Aïn Témouchent (en , en Tifinagh : ⵜⴰⵍⴰ ⵏ ⵜⵓⵛⴻⵏⵜ) est une commune algérienne de la wilaya d'Aïn Témouchent, située à l'ouest de l'Algérie, et dont elle est le chef-lieu.

Géographie Situation Aïn Témouchent est située à l'extrémité occidentale de la haute plaine du sahel oranais, dont le fond en cuvette est occupé par la grande sebkha d'Oran, se trouve à au sud-ouest d'Oran et à à l'ouest d'Alger. Le site, à mi-étape entre Oran et Tlemcen, a commandé l'édification d'une redoute militaire en 1843, qui fut le noyau de l'actuelle ville d'Aïn-Témouchent.

La ville occupe une situation privilégiée en raison de sa proximité de trois grandes villes de l'ouest de l'Algérie : Oran, Sidi Bel Abbès et Tlemcen. Grâce à cette position de carrefour, au terroir fertile qui l'entoure, la ville, créée en 1851Décret du Président de la République du Dictionnaire de la législation algérienne 1830-1860 - page 669 comme un simple centre de population de 228 feux près du poste militaire, a pu se développer rapidement, devenant le centre économique de la petite région nommée Bled-Kerkour, ou Témouchentois, puis une sous-préfecture en 1955Décret -1148 du PORTANT CREATION DE NEUF ARRONDISSEMENTS NOUVEAUX DANS LES DEPARTEMENTS D'ALGER, D'ORAN ET DE CONSTANTINE En ligne sur le site Légifrance, et un chef-lieu de wilaya en 1983.

Relief et géologie Le centre primitif d'Aïn Témouchent est situé à une altitude moyenne de , sur un plateau dominant le confluent de l'oued Sénane et de l'oued Témouchent. Le plateau culmine au sud, séparé du lit des deux oueds par une pente rapide, et s'abaisse doucement vers le nord. La petite région qui entoure la ville est accidentée, entrecoupée de mamelons et de ravins profonds, et le terroir y est essentiellement volcanique (repris dans l'annuaire 1990 de l'Amicale témouchentoise)..

Transports

Lieux-dits et quartiers La ville moderne est typiquement européenne. Elle se composait avant l'indépendance, en 1962, du centre-ville avec quartiers résidentiels de villas opulentes pour les Européens et d'immeubles ultra-modernes pour la classe moyenne. Les quartiers musulmans occupent pour leur part la périphérie de la ville comme Sidi Saïd ou Dyar El Mahabba. Un peu à l'écart sur la route d'Oran, se trouve le douar Gueraba (anciennement appelé village nègre) et rebaptisé plus tard cité Moulay Mustapha du nom d'un saint homme du sérail. Aujourd'hui, la ville a connu un grand développement urbain qui s'est fait au détriment de terres agricoles et de vignobles, et s'étend bien au-delà de ses frontières anciennes avec de nouveaux quartiers comme "Villas Castors" du côté de la gare ferroviaire et vers la sortie de Sidi Ben Adda (ex- Trois Marabouts).

Toponymie Le lieu tire son nom de l'arabe aïn (« source »), et du berbère tuccent (« la chacale »)Foudil Cheriguen, Toponymie algérienne des lieux habités (les noms composés), Alger 1993, , ce qui donne « la Source de la chacale » ; en latin, on l'appelait Albulae, mais son nom ancien avant l'occupation romaine était Sufat (origine phénicienne). La "ville" fut créée en l'an 119 sous le règne de l'empereur romain Hadrien (création d'un poste militaire du nom de Proesidium-Sufative sur ordre du procurateur Seius Avitu).

Histoire De l'antiquité à 1830 Sufat De 1600 à , des commerçants phéniciens transitaient et séjournaient sur le littoral temouchentois, spécialement dans la région de Béni Saf, en particulier sur l'île de Rachgoun (anciennement dénommée Cap d'Accra), où l'on retrouvera par ailleurs leurs traces et aussi à Sufat, village bâti sur les rives de l'Oued Senane, au niveau de l'actuelle cité des Jardins d'Aïn Témouchent. Vers la fin du , les Romains arrivent à Sufat ; ils s'y installent durablement et bâtissent des fortifications militaires pour se prémunir contre tout assaillant extérieur ;le poste militaire, compris dans la première rocade protectrice du tell au Gilbert Meynier, L'Algérie des origines, La Découverte, Paris, 2007, est nommé Proesidium SufativeL'inscription trouvée à Témouchent confirmant la construction de ce poste mentionne l'empereur Hadrien; elle est datable de 119 - , et ne cessera de se développer pour devenir la cité romaine d'Albulae (qui veut dire ville blanche), avec la présence des autochtones toujours plus nombreux dans la ville .

Albulae L'Itinéraire antique dit " d'Antonin" signale une station "Ad Albulas" à 30 milles de la station "Ad Rubras" et à 13 milles de la station "Ad Dracones"(Hamam-bou-Hadjar)Recherche des antiquités dans le nord de l'Afrique - Paris 1890 - Appendice 2 "Itinéraire d'Antonin" - . Dans une liste d'évêques catholiques de la Maurétanie césarienne, en 482, est mentionné Tacanus d'Albula. . Il fut convoqué à Carthage en 484 par le roi Vandale Hunéric avec les autres évêques d'Afrique, et se vit signifier une condamnation à l'exil pour avoir combattu l'arianisme.

Albulae a pu être identifiée vers 1890 comme étant située à l'emplacement d'Aïn-Témouchent grâce à une inscription épigraphique, datable de l'an 300, trouvée dans les ruines romaines qui furent depuis recouvertes par les constructions de la ville d'Aïn-Témouchent.

Le plan de ces ruines, levé en 1858Revue africaine - août 1859 - Plan de Noël, sergent du génie inséré entre les pages 424 et 425 de l'article Timici colonia (Aïn-Témouchent de l'ouest) () de Léon Fey et Noël Lire en ligne - À l'époque l'identification des ruines d'Aïn Témouchent avec l'antique Albulae n'avait pas été faite, et l'on conjecturait que ces ruines étaient celles de l'antique Timici., montre une ville romaine de la taille d'un village, comportant deux cimetières, l'un au nord, et l'autre au sudLa faible importance de la ville, et surtout l'absence de trace de fortifications, fit douter pour la première fois que Timici ait été situé à Témouchent - cf. article Léon Fey dans la Revue Africaine déjà citée, page 424. Les observations sur le terrain ont conduit à l'hypothèse que la ville a été détruite par un tremblement de terre suivi d'un incendie, probablement vers le . Les inscriptions épigraphiques retrouvées datent de 119 (date de fondation du poste militaire nommé Proesidium sufative, renommé Albulae au ) à 544, dates extrêmes.

Csar Ibn Senane Après l'installation de l'Islam en Afrique du nord, les écrits des auteurs arabes situent un Csar ibn Senane (Kasr Ibn Sinan) à l'emplacement d'Aïn Témouchent. Le noyau initial de la ville actuelle domine le confluent des oueds Senane et Témouchent, le premier nommé tirant son nom, ou ayant donné son nom au Csar en question.

El Bekri (1014/1094) le mentionne plusieurs fois dans sa description de l'Afrique du Nord. Venant d'Oran, en passant par Tensalmet, on arrive à "Djeraoua Lazizou (que l'on situe rive gauche de l'Oued el Mellah) lieu de marché qui doit son établissement à Obeidoun Ibn Sinan l'Azdadjien (du nom de la tribu berbère des AzdadjaIbn Khaldoun- Histoire des Berbères - trad. baron de Slane - Alger 1852 - tome 1 & suiv. Chapitre sur les Azdadja). De là, on arrive à CASR IBN SINAN "le château d'Ibn Sinan. ". Ce csar se trouvait à une courte distance d'une ville proche de la mer: "À l'orient d'Archgoul (Rachgoune) est située ASLEN, autre ville forte, dont l'origine remonte à une haute antiquité. Elle est entourée d'une muraille de pierre et renferme une mosquée et un bazar. Les habitants appartiennent à la tribu des Maghila. Elle domine une rivière qui se jette dans la mer, à l'est de la place, et qui sert à l'arrosage de leurs jardins et arbres fruitiers. La muraille d'Aslen est dégradée et ruinée de tous les côtés par le courant d'une rivière. Abd-er-Rahman, le souverain espagnol, s'en rendit maître, et son ministre Mohammed ibn Abi Amer el Mansour y envoya Homeid ibn YezelIbn Khaldoun cite Hamid-ibn-Yezel-el-Miknaçi, envoyé comme général au Maghreb par En-Nacer (Abd el-Rahman III) en 339(951) - Histoire des berbères - trad. du baron de Slane - Alger 1854 - tome 2 qui la rebâtit à nouveau. D'Aslen à CASR IBN SINAN "le château d'Ibn Sinan", il y a une petite journée de marche." Venant de Tlemcen, on passe à Tafda "grande ville renfermant une nombreuse population, et située sur deux rivières... Ensuite on arrive au Casr ou "château" d'Ibn Senane l'Azdadjien, autour duquel on voit beaucoup de jardins arrosés par la rivière Kedal."

Quant à Al Idrissi (ca1100/ca1165), plus sobre : "Sortant de Tlemsan, il y a une station jusqu'à Ausabe, et de là jusqu'à Casr (ou " Maisons de ") Sinan, il y a pareillement une station. El Idrissi cité en note de la page 65.."(Nubiens. ).

Aïn Témouchent Au , des tribus du groupe des Beni Ameur, d'ascendance hilalienne sont installées entre plaine de Zeidour, oued Isser et oued el Mellah, dans la région d'Aïn-TémouchentIbn Khaldoun (1332-1406) "Quant aux Beni Amer[-Ibn-Zoghba] ils occupent le pays qui s'étend depuis Teçala et Meléta jusqu'au Zidour, et de là, à Guedara, montagne qui domine Oran" - Histoire des Berbères - trad. baron de Slane - Alger 1852 - tome 1, . Au siècle précédent, elles avaient été attirées dans le petit désert au sud de Tlemcen par Yaghmoracen (1206-1283), souverain de cette ville ..

Une agglomération s'est-elle maintenue à l'emplacement du Casr d'Ibn Sinan jusqu'à l'arrivée des Français ? Un auteur comme Antoine Carillo l'affirme. Il est cependant permis d'en douter, pour au moins deux raisons : vers 1730, le Thomas Shaw visite la région, et parvient aux ruines de "Sinan" : "Trente deux mille au nord-nord-est de Tlemsan, on trouve des vestiges de la grande ville de Sinan. Elle était habitée du temps d'Edrissi, qui la place à deux stations de Tlem-san". Chose curieuse, il semble que le dr Shaw, d'habitude si apte à reconnaître des ruines romaines, confonde les ruines d'Albulae avec celles du Csar d'Ibn Sinan. En tout cas, il ne mentionne pas d'agglomération "en dur" habitée en ce lieu. le décembre 1836, une colonne commandée par le général de Létang, de retour d'une mission d'approvisionnement du mechouar de Tlemcen, bivouaque au lieu d'Aïn-Témouchent, sur la rive droite de l'oued du même nomArsène Berteuil, L'Algérie Française, Paris, 1856, .. Les Beni Ameur faisant partie de la confédération de tribus qui ont proclamé Abdelkader ibn Muhieddine leur sultan, il parait douteux que l'armée aurait bivouaqué près d'une agglomération de leur dépendance.

Il est donc très vraisemblable que le nom d'Aïn-Témouchent était attaché à un lieu-dit, remarquable en cela qu'il avait une source.

Quant à la ville d'Aslen, elle a aussi attiré, vers 1730, l'attention de Shaw, qui la nomme Trans-rant : " "Après avoir laissé la rivière Tafna et l'île Acra au Sud-Sud-Ouest, on vient à une petite baye qu'on appelle communément le port d'Im-mi-sea. Il y a une tradition selon les Arabes, que c'était ici le port de Trans-rant, qui n'est plus qu'un tas de décombres à 2 milles de la mer, dans la plaine de Zi-doure. Auprès de cette ville ruinée coule un petit ruisseau, qui, après avoir arrosé le pays des Welled-Halfa, se jette dans ce port. Il faut que l'un ou l'autre de ces lieux soit l'ancienne "Camareta", placée dans "L'itinéraire" à égale distance, et du Portus Sigensis '(embouchure de la Tafna)' et du Flumen Salsum (Oued el Mellah)".

En 1518, c'est dans les environs d'Aïn Témouchent, au gué de l'Oued el Mellah, que les Espagnols installés depuis 1509 à Oran, aidés de leurs alliés provisoires, les Beni Ameur, rattraperont et tueront le Bab-Aroudj (Baba-Oruç), frère aîné des célèbres Barberousse, qu'ils poursuivaient depuis Tlemcen citant Diego de Haedo, et Marmol..

Les Beni-Ameur restèrent longtemps indépendants du pouvoir turc de la Régence, jusqu'en l'année 1805. Ils subirent cette année-là, par le bey Mohammed Mekallech, une sévère défaite au pied du Tessalah., et durent se soumettre à l'impôt.