Sainte-Dorothée est une station du Réseau express métropolitain (REM) située dans le secteur Sainte-Dorothée de la ville de Laval, au Québec. Elle dessert l'antenne Deux-Montagnes et occupe l'emplacement de l'ancienne gare de banlieue du même nom, exploitée successivement par le Canadien National, l'Agence métropolitaine de transport puis exo de 1925 à 2020.

La station tire son nom du secteur environnant, lui-même issu de l'ancienne municipalité de Sainte-Dorothée, érigée en 1869 par détachement de la paroisse de Saint-Martin et fusionnée à Laval en 1965. Reconstruite dans le cadre du projet du REM après la fermeture de la ligne de train de banlieue en 2020, la station a été mise en service le , dans le cadre de l'ouverture de l'antenne Deux-Montagnes.

Situation sur le réseau La station Sainte-Dorothée est implantée sur l'antenne Deux-Montagnes du Réseau express métropolitain, entre les stations Île-Bigras et Grand-Moulin. Elle se trouve dans le secteur Sainte-Dorothée de Laval, à l'intersection de la rue du Chemin-de-Fer et de l'avenue des Bois, et est accessible depuis quatre rues avoisinantes : le chemin du Bord-de-l'Eau, la rue Graveline, l'avenue des Bois et la rue du Chemin-de-Fer.

Le site est encadré par deux bras de la rivière des Prairies, que le tracé franchit par des ponts distincts immédiatement au nord et au sud de la station. Cette configuration géographique remonte à l'ancienne ligne de train de banlieue Deux-Montagnes, où le tronçon entre les stations Bois-Franc et Deux-Montagnes était exploité à voie unique, avec une voie d'évitement localisée à l'ouest de la gare Sainte-Dorothée permettant le croisement des convois.

La station se déploie sur un tracé en talus, structure caractéristique des stations aériennes de l'antenne construites en léger surélèvement par rapport au niveau du sol environnant, plutôt qu'en viaduc pur. Comme les autres stations du secteur riverain de l'antenne (Sunnybrooke, Pierrefonds-Roxboro, Île-Bigras, Grand-Moulin et Deux-Montagnes), Sainte-Dorothée adopte le thème de coloration « riverain », en bleu, inspiré de la rivière des Prairies.

Histoire Origines et exploitation par le Canadien National (1925-1992) La ligne du tunnel sous le mont Royal, sur laquelle sera implantée la gare Sainte-Dorothée, est mise en service le par le Canadian Northern Railway (CNoR), à la suite du percement du tunnel sous le mont Royal, dont les lettres patentes avaient été obtenues le 12 août 1911. Le service initial ne circule toutefois qu'entre les gares Tunnel Terminal et Lazard (aujourd'hui Bois-Franc). La locomotive électrique n 601, plus tard renumérotée 6711 par le Canadien National (CN), tracte le premier convoi.

Le service est prolongé une première fois jusqu'à Cartierville en février 1921, puis en juillet 1925, jusqu'à Saint-Eustache-sur-le-Lac — aujourd'hui Deux-Montagnes — empruntant au-delà de la gare Val-Royal un tracé desservant l'ouest de l'île Jésus. C'est dans le cadre de ce prolongement de 1925 que la halte de Sainte-Dorothée entre vraisemblablement en service, bien qu'aucune source consultée n'en précise la date d'ouverture exacte.

Entre les gares Val-Royal et Deux-Montagnes, la ligne demeure à voie unique jusqu'à la modernisation des années 1990; seules deux voies d'évitement, à Roxboro et à Des Prairies — cette dernière située immédiatement à l'ouest de la gare Sainte-Dorothée, entre les deux ponts sur la rivière des Prairies encadrant la station — permettent le croisement des trains.

À la fin des années 1980, le ministère des Transports du Québec propose, dans le cadre du projet de modernisation de la ligne, de fermer les quatre gares desservant alors l'ouest de l'île Jésus — Île-Bigras, Sainte-Dorothée, Laval-Links et Laval-sur-le-Lac — au profit d'une station unique, baptisée « station Laval », à construire à environ 400 mètres en amont de l'ancien site de Sainte-Dorothée. Le rapport justifie ce choix par un achalandage cumulé jugé insuffisant pour justifier le maintien de plusieurs stations sur ce secteur.

En janvier 1992, ce projet suscite la mobilisation de citoyens de Laval, appuyés par le président de Transport 2000, Guy Chartrand, qui réclament le maintien d'au moins deux gares dans l'ouest de l'île Jésus. Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, annonce alors que la Ville a obtenu du gouvernement provincial la construction d'une nouvelle gare dotée d'un stationnement de 300 places dans l'emprise du prolongement de l'autoroute 440, en plus du maintien des gares Île-Bigras et Laval-sur-le-Lac. L'issue finalement retenue diffère toutefois de ces deux scénarios : ce sont les gares Île-Bigras et Sainte-Dorothée — plutôt qu'Île-Bigras et Laval-sur-le-Lac, ou qu'une « station Laval » entièrement nouvelle — qui sont conservées à l'issue du projet de modernisation, tandis que Laval-Links et Laval-sur-le-Lac ferment.

Modernisation et déplacement de la gare (1993-1995) La modernisation de la ligne, financée à 100 % par le gouvernement provincial, se déroule de 1993 à 1995 par phases estivales successives. Dans le cadre de ces travaux, la gare Sainte-Dorothée est déplacée d'environ 300 pieds vers l'ouest et remplace les gares de Laval-Links et de Laval-sur-le-Lac, toutes deux fermées; elle demeure l'une des quatre stations de la ligne, avec la gare Centrale, Mont-Royal et Île-Bigras, à conserver son nom d'origine lors de cette réforme.

La ligne rouvre le pour le service de pointe. Dès les premières semaines, la Société de transport de Laval (STL) est critiquée pour ne pas avoir prévu de correspondance d'autobus adéquate à la nouvelle gare; un groupe de citoyens de Laval-sur-le-Lac et de Laval-Ouest réclame la réouverture de la gare Laval-sur-le-Lac, fermée lors de la modernisation. La porte-parole du groupe, Claude Bovet, signale que le stationnement de 75 places de la gare Sainte-Dorothée est déjà insuffisant, forçant les usagers à se stationner dans les rues résidentielles avoisinantes.

En décembre 1995, un défaut d'isolation touchant les moteurs de traction des nouvelles voitures Bombardier force le retrait de l'ensemble du parc roulant entre le 20 décembre 1995 et le 8 janvier 1996. Pendant cette interruption, la STL relie les gares Île-Bigras et Sainte-Dorothée à la station de métro Henri-Bourassa au moyen de la ligne d'autobus 10.

Ère AMT/exo (1996-2020) L'Agence métropolitaine de transport (AMT), créée en décembre 1995 en vertu de la loi sur l'Agence métropolitaine de transport, assume la responsabilité du réseau de trains de banlieue à compter du 1 janvier 1996.

Le stationnement insuffisant de la gare Sainte-Dorothée demeure un enjeu récurrent pendant toute cette période. En 1996, la Ville de Laval annonce le prolongement de l'autoroute 440 vers l'ouest, en partie pour faciliter l'accès des autobus à la gare; un stationnement incitatif additionnel de 200 places est alors promis. En 1999, le vice-président du comité des citoyens de Laval-Ouest, Normand Holden, relance la campagne pour la réouverture de la gare Laval-sur-le-Lac, notant que le stationnement de Sainte-Dorothée a déjà été agrandi à deux reprises et que l'Agence métropolitaine de transport (AMT) prévoit y consacrer 365 000 $ supplémentaires pour un troisième agrandissement. En 2008, dans le contexte d'une saturation généralisée des stationnements incitatifs de l'AMT liée à la hausse du prix de l'essence, des travaux pour 80 places supplémentaires sont réalisés à la gare Sainte-Dorothée.

La gare sert par ailleurs de site pilote pour plusieurs projets d'intermodalité durant cette période : un projet-pilote de covoiturage en véhicules électriques Chevrolet Volt y est lancé en 2011, en collaboration entre le gouvernement du Québec, la Ville de Laval, la STL et GM Canada, et la technologie d'affichage en temps réel STL Synchro y est étendue en 2013 en partenariat avec l'AMT.

Le service de train de banlieue Deux-Montagnes est interrompu le pour permettre la conversion de la ligne au Réseau express métropolitain.

Construction et mise en service du REM (2019-2025) CDPQ Infra, filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, dévoile le les grandes lignes de son projet de Réseau express métropolitain (REM), un réseau intégré de transport léger sur rail automatisé et électrique de 67 km devant relier le centre-ville de Montréal, la Rive-Sud, l'Ouest-de-l'Île, la Rive-Nord — dont Laval et Deux-Montagnes — et l'aéroport Montréal-Trudeau. Le projet prévoit la conversion de l'antenne Deux-Montagnes, incluant la station Sainte-Dorothée, aux exigences du métro léger.

Dès une rencontre d'information tenue à Laval en juin 2019, des citoyens s'inquiètent de l'impact du projet sur l'achalandage et le stationnement de la future station. Les travaux préparatoires débutent à l'automne 2020, avec le début du doublement des ponts ferroviaires sur la rivière des Prairies, suivis en 2021 du démantèlement des anciennes infrastructures et du début de la construction de la station proprement dite.

Le chantier suscite plusieurs préoccupations citoyennes documentées lors de rencontres de voisinage tenues en 2021 et 2022 : bruit lié aux travaux et à l'exploitation future, coupes d'arbres le long de l'avenue des Bois, moteurs d'autobus laissés en marche au stationnement provisoire, et circulation de camions sur la rue résidentielle Hector-Nadon, qui mène à l'imposition de mesures d'apaisement de la circulation à l'été 2021. Le chantier de construction du REM coïncide par ailleurs avec l'annonce d'un vaste projet immobilier, le développement à basse densité METTA, sur le site de l'ancien golf Le Cardinal à Sainte-Dorothée; des travaux de dynamitage y suscitent l'inquiétude de résidents en janvier 2022, dans le sillage d'un article publié quelques mois plus tôt sur les tensions plus larges entourant le développement immobilier accéléré par l'arrivée du REM dans l'ouest de Laval.

Le raccordement définitif de l'avenue des Bois au chemin du Bord-de-l'Eau a lieu le , jour où la rue Graveline est fermée à la circulation locale de façon transitoire; sa fermeture permanente en cul-de-sac survient le , en raison de la suppression de l'ensemble des passages à niveau sur le tracé du REM. Le réalignement de la rue Gobeil, annoncé pour l'été 2022, n'est finalement réalisé qu'en mai 2023.

Des essais préliminaires de deux voitures du REM sont menés à basse vitesse entre le centre d'entretien de Saint-Eustache et la station Sainte-Dorothée du 24 février au 3 mars 2024, afin de valider les composantes des voitures et l'état des voies. Ce choix du segment Sainte-Dorothée comme point de départ des essais découle du « Plan Nord-Sud », une réorganisation de la séquence de mise en service décidée en 2022 en raison des délais liés à la modernisation du tunnel du Mont-Royal, qui aurait autrement retardé l'ouverture des antennes Deux-Montagnes et Anse-à-l'Orme jusqu'en 2026. Les essais dynamiques officiels débutent à leur tour sur ce même segment le .

La cérémonie protocolaire d'inauguration de l'antenne Deux-Montagnes se tient le , en présence notamment du premier ministre du Québec François Legault et du premier ministre du Canada Mark Carney; une cérémonie locale distincte a lieu le même jour à la station Sainte-Dorothée. La station ouvre au public le .

Toponymie Le secteur de Sainte-Dorothée tire son nom de l'ancienne municipalité du même nom, dont le territoire correspond aujourd'hui à l'un des secteurs de Laval. Le choix du nom est d'origine hagiographique, en référence à sainte Dorothée, martyre du .