Une cyberattaque est un acte offensif envers un dispositif informatique à travers un réseau cybernétique. Une cyberattaque peut émaner de personnes isolées ou d'un groupe de pirates informatiques, éventuellement étatique.
Une cyberattaque est presque systématiquement malveillante, mais peut s'inscrire dans une approche éthique, lorsqu'elle a pour seul but de mettre en évidence une faille de sécurité.
Définitions Il existe de très nombreuses définitions selon les pays, les ONG, les organisations internationales
Depuis 2017, le Journal officiel de la République française définit une cyberattaque comme un en précisant qu'une ..
Pour A. Coustillière, vice-amiral chargé de la cyberdéfense française, la cyberattaque se définit comme France, Défense Nationale, « Glossaire interarmées de terminologie opérationnelle », PIA-7.2.6.3_GIAT-0(2012), . L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) l’assimile à une . En raison de la létalité réduite de certaines cyberattaques, Danino privilégie plutôt le terme de , quand Leman-Langlois lui préfère le Stéphane LEMAN-LANGLOIS, « Le crime comme moyen de contrôle du cyberespace commer-cial », Criminologie, 2006.. Intentionnelle et planifiée, la cyberattaque résulte . Plus simplement, elle est l’une des méthodes pour affaiblir, paralyser, corrompre ou détruire une cible dépendant totalement ou en partie de la cybersphère.
Selon N. Ténèze, le terme de « cyberattaque » prête à confusion car l'attaque en ligne n'est qu'une composante du phénomène. La « cybernétique », mot-valise, intègre le « cyber » (gouvernance ou pilotage selon la racine grecque), le (« chiffré » en anglais), l'électronique et l'automatisme. C'est pourquoi le terme de « cyberagression », ou d'« agression cybernétique » comprend davantage les crimes et les délits dans le cyberunivers..
Selon N. Ténèze, les agressions dans la cybersphère se répartissent en 12 grandes familles : les attaques par déni de service (ADS) (visant à neutraliser un système informatique et à le rendre inopérant) ; le cyberespionnage ; le cyberharcèlement ; la cyberfraude (triche aux examens, lors de vote, falsification de documents officiels) ; le cyber-whistleblowing ; la cybercontrefaçon (musique, livre, jeux-vidéo, logiciels) et le cybermarché noir (achat en ligne de marchandises illégales) la cyberfinance criminelle la cyberpropagande la cyberusurpation d'identité le cybercambriolage (vol de données) le défaçage (modifier l'apparence d'un site, d'un blog).
Exceptionnellement, le pirate est un hacker éthique. Par exemple, en , l'équivalent d'environ 600 millions de dollars ont été soustraits à la plateforme sous forme d’Ethereums, de BinanceChains et de Polygons. puis restitués les jours suivants par un pirate « éthique » (MrWhiteHat) voulant démontrer selon ses dires la vulnérabilité de la plateforme..
Objectifs des cybercriminels Les objectifs des cybercriminels peuvent être variés et parfois multiples.
Le profit L'objectif principal d'un cybercriminel peut être de faire du profit, par exemple, subtilisant des données utilisateurs pour le revendre ou lui rendre contre rançon ; en escroquant les personnes vulnérables sur Internet ; ou encore en procédant à des attaques de type . Parmi les nombreuses méthodes d'arnaque en ligne, le , ou hameçonnage, reste la plus répandue auprès des particuliers et elle consiste à se faire passer pour un tiers de confiance afin de soutirer les informations personnelles d'une entreprise ou d'un particulier. Les victimes peuvent recevoir un mail frauduleux les invitant à cliquer sur un lien ou encore être contactées par téléphone, instaurant une certaine relation de confiance, dans l'optique d'investir le capital des sociétés dont l'identité a été usurpée par l'arnaqueur.
Motivation politiques et militaire À titre d'exemple, selon E. Hoorickx (2019) les cyberattaques ciblant l’Estonie en 2007, puis la Géorgie en 2008, reposaient sur des technologies de l'information et de la communication offensives, évoquant une volonté d’hégémonie politique et militaire.
La cyberattaque du programme nucléaire iranien (2010) a montré qu'une cyberattaque pouvait être aussi efficacement neutralisante que des armes conventionnelles.
Parfois la cyberattaque est présentée par son auteur (un état éventuellement) comme relevant de sa cyberdéfense. Le risque de cyberattaques liés à des conflits interétatiques ou au terrorisme est considéré comme croissant, dont par le World Economic Forum (2018)World Economic Forum : The Global Risks Report 2018 - édition, 2018..
Le droit international et sa jurisprudence ne sont pas encore clair sur la question d'une éventuelle qualification d'agression armée pour ce type de cyberattaques, d'autant que l'attribution de l'attaque est parfois difficile ou longue à établir)..
Objectif éthique Enfin, parfois l'objectif est éthique (dans le cas de hackers éthiques ou de lanceurs d'alertes).
Attaques-test Parfois il s'agit de tester des intrusions, au moyen d'attaques commandées à des consultants (« »), hackers payés pour tenter l'intrusion et ainsi détecter les failles de sécuritéM. Gomes, Analyse de cyberattaques et proposition de solution au travers du , thèse de doctorat, Haute école de gestion de Genève, 2021..
Chronologie des cyberattaques 1834 : piratage des sémaphores Deux Français sont à l’origine de la première cyberattaque, menée contre le sémaphore, considéré comme l’ancêtre d’internet. Inventé par les frères Chappe à la fin du , ce réseau de communication était constitué de tours en bois équipées de bras mobiles qui composaient des symboles distincts. En 1834, François et Joseph Blanc, deux boursicoteurs bordelais, trouvent le moyen de pirater le réseau avec la complicité d’un opérateur afin de recevoir en avant-première les informations de la Bourse de Paris. Ils insèrent une coquille dans un symbole pour signifier « marché en baisse » ou « marché en hausse ». Les deux frères se font finalement attraper quand l’opérateur corrompu révèle l’astuce à un ami. Au terme d’un procès retentissant, les frères Blanc sont cependant acquittés car il n’existe alors aucune loi encadrant l’usage des réseaux de communication. De nos jours, les hackers exploitent parfois le même type de faille en insérant des programmes malveillants à l’intérieur des messages ou des images..
1982 : une première En 1982, les services secrets américains auraient introduit volontairement un bug dans le logiciel canadien de gestion du gazoduc transsibérien, provoquant une importante explosion dans une zone inhabitée...
De 1990 à 2000 Le début de l'année 1990 voit l'émergence d'une sous-culture criminelle cybernétique. La première intervention de taille nationale sera l'Operation Sundevil en 1990. L'émergence du cyberespace accélère également la démocratisation du , du et des techniques de .
2007 vignette|Le site du Centre informatique estonien mis hors service par la cyberattaque.
La première cyberattaque recensée visant une structure étatique durant plusieurs semaines, avec des moyens suffisants pour saturer durablement les sites visés et causer un déni de service prolongé, a émané de sites russes contre des sites de l'administration estonienne, ainsi que ceux de banques et de journaux de ce pays. La majorité des institutions estoniennes ayant adopté une bureaucratie sans papier, entièrement informatique et étant reliées entre elles par internet, ce pays se trouve très vulnérable à ce type d'attaques.
Il s'agit d'une attaque simple mais efficace, qui consiste à connecter un maximum d'appareils à un même réseau et ainsi déclencher sa saturation. Cette méthode est souvent utilisée pour sa discrétion (elle présente une faible traçabilité) car elle est dirigée par une seule personne contrôlant plusieurs ordinateurs infectés formant un botnet. Comme il y a un afflux d'appareils, le est inefficace du fait de l'abondance de ces adresses IP.
L'attaque survient à la suite du conflit diplomatique généré autour du projet de déplacement du Soldat de bronze planifié par le gouvernement estonien en mais ayant abouti à des nuits d'émeutes, émanant d'une minorité de nationalistes russophones implantée dans le pays.
Bien que la jurisprudence de l'OTAN ne prenne alors pas encore en compte ce genre d'attaques, certains responsables estoniens considéraient la cyberattaque, par son organisation et sa durée, comme un acte de guerre à part entière, car les structures visées se sont retrouvése entièrement inopérantes, de la même manière que si elles avaient été frappés par des missiles. Le porte-parole du département de la défense estonien, Madis Mikko, a déclaré .. Le président de l'Estonie, Toomas Hendrik Ilves, a considéré ces actes de déstabilisation comme une nouvelle forme de terrorisme. Mais de telles attaques posent un problème de traçabilité, à savoir la possibilité de remonter jusqu'à leur auteur et surtout de le prouver.
Selon le magazine américain « 60 Minutes » du dernier, les grandes pannes du réseau électrique brésilien de (Rio de Janeiro) et de (Espírito Santo) seraient la conséquence de cyberattaques, dont la source n’est pas identifiée. Cette hypothèse a également été évoquée pour la coupure géante d'électricité du , au Brésil, mais n'est avérée dans aucun de ces cas.
2008-2009 La Corée du Sud, en , a subi des cyberattaques à grande échelle. Vingt-cinq sites dont les sites Internet de la présidence sud-coréenne, du ministère de la Défense, du ministère des Affaires étrangères, de la Shinhan Bank et Korea Exchange Bank ont été touchés, sur fond de tensions avec la Corée du Nord.. Selon la presse sud-coréenne, le National Intelligence Service aurait sous-entendu la responsabilité de Pyongyang, sans fournir de preuves.
2010
Dans les années 2009-2010, le monde occidental s'inquiète de la prolifération de centrales nucléaires en Iran, officiellement civiles. Tous les médias s'interrogent régulièrement sur la probabilité d'un raid israélien qui permettrait d'en détruire au moins une pour envoyer un signal fort, mais soulignent que cela serait techniquement extrêmement risqué, impliquerait le survol de plusieurs pays qui s'y opposeraient et pourrait résulter en une réplique démesurée de l'Iran, comme l'envoi de missiles à longue portée sur les principales villes d'Israël.
La cyberattaque qui paralyse la centrale nucléaire de Bouchehr permet d'atteindre l'objectif visé (mettre la centrale iranienne hors d'état) sans prendre le moindre risque ni humain, ni politique, ni militaire. Elle consiste à contrôler les ordinateurs de la centrale au moyen d'un virus d'un niveau de sophistication extrême dont Israël et les États-Unis sont hautement soupçonnés. Le virus impliqué, nommé Stuxnet., est authentifié par Windows comme étant sans danger, ce qui implique qu'il utilise des clés numériques de sécurité volées dans des entreprises de logiciels de Taïwan. Il a transité jusqu'à la centrale par des clés USB donc avec des complices humains, le réseau informatique de la centrale n'étant pas connecté au monde extérieur. Il a déréglé le contrôle des automatismes, des robots, de la distribution d'électricité, tout un système de pilotage complexe de type SCADA fabriqué par l'allemand Siemens. Le malware est passé inaperçu pendant des mois, causant progressivement de nombreux dégâts dont le dérèglement de centrifugeuses conduisant à leur destruction physique. Le développement d'un tel virus a nécessité probablement un investissement de plusieurs millions de dollars.
En 2011, est un second virus encore plus élaboré apparaît, dénommé Flame, qui semble avoir un lien de parenté avec Stuxnet.
2011-2012