Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine (en allemand : Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen, en hongrois : Habsburg-Lotharingiai Károly Ferenc József), né le à Persenbeug et mort le à Funchal (Madère), a été, du au , monarque d'Autriche-Hongrie sous le nom de règne de et IV, plus précisément empereur d'Autriche (Cisleithanie) sous le nom de (Karl I.) et roi apostolique de Hongrie (Transleithanie) sous le nom de (). Il a également été roi de Bohême, subdivision de l'empire d'Autriche, sous le nom de . Il fut le dernier monarque de ces États.

Fils aîné de l'archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe, héritier du trône depuis le , il a succédé à l'âge de à son grand-oncle l'empereur , qui avait régné .

L'Église catholique l'a déclaré bienheureux en 2004. Elle ne le fête pas le , « jour de son entrée au ciel », mais le , jour de son mariage.

Jeunesse et formation Éducation vignette|gauche|240px|L'archiduc avec ses parents et son frère cadet (vers 1897). Charles d'Autriche est né le au château de Persenbeug en Basse-Autriche. Il est alors le petit-neveu de l'empereur d'Autriche régnant François-Joseph. Comme tout membre de la Maison Impériale et Royale, l'archiduc — que ses camarades de classe surnomment affectueusement l'« archi-Charles » — reçoit une éducation soignée, maîtrisant plusieurs langues, notamment l'allemand, le français, le tchèque et le hongrois, puis, à partir de ses 13 ans, il reçoit une solide formation juridique et économique. Son père meurt en 1906. L'archiduc, âgé de 19 ans, devient le second dans la ligne de succession au trône, appelé à succéder à son oncle l'archiduc François-Ferdinand dont il est également intégré au cercle et qui se charge de lui transmettre sa vision de la double monarchie, unitaire, directement ou par l'intermédiaire de ses proches. Le jeune archiduc veille avec une tendresse d'aîné sur son frère Maximilien, de huit ans son cadet.

Il devient selon la tradition familiale officier dans l'armée austro-hongroise. Cantonné avec son unité à Prague, il y suit les cours d'enseignants de l'université, tandis qu'il noue de solides amitiés avec des nobles tchèques proches de François-Ferdinand, son oncle.

Mariage

L'archiduc François-Ferdinand ayant contracté en 1900 une union morganatique, ce qui compliquait sérieusement la vie de la cour et de la famille impériale et royale et contrariait le vieil empereur, les enfants de l'archiduc-héritier portaient le nom et le titre de leur mère, n'étaient pas membres de la Maison Impériale et Royale et par conséquent n'étaient pas dynastes. Aussi la question du mariage de l'archiduc Charles se posait-elle avec acuité. Le , l'archiduc épouse la princesse Zita de Bourbon-Parme (1892 – 1989) dix-septième enfant de , dernier duc règnant de Parme et de l'infante Antonia de Bragance, fille de l'ex-roi Michel Ier de Portugal. Le couple a eu huit enfants.

Ce mariage n'est cependant pas un mariage arrangé, tout en répondant aux exigences matrimoniales de la famille impériale, ce qui lui assure la bienveillance de l'empereur-roiCette bienveillance se manifeste par la présence du monarque à la cérémonie, ce dont il s'était abstenu pour le mariage de son héritier.. vignette|gauche|210px|L'archiduc Charles et l'archiduchesse Zita, le jour de leur mariage (21 octobre 1911). Il bénéficie de l'affection sincère du vieil empereur François-Joseph, accablé par les deuils et les défaites. Il est également très proche de sa mère et de la troisième épouse de son grand-père, l'archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance qui est également la tante maternelle de son épouse Zita. L'archiduchesse Zita est également une nièce de la grande-duchesse-régente de Luxembourg et une cousine utérine ou germaine de la reine des Belges Élisabeth en Bavière, de la princesse royale de Bavière Marie Gabrielle en Bavière, de la grande-duchesse de Luxembourg, Marie-Adélaïde de Luxembourg et du roi des Bulgares Boris III.

Dès l'année suivante, la jeune archiduchesse met au monde un fils prénommé comme son grand-père paternel Othon, troisième héritier dans l'ordre de succession. L'empereur donne comme résidence à son petit neveu le Château de Hetzendorf, plus proche du Château de Schönbrunn, où naîtra en 1914 la première fille du couple.

Héritier du trône des Habsbourg-Lorraine vignette|L'archiduc François-Ferdinand.

Petit-neveu de l'empereur François-Joseph, il est à sa naissance cinquième dans l'ordre de succession au trône et a donc peu de chances de ceindre un jour la couronne.

Dévolution de la couronne

Les morts successives de l'archiduc héritier Rodolphe en sans descendance mâle puis de son grand-père l'archiduc Charles-Louis, frère cadet de l'empereur, en 1896 le rapprochent du trône. En 1900, le mariage morganatique de son oncle, l'archiduc héritier François-Ferdinand (dont les enfants sont de fait non dynastes), puis la mort prématurée de son père l'archiduc Otto en 1906 font de lui, à l'âge de , le second dans la ligne de succession de la double monarchie, après son oncle François-Ferdinand. L'assassinat de ce dernier en 1914 fait de Charles, jeune père de famille de sans réelle expérience du pouvoir - et qui pensait accéder au trône vers 1940 -, l'héritier direct de son grand-oncle l'empereur François-Joseph âgé de . Après les soucis que lui ont causés son fils et ses neveux, le souverain, qui compte de règne, .

Archiduc-héritier en titre

Il entretient de bonnes relations tant avec son grand-oncle (l'empereur-roi) qu'avec son oncle (l'archiduc héritier), entre lesquels les relations sont souvent tendues. Il devient brutalement l'héritier du trône le après l'assassinat de son oncle l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.

L'archiduc-héritier et sa famille s'installent au Château de Schönbrunn où naîtront leurs troisième, quatrième et cinquième enfant. Durant cette période, il est affecté à l'AOK, état-major général austro-hongrois, avec le grade de colonel, afin de parfaire sa formation. Rapidement, il se heurte à Franz Conrad von Hötzendorf, chef d'état-major général, qui se méfie de ses possibles ingérences dans le domaine militaire, et dont il n'approuve pas la politique, visant à mettre l'administration civile sous la tutelle des militaires.

Il n'est pas consulté pendant la Crise de juillet qui provoque la déclaration de guerre de l'Autriche-Hongrie à la Serbie et engendre la Première guerre mondiale.

Au début de l'année 1916, après des mois de formation militaire, il est affecté au commandement du corps d'armée, devant prendre l'offensive sur le front italien, la victoire annoncée de cette offensive devant accroître le prestige de la dynastie ; devant l'urgence de la situation créée par la rupture du front austro-hongrois occasionnée par l'offensive d'été russe de 1916, il reçoit le commandement nominal de la , chargée de contenir la poussée russe, la réalité du commandement étant assurée par des généraux allemands. Il entre en fonctions le à la tête d'un groupe d'armées comprenant les et austro-hongroises à l'aile sud du front, près de la frontière de la Roumanie encore neutre, mais la direction effective est assurée par son chef d'état-major allemand, le général Hans von SeecktCyril Falls, The First World War, Pen & Sword, 1960-2016, ..

Durant cette même année, il apparaît aux yeux des responsables militaires du Reich, Hindenburg et Ludendorff, comme une , qu'il serait possible de manipuler, afin de permettre la prise de contrôle définitive de l'Autriche-Hongrie par l'Allemagne, à la faveur de la situation dégradée de la double monarchie dans le conflit, sur les plans militaire, politique et économique.

Empereur et roi

Accession au trône austro-hongrois L'empereur François-Joseph s'éteint le à l'âge de 86 ans mettant fin à un règne de 68 ans ponctué de crises et défaites. Il laisse à son petit-neveu un empire en guerre dans un contexte politique, économique et militaire très inquiétant pour la monarchie danubienne. À l'âge de , l'archiduc-héritier Charles succède à son grand-oncle. Peu connu, marié et père de quatre enfants, Charles prend les rênes du gouvernement. La poursuite de la guerre mine la cohésion intérieure de son empire et l'Allemagne renforce son emprise sur la politique et l'armée de la double monarchie. vignette|gauche|Couronnement dans l'église Matthias à Budapest. Dès son avènement le , le jeune empereur reçoit la visite du président du conseil hongrois, István Tisza, qui se montre partisan d'un couronnement rapide du nouveau roi en Hongrie. Charles, partisan d'une réorganisation de la monarchie, doit aussi prêter serment à la constitution de 1867, liant ainsi sa politique future aux intérêts du royaume de Hongrie.

Son couronnement comme roi de Hongrie a lieu à Budapest le . Il n'a jamais été couronné empereur d'Autriche, ni roi de Bohême. Ce faisant, Charles jure de préserver l'intégrité du territoire hongrois ce qui, à terme, l'empêche de mener à bien les réformes nécessaires concernant les différentes nationalités peuplant ses États.

Une volonté de réforme de la double monarchie

Conscient de la sclérose de la double monarchie dans les dernières années du règne de François-Joseph, Charles, à peine intronisé, tente de rendre plus efficace le gouvernement de la double monarchie, mais, dans un premier temps, confirme le ministère tant en Autriche qu'en Hongrie. Pour mener à bien son programme, il s'entoure de personnalités proches de son oncle, François-Ferdinand, partisans d'une réforme de la monarchie avec la création d'un pôle slave au sein de la monarchie danubienne. Cependant, il se montre incapable de soutenir les promoteurs de la politique qu'il souhaite voir menée dans la double monarchie, dans le conflit ou dans la recherche d'une solution pacifique.

D'un point de vue symbolique, il s'installe au château de Laxenburg, à de Vienne, restreint le train de vie de la cour, se dote de moyens modernes de gouvernement : utilisateur du téléphone et du télégraphe, il parcourt son empire en train afin de tisser des liens avec l'armée (qui a prêté son serment d'allégeance le ) et les populations de son empire. Il multiplie les déplacements, se plaçant dans la continuité de son action comme prince héritier : il effectue ainsi, durant ses de règne, , parcourant , à l'intérieur de la double monarchie et sur le front, auxquels s'ajoutent les déplacements à l'étranger, dans l'Empire allemand ou chez les alliés de ce dernier ; sillonnant inlassablement son empire, l'empereur-roi transforme son train, continuellement prêt à partir, en un centre de pouvoir itinérant, accordant des audiences dans sa voiture-salon, multipliant les réunions de travail avec ses conseillers.

De plus, sous l'influence de l'impératrice, il engage des réformes sociales, ce qui lui vaut la haine des nantis ; en , à l'occasion d'un changement de ministère en Autriche, il crée un ministère des affaires sociales et fait adopter une législation limitant le temps de travail des femmes et des enfants.

D'un point de vue politique, il essaye de reconstruire l'État, malmené par les contraintes du conflit. Ainsi, l'une de ses premières mesures doit aboutir à l'élargissement du droit de suffrage en Hongrie, s'opposant ainsi frontalement au président du conseil du royaume de Hongrie, István Tisza, dont il obtient la démission le , au terme d'une intense lutte politique, mais qui mène dans les mois qui suivent une lutte sourde contre la politique des présidents du conseil qui se succèdent en Hongrie, puisque, homme d'État énergique, il contrôle le principal parti politique représenté au parlement de Budapest, le Parti du Travail. À la fin du mois de , une réforme du droit de suffrage est proposée, faisant passer le corps électoral à de votants, soit plus du doublement du nombre d'électeurs, mais qui renforce également la prépondérance germano-hongroise ; elle est cependant repoussée par les proches de Tisza, qui contrôlent la majorité des sièges de la Chambre des représentants de Budapest.