Roger Bigot ou Bigod († 1107), lord de Framlingham et BelvoirFramlingham se trouve dans le Suffolk, et Belvoir à la limite du Leicestershire, du Lincolnshire et du Nottinghamshire., est un petit chevalier normand qui devient l'un des principaux barons anglo-normands après la conquête de l'Angleterre, fondant une dynastie qui a le titre de comte de Norfolk et domine l'Est-Anglie jusqu'au début du .
Biographie
Roger est peut-être le fils de Robert Bigot, le chevalier qui dénonce le complot de Guillaume Werlenc, comte de Mortain, au duc Guillaume le Bâtard vers 1055Guillaume de Jumièges,Gesta Normannorum ducum, Éd. Guizot, 1826, p.194-195.. À la suite de ce service, Robert figure parmi les gardes du duc et devient un sous-tenant mineur d'Odon de Bayeux dans le CalvadosA. F. Wareham, « Bigod, Roger (I) (d. 1107) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Guillaume de Jumièges mentionne que ce Bigot était un cousin de Richard Goz, le vicomte d'Avranches.
Les racines normandes de Bigot se trouvaient dans le bocage virois, le pays boisé du sud-BessinC. Warren Hollister, Henry I, Yale University Press, New Haven et Londres, 2001, p. 59, ..
Après la conquête de l'Angleterre
Vers 1064, Roger tient des terres dans le Calvados d'Odon de Conteville, l'évêque de Bayeux, demi-frère du duc Guillaume le Conquérant. À la suite de la conquête, il prend beaucoup d'importance, entre au service royal pour devenir en 1086 l'un des principaux barons d'Est-Anglie.
Les services qu'il rend en tant que proche conseiller et agent des trois premiers rois normands lui assurent une grande fortune foncière. D'après le Domesday Book, en 1086 il détient 6 seigneuries dans l'Essex, 117 dans le Suffolk et 187 dans le NorfolkFrancis Blomefield, Charles Parkin, An Essay Towards a Topographical History of the County of Norfolk, 1808.<ref>Pour un revenu annuel de £450, ce qui le place en milieu de classe B selon le classement proposé par C. Warren Hollister dans son Domesday Studies (1986) (C. Warren Hollister, 'ibid, p. 59 et 330).</ref>. Il acquiert la seigneurie de Belvoir par mariage, sa femme étant l'héritière de Robert de Tosny. La grande majorité des terres qu'il obtient ont été saisies à l'archevêque de Cantorbéry Stigand et son frère Æthelmar, l'évêque de Elmham en 1070, et au comte de Norfolk et Suffolk Ralph de Gaël après sa révolte en 1075. Il a très peu de terres en NormandieC. Warren Hollister, ibid, p. 330..
Roger Bigot est juge royal entre 1076 et 1079. Il est shérif du Norfolk dès 1069W. A. Morris, The Office of Sheriff in the Early Norman Period, dans The English Historical Review, vol. 33, n°130 (1918), p. 145-175., et shérif du Suffolk pour deux périodes différentes avant 1086, et encore sous Henri I. Il est possible qu'il utilise sa fonction de shérif pour se constituer un grand honneur à partir de terres confisquées au Anglo-Saxons. En 1086, à la rédaction du Domesday Book, ses domaines lui rapportent 430£ par an, ce qui en fait le quinzième plus riche baron du royaume. Il est l'un des sénéchaux du roi Guillaume le Roux, et l'un de ses familiers. Étant donc souvent à son service, il est un témoin fréquent de ses actes juridiques28 au total dont 2 lui sont adressés (C. Warren Hollister, ibid, p. 330).. Il est aussi envoyé en Est-Anglie en tant que juge royal ambulant ou commissaire.
En 1087, Guillaume le Roux lui retire son office de shérif du Norfolk. Bigot participe alors à la rébellion de 1088, qui projette de remplacer le roi par son frère aîné Robert Courteheuse, le duc de Normandie. Roger fortifie le château de Norwich et dévaste le territoire l'entourantBernard Burke, Dormant, Abeyant, Forfeited, and Extinct Peerages, Burke's Peerage, Ltd., Londres, 1883, p. 53.. Il est pardonné par le roi, comme beaucoup d'autres après la répression royale. Ce dernier reconnaissant son erreur lui redonne l'office de shérif en 1091.
Sous le règne d'Henri I
Son influence grandit encore après l'expédition du duc de Normandie en 1101 pour s'emparer du trône de son frère Henri I. Robert Malet, l'un des grands barons d'Est-Anglie s'étant rangé aux côtés du duc, ses vastes possessions lui sont confisquées, et l'honneur d'Eye rattaché à la couronneWilliam Page, id, p. 16.. Bigot est loyal et dévoué à Henri I. Il est l'un de ses sénéchaux, et un proche conseiller, avec Hugues d'Avranches, Richard de Reviers, Robert I de Meulan entre autresOrderic Vital, Histoire de la Normandie, éd. Guizot, 1826, tome 4, livre X, p. 76.. À la suite d'un don du roi en 1101, il obtient la seigneurie de Framlingham (Suffolk) et son château, celui-ci devenant le siège familial des Bigot jusqu'à leur disparition en 1306.
Il fonde en 1103, avec sa femme Alice, le prieuré de Thetford (Norfolk) dans l'église duquel il est inhuméOrderic Vital, id, tome 4, livre XI, p. 242.. Son monastère devient l'un des principaux d'Est-Anglie.
C'est parce que des hommes tels que Bigot leur étaient fidèles que les rois normands purent régner. Grâce à cette noblesse ministérielleFrank Barlow, William Rufus, Yale University Press, 1983, ., l'administration pouvait fonctionner, la politique du royaume être appliquée, et les comtés gardés sous contrôle. C'est probablement parce que Roger Bigot fut l'un des rares barons fidèles et dévoués dans l'est du royaume qu'il fut si richement récompensé.
Son fils aîné Guillaume lui succède, mais il périt dans le naufrage de la Blanche-Nef en 1120. Son cadet Hugues lui succède, et devient comte de Norfolk durant le règne d'Étienne d'Angleterre. La dynastie Bigot tient le titre de comte de Norfolk et domine l'Est-Anglie jusqu'au début du .
Mariage et descendance
On lui a longtemps attribué deux épouses, mais Katharine Keats-Rohan pense aujourd'hui que ces deux femmes étaient en réalité la même personne. Il épouse Aliceou Adelisa, Adelaïs, Adélaïde. Katharine Keats-Rohan, "Belvoir : the heirs of Roger and Beranger de Tosny", Prosopon Newsletter, 1998. Voir l'article de Tosny, fille de Robert de Tosny, lord de Belvoir. Ils ont pour descendance connue :
Guillaume († 1120), qui décède dans le naufrage de la Blanche-Nef. Il succède à son père comme lord de Framlingham. Shérif du Suffolk en 1116 ; Hugues (v. 1095-1177), il succède à son frère comme lord de Framlingham. Étienne le créé comte de Norfolk fin 1140 ; Humphrey († ap. 1113), chapelain d'Henri I ; Gunnor († av. 1137), épouse Robert FitzSweyn, lord de Rayleigh, puis Hamon de Saint-Clair ; Maud ou Mathilde († av. 1133), épouse Guillaume d'Aubigny dit Pincernac'est-à-dire, maître d'hôtel (de la maison royale). ; Cécile, qui hérite de Belvoir par sa mère, épouse Guillaume d'Aubigné dit Brito.
Voir aussi
Famille Bigot Thetford Priory, sur la wikipédia en anglais
Notes et références
Sources
A. F. Wareham, « Bigod, Roger (I) (d. 1107) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. Accédé en novembre 2008.Partie généalogique : Comtes de Norfolk sur Medieval Lands Katharine Keats-Rohan, Belvoir : the heirs of Roger and Beranger de Tosny, dans Prosopon Newsletter'', 1998.
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