Les Druzes ( durzī, pluriel durūz) sont un groupe ethnoreligieux autochtone arabe du Proche-Orient réunis par une religion proche de l'ismaélismeHenri-Charles Puech (dir.), Histoire des religions, Encyclopédie de la Pléiade, t.III, p.166-167, « L'islam et ses sectes »..
Leur nombre est estimé à environ 1 millionBritannica.com, avril 2026. Deutsche Welle, Syria: Who are the Druze?, juillet 2025. INcontext International, The Druze of the Middle East: Who are They ?, mars 2025.Juan Eduardo Campo, Encyclopedia of Islam, éd. Infobase Publishing, New York, 2009, . Entre à vivent en Syrie (3 à 3,5 % de la population)Les Druzes, de à vivent au Liban (5 à 5,5 % de la population), plus de en Israël., et à en Jordanie.
En Syrie, les Druzes vivent surtout dans le djebel Druze, la zone montagneuse du Hauran. Au Liban, ils vivent principalement au sud, dans les montagnes du Chouf de la partie centrale du Mont Liban, d'autres au sud-est de la Bekaa (Rachaya), dans le Metn et sur la côte (Khaldeh). En Israël, ils vivent principalement en Galilée. et constituent la seule population arabophone participant à la conscription militaire, depuis 1948.
Ceux qui vivent hors du Proche-Orient sont estimés entre et , principalement aux États-Unis et au Vénézuela
Religion Leur religion, le druzisme (ou unitarisme druze), repose notamment sur la vénération d'Al-Hakim bi-Amr Allah comme l'incarnation de Dieu. C'est une doctrine philosophique fondée sur l'initiation à la partie ésotérique de la religion musulmaneNadine Abou Zaki, Introduction aux Epîtres de la Sagesse: L'ésotérisme druze à la lumière de la doctrine de Çankara, éd. L'Harmattan, Paris, 2006, .
Elle est considérée comme ayant été initialement une école de l'ismaélisme. C'est ensuite la volonté de s'en démarquer, notamment par l'abandon de certains préceptes islamiques et l'intégration de notions philosophiques pythagoriciennes, néoplatoniciennes, bouddhistes, ou encore hindouistes, qui l'a transformée en religion à part. L'appartenance du druzisme à l'islam est polémique, y compris parmi les Druzes.
Leur interprétation des textes qu'ils considèrent comme sacrés est secrète et n’est révélée aux fidèles qu’après divers degrés d’initiation. Elle s’appuie sur une croyance en la réincarnation directement inspirée des philosophies grecques antiques et des philosophies indiennes ainsi que de certains versets du Coran qui sont interprétés comme allant dans le sens de la métempsycose.
Les liturgies druzes sont réservées à ceux des druzes qui souhaitent vouer leur vie à leur religion. Eux seuls détiennent le droit de lire leur livre sacré principal, nommé Kitab al Hekma (Les Épîtres de la sagesse). Ils acquièrent le qualificatif de cheikh (sage). Les Druzes n'ayant pas suivi le chemin initiatique n'ont pas accès aux livres sacrés. Des lieux de culte se trouvent dans les régions historiquement peuplées par des druzes, dans les montagnes du Liban, du sud de la Syrie, et du nord d'Israël. Ces lieux, appelés Maqâm, sont proscrits aux personnes non druzes.
Hiérarchie La religion druze s'organise en deux groupes : les Ouqqâl (en arabe : ), qui ont accès aux livres sacrés, et les Jouhhâl (en arabe : ), qui ont uniquement accès aux deux premiers livres des Épîtres de la sagesse...
Doctrine vignette|redresse|Autre forme de costume traditionnel, contemporain (Al cheikh Toufic Hilal - Jibaa el Chouf).
La doctrine développée par les Druzes est un dérivé de l’ismaélisme. Officiellement nommée Din al-Tawhid (religion de l'unité divine), elle constitue une synthèse de divers courants religieux et intellectuels. Elle contient à la fois des éléments issus du mysticisme musulman et de la pensée coranique, autant que des éléments issus de religions perses et indiennes, du néoplatonisme, du gnosticisme et du messianisme. La discipline religieuse druze constitue un courant monothéiste par excellence et insiste sur l’unité absolue de Dieu.
La doctrine des unitaires Druzes est secrète et n’est révélée aux fidèles qu’après divers degrés d’initiation. Certains affirment que les Druzes répandent cette idée afin de dissuader les gens de les questionner sur leur religion. Cette doctrine s’appuie sur la croyance en la métempsycose. En effet, certains versets du Coran sont parfois interprétés comme allant dans le sens de la métempsycose. Par exemple, sourate 2:28 (Al-Baqara) :
Les Druzes rejettent la charia et les obligations rituelles qui en découlent. Au Liban, la communauté a été dirigée en partie par les familles Joumblatt et Hamadé : les cheikhs Hamadé, Farid Hamadé en particulier, descendant direct des Cheikhs Akl Druze, le cheikh Rachid, cheikh Hussein le fin stratège et l'ermite sage cheikh Mohammed . Ils sont assimilés aux papes dans la religion chrétienne. Les cheikhs Akl Druze ont toujours représenté « un contre-pouvoir à l'hégémonie des Joumblattis souvent considérés comme des seigneurs de guerre ». Les cheikh Hamadé sont les descendants directs de l'imamat depuis le persan maître Hamza ben Ali.
Il y a toujours eu un cheikh Akl Druze Yazbaki et un autre Joumblatti, aucune famille ne pouvant prétendre au monopole de la direction des affaires de la communauté. Aujourd'hui, la politique impose un seul Cheikh Akl qui a perdu son autorité. Le pouvoir que détenaient les Cheikhs Akl Hamadé était d'ordre initiatique, basé sur "La Sagesse". La communauté perd en quelque sorte son ressort proprement religieux remplacé par le pouvoir politique. Certains initiés résistent et maintiennent la tradition des cheikhs.
Même si la foi s'est développée à l'origine à partir de l'ismaélisme, la plupart des Druzes ne s'identifient pas comme musulmans. Certains Druzes, pour des raisons purement politiques, se revendiquent comme musulmans, une manière de dissimuler leur appartenance pour des raisons de survie.. La majorité des différentes autorités religieuses des courants de l'islam ne les considère pas comme musulmans.
Relations avec le christianisme et le judaïsme Bien que dérivée de l'ismaélisme, la religion des Druzes est profondément différente dans ses pratiques et dans ses croyances. Des Druzes affirment être plus proches du christianisme que de l'islam Bryer, David R. W., « The Origins of the Druze Religion », Der Islam, vol. 52, n° 1-2, 1975.. Des lettrés druzes (Ouqqâl) soutiennent que leur religion se rapproche du judaïsme et que l’on y trouve nombre de principes de la kabbale Hitti, Philip K., The Origins of the Druze People and Religion, 1928, p. 38-39 : parallèles entre la doctrine d’Adam et l’Adam Kadmon kabbalistique.De Smet, Daniel (dir.), Les Épîtres sacrées des Druzes. Rasāʾil al-Ḥikma, Peeters, coll. « Orientalia Lovaniensia Analecta », 2007 (analyses des influences mystiques et ésotériques).Obeid, Anis, The Druze & Their Faith in Tawhid, Syracuse University Press, 2006 : comparaisons avec le judaïsme synagogal et la kabbale..
Histoire vignette|redresse|Fragment de fresque du découvert à Fustat, aujourd'hui conservé au Musée d'art islamique du Caire.
Deux ismaéliens sont à l'origine de la religion druze : un Persan nommé Hamza (985-1021), qui affirmait être le réceptacle de l’Intelligence universelle (aql), et un Turc nommé Muhammad al-Darazi (mort vers 1020), dont le nom est à l’origine du terme « Druzes », qui était l’un des vizirs du calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah (996-1021).
Hamza et Ad-Darazî fondèrent donc la secte des Druzes. Al-Hakim a disparu en 1021. Il n’est pas revenu d’une promenade nocturne aux environs du Caire dans les collines de al-Muqattam. Son corps n’a jamais été retrouvé. Certains de ses proches, regroupés autour du vizir Ad-Darazî, le proclamèrent occulté. Selon eux, le calife était la dernière et principale incarnation du prophète (maqâm), titre qu’il s’était d’ailleurs lui-même attribué en 1017. Al-Hakîm aurait encouragé cette tendance à le diviniser, au lieu de la combattre.
Hamza est l'auteur d'épitres qui fondent la base théologique du druzisme (réunies dans les Épîtres de la sagesse et parfois mentionnées sous le titre Livre des témoignages et des mystères de l'Unité)..
gauche|vignette|Femmes druzes - 1812.
Les Druzes furent soumis au tribut ottoman en 1588 par le sultan Murad . Au , les Druzes sont tributaires de l’Empire ottoman mais, de fait, presque indépendants. Retirés dans les montagnes du Liban, ils se rendirent redoutables et résistèrent longtemps aux attaques des Turcs. C’est à l’émir druze, le prince Fakhreddine de la dynastie Maan, qu'est due cette résistance.
En 1837-1838, ils se révoltèrent également contre la tutelle égyptienne, la révolte du Hauran vit des massacres de part et d'autre. La Sublime Porte a accordé en 1842 un chef à leur communauté (système du millet).
vignette|redresse|Jeune femme en costume traditionnel druze portant le tartur, Chouf, Liban, Vers 1870, par le photographe français Bonfils.
En 1832-1833, au décours de son voyage en Orient, le poète Lamartine avançait que les Druzes, avec les Maronites et les Métualis formaient la principale population du Libanhttps://www.usek.edu.lb/Content/Assets/20200903Alterite-100353.pdf. Dans une partie de son témoignage on peut lire :
En 1909-1910, les Druzes se révoltèrent contre l'occupant ottoman et la Révolte du Hauran de 1910 fut réprimée dans le sang.
Les Druzes ont joué un rôle majeur durant la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990 sous la conduite d'un de leurs dirigeants politiques, Kamal Joumblatt, fondateur du Parti socialiste progressiste libanais, puis de son fils Walid Joumblatt.
Bien qu'ayant tenté de prendre la tête de la majorité des Druzes libanais, Walid Joumblatt reste contesté par une frange importante de sa communauté. Farid Hamadé, descendant d'une lignée de Cheikhs Akl Druzes, fils du Cheikh Akl Rachid Hamadé, s'était allié aux partis chrétiens modérés, luttant pour une coexistence des communautés, lors de la guerre civile libanaise (1975-1990) et fut contraint à l'exil à l'achèvement de celle-ci. Il est décédé en France et inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Le courant libéral, basé sur la fraternité entre les communautés, continue à exister et depuis quelques années reprend une place importante sur l'échiquier politique libanais en général et druze en particulier. Ce sont les enfants de cheikh Farid Hamadé, cheikh Maan Hamadé et cheikh Khaled Hamadé, qui portent aujourd'hui cette doctrine politique et ses valeurs ancestrales, en suivant les enseignements initiatiques de leurs ancêtres.
Lors de la guerre civile syrienne, de nombreux Druzes syriens participent aux manifestations contre le régime de Bachar el-Assad dans le gouvernorat de Soueïda.. Un déserteur de l'armée syrienne, le major Khaldoun Zeineddine, forme un groupe rebelle : la brigade Sultan al-Atrach. Cependant les Druzes commencent à se détacher de la rébellion lors de la montée en puissance des factions islamistes. La mort de Jamal Ezzedine, un dignitaire druze assassiné par le Front al-Nosra en , marque une rupture. Khaldoun Zeineddine entre également en conflit avec les djihadistes, mais il est capturé avec plusieurs de ses hommes et expulsé vers la Jordanie ; il est finalement tué par les loyalistes près de Soueïda en .. En , prennent les armes pour repousser une offensive rebelle sur l'aéroport militaire de Thaaleh. Cependant, si les Druzes sont hostiles aux rebelles et aux islamistes, le régime de Bachar el-Assad reste chez eux également impopulaire. Les Druzes acceptent d'apporter leur soutien au régime syrien, mais à la condition que les combattants de la communauté ne soient pas déployés en dehors de leur région.
À la mi-, Bachar el-Assad appelle les Druzes à effectuer leur service militaire, mais sans grand succèsLes druzes de Syrie refusent le service militaire, malgré les appels du régime, AFP, 21 novembre 2018..