L'ami Y'a bon, aussi appelé bonhomme Banania....., est un personnage publicitaire de la marque de chocolat en poudre Banania, conçu en par le graphiste-lithographe franco-italien Giacomo de Andreis ().

Il s'agit d'un tirailleur sénégalais dont la représentation graphique associé au « parler petit nègre » sur les emballages et publicités de Banania recourt à des préjugés racistes dans le contexte de l'empire colonial français et de la Première Guerre mondiale.

Historique

Pierre Lardet, le fondateur de la marque Banania, tire profit du premier conflit mondial en décidant d'associer sa boisson à l'effort de guerre. Il envoie sur le front quatorze wagons remplis de poudre de Banania distribuée aux poilus dans les tranchées.. Une légende veut qu'un tirailleur sénégalais blessé au front fut rapatrié à l'arrière et employé à la fabrication de la poudre Banania dans l'usine de Courbevoie. C'est en la goûtant qu'il se serait exclamé, la gamelle et la cuillère à la main, « Y'a bon »..

gauche|vignette|redresse|L'ami Y'a bon sur l'affiche publicitaire de la marque Banania, dessiné en par Giacomo de Andreis. vignette|gauche|L'ami Y'a bon dans une version stylisée sur une Citroën Acadiane de Banania.

En , le graphiste-lithographe franco-italien Giacomo de Andreis (.) représente sur l'affiche publicitaire au ciel couleur de banane, un tirailleur sénégalais hilare (avec la chéchia rouge prolongé d'un pompon bleu et la culotte bouffante de zouave) dégustant un bol de chocolat Banania avec une cuillère, commenté par ( en français tirailleur).

vignette|redresse|La publicité s'est-elle inspirée d'une couverture du magazine Lecture pour tous ? Celle-ci date du , imprimée originellement en rouge. Un tirage de fut offert aux soldats du front.. Giacomo de Andreis s'inspire de la propagande qui émerge autour de la campagne du Maroc de à , laquelle met en scène, sur des cartes postales, des Noirs souriants avec les slogans , , . : d'autres se servent de cette interjection pour qualifier le soldat noir. C'est le cas, par exemple, pour l'hebdomadaire Le Miroir qui titre sur sa une, le [sic], sous la photographie d'un tirailleur sénégalais cadré en buste .. Le visuel d'Andreis reprend aussi les stéréotypes raciaux utilisés par la publicité depuis les années : l'uniforme exotique et presque d'opérette qui a pourtant déjà été abandonné au combat ; le contraste outré entre la peau noire et le blanc des dents exhibées par le rire, ou des yeux écarquillés ; la mimique et la gestuelle comme modes d'expression, faute de mots en français ; enfin, l'insouciance d'un soldat auquel une boisson lactée fait oublier la guerre : cette iconographie participe donc d'une forme de propagande..

À partir des années , Banania lance des produits dérivés représentant l'ami Y'a bon sous de multiples gadgets en présentoir, en anse d'emballage, en découpage ..

Au fil des années, l'ami Y'a bon passe d'une représentation « réaliste » à un dessin simplifié plus « cartoon » sous le pinceau de l'affichiste Hervé Morvan, réduit à sa tête et sa main tenant une cuillère, mais toujours identifiable à sa chéchia rouge, le corps n'étant plus que l'assemblage de deux bananes

Représentation caricaturale à caractère raciste des Noirs africains, l'image du tirailleur disparaît des publicités en et est remplacé par un simple écusson reprenant cependant la symbolique du visage du tirailleur (modèle stylisé dit « jaune tête écusson »). Ce dernier laisse la place en à un enfant blondinet souriant. En , le slogan disparaît également de la boîte ..

En , la polémique resurgit en raison d'un nouveau produit Banania mis en vente par le nouveau propriétaire de la marque depuis , Nutrial. On peut voir, sur la boîte du produit, une représentation moderne de l'ami Y'a bon, bien reconnaissable cependant grâce à sa chéchia rouge. Le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais dénonce ce nouveau produit, qualifiant son emballage de raciste. Pour le collectif, ces représentations Nutrial se défend () avant de retirer son slogan de l’Institut national de la propriété industrielle le .

Enfin, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) obtient le devant la cour d'appel de Versailles que Nutrimaine, société titulaire de la marque Banania, fasse cesser la vente de produits portant le slogan . Dans son arrêt, la cour considère que la société Nutrimaine devra faire disparaître la fameuse phrase. Elle prononce une astreinte de par jour par infraction constatée ..

Dans la culture populaire En , Léopold Sédar Senghor écrit dans Hosties noires :

Le personnage a donné à son nom à un court-métrage franco-allemand de , L'Ami y'a bon, réalisé par Rachid Bouchareb, et ayant pour thème la vie de tirailleurs sénégalais durant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la mort de 70 d'entre eux lors de l'émeute connue sous le nom de massacre de Thiaroye..

En , l'association antiraciste Les Indivisibles fondée par Rokhaya Diallo crée les Y'a bon , des prix parodiques dont le nom est une référence au personnage de Banania. Ils récompensent chaque année des personnalités ayant fait des déclarations jugées racistes..

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Stéréotype Racisme antinoir Décolonisation de l'espace public

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