, du cirque, de la foire et du carnaval. Seules les évocations décoratives et suggestives de ces sujets intéressent l'artiste. Par exemple, ce n'est pas le monde du cirque en lui-même qui importe à l'artiste mais l'effet visuel des mouvements des équilibristes en action. Progressivement, ces œuvres vont s'imprégner d'une atmosphère espagnole, d'une tonalité folklorique, populaire et méditerranéenne.

Des motifs reviennent sans cesse dans ses œuvres : des gestes exagérés comme les bras ouverts en demi-cercle, des rangées de personnes, des parures et des costumes, des tours humaines, des figures de porcelaine (bouddha assis, éléphant), des personnages (le chinois, le vieux, le musicien, le géant ou fortiche, la femme de dos). Les nymphes dansantes sont présentes dans sa peinture pendant toute la décennie des années 1920.

Des méthodes de travail innovantes Ses études préparatoires sont très nombreuses avec une multiplication des esquisses sur des supports différents et dans des dimensions variées. Il procède par variations et modulations, par réutilisation et modification de motifs et de thèmes constamment retravaillés.

L'aspect le plus moderne de l'œuvre réside dans sa méthode de travail. Le principe de la division du travail est appliqué dans son atelier. Des artisans spécialisés exécutent les différentes étapes de la création. L'artiste lui assure la direction, la coordination, le projet, l'esquisse et les retouches finales. Il emploie des moyens traditionnels propres à l'artisanat et d'autres plus en lien avec la modernité comme le montage, l'assemblage et la fragmentation. Il travaille avec une équipe d'assistants spécialisés.

Les premières esquisses et ébauches réalisées dès la commande ont pour but de mettre en cohérence le thème et le programme décoratif organisant dans l'espace la distribution des peintures et dessinant les lignes générales des masses et du mouvement.

Pour connaître les lieux à décorer, il s'appuie sur des plans, des photos envoyés par ses clients car il travaille dans son atelier parisien.

Lorsque le programme décoratif a été choisi, l'artiste multiplie les études à partir de toiles quadrillées, d'hémisphères en plâtre couverts de hiéroglyphes, des croquis et des photographies. L'esquisse est ensuite transposée sur la toile par la technique de la mise aux carreaux. Mettre aux carreaux signifie tracer des lignes verticales et horizontales se coupant à angle droit sur toute la surface d'un modèle. Sur un nouveau support, les carreaux sont ainsi reproduits. L'intérêt du procédé est de reproduire à la même échelle ou à une échelle différente un modèle original peint ou dessiné.

Sur les lieux directement à décorer, il apporte les dernières corrections au moment du marouflage.