Quentin Durward est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, paru en 1823.
Ce roman est fondé sur un moment du conflit entre le roi de France Louis XI et le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, incluant l'entrevue de Péronne, défaite de Louis XI, et la troisième guerre de Liège, conclue par la victoire de Charles sur les Liégeois en lutte contre leur prince-évêque Louis de Bourbon.
D'une façon plus générale, le roman évoque le déclin de l'esprit chevaleresque qui imprégnait la noblesse de l'époque du système féodal et la progression de l'État centralisateur.
La scène de la mort de Louis de Bourbon dans Quentin Durward a inspiré à Delacroix son tableau L'Assassinat de l'évêque de Liège, qui historiquement, n'a eu lieu qu'en 1482.
Sources d'inspiration de Scott
Commynes thumb|alt=Sculpture polychrome en buste, mains jointes.|left|upright=1|Philippe de Commynes.
L'auteur s'inspire principalement des Mémoires de Philippe de Commynes « Quentin Durward », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 28 juin 2016)., .
Commynes est pendant sept ans au service de Charles le Téméraire. On arrive à déterminer son rôle à Péronne grâce à la Chronique scandaleuse attribuée à Jean de Roye. .. Commynes joue : il permet sans doute au roi de se sortir à moindres frais de ce mauvais pas.
Quatre ans plus tard, Commynes devient conseiller de , qu'il suit jusqu'à la fin de son règne.
Le journal de son ami James Skene Scott tire profit également de la lecture du journal d'un voyage en France de James Skene. Les illustrations réalisées par Skene guident Scott dans ses descriptions très précises, par exemple celle du château de Plessis-lèz-Tours John Gibson Lockhart, The Life of Sir Walter Scott, Bart., Édimbourg, A. & C. Black, 1871, p. 529-530. Cité par Richard Hill, « Walter Scott and James Skene: A Creative Friendship », sur romtext.org.uk, Romantic Textualities, Centre for Editorial and Intertextual Research Cardiff University, , hiver 2013, 76. Mis en ligne le 17 juillet 2014 (consulté le 2018)..
Scott aurait également effectué un voyage en Touraine et se serait inspiré des ruines du château présentes sur le domaine de Paradis.
Élaboration du roman Origines du projet Scott pense qu'en France, après les bouleversements de la Révolution et de l'Empire (1789-1815), il existe un grand intérêt pour le règne de , qui correspond à un déclin de la féodalité et à .
Il s'agit du premier ouvrage romanesque de Scott dont l'action se déroule sur le continent. L'auteur espère ainsi dérouter ses nombreux imitateurs, qui explorent inlassablement après lui l'histoire de l'Écosse et de l'Angleterre « Quentin Durward », article cité. Il renvoie aux lettres de Scott, VII, 208..
Écriture Peveril du Pic paraît le . La correspondance de Scott donne à penser qu'il commence à écrire Quentin Durward à la mi-janvier. Il écrit très vite puisque, le , deux des trois volumes sont déjà sous presse« Quentin Durward », article cité. — Le deuxième volume de l'édition originale se clôt sur le . Crèvecœur laisse Isabelle à Charleroi, tandis qu'il poursuit vers Péronne en compagnie de Quentin..
Scott est alors très affecté par la mort de son frère Tom, qui fait de lui le seul survivant d'une fratrie de douze enfants. Son rythme d'écriture se ralentit. En avril, l'auteur décide de supprimer une partie des évocations historiques, dont la matière sera utilisée six ans plus tard dans Anne de Geierstein, qui évoque les guerres de Bourgogne (1474-1477), qui mènent à la mort de Charles le Téméraire.
Vers la fin avril, l'imprimeur Ballantyne juge la fin du roman trop abrupte. Après révision de Scott, le livre est terminé le . Scott l'intitule Durward, c'est l'éditeur Constable qui suggère d'ajouter le prénom.
Publication Un ouvrage anonyme paru deux ans plus tôt, Letters to Richard Heber, esq., a démontré que l'auteur des Waverley Novels ne pouvait être que Walter ScottPublié anonymement à Londres en 1821 chez Rodwell et Martin, Letters to Richard Heber, esq. est dû à . . . En 1823, la véritable identité de « l'auteur de Waverley » est donc un secret de Polichinelle, d'autant plus que sur le continent l'ouvrage est vendu depuis longtemps sous la signature Walter Scott. Mais l'auteur persiste à croire à son incognito. Il signe toujours « l'auteur de Waverley ». — Il faut attendre 1827 pour que Scott admette, au cours d'un dîner, être « l'auteur de Waverley ». « Chronology », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 20 juillet 2012 (consulté le 25 août 2016)..
Quatre mois seulement après Peveril du Pic, le , Quentin Durward, , paraît à Londres, chez Hurst et Robinson. Il paraît deux jours plus tard à Édimbourg chez Archibald Constable.
Les introductions La première édition s'ouvre sur une introduction bouffonne et verbeuse, genre qu'affectionne Scott, dans laquelle prétend avoir rencontré sur les bords de Loire un certain marquis de Haut-Lieu ayant des ancêtres écossais. C'est dans la bibliothèque de ce vieux gentilhomme qu'il aurait découvert des mémoires familiaux . Ces mémoires lui ont permis d'écrire Walter Scott, Quentin Durward, dans les Œuvres de Walter Scott, XV, Paris, Furne, Gosselin, Perrotin, 1835, 34 et 35, 181..
En 1831, Scott rédige une introduction plus conventionnelle pour l'édition Magnum Opus. Il raconte comment, dès le , les qu'inspire l'idéal chevaleresque ont commencé à être traités ouvertement d', car . Au , l'ambitieux, cupide, égoïste et déloyal ne va pas manquer de les derniers principes d'abnégation, de générosité, d'oubli de soi-même hérités de la chevalerie. Quand ces vertus subsistent dans l'un de ses adversaires, Louis sait en tirer profit dans la négociation : l'adversaire se regarde comme , tandis que Louis se considère comme . Scott n'hésite pas à comparer ce au Méphistophélès de Goethe, qui rabaisse tout ce dont on ne tire pas un avantage personnel.
Contexte historique Esprit chevaleresque (du Téméraire) contre esprit de ruse (de Louis XI) Comme dans ses autres romans historiques, Scott montre l'ordre ancien s'apprêtant à céder la place à l'ordre nouveau. Ici, les lois morales de la chevalerie perdent pied devant le réalisme politique. La rivalité entre le duc de Bourgogne et le roi de France, dit Isabelle Durand-Le Guern,
Dans la réalité historique, il est certain que Louis XI n'avait rien d'un roi chevaleresque, mais il n'est pas certain que Charles le Téméraire l'ait été de façon inconditionnelle : le duc de Bourgogne voulait tout autant que Louis XI créer un État centralisé.
Les archers de la garde écossaise
La garde écossaise a été créée par le roi Charles VI, qui règne à une époque difficile, où la noblesse française est divisée (notamment entre Armagnacs et Bourguignons à partir du début du XV.
Chargés de la sécurité de la personne royale, les archers de la garde bénéficient de , d'une solde élevée et d'un équipage somptueux : chacun peut entretenir un écuyer, un page et un « varlet » recrutés parmi des enfants de la noblesse écossaise aspirant à devenir à leur tour archers, ainsi que deux serviteurs roturiers, aussi écossais : l'un est le « coutelier », chargé les adversaires que son maître a renversés dans la mêlée.
La famille de Croÿ
Le nom de l'héroïne, Isabelle de Croye, évoque celui de la maison de Croÿ, importante famille des Pays-Bas bourguignons. Mais il y a très peu de ressemblances entre la famille de Croÿ et celle du roman.
de Croÿ est un conseiller influent du duc Philippe le Bon, père de Charles le Téméraire, qui couvre sa famille de charges, de titres et de bienfaits. La puissance de cette famille suscite d'ailleurs la rage de Charles le Téméraire, tenu écarté du pouvoir quand il est héritier présomptif (comte de Charolais). En 1465, il obtient de son père le bannissement des Croÿ, dont plusieurs trouvent refuge à la cour de France.
Dans Quentin Durward, le comte Reinold de Croye, père d'Isabelle, est un guerrier, un de Charles. Après sa mort, sa fille refuse le mari que veut lui donner Charles. Elle s'enfuit en France pour demander la protection de .
La principauté de Liège thumb|alt=Peinture. Portrait de trois quarts. Béret noir. Vêtu de violet. Barbe noire. Inscription « 1456 LODOVIC. BORBON. » Armoiries.|right|upright=1|Louis de Bourbon, évêque de Liège, en 1456.
Depuis l'époque de l'évêque Hubert (706-727), les évêques de Tongres résident à Liège. Sous l'épiscopat de Richer (920-945) apparaît la première mention d'« évêque de Liège »« De la fondation de la ville à la cité épiscopale », sur perso.infonie.be, 9 janvier 2013 (consulté le 22 juillet 2016)..
En 985, l'impératrice Théophano concède le comté de Huy à l'évêque Notger de Liège, origine de la principauté épiscopale de Liège« Notger, premier prince-évêque », sur perso.infonie.be, 30 janvier 2014 (consulté le 20 juillet 2016)., qui fait partie du Saint-Empire, puisque situé à l'est de l'Escaut.
Au , les habitants de Liège forment une commune, comme dans nombre de villes de France ou d'Empire. En 1111, il est fait mention d'un maire (maïeur« L'église impériale : de Baldéric II à Otbert », sur perso.infonie.be, 7 janvier 2013 (consulté le 20 juillet 2016).). Par définition, le pouvoir de la commune se heurte au pouvoir seigneurial détenu par l'évêque, ce qui aboutit à de fréquents soulèvements : la commune ne parvient pas à éliminer le pouvoir de l'évêque sur la ville.
Les Pays-Bas bourguignons En 1363, le fils de Jean le Bon, Philippe le Hardi, devient duc de Bourgogne, premier représentant de la dynastie de Valois-Bourgogne. En 1384, il devient comte de Bourgogne, mais aussi comte de Flandre et comte de Rethel. Son petit-fils Philippe le Bon devient duc de Brabant, duc de Limbourg, duc de Luxembourg, comte de Hainaut, comte de Namur, comte de Hollande et comte de Zélande.
Charles le Téméraire hérite donc d'un ensemble considérable de fiefs relevant soit du royaume de France (duché de Bourgogne, comté de Flandre,...), soit de l'Empire (comté de Bourgogne, duché de Brabant,...), répartis en deux groupes : les Pays de par-delà (fiefs de Bourgogne) et les Pays de par-deçà (fiefs des Pays-Bas, dits Pays-Bas bourguignons).
La principauté de Liège, fief d'Empire (vassal de l'empereur), n'en fait pas partie, mais elle est enclavée dans les possessions des ducs de Bourgogne, qui y exercent un pouvoir de fait, contrecarré par les rois de France qui soutiennent toutes les entreprises hostiles à la maison de Valois-Bourgogne, notamment les efforts des Liégeois pour se libérer de la tutelle de leur seigneurIvan Gobry, Louis XI : la force et la ruse, Paris, Tallandier, 2000, 66..
Le principat de Louis de Bourbon En 1456, Louis de Bourbon, fils du duc de Bourbon Charles Ier et neveu (par sa mère de Philippe le Bon) devient prince-évêque sous la pression du duc de Bourgogne (il a 18 ans, n'est pas ordonné, même dans les ordres mineurs).
Le , un traité est conclu entre la France et les Liégeois, qui prennent le contrôle de la ville et déposent l'évêque. Mais Philippe le Bon réagit rapidement. En , les Liégeois sont vaincus à Montenaken par les troupes commandées par Charles le Téméraire, encore comte de Charolais. Le pape rétablit l'autorité spirituelle de Louis de Bourbon, qui se trouve désormais sous la tutelle du duc de Bourgogne, pourvu des titres de « gardien et haut avoué héréditaire » de la principauté« Le péril bourguignon », sur perso.infonie.be, 22 janvier 2013 (consulté le 23 juillet 2016)..
En 1467, les milices communales liégeoises sont de nouveau battues à Brustem par Charles le Téméraire, devenu duc de Bourgogne.
En , les Liégeois de nouveau soulevés entrent dans Tongres. Le lendemain, ils capturent l'évêque.
L'entrevue de Péronne vignette|gauche|upright=1| menacé par Charles le Téméraire à Péronne. Illustration de Job dans un ouvrage pour la jeunesse, 1905.