vignette|redresse=1.1|Extension est de la ville de Bruxelles, quartiers et parcs.

Le quartier Léopold () est un quartier de l'extension est de la ville de Bruxelles, incluant quelques îlots sur le territoire de la commune voisine d'Ixelles. Il se trouve entre la petite ceinture d'un côté et la gare du Luxembourg de l'autre. Il occupe un plateau peu dénivelé, idéal pour son plan en damier. Il est limité au sud par la rue du Trône, au nord par la rue Joseph II et au nord-est par le Maelbeek. Pendant 100 ans le quartier de la noblesse et de la haute bourgeoisie, il est aujourd'hui englobé dans le quartier européen, avec lequel il est parfois confondu.

Au , la plupart des hôtels de maître et des maisons bourgeoises du quartier sont remplacés par des bâtiments administratifs, d'abord liés au gouvernement belge, puis aux institutions européennes. S'ensuit un afflux de bureaux de lobbying venus s'installer à proximité des institutions européennes.

Historique Situation au La seconde enceinte qui entoure depuis le marque la limite entre ville et campagne jusqu'au début du . Depuis les portes de Louvain et de Namur, les chaussées de Louvain, de Wavre et d'Ixelles permettaient de traverser la vallée du Maelbeek.

Le tracé du Maelbeek vient définir le tracé de la chaussée d'Etterbeek qui relie alors la chaussée de Wavre et la chaussée d'Ixelles à la chaussée de Louvain, elle se fait paver, en 1720, au coût des meuniers et agriculteurs de la vallée. Sur le plateau entre le Maelbeek et la ville on trouve à l'époque sept fermes à cens, trois maisons, granges et étables, huit vergers, cinq potagers, trois parcelles de champ et dix prairies.

Démantèlement des fortifications L'empereur Joseph II ordonne, le (publication le ), le démantèlement de la plupart des places fortes des Pays-Bas, dont Bruxelles. L'énorme surface ainsi libérée est principalement vendu aux enchères à 15 acheteurs particuliers, avec comme but d'en faire des terres agricoles. Il n'est point question d'une éventuelle extension de la ville. Le décret du qui organise les terres annexées à la France en départements limite la ville de Bruxelles par ses remparts : Les terrains des anciennes fortifications, comme tout ce qui se trouve au-delà passent aux nouvelles communes de Saint-Josse-ten-Noode, Etterbeek, Ixelles etc..

L'époque napoléonienne est pour Bruxelles une des ordonnances non réalisées : ni l'utilisation des fossés à l'ouest de la ville pour la construction d'un canal de Charleroi (1804), ni la permission à la ville d'annexer à nouveau Saint-Josse, Ixelles et Etterbeek (1804), ni l'aménagement d'un boulevard à la place des remparts et les terres des anciennes fortifications avancées () ne se réalisent dans les faits.

Le roi Guillaume retourne, par décret du le terrain des anciennes fortifications à la ville. Le , la ville organise un concours pour l'aplanissement des ruines des remparts et leur remplacement par des boulevards. Le , le projet de l’ingénieur Jean-Baptiste Vifquain en sort vainqueur. Vifquain prévoit deux conceptions des boulevards différents. À l'ouest, où les terrains « acquerraient difficilement des occupants bâtisseurs », il milite pour la construction du canal de Charleroi. À l'est, qui présente « des emplacements convenables pour la demeure de nos princes », il prévoit des larges artères, avec plantations, jardins et fontaines.

Vifquain se concentrant d'abord sur le côté nord, c'est l'architecte Charles Vander Straeten qui réalise la section entre les portes de Louvain et de Namur, entre 1821 et 1826, selon un plan plus simple et moins onéreux que prévu par Vifquain. Le nouveau boulevard et sa grille de l'octroi collent, sur tout le côté est, à la limite extérieure des anciennes fortifications, et il prend moins de place que celles-ci. La ville gagne donc plein d'îlots à bâtircf. . Les nouveaux îlots entre le parc de Bruxelles et la petite ceinture, ainsi aménagés, et surtout le palais du Roi Guillaume, qui s'y trouve, vont servir comme exemple pour le futur quartier Léopold.

En 1816, la ville compte quatre petits noyaux de faubourgs : devant les portes de Flandre, de Louvain, de Namur et de Hal. En 1840, ce sont surtout ceux des portes de Flandre et de Namur qui se sont développés, et deux grands faubourgs s'y sont ajoutés, devant la porte de Schaerbeek d'un part et entre les portes du Rivage et d'Anvers d'autre part. Un septième faubourg est alors en préparation : Le quartier Léopold, entre les portes de Namur et de Louvain.

Le quartier du « gratin de Bruxelles » vignette|Plan de Tilman-François Suys. vignette|Débuts du quartier Léopold sur une carte de 1840.

L'ingénieur Félix Dubois de l'Établissement géographique de Bruxelles est le premier de proposer, en 1836, un plan d'ensemble pour l'extension de la ville par des faubourgs. Il transpose la vision de Vifquain sur des boulevards de caractère différents sur les futurs quartiers au-delà : le « quartier du Travail » pour les pauvres la vallée de l'ouest de la ville, et le « quartier de Repos » pour les riches sur les hauteurs de l'est. Mais il situe le futur quartier résidentiel des riches aux abords de la future « avenue Louise ». L'emplacement du futur quartier Léopold est, chez lui, encore désigné d'accueillir une extension du quartier gouvernemental, avec nouveau palais du Roi, des casernes, un champ de Mars etc..

Le quartier est finalement le produit d'une initiative privé. Le , Ferdinand de Meeûs et ses associés Jacques Coghen et François Xavier Benard créent une première société civile pour l'acquisition de biens immeubles et achètent les terres de Saint-Josse-ten-Noode. Quand, le ils créent, avec un capital de 5 millions de franc-or de la Société Générale de Belgique et de ses filiales la Société civile pour l'agrandissement et l'embellissement de Bruxelles, ils peuvent déjà apporter 42 hectares de terrain. Les statuts de la société mentionnent déjà le nom prévu pour le quartier à construire : Quartier Léopold, d'après le roi Léopold Ier, qui fait partie des actionnaires

La société achète dans la suite encore 33 hectares en plus et fait prolonger les rues aménagées en 1821 entre le parc de Bruxelles et la petite ceinture droite vers l'est, reproduisant ces îlots plusieurs fois, ce qui donne au nouveau quartier un plan en damier. Les plans pour ce projet sont de la main de l'architecte Tilman-François Suys et approuvés par sanction royale le . Son projet sert comme modèle pour les debut des travaux, mais n'est jamais complètement réalisé. Suite à une démande de la société dès 1837, la ville ouvre des nouvelles portes pour rendre le nouveau quartier accessible : La porte Léopold, rue Belliard (1839), la porte de la Loi, rue de la Loi (1842) et la porte du Jardin Zoologique, rue Montoyer (1846).

Suys prévoit une hiérarchisation claire des rues : Les rues de la Société Civile (aujourd'hui rue de la Loi), Belliard et Guimard étant les plus larges et plus prestigieuses, suivi par les rues parallèles Joseph II, Montoyer et du Luxembourg. Tous assez larges pour permettre à une carosse de faire démi-tour. Ces axes devraient accueillir des demeures aristocratiques avec portes cochères et écuries, les rues perpendiculaires, plus étroites, accueillir des maisons bourgeoises avec jardin. Les actuels square de Meeûs (d'abord appelé Place de l'Industrie), square Frère Orban (d'abord Place de la Société civile) et place du Luxembourg ferment leur perspective, au debut prévu sans plantations.

Les débuts du nouveau quartier sont lents. La société démande un prix élévé pour les terrains, comparé au faubourg de Cologne, dont le dévéloppement commence en même temps. Le sol n'est pas encore nivellé. Mais peu à peu le succès vient. Jean-Pierre Cluysenaar construit un grand hôtel pour le baron Goethals en face au Palais des Académies, Alphonse Balat le Palais du marquis d'Assche sur làctuel square Frère-Orban. D'autres suivent.

Des édifices prestigieuses prévus, la plupart ne se réalisent pas, entre autres parce que des institutions nationales devraient se trouver dans la capitale, et le quartier se trouve toujours dans la commune de Saint-Josse. Seule, l'église Saint-Joseph (Bruxelles) (1849) et le jardin zoologique (1851) se réalisent dans un premier temps . L'église rentre dans le programme, que Ferdinand de Meeûs prévoit pour le nouveau quartier : il est censé rassembler un milieu conservateur et catholique. Elle ne devient jamais une paroisse. Une fois achevée,elle est cédée en 1849 à l’ordre des Rédemptoristes, et le beau monde s'y retrouve à la messe.

En style néoclassique homogène, les maisons suivent le même modèle : entresol avec cuisine et buanderie, bel étage à trois pièces en enfilade, étage des chambres et combles pour les domestiques. Le quartier Léopold acquiert très vite la réputation d'être le plus riche et le plus en vogue de la capitale. En , 115 hôtels particuliers y sont déjà construits et abritent quelque 500 habitants.

vignette|Une partie du quartier Léopold sur la vue de Bruxelles de Stroobants, en 1854. vignette|Carte de l'Institut cartographique militaire, 1894.

Après avoir réussi de repousser, en 1835, le sécessionnisme de certains habitants du Faubourg de Schaerbeek autour de la rue Royale qui voulaient créer leur propre commune, Saint-Josse doit se résigner à la loi du , qui la fait perdre plus que la moitié de son territoire, 142 hectares sur 253, le quartier Léopold et le territoire du futur quartier des Squares à la ville de Bruxelles, et ce pour une indemnisation de seulement et après avoir soutenue la Société du quartier Léopold pendant des longues années. Une première demande de la ville dans ce sens ayant échoué au niveau national, en 1847, maintenant elle obtient la très large majorité des parlementaires avec l'argument qu'elle seule savait financer le viaduc, par lequel la rue de la Loi est prolongé vers le futur quartier Schuman et la nouvelle plaine de manœvres* .

La ville de Bruxelles regagne de cette manière , en grande partie des nobles fortunés, riches industriels ou commerçants qui ont quitté le centre-ville, ainsi que leurs domestiques.

Dans le quartier on trouve les familles de Blommaert, d’Oultremont, Desmanet, de Rouillé, de Liedekerke, Goffinet, d’Huart, van der Burch, Spoelberch, van den Steen, Terlinden, Snoy, Houtart, van der Straten, della Faille, de Ligne, de Lichtervelde, de Beauffort, Warocqué, Guinotte, Boël, Malou, Lippens, Lambert, Cassel, Allard, Brunner, Empain, Brugmann, Loewenstein , Hirsch, May, Goldschmit, Philippson, d’Aspremont Lynden ...

La plus grande partie des propriétaires du quartier se définit comme rentiers ou rentières. L’aristocratie y est dominante. Il y a cependant des nobles qui habitent ailleurs, et la haute bourgeoisie dans le quartier. Au cours du , en Belgique, ces deux milieux fusionnent par des nombreuses intermarriages. Plus que la moitié des nobles que recense l'annuaire mondain High Life de Belgique à Bruxelles en 1900, habitent le petit quartier Léopold. Le nom du quartier, encore plus dans sa forme abrégée, devient un designateur social : « Elle est vraiment très Q.L.! » signale la « manière d’être de la haute société bruxelloise, un style de vie, un état d’esprit, une mentalité, très conventionnelle, traditionaliste et bien pensante ».

En 1864, le quartier Léopold atteint la rue d'Arlon, au bout du plateau à déclivité faible. En 1865, la Société Civile est liquidé. Pour ce qui est le terrain plus raide qui descend vers la Maelbeek. c'est la Compagnie immobilière de Belgique, une autre filiale de la Société générale, qui prend le relais, et se charge du lotissement sur 12 hectares supplémentaires. Les nouvelles rues s'y remplissent rapidement des maisons bourgeoises.

vignette|Square Frère-Orban, en 1910.

Au début du l'ambassadeur américain décrit le quartier comme suite :