Les Aventures de Nigel (en anglais, The Fortunes of Nigel) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, paru le sous la signature « par l'auteur de Waverley, Kenilworth »
Le récit se déroule sous le règne de , vers 1620. Un jeune noble écossais arrive à Londres pour tenter de recouvrer le montant d'un prêt que son père a jadis consenti au roi. Le lecteur s'immerge dans les dédales d'une grande ville où grouillent des créatures hautes en couleur, dont bon nombre d'Écossais : le roi, les courtisans, les riches bourgeois, les petits boutiquiers, les apprentis, les bateliers et jusqu'aux pires canailles des bas-fonds de
Si la toile de fond est historique, le livre n'est pas centré sur un événement d'importance nationale comme le sont la plupart des romans de Walter Scott. Mais l'auteur laisse entendre qu'une sanglante guerre civile va se déclencher une vingtaine d'années plus tard : le thème central du livre est celui du noble altier, inconséquent, toujours en quête du bourgeois qu'il méprise, mais qui lui prêtera l'argent nécessaire à ses fredaines.
Genèse
Sitôt achevé Le Pirate en octobre 1821, Scott commence à rédiger Les Aventures de Nigel. Il se base sur Ben Jonson et autres dramaturges de l'époque, qu'il a beaucoup lus. Lorsqu'il termine Les Aventures de Nigel, le livre suivant (Peveril du Pic) est déjà bien avancé « The Fortunes of Nigel », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 22 avril 2017)..
The Fortunes of Nigel (Les Aventures de Nigel) est publié en trois volumes le , sous la signature By the Author of Waverley, Kenilworth (« par l'auteur de Waverley, Kenilworth ») : à Édimbourg par Archibald Constable & Co. ; à Londres par Hurst, Robinson & Co..
Introductions
En 1820, pour l'introduction du Monastère et pour celle de L'Abbé, Scott crée un personnage de fantaisie, le capitaine Clutterbuck, amateur d'antiquités. On le retrouve dans l'introduction de 1822 aux Aventures de Nigel, qui se présente sous la forme d'une adressée par Clutterbuck à un certain docteur Dryasdust. Le capitaine y raconte une entrevue qu'il aurait eue avec « l'auteur de Waverley » Sir Walter Scott, The Fortunes of Nigel, 5-15. Mis en ligne en 2002 (consulté le 30 avril 2017)..
En 1831, à l'occasion de l'édition en langue anglaise de ses œuvres complètes, Scott rédige une seconde introduction aux Aventures de Nigel. Il y évoque la figure du véritable qui lui a inspiré le personnage du même nom. Puis, il justifie son choix de l'époque de . Pour un auteur de fiction, elle est particulièrement intéressante par le contraste qu'offre ce qui subsiste des avec la renaissance de et les . Scott termine en donnant quelques précisions sur le Sir Walter Scott, The Fortunes of Nigel, éd. cit., 4 et 5..
Cadre historique
meurt en 1603, sans enfant. Le roi d'Écosse , le fils de Marie Stuart, devient roi d'Angleterre et d'Irlande sous le nom de Alban Dignat, « Mort d'Élisabeth et avènement de », sur herodote.net, 30 mars 2017 (consulté le 26 avril 2017)..
Contrairement à son habitude, Scott ne rattache pas le récit à un événement historique. Il propose ici une intrigue imaginaire prenant pour toile de fond un passé réelHenri Suhamy, Sir Walter Scott, Paris, Fallois, 1993, 331. — On trouve d'autres romans de Scott dont l'intrigue n'est pas rattachée à un événement historique : Guy Mannering, L'Antiquaire, La Fiancée de Lammermoor, Les Eaux de Saint-Ronan…. Cependant, on est une vingtaine d'années avant la première révolution anglaise (1642-1651), et Scott souligne que c'est durant le règne de , monarque paisible, que se répandent les qui vont produire . Le livre se veut donc un tableau du .
Dates et lieux du récit
L'action se déroule sous le règne de , vers 1620 : entre 1616 (année où Charles devient prince de Galles) et 1624 (année de la mort de ).
vignette|alt=Plan très sommaire où ne figurent que des lieux cités dans le roman.|droite|upright=2|Lieux du récit, au centre de Londres.
Roman urbain, Les Aventures de Nigel concentre son action dans le Londres d'avant le grand incendie de 1666. On découvre d'abord les boutiquiers et artisans du (Temple Bar, Fleet Street), à l'activité rythmée par la cloche de l'. Le riche orfèvre George Heriot habite Lombard Street, dans la Cité, entre la cathédrale Saint-Paul et la tour de Londres.
Entre Fleet Street et Tamise, au pied des murs orientaux du Temple, le lecteur s'enfonce dans l'« » (Alsatia), l'inquiétant sanctuaire de Whitefriars. À l'origine, en 1241, il s'agit d'un monastère de carmes, les « moines blancs » (white friars) Sir Walter Scott, The Fortunes of Nigel, éd. cit., 4.. Au , ses privilèges en font un espace d'immunité, un « sanctuaire ». Il devient un refuge pour les marginaux et les hors-la-loi, à certaines conditions « Alsatia », sur definitions.net, 2017 (consulté le 30 avril 2017).. Au , la Réforme anglaise dissout les monastères. Mais les privilèges d'immunité du lieu de Whitefriars sont maintenus. En 1608, par une charte, les confirme et les étend Sir Walter Scott, The Fortunes of Nigel, éd. cit., 5.. Sous son règne, le surnom dAlsatia est donné au quartier, par allusion aux privilèges dont bénéficie l'Alsace.
Le roi vit près de St James's Park, dans son vaste palais de Whitehall. L'édifice (qui sera détruit par un incendie en 1698) se trouve au bord du fleuve, sur le site de l'actuel ministère de la Défense. aime chasser dans son parc de Greenwich, qu'il a fait clôturer, à une douzaine de kilomètres en aval, au sud du palais de Placentia (aujourd'hui disparu)Alice Guillermin, « Greenwich et le Old Royal Navy College : à la découverte de l’histoire britannique », sur unartanglais.com (consulté le 27 avril 2017)..
L'attaque des brigands a lieu à une quinzaine de kilomètres au nord de la Tamise, dans l'ancienne forêt d'Enfield Chase, située dans ce qui est aujourd'hui le borough d'Enfield, dans le nord du Grand Londres.
Résumé La dette du roi vignette|alt=Le palais vu de l'ouest. C'est un assemblage disparate de constructions. Au premier plan, un carrosse en sort.|droite|upright=1|Le palais de Whitehall, où Nigel tente d'approcher le roi.
Le jeune orphelin écossais Nigel Olifaunt veut empêcher la vente du château de ses ancêtres et de son domaine de Glenvarloch. Dans ce but, il se rend à Londres pour obtenir le remboursement d'un prêt que son père a consenti autrefois au roi Jacques. Mais toutes ses tentatives pour faire parvenir ses suppliques échouent.
Nigel reçoit la visite d'un vieil orfèvre écossais, , dont son père fut le bienfaiteur. Heriot éclaire Nigel sur les obstacles qui s'opposent à la réussite de sa demande : ses biens sont convoités par le duc de Buckingham, favori du roi et du prince Charles.
Sur l'insistance d'un autre Écossais, le comte d'Huntinglen, le roi finit par céder. Il signe une ordonnance de paiement pour la somme due.
Les menées de Dalgarno
Lord Huntinglen souhaite que Nigel devienne l'ami de son fils, Dalgarno, favori du prince Charles et de Buckingham. Dalgarno, avec une lourde insistance, entraîne un Nigel très réticent dans un tripot pour jeunes gens à la mode, l'emmène au théâtre, lui fait rencontrer des artistes.
vignette|alt=Photo du parc au début du printemps : les feuilles commencent tout juste à apparaître sur les arbres.|droite|upright=1|St James's Park, où Nigel sort son épée.
Nigel, cherchant à rendre exécutoire l'ordonnance du roi, éprouve des délais qui le portent à croire que l'on cherche à retarder l'expédition de son affaire.
Puis il apprend qu'on lui a taillé une réputation de débauché courant les tavernes, les théâtres et les tripots. Il apprend aussi que son ami Dalgarno, qui l'a entraîné dans cet univers, semble particulièrement actif dans la propagation de la rumeur. Nigel provoque Dalgarno en le frappant du plat de son épée, dans le parc royal de Saint-James, où il est interdit de se quereller. Risquant pour ce geste d'avoir le poignet droit tranché, il se réfugie en « » (le sanctuaire de Whitefriars), antre du crime et de la misère.
Nigel est loin de se douter que Margaret — la fille d'un horloger écossais qu'il n'a fait qu'apercevoir chez Heriot — est amoureuse de lui en dépit de la différence de rang, et qu'elle œuvre à le tirer d'affaire. Elle charge Jin Vin, un apprenti de son père, de conduire Nigel à l'île aux Chiens. Là, un bateau viendra le chercher pour l'emmener en Écosse.
Nigel trouve à se loger à Whitefriars, chez le vieil usurier Trapbois. La nuit suivante, Trapbois est assassiné, tandis que sa fille Martha est sauvée par Nigel. Jin Vin vient alors en barque chercher ce dernier, afin de descendre la Tamise jusqu'à l'île aux Chiens. Martha décide de partir avec eux, emportant la fortune de l'usurier. Nigel fait déposer Martha et son lourd coffre au quai Saint-Paul. Martha rencontre par hasard Richie Moniplies, le valet de Nigel, qui la prend sous sa protection. Nigel, pendant ce temps, exige d'être débarqué à Greenwich, où il espère rencontrer le roi.
Nigel prisonnier vignette|alt=Gravure d'époque. Tour massive, entourée de fortifications, vue du sud. Elle se trouve au bord du fleuve où glissent des barques. Trois chalands chargés sont au mouillage. Deux grands voiliers sont amarrés à quai.|droite|upright=1|La tour de Londres au .
Il s'introduit dans le parc, où le roi chasse. Mais l'apparition de Nigel, qui est armé, effraie le souverain. Convaincu de tentative de régicide, Nigel est emprisonné à la Tour de Londres, en attendant d'être écartelé. Là, on lui donne pour compagnon de cellule un jeune homme qui n'est autre que Margaret, déguisée. Elle s'était introduite dans le parc pour faire remettre au roi une pétition de lady Hermione, une femme honteusement séduite et abandonnée par Dalgarno. Elle voulait en même temps, mais elle ne le dit pas, plaider la cause de Nigel.
Surgit alors John Christie, l'ancien hôte de Nigel. Il accuse ce dernier d'avoir séduit et enlevé son épouse, dame Nelly.
À Christie, succède un George Heriot accablé. Il reproche à Nigel de s'être adonné au jeu ; d'avoir provoqué en duel Dalgarno, fils d'un de ses bienfaiteurs ; d'avoir enlevé la femme de son hôte ; d'être responsable de la disparition de Martha et de son Il en vient ensuite à la transaction faite quelques semaines auparavant. La situation où se trouve à présent le jeune homme alarme les créanciers. Ils insistent pour entrer en possession des biens, à moins qu'on ne leur paie la créance. Pour comble d'infortune, Nigel s'est fait voler l'ordonnance du roi qui aurait permis à Heriot de recevoir l'argent. Heriot le soupçonne de l'avoir jouée aux dés. Enfin, ayant reconnu Margaret sous son déguisement, il soupçonne Nigel d'avoir abusé d'elle.
Heriot fait extraire Margaret de la cellule, et l'emmène. Nigel reçoit un nouveau visiteur, le cynique sir Mungo qui lui apprend que le roi renonce à l'accusation de régicide. Mais la faute commise dans le parc de Saint-James mérite toujours châtiment. Sir Mungo se plaît à raconter par le menu le supplice de la main coupée. Par ailleurs, il ne voit dans Margaret qu'une qui restera déshonorée, à moins que Nigel ose épouser la fille d'un horloger.
Pendant ce temps, Richie Monoplies restitue au roi un collier de rubis indispensable à celui-ci pour paraître bientôt en publicOn trouve, plus tard, dans Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas (où apparaît aussi Buckingham), semblable préoccupation : Anne d'Autriche doit paraître au bal des échevins en arborant ses ferrets. En revanche, pour ce qui concerne la substitution des ferrets, il s'agit d'un fait historique. Auguste Maquet, le collaborateur de Dumas, a puisé l'anecdote dans les Mémoires de La Rochefoucauld.. Le roi avait en effet chargé Heriot de déposer ce collier en gage chez Trapbois, l'usurier assassiné, le père de Martha.
Disgrâce de Dalgarno