En France, le comité central de la Garde nationale est pendant la Commune de Paris une assemblée formée des délégués élus par les membres de la Garde nationale. C'est l'instance exécutive de la Fédération de la Garde nationale. Ce comité dirige de fait la ville de Paris du au .

Origines Une milice bourgeoise

Depuis sa création par un comité d'électeurs parisiens pendant la Révolution française, en 1789, la Garde nationale prend la forme d'une milice bourgeoise chargée du maintien de l'ordre et qui participe, aux côtés de l'armée et de la police, au contrôle politique de la ville, mais également à la défense militaire du pays en temps de guerre. Ses membres sont recrutés parmi les citoyens aisés dits « actifs », c'est-à-dire les hommes de 18 à qui paient une contribution directe égale à trois journées de travai..

La Garde nationale s'associe parfois aux soulèvements populaires, comme lors des journées révolutionnaires de 1830 et 1848, mais elle peut également défendre l'ordre établi et réprimer l'insurrection comme lors des journées de Juin 1848. Elle symbolise ainsi, comme l'explique l'historien Pierre-Henri Zaidman, les aspirations du peuple : .

La Garde nationale pendant le siège de Paris Un recrutement élargi aux classes populaires fait évoluer l'organisation de la Garde nationale devant la menace d'un conflit armé avec la Prusse, notamment par l'instauration d'une Garde nationale mobile avec le vote de la loi Niel en 1868. Les effectifs de la garde parisienne, réduits à et pendant le Second Empire, sont doublés après la déclaration de guerre qui intervient le , mais le recrutement est lent. Le conflit tourne au désastre pour l'armée française : l'empereur capitule à Sedan le , la République est proclamée le et le siège de Paris commence le .

Entre-temps, le gouvernement de la Défense nationale augmente considérablement les effectifs en ouvrant le recrutement des gardes nationaux aux classes populaires : le , un décret du ministre de l'Intérieur Léon Gambetta leur attribue une solde quotidienne minimale de ainsi qu'une aide alimentaire versées par l'intermédiaire des mairies d'arrondissement. Fin septembre, la Garde nationale compte environ regroupés en et rattachés à l'armée commandée par le général Trochu. Les bataillons de la Garde nationale sont regroupés en vingt légions qui correspondant aux vingt arrondissements, et le nombre de bataillons est proportionnel à leur population : ainsi le , le plus peuplé, dispose de , quand le n'en compte que sept. Chaque bataillon est lui-même divisé en huit compagnies, parfois plus, dont les quatre premières constituent les compagnies de guerre qui peuvent être engagées dans les opérations militaires, conformément au décret du .

Un espace de contestation politique Dans le même temps, le fonctionnement de la Garde se démocratise avec l'élection des officiers et des sous-officiers, autorisée dès le et confirmée par décret le . Des révolutionnaires comme Gustave Flourens, Adolphe Assi, Gabriel Ranvier ou Eugène Varlin se font élire et la milice se radicalise politiquement : sous l'impulsion de leur chef, de nombreux gardes nationaux prennent part aux journées insurrectionnelles du ou du . L'opposition est manifeste entre un gouvernement de plus en plus ouvert à la solution d'une paix négociée, et la population parisienne largement favorable à une , et avec elle la majorité des gardes nationaux qui déplorent le manque d'initiative du commandement militaire.

Au sein des bataillons, la libre opinion se diffuse et dès l'automne 1870, des comités de délégués apparaissent y compris dans les bataillons les plus bourgeois. Ces derniers se chargent notamment de l'élection des chefs de bataillons et cherchent à surveiller l'administration municipale. Le , le gouvernement, inquiet du penchant révolutionnaire qu'adopte progressivement la garde citoyenne armée, dissout les comités de délégués qui réapparaissent aussitôt sous la forme de « conseils de famille » constitués dans chaque unité pour apporter une aide matérielle aux gardes et à leurs proches. Ces conseils deviennent rapidement des lieux de discussion politique et de contestation.

Fédération de la Garde nationale Ouvertement hostile à la capitulation de Paris et la signature de l'armistice le , la Garde nationale entend s'organiser pour défendre la République menacée par la majorité monarchiste de l'Assemblée élue le et qui siège à Bordeaux. Les réunions se multiplient et le , rassemblés par l'architecte Georges Arnold au Tivoli-Vauxhall, des délégués des différents bataillons décident de l'élection d'une commission provisoire chargée d'établir les statuts d'une organisation permanente : la Fédération de la Garde nationale est en marche. Le même jour, le général Clément-Thomas, exaspéré par l'indiscipline de ses troupes, démissionne du commandement de la Garde nationale..

Le , pour célébrer l'anniversaire de la révolution de 1848, une centaine de bataillons en armes défilent autour de la colonne de Juillet pour manifester leur attachement à la République. Dans le même temps, près de issus d'environ votent une motion affirmant que la Garde nationale ne se laissera pas désarmer par le gouvernement d'Adolphe Thiers et appelle les habitants de la province à imiter la capitale. Les troupes régulières se retirent progressivement : le quartier de Belleville est abandonné le , puis le quartier des Batignolles et le dans les jours qui suivent. Le , la commission provisoire fait regrouper les canons acquis par souscription sur les hauteurs de la ville, de Montmartre à Belleville, et sur la place des Vosges, alors que les soldats allemands doivent entrer dans Paris le lendemain, conformément aux dispositions de la convention d'armistice. Pour éviter tout risque de débordement, elle recommande aux Parisiens, humiliés par cette occupation temporaire alors qu'ils ont soutenu un siège de plus de quatre mois sans être vaincus militairement, de ne pas manifester contre les troupes allemandes..

Alors que la Fédération se met en place, une autre structure de centralisation apparaît : le Comité fédéral républicain de la Garde nationale, composé uniquement de chefs de bataillon et d'officiers et qui tient ses réunions rue de Richelieu. Les deux structures fusionnent et un comité provisoire est élu le . Dans les jours qui suivent, les gardes nationaux élisent les délégués qui doivent ratifier les statuts définitifs de l'organisation révolutionnaire, adoptés le . La Fédération reçoit finalement l'adhésion de sur 242 et son organisation repose sur différents niveaux hiérarchiques. L'Assemblée générale est composée d'un délégué par compagnie, élu sans distinction de grade, d'un officier par bataillon, tandis que les chefs de bataillon en sont membres de droit. Chaque bataillon s'organise ensuite autour d'un « Cercle de bataillon » composé de trois délégués par compagnie, de l'officier et du chef de bataillon élus à l'Assemblée générale. Dans chaque arrondissement, un « Conseil de légion » est constitué de trois délégués par cercle de bataillon et de tous les chefs de bataillon.

Le « Comité central de la Garde nationale » devient en quelque sorte la commission exécutive de la Fédération et se compose de trois délégués par légion et d'un chef de bataillon élu par ses collègues. Instauré le , il compte seulement car certains arrondissements bourgeois ne sont pas représentés. Sa composition, qui comprend la plupart des membres du comité provisoire élu le , est le reflet du mouvement populaire dont il est l'émanation avec la présence de , trois artisans, trois employés, quatre hommes de lettres, trois artistes, deux architectes, un rentier et un journaliste. De même, l'Association internationale des travailleurs et les chambres syndicales comptent une vingtaine de représentants.

La nomination du général d'Aurelle de Paladines à la tête de la Garde nationale le est perçue comme une nouvelle provocation, et le , l'Assemblée vote deux mesures ressenties comme une humiliation par les Parisiens. La première prive une bonne partie des gardes nationaux de leurs ressources, en ne réservant la solde qu'aux seuls gardes pouvant prouver leur indigence. La deuxième concerne le règlement immédiat des échéances commerciales, ce qui risque d'entraîner la faillite de milliers de commerçants et artisans parisiens. L'Assemblée choisit par ailleurs de s'installer à Versailles, selon l'expression de Jacques Rougerie. Toutes ces décisions entraînent la radicalisation des éléments les plus modérés, d'autant que le général Vinoy, gouverneur de Paris, multiplie les mesures répressives en essayant d'interdire les réunions et en suspendant six journaux républicains.

Le , une nouvelle assemblée générale élit un Comité exécutif provisoire de 32 membres (des membres de la commission exécutive provisoire, des délégués du Comité central républicain des Vingt arrondissements et 3 observateurs de l'Association internationale des travailleurs. Apparaissent alors une partie des futurs membres du Conseil de la Commune de Paris : Bergeret, Arnold, Chouteau, Henry, Ostyn, Pindy, Varlin, Viard.

Le , dans la salle du Vauxhall, 1325 délégués représentant 215 bataillons de la Garde nationale votent les statuts du Comité central de la Garde nationale et nomment pour général en chef Garibaldi qui refuse. Manquent les délégués des bataillons des arrondissements bourgeois de la capitale: I, II, VII, VIII, IX et XVI arrondissements. Le nouveau comité comprend 33 membres (la plus grande partie du comité provisoire élu le , et des nouveaux qui seront aussi membres du Conseil de la Commune : Édouard Moreau de Beauvière, Allemane, Arnaud, Assi, Babick, Billioray, Blanchet, Clémence, Duval, Eudes, Geresme, Jourde, Lisbonne, Ranvier…).

La composition du Comité révèle une origine sociale populaire mais non pas prolétaire. On y trouve à côté de quelques ouvriers, des petits patrons, des petits commerçants, des professions libérales. Ce sont des républicains qui désirent défendre la République (dont l'existence semble menacée par une Assemblée nationale élue le où dominent les royalistes). Ils veulent la fin de l'armée permanente qui a montré ses faiblesses dans la récente guerre contre les Allemands et son remplacement par des milices (telle la Garde nationale). Surtout, ce sont des partisans de la démocratie directe et du droit de regard de la population sur la conduite des affaires publiques.

Le Comité central et la Commune Le comité à l'œuvre (-) vignette|Arrivée devant la mairie du 18e arrondissement des canons repris à l'armée le 18 mars 1871, gravure de J. Gaildrau. Le , après le soulèvement populaire qui condamne la tentative du gouvernement de reprendre les canons parisiens, le Comité central prend le pouvoir laissé vacant par la fuite des autorités et s'installe à l'Hôtel de ville.